
À l’occasion du 60 e anniversaire de la smcq , deux compositeurs, qui en ont vécu une grande quantité de concerts et y ont également agi comme membres du conseil d’administration et du comité artistique, partagent leurs impressions-souvenirs de moments marquants de cette société et se remémorent les débats qui pouvaient les entourer, leur échange adoptant la forme contemporaine rapide et ramassée du texto.
Cet article propose une analyse de La cartographie des sons (2019) de Keiko Devaux, oeuvre pour orchestre à cordes et qanûn commandée par la Société de musique contemporaine du Québec ( smcq ). L’auteur, qui a été copiste des parties individuelles de l’oeuvre, adopte une approche analytique inversée : partir des détails d’écriture pour remonter aux logiques structurelles. L’examen de l’écriture des cordes met en évidence deux principes centraux, l’oscillation et l’altération, qui, appliqués à une toile de fond modale, déterminent la texture et la perception de la forme. L’étude de la modalité montre comment Devaux prélève des couleurs issues des maqâmât et les intègre dans une syntaxe personnelle. La compositrice a esquissé une carte des leviers du qanûn , donnant son titre à l’oeuvre. Cette carte devient aussi un fil conducteur, reliant pratiques instrumentales, organisation formelle et expérience mémorielle de l’écoute.
Le Centre d’expérimentation musicale ( cem ), fondé en 1982 au Saguenay, est devenu un pôle majeur des musiques de création au Québec. Héritier du mouvement contre-culturel des années 1970, il privilégie l’expérimentation et l’hybridité des pratiques. D’abord sans lieu stable, il se structure autour de studios artisanaux, puis connaît un essor marqué dans les années 2020. Le cem offre résidences, moyens de production et infrastructures professionnelles, attirant artistes locaux et internationaux. Le retour dans son giron du Festival des musiques de création inaugure une nouvelle ère de diffusion pour le cem .
Dès sa fondation, la Société de musique contemporaine du Québec ( smcq ) a fait de la commande d’oeuvres une de ses priorités. Plus qu’un soutien financier, la commande agit comme un outil symbolique qui légitime les compositeur·rices, met en évidence certaines esthétiques et contribue à forger l’identité artistique de l’organisme et plus largement l’identité de la musique contemporaine québécoise. Alors que ce dispositif s’est avéré un tremplin décisif dans la carrière de plusieurs créateur·rices, il a aussi suscité des tensions en raison des dynamiques de sélection et des contraintes parfois liées à la commande. Depuis son arrivée à la direction artistique de la smcq en 2023, Simon Bertrand cherche à proposer un modèle de commande qui met l’accent sur l’accompagnement, le dialogue intergénérationnel et une approche esthétique plus diverse.