
Daniel Sauvant (1945 – 2022) était un chercheur et un enseignant brillant, et il fut un acteur majeur des recherches en nutrition et en alimentation animale conduites en France pendant un demi-siècle. Passionné par la transmission des connaissances, il fut aussi un contributeur majeur de la revue INRAE Productions Animales. Cet article lui rend hommage et illustre, à travers l’analyse des articles qu’il a publiés dans la revue, sa contribution à l’élaboration de nouvelles connaissances en nutrition et alimentation animale et à leur transfert vers les divers domaines d’application (recherche, enseignement, filières animales…).
Les outils de modification du génome sont nombreux et peuvent conduire à des utilisations variées : inactivation, mutation, suppression ou insertion d’un élément d’ADN ou d’un gène dans un organisme. Certaines méthodes induisent une modification aléatoire, tandis que d’autres, qui nous intéressent plus particulièrement, s’effectuent de manière ciblée. Quels que soit les outils choisis, les types de modification réalisés ou la finalité de ces modifications, il s’agit d’un sujet controversé. Cet article s’intéresse aux débats qu’engendre la potentielle application aux animaux d’élevage de ces outils génétiques et cherche à montrer que ce sujet, pour l’instant l’apanage de spécialistes, réunit toutes les conditions pour se transformer en controverse publique. Une première partie revient sur les principales incertitudes que soulève le sujet et s’arrête sur les débats entourant le cadre juridique. Nous explorons ensuite les approches thématiques possibles du sujet, en revenant sur la controverse autour des OGM et le cas du saumon produit par la société Aquabounty aux états-Unis, jusqu’à récemment l’unique Animal Génétiquement Modifié (AGM) autorisé sur le marché alimentaire. Une troisième partie présente les acteurs qui s’expriment sur le sujet et les rares évocations des AGM en France confirment que le sujet reste confiné au milieu scientifique et professionnel, l’AGM devenant alors un révélateur de dynamiques relationnelles qu’entretiennent sciences et société. Enfin, nous montrons que, bien que les acteurs de la société civile ne se sont pas encore emparés du sujet, les rares prises de position observées laissent penser que l’intéressement par le prisme du bien-être animal ne fonctionne pas.
L'expérimentation animale est autorisée à condition qu'aucun autre moyen d'acquérir des connaissances importantes n’est possible et que la souffrance des animaux est limitée. Chaque chercheur se doit d’évaluer la pertinence de l’utilisation des animaux ainsi que les dommages que son expérimentation risque d’imposer aux animaux, et mettre ces dommages en regard de l’intérêt des résultats escomptés. Il existe désormais des grilles pour évaluer la douleur dans de nombreuses espèces, dont les animaux d’élevage, ainsi que des moyens de savoir si une situation peut être perçue comme contraignante par un animal. La règle des 3R (remplacer, réduire, raffiner) préconise de réduire au maximum les dommages causés aux animaux en recourant à des méthodes d’exploration ne nécessitant pas d’expérimentation sur animaux vivants dès qu’une telle alternative existe, en réduisant les effectifs animaux au minimum nécessaire pour obtenir des résultats exploitables et en améliorant les procédures. Il reste difficile d’évaluer l’équilibre entre dommages pour les animaux et bénéfices des résultats attendus. Nous proposons d’évaluer la pertinence d’une expérimentation à l’aide de cinq critères : i) l’existence d’une stratégie 3R, ii) l’application des 3R dans l’expérimentation prévue, iii) les préjudices imposés aux animaux, iv) l’importance des résultats attendus, v) la probabilité d’obtenir des résultats exploitables. Dans une dernière partie, nous rappelons la règlementation en vigueur : mise en place de comités d’éthique évaluant les projets d’expérimentation, agrément des établissements hébergeurs d’animaux, formation des personnels, mise en place de structures chargées du bien-être des animaux au sein des établissements. Nous fournissons quelques clés qui aideront les chercheurs à établir leurs demandes d’autorisation d’une expérimentation.
En optant pour une approche pragmatique et empirique, cet article s’intéresse à la capacité de résilience des opérateurs (producteurs et transformateurs) et des collectifs AOP et IGP face à un choc tel que celui provoqué par la covid-19. À partir d’informations issues d’enquêtes réalisées par les organisations professionnelles auprès de leurs adhérents au moment de la crise au printemps 2020, complétées par des entretiens compréhensifs réalisés en avril 2021, nous étudions l’impact de la crise sur les AOP et la façon dont les acteurs ont réagi en mobilisant des leviers à l’échelle individuelle et collective. Les principaux leviers ont été la diversification des produits et des circuits, la substitution (stockage ou dégagement), la coopération (en interne ou avec les distributeurs) et la connectivité avec leurs réseaux. La crise a mis en lumière pour les AOP-IGP le fait que le terroir et la proximité ont été plébiscités sur tous les circuits (courts et longs). Ce constat renforce pour les organismes de défense et de gestion d’une part, l’importance de se différentier et de rendre lisible des engagements et des valeurs, et d’autre part, leur rôle de coordination en tant qu’acteur collectif pour valoriser la diversité des opérateurs permettant d’être présent sur les divers types de circuits et plus généralement pour s’adapter aux transitions des systèmes alimentaires.
Dans le but d’assurer une meilleure autonomie protéique pour alimenter les animaux d’élevage, différents leviers, dont le développement de filières de protéagineux à graines, sont envisageables. Le projet Proleval s’inscrivait dans cette perspective. Les effets de traitements technologiques sur la valorisation des graines oléo-protéagineuses par les vaches laitières ont été évalués dans le cadre de ce projet. Une synthèse de la littérature a permis de quantifier l’effet bénéfique quasi-systématique des traitements thermiques ou thermomécaniques des graines sur l’utilisation de l’azote : diminution de la dégradabilité ruminale, augmentation de la digestibilité intestinale, de la fourniture d’acides aminés indispensables, et de la sécrétion de protéines dans le lait. Les effets observés sont toutefois quantitativement variables en fonction des traitements. Les essais expérimentaux conduits dans le cadre du projet ont permis de préciser les effets de certaines modalités d’extrusion des graines de féverole et de lupin : la température d’extrusion et la maturation par des procédés innovants intégrant des sucres réducteurs ou un cocktail enzymatique. Les résultats obtenus par différentes approches (mesures de dégradabilité et de digestibilité in situ, mesures in vivo du bilan azoté chez les vaches laitières) montrent que la température d’extrusion doit être limitée pour éviter une surprotection des protéines et que les prétraitements de maturation testés ne sont pas systématiquement efficaces. Les rares résultats publiés sur la fraction lipidique du lait rapportent une diminution du taux butyreux avec les graines traitées par rapport à la même graine crue. Peu d’études présentent des profils en acides gras du lait, mais les données du projet Proleval indiquent que les graines extrudées favorisent la production d’acides gras trans au niveau du rumen et du lait. La maîtrise des conditions d’extrusion permettant d’aboutir de façon répétable à un produit aux caractéristiques nutritionnelles optimales, qui semble passer par la maîtrise du développement des composés de Maillard, reste un enjeu.