Dans le cadre de la directive cadre sur l’eau (DCE), la qualité des cours d’eau est évaluée régulièrement selon des critères chimiques, physico-chimiques, biologiques et hydromorphologiques. Ce suivi, aussi appelé surveillance réglementaire, comporte des limites techniques : il ne permet pas de répondre à certains enjeux récents tels que l’évaluation de l’impact des molécules non recherchées, des substances émergentes ou la prise en compte de l’effet des mélanges de polluants (« effet cocktail ») sur les organismes aquatiques. Il existe toutefois des méthodes biologiques basées sur les effets qui semblent intéressantes à utiliser pour lever certains de ces verrous. En effet, ces méthodes aussi appelées bioessais ou biomarqueurs, permettent d’évaluer les dommages de polluants sur les organismes aquatiques en ciblant un effet biologique précis (reproduction, alimentation, activation enzymatique). Certaines de ces méthodes ont été déployées sur le bassin Seine-Normandie dans le cadre de projets ponctuels, mais il n’existe pas de suivi de biosurveillance en routine des cours d’eau à l’aide d’outils d’écotoxicologie. Ainsi, une stratégie de biosurveillance a été développée au sein de l’agence de l’eau Seine-Normandie pour constituer une batterie de méthodes robustes et opérationnelles à déployer sur l’ensemble du territoire du bassin. La stratégie développée intègre des bioessais sur matrice eau pour évaluer la toxicité générale sur différents organismes (bactéries, algues, crustacés, vertébrés) ainsi que la toxicité spécifique (génotoxicité et activité oestrogénique). Six bioessais seront déployés sur des stations qui ont été sélectionnées sur l’entièreté du bassin pour obtenir une image représentative du territoire. Cette démarche de proposition d’une stratégie de biosurveillance en routine à large échelle est pionnière au sein des agences de l’eau et sera mise en oeuvre dans le cadre d’un marché public à partir de 2025. La stratégie comporte toutefois certaines limites concernant la difficulté d’interprétation des résultats et le manque de réalisme environnemental. La faisabilité de la stratégie et la robustesse de la batterie constituée seront évaluées par l’agence de l’eau Seine-Normandie à partir des résultats obtenus et permettront d’envisager la pérennisation de la démarche.
Cher Gilles-Antoine, nous publions un dossier de la revue consacré au décalage franco-allemand dans le domaine du patrimoine et de l'héritage culturel.Au-delà des problèmes de terminologie et de traduction, ce décalage illustre en effet des débats profonds, anciens et actuels, autour de la notion de patrimoine, c'est-à-dire autour de ce qui mérite d'être préservé et qui peut donc, toujours, conduire à des formes de domination culturelle.La question qui se pose alors est la suivante : qui préserve et pour qui ?Le « patrimoine » est incontestablement le résultat d'un processus continu d'interprétation et de légitimation.Notre objectif est donc de créer un pont entre les perspectives française et allemande.Pourrais-tu, d'abord, nous rappeler brièvement ton parcours de chercheur et de praticien ?Comment as-tu rencontré la notion de patrimoine et comment la manies-tu ? Gilles-Antoine LangloisIl faut tout d'abord dire que j'ai un parcours qui pourrait être qualifié d'« atypique » du point de vue universitaire ; il l'est sans doute moins dans les écoles d'architecture.J'ai en effet commencé par des études de lettres, par une maîtrise sur Montaigne, qui aurait dû se poursuivre par un diplôme d'études approfondies sur la littérature africaine de langue française : j'étais déjà intéressé, je pense, par les questions de légitimité et de domination culturelles.Toutefois, ce projet en lettres n'a pas abouti et j'ai repris des études plus tard, mais en histoire cette fois-ci, sous la direction de Pierre Chaunu à la Sorbonne.Je me suis intéressé à une histoire du patrimoine matériel, et plus spécifiquement à des formes de bâti oubliées, voire déconsidérées : les « folies » du XVIII e siècle en France, c'està-dire ces maisons de plaisance que se faisaient construire les élites, généralement aux alentours de Paris ou de villes alors prospères en province par le commerce : Abbeville, Saint-Malo ou Bordeaux, par exemple.Si l'on emploie le prisme de l'histoire de l'architecture, on peut voir ces « folies » comme de formidables essais grandeur nature, comme des prototypes architecturaux.En effet, on pouvait parfois dépenser davantage pour une petite « folie » que pour une grande maison, et tous les plus grands architectes, peintres, décorateurs, jardiniers étaient convoqués pour cette forme d'habitat aristocratique.L'autre perspective de mon travail était l'histoire sociale : en effet, ces édifices constituaient un terrain de lutte, symbolique mais aussi économique, entre une bourgeoisie commerciale naissante et une aristocratie qui tirait ses revenus de la terre.Par ce « petit » objet de recherche, on pouvait en réalité montrer une mutation sociale fondamentale, qui a fait que les revenus tirés du mobile l'ont emporté sur les revenus tirés de l'immobile, de la terre.Le phénomène de patrimonialisation est venu un siècle et demi plus tard, sous l'influence des premiers historiens du jardin, comme