
Cet article rend compte de deux recherches conduites au sein de Leroy Merlin Source entre 2012 et 2022. Elles portent sur l’expérience d’habiter de personnes âgées de 67 à 98 ans. Les chercheurs ont réalisé des entretiens filmés et audio et des représentations graphiques pour analyser et rendre compte de modes d’habiter dans le temps du vieillir. À partir de ces matériaux, ils identifient cinq registres de parole : réflexive, descriptive, poétique, émotionnelle et statutaire. L’article propose une réflexion sur les méthodes utilisées et leurs effets ; une description des cinq registres de parole ; un retour sur la diffusion de ces recherches auprès de différents publics et la manière dont ces derniers ont écouté la parole des témoins impliqués dans ces deux recherches.
Cet article est un libre propos rédigé par une infirmière qui s’intéresse aux pratiques d’écriture de soi et plus particulièrement à la biographie pour particuliers, en dehors des institutions. Il questionne la place des histoires de vie, et plus particulièrement celles de vieilles et de vieux, dans notre société contemporaine. Cet article est né de rencontres avec cinq biographes qui consacrent une partie de leur travail à raconter la vie des aînés. Il permet de mieux faire connaître la pratique de biographe pour particuliers. Le biographe pour particuliers est un prestataire d’écriture centré sur le récit intime et personnel, là où l’écrivain public accompagne l’expression écrite (démarches administratives, correspondance) dans une logique d’inclusion sociale. L’article montre qu’à travers la pratique singulière de la biographie se dessine une éthique du travail d’écriture et de l’accompagnement proposé aux personnes biographiées. La biographie dépasse la production formelle d’un récit écrit en mobilisant d’autres dimensions (littéraire, sociologique, psychologique, éthique ou philosophique). L’article questionne la place accordée à la parole des vieilles et des vieux dans l’espace social, familial et intime. La biographie, entre autres multiples finalités, est un outil d’autonomie, de participation sociale et de transmission. Elle permet l’expression d’une parole subjective. Elle peut permettre de rouvrir des espaces de parole dans le cercle familial et de faire perdurer des liens.
Le micro-dispositif participatif faisant l’objet de ce retour d’expérience s’inscrit dans un projet de recherche interrogeant les relations entre espace et vieillissement. À partir d’une approche comparative franco-allemande mobilisant les méthodes du photovoice et du journal de bord, il propose une exploration de l’expérience spatiale propre aux participants âgés. L’hypothèse guidant l’expérimentation – à savoir l’existence de rapports à l’espace spécifiques aux publics français et allemands – a été invalidée grâce à l’implication des personnes concernées dans la constitution du matériau et son analyse. Les résultats de l’enquête montrent au contraire une homogénéité des perceptions et pratiques spatiales traversant les frontières nationales. Loin de représenter un constat d’échec, cette amorce participative invite à explorer davantage les effets d’une ouverture des espaces académiques de production des connaissances à des savoirs situés, porteurs d’une diversité d’expériences singulières du vieillissement.
Comment les personnes âgées vivent-elles et éprouvent le sentiment de solitude ? Quels sont les rôles et sens de leurs expériences vécues dans l’appréhension du sentiment de solitude ? La recherche présentée dans cet article se penche sur ces questions pour chercher à comprendre ce que ressentir et éprouver la solitude représente pour les personnes âgées. Des éléments définitionnels et contextuels autour du sentiment de solitude chez les personnes âgées, puis méthodologiques et épistémologiques pour recueillir, écouter et favoriser leur parole sont présentés. L’emploi de la méthode du portrait, qui recueille une parole en première personne, vise à appréhender au plus près une singularité et ses nuances, dans un espace-temps donné. La parole tenue sur soi, reçue, entendue et questionnée par le chercheur, donne à voir un phénomène éprouvé à travers diverses expériences vécues.
Cette recherche s’intéresse à l’expression du pouvoir d’agir des personnes âgées vivant en institution, à travers la participation à un atelier radiophonique. En adoptant une démarche qualitative, l’étude a recueilli la parole de cinq personnes âgées vivant à l’USLD du CHU de Bordeaux, ayant participé à dix ateliers radiophoniques minimum sur une période de trois mois. L’analyse thématique des entretiens révèle que les participants considèrent l’atelier comme un moyen de lutter contre la solitude, de favoriser l’esprit critique, la liberté d’expression, l’espoir et l’optimisme, tout en leur permettant de retrouver une place dans leur communauté. Certains semblent conscients du levier que représente l’atelier pour diffuser leurs idées et continuer à jouer un rôle actif dans la société. Les résultats encouragent à promouvoir, lors des ateliers axés sur le renforcement du pouvoir d’agir, la co-construction, le dialogue soignants-soignés et les projets communautaires valorisant l’altruisme. Enfin, des stratégies d’amélioration des ateliers radiophoniques sont proposées afin de garantir leur rôle dans la promotion et la valorisation de la parole des personnes âgées en institution.
Cet article explore l’importance d’intégrer la parole des personnes âgées dans les problématiques d’aménagement du territoire et d’habitat inclusif. Il souligne la nécessité de reconnaître leur expertise d’usage et de les inclure activement dans les décisions liées à leur cadre de vie via le déploiement d’outils valorisant la prise en compte de leur parole et de leur expérience. Ancrée dans une approche territoriale, l’étude CARAVANE analyse les besoins et les attentes en termes d’habitat chez des personnes âgées résidant dans trois quartiers d’une ville de plus de 100 000 habitants. L’objectif est de comprendre comment leur habitat influence leur quotidien et d’identifier des leviers d’innovation afin de co-concevoir un cahier des charges pour un habitat adapté au vieillissement. Ainsi, des méthodes qualitatives, cartes sensibles et focus groups, ont été mobilisés. À partir de ce recueil de données, des scénarios d’habitat en réalité virtuelle (VR) ont été modélisés afin d’offrir aux personnes âgées un support leur permettant de tester et de critiquer les propositions d’aménagements. Ainsi, plusieurs niveaux de concertation et dialogue sont insérés dans le processus de recherche pour prendre en compte les besoins et attentes des habitants vieillissants au regard de l’habitat.
Les personnes âgées occupent aujourd’hui une place centrale dans le système de soin japonais. Le Community-based Integrated Care System propose un nouveau modèle de soin qui nécessite l’intégration des citoyens pour endiguer la dette du pays le plus âgé du monde. Il convient néanmoins de questionner la prise en compte réelle de la parole citoyenne dans ces initiatives. Quel est le niveau de considération de ces citoyens ? Comment sont-ils intégrés dans ce système ? À l’aune du dépassement historique des 30 % de la population âgée de 65 ans et plus, l’inclusion de cette cohorte dans l’endiguement des problèmes sociaux liés à leur classe d’âge est au centre de stratégies d’action participatives. Cet article s’intéresse aux « communautés de proximité », en tant que groupes de citoyens participant au long-term care , afin de saisir la relation entre la parole des personnes âgées, les besoins territoriaux et les politiques publiques japonaises. L’analyse de différents réseaux sociaux locaux permet ainsi de mieux appréhender la participation à la prévention contre l’isolement social, les revendications habitantes ainsi que la conception et le suivi de politiques en faveur d’un vieillissement moins institutionnalisé, avec et pour les personnes concernées.
La question de la conduite automobile des personnes âgées fait l’objet de débats récurrents en France. Les interrogations concernant la nécessité d’une visite médicale obligatoire à partir d’un certain âge, la responsabilité des professionnels de santé et la place des opérateurs de terrain créent des disparités dans les discours. L’étude FAMACO, FActeurs prédictifs du MAintien de la COnduite en âge avancé, propose de mettre en avant et d’étudier la parole des vieilles et des vieux sur ce sujet. Cette étude qualitative par entretiens semi-directifs propose de recueillir les expériences, représentations, attentes et perceptions autour de la conduite à un âge avancé. Nous avons, pour ce faire, interrogé des conducteurs actifs (personnes âgées qui conduisent) et des non-conducteurs (personnes âgées ayant arrêté la conduite) entre 72 et 91 ans. Un total de 47 entretiens a été mené auprès de ces différents publics, mettant en lumière la diversité des expériences de conduite et leurs impacts sur les représentations et avis des personnes interrogées, relatifs notamment à l’instauration d’une visite médicale d’aptitude. Les résultats mettent en lumière une autorégulation certaine des personnes âgées concernant leur conduite, tout en illustrant la place importante de la voiture dans le quotidien. Les propos recueillis, hétérogènes mais plutôt en faveur de la mise en place d’une visite d’aptitude réglementée, semblent attester de la complexité de la réflexion autour de l’évaluation de la conduite, de ses modalités et des acteurs impliqués.
S’il est reconnu que l’action publique en matière de vieillissement ne se limite pas à prendre en charge la vieillesse, dans quelle mesure et de quelle manière cette logique s’articule-t-elle avec les espaces typiques de la « politique vieillesse » que sont les Ehpad ? Comment les personnes qui y habitent peuvent-elles se faire entendre en tant que citoyens, au-delà des murs des établissements ? Cet article contribue à ce débat à partir d’une recherche-action sociologique menée suivant le canevas méthodologique des ateliers de design citoyen, construite en collaboration avec des acteurs engagés dans une démarche du type « Villes Amies des Aînés » sur un territoire intercommunal du nord de la France. En donnant à voir un matériau ethnographique, cet article analyse les conditions d’émergence, de cristallisation et de restitution publique d’une parole collective citoyenne ancrée sur ce territoire. Il montre comment sont abordés et reçus certains problèmes (accès à l’espace public et à la vie sociale ; méconnaissance des droits liés aux régimes de protection juridique), tout en laissant dans l’ombre d’autres sujets ou paroles. Le point de vue réflexif proposé ici souligne l’intérêt mais aussi les fragilités d’une démarche de recherche contextualisée, permettant d’articuler des acteurs et logiques hétérogènes.
Que ce soit dans un cadre institué ou sur un mode moins formel, la parole des personnes vivant en Ehpad se caractérise encore par sa discrétion et son conformisme. Après avoir discuté les raisons de ce constat, cet article se tourne vers l’écoute de cette parole, en premier lieu celle des plaintes des résidents puis celle des familles et des soignants. Du point de vue institutionnel, ce sont autant d’aspects d’une parole commune propre à chaque établissement, comportant ses moments d’ouverture et ses silences, et qui est à la base de son unité.
Depuis des décennies, les longs métrages d’animation Disney et Pixar constituent, à l’échelle mondiale, un répertoire majeur, ce qui rend leur étude particulièrement intéressante. Rares sont pourtant, encore, les travaux qui s’attachent à analyser attentivement, et objectivement, ce vaste corpus, rassemblant, à l’automne 2025, quatre-vingt-un films. Or cette étude permet de s’interroger sur les représentations sociales, y compris au sujet des relations entre l’animal, toujours très présent dans cet univers fictionnel, et la vieillesse, qui n’y est pas escamotée. Qu’il s’agisse de l’animal de compagnie qui sauve le grand âge de la solitude le menaçant, ou d’un animal vieillissant qui nous parle de notre perception de la vieillesse et du vieillissement, les personnages dignes d’attention sont nombreux.
La médiation équine utilise le cheval comme outil thérapeutique, éducatif ou social, notamment auprès des personnes âgées. Historiquement proche de l’Homme, le cheval joue aujourd’hui un rôle essentiel en gériatrie, notamment en maison de retraite, en contribuant au maintien de l’autonomie motrice et à la stimulation de la communication affective. Le vieillissement entraîne une diminution des capacités psychomotrices et un risque accru de chutes. Grâce à leur sensibilité aux émotions humaines, les chevaux établissent un lien particulier avec les patients, les incitant à bouger, interagir et ainsi favoriser leur rééducation. La médiation équine stimule les sens, régule le tonus émotionnel et encourage les interactions sociales. Le contact physique avec l’animal procure un sentiment de sécurité et de confort, renforçant la motivation à mobiliser les capacités motrices. Cette approche offre un soutien à la fois physique et psychologique, valorise l’identité des personnes âgées et contribue à leur réhabilitation après une chute. En somme, la médiation équine constitue une méthode innovante et efficace en gériatrie, alliant plaisir, motivation et bien-être émotionnel.
Cet article propose une revue de littérature sur les obstacles et les leviers à l’inclusion numérique des personnes âgées pouvant favoriser leur engagement dans l’appropriation des technologies. Les recherches montrent que, sur le plan individuel, le manque de motivation et d’intérêt constitue un obstacle majeur à l’utilisation des technologies numériques par les personnes âgées (Helsper & Reisdorf, 2013). Les vulnérabilités physiques et cognitives, telles que les limitations sensorielles ou le déclin cognitif, peuvent également entraver l’apprentissage et l’utilisation des technologies (Khosravi & Ghapanchi, 2016 ; Vigouroux-Zugasti, 2017). Au niveau psychosocial, les attitudes négatives, les peurs associées aux technologies et les représentations sociales ambivalentes du vieillissement influencent significativement l’engagement numérique des personnes âgées (Bergström, 2023 ; Yang et al. , 2022). Les contextes culturels et les valeurs sociétales modulent également ce processus, comme le montrent des études menées en Suède, en Chine et en France (Bergström, 2023 ; Liu et al. , 2021). Les leviers identifiés pour surmonter ces obstacles incluent le renforcement de la motivation intrinsèque et du sentiment de compétence à travers des programmes de formation (Quialheiro et al. , 2023), ainsi que des approches personnalisées qui répondent aux besoins spécifiques des personnes âgées (Tomczyk et al. , 2023). La promotion de la participation sociale et de la reconnaissance, notamment via des environnements d’apprentissage conviviaux et intergénérationnels, s’avère également efficace pour soutenir l’appropriation des technologies par les personnes âgées (Pihlainen et al. , 2023 ; Vigouroux-Zugasti, 2017).
Les recherches récentes montrent que les interventions assistées par l’animal (IAA) ont un impact positif sur la qualité de vie des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer en institution. Cependant, aucune de ces études ne traite spécifiquement des comportements autocentrés, pourtant difficiles à appréhender tant pour le personnel soignant que la famille. L’objectif ici, en s’appuyant sur deux cas cliniques, est d’étudier les effets d’une intervention assistée par l’animal sur les comportements autocentrés des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer. Nos résultats montrent que le chien a sollicité de manière différente et complémentaire la communication verbale et non verbale chez ces personnes, comme déjà connu dans la littérature. De plus, en stimulant les capacités cognitives, motrices, affectives et en motivant les personnes âgées démentes, la présence du chien a pu faire diminuer ou faire disparaître les comportements autocentrés des personnes, même dans le cadre d’une maladie d’Alzheimer à un stade avancé. En pratique, cela peut permettre de changer le regard des soignants et/ou de la famille sur les personnes, puisqu’en présence du chien, ces dernières peuvent avoir un comportement plus adapté mais également être motivées à faire des choses qu’elles refusent habituellement. Cette expérience commune soignant/soigné pourra permettre le développement d’IAA spécifiques autour des comportements autocentrés, et d’une communication maintenue.
Dans un Ehpad, une ergothérapeute a mis en place un programme de médiation canine intégré aux soins non médicamenteux. Ce retour d’expérience décrit l’organisation d’ateliers structurés avec un chien médiateur, visant à favoriser le lien social, la stimulation cognitive et motrice, et à réduire l’anxiété des résidents. Le programme, inscrit dans le projet d’établissement, s’appuie sur des évaluations régulières et sur la formation du personnel. Les résultats observés indiquent une amélioration du bien-être émotionnel et de la qualité de vie des participants. L’article revient également sur les limites rencontrées comme la variabilité des effets, les contraintes organisationnelles et le bien-être de l’animal. Les auteurs proposent des pistes pour renforcer la pérennité et l’éthique de cette pratique. Ce retour vise à éclairer d’autres structures souhaitant développer une telle démarche.
Inspiré par le cadre du vieillissement en santé proposé par l’Organisation Mondiale de la Santé, le projet Vieillissement en Santé (VIeSA) vise à élaborer un guide informatif et contextualisé destiné aux seniors et aux professionnels de la santé et du social du canton de Genève. Le guide a été conçu à partir d’activités contribuant à préserver les capacités fonctionnelles identifiées dans la littérature scientifique et à permettre de réaliser un itinéraire individualisé de « vieillissement en santé » intégré et coordonné dans le réseau genevois. À des étapes différentes, le projet s’est orienté vers une démarche participative en sollicitant les parties prenantes potentielles. Cet article se concentre sur la première étape qui a eu lieu au moment de l’élaboration d’un prototype du guide. Cinq focus groups consultatifs ont été réalisés, regroupant 36 participants volontaires (seniors, professionnels de la santé et du social, représentants de communes et du canton). Les données ont été retranscrites et analysées au moyen d’une analyse thématique inductive. Les résultats montrent des divergences et des convergences de points de vue, suivis de propositions d’évolution concernant le contenu du document et son accessibilité à un large public. Ces éléments ont été intégrés dans la construction du guide, qui a ensuite été testé sur le terrain avec la mise en œuvre d’un accompagnement personnalisé.
L’opposition des patients présentant un trouble neurocognitif majeur sévère (TNCS) entraîne une double difficulté pour les soignants : supporter l’agressivité et trouver du sens à une proposition de soin refusée par le patient. Comment dépasser ce refus ? À partir de l’analyse de trois situations cliniques, nous avons analysé les capacités de sociabilisation de ces patients. Nous avons montré que les relations entre les patients ont été permises par la reconnaissance de l’autre comme son semblable, en faisant preuve de sympathie, de politesse et en partageant les émotions. Ces relations seraient possibles par une normativité sociale adaptée à leurs troubles neurocognitifs, leur permettant d’adapter leur comportement à l’autre. La reconnaissance réciproque de leur vulnérabilité a permis une capacitation et une mise en action des protagonistes ainsi que l’expression d’une identité toujours présente. Ces compétences pourraient être mobilisées pour prévenir les situations de refus de proposition de soin. Nous devons prendre en compte la subjectivité unique de ces patients : nous avons proposé la métaphore de la valse pour aller plus loin dans le respect de la temporalité de ces patients. Une plus grande liberté doit être donnée aux soignants pour adapter individuellement l’organisation des soins et aux patients d’exprimer leurs besoins. Il faudrait considérer les relations avec ces patients comme partie intégrante du soin. Un changement de paradigme est nécessaire afin d’améliorer la relation de soin avec ces patients.