
Le fleuve Saint-Laurent, véritable axe écologique et économique du Québec, a fait l’objet de nombreuses études géologiques et sédimentologiques au cours du XX e siècle. De 1911 à 2024, plusieurs campagnes de forages et d’analyses granulométriques ont été réalisées entre Montréal et Québec pour caractériser le lit du fleuve et ses berges. Ces données, dispersées dans des rapports techniques sur support papier pour les plus anciennes, représentent un patrimoine scientifique unique aujourd’hui menacé par la dégradation des archives. Le présent travail vise à compiler, à numériser et à structurer ces informations afin d’en assurer la pérennité et d’en faciliter l’exploitation scientifique à l’ère des nouveaux outils numériques et de l’intelligence artificielle. Au total, 11 240 couches de forages, 4 916 analyses granulométriques et 116 coupes transversales ont été intégrées dans un Modèle géospatialisé du Saint-Laurent fluvial (MGSLF) accessible depuis le logiciel QGIS. Ce modèle offre une représentation continue des dépôts sédimentaires du tronçon fluvial et complète les bases existantes, notamment le Système d’information hydrogéologique du Québec, en intégrant pour la première fois le lit du fleuve. En préservant ces données historiques, ce travail contribue à la compréhension de l’évolution morphologique et de la dynamique sédimentaire du Saint-Laurent. Il constitue également un outil de référence pour les recherches futures sur l’érosion des berges, la restauration des habitats riverains et la gestion durable du fleuve.
La biodiversité des milieux d’eau douce est menacée par des perturbations anthropiques, incluant les changements climatiques et hydrologiques, la pollution et l’introduction d’espèces. La présente étude examine les variations d’abondance, de diversité et de composition de communautés de poissons du fleuve Saint-Laurent entre Montréal et Sorel sur plus de 2 décennies (de 2001 à 2023). Les traits fonctionnels des poissons ont été associés à l’environnement afin de mieux comprendre les changements observés. Les résultats révèlent un déclin marqué des captures totales par unité d’effort (CPUE), qui ont diminué de moitié, ainsi qu’une baisse moyenne de 33,7 % de la richesse spécifique. Contrairement à cette tendance multispécifique, l’achigan à petite bouche ( Micropterus dolomieu ) et la barbue de rivière ( Ictalarus punctatus ) montrent des augmentations. La végétation aquatique submergée présente une tendance à la baisse au cours de la période d’inventaire. L’arrivée du gobie à taches noires ( Neogobius melanostomus ) et le déclin du grand brochet ( Esox lucius ), un prédateur phytophile, pourraient expliquer certains changements observés au sein de la communauté ichtyologique. Comme il a été remarqué dans d’autres secteurs du fleuve, la baisse de végétation aquatique submergée peut aussi avoir contribué à ces changements en désavantageant les espèces phytophiles. L’ensemble de ces changements biotiques et abiotiques fragilise les habitats du secteur et pourrait entraîner d’importantes conséquences sur la biodiversité, augmentant la nécessité d’actions adaptées de restauration ou d’aménagement.