
Cet article cherche à mettre en évidence l’évolution des formes d’agricultures en transition par une approche basée sur la présence d’atelier(s) de production en agriculture biologique et/ou en circuits courts à l’échelle d’un département très diversifié en termes de structures d’exploitations comme celui des Vosges. Dans un premier temps, nous nous intéressons à l’évolution de ces formes de transitions agroécologiques à l’échelle du département en nous basant sur les Recensements Agricoles 2010 et 2020. Nous montrons que la progression de ces formes de transition a été beaucoup plus nette en relatif qu’en absolu, en lien avec la forte disparition des exploitations dites « conventionnelles en filières longues », et parce que la progression des exploitations en circuits courts et en agriculture biologique a été fortement liée à la conversion de celles qui étaient déjà en circuits courts. Nous nous intéressons ensuite à la manière dont ces évolutions sont spatialement différenciées à l’intérieur du département en tenant compte des contextes pédoclimatiques et topographique du département. Nous montrons ainsi les effets d’un gradient Est-Ouest sur les formes d’intensification des exploitations et/ou d’essaimage des formes de transitions. Enfin, nous proposons une manière de décrire et de catégoriser les fermes en circuits courts à partir de données fines recueillies à partir de sources d’informations hétérogènes au grain des ateliers de production sur la partie Ouest du département des Vosges.
Face à de multiples contraintes, les systèmes agricoles et alimentaires (SAA) se transforment, grâce à des stratégies portées par des acteurs privés ou par des collectifs d’acteurs, sans concertation ni pilotage de la part des acteurs publics. Dans cet article nous nous intéressons à la résilience du SAA de la Champagne crayeuse, au nord du département de l’Aube, caractérisé par une diversité de grandes cultures, elles même structurées autour de filières spécialisées, ancrées dans le territoire et interreliées les unes aux autres. Après avoir mis en évidence les capacités de résilience du SAA dans son fonctionnement actuel, nous analysons l’impact des stratégies de diversification, accompagnées de spécialisations, opérées par les acteurs de la production ou de la transformation, sur la résilience du SAA de la Champagne crayeuse.
Diminuer et limiter les émissions de dioxyde de carbone dans l’industrie agroalimentaire est un enjeu bien identifié en Grand Est, première région en nombre de projets industriels lauréats du dispositif « décarbonation de l’industrie » du plan de relance. Cet article analyse ce dispositif à l’égard des PME autonomes qui, bien qu’accessible en apparence, ne leur est pas prioritairement destiné. La méthodologie mixte de ce travail s’appuie sur la base de données « Les soutiens aux investissements industriels » et l’apport de 12 entretiens semi-directifs de dirigeants de PME. Elle permet d’établir que les financements se concentrent sur les établissements industriels plus émetteurs de CO2, de plus grande taille et que seules les PME accompagnées bénéficient du dispositif.
La parution du recensement agricole 2020 (RA 2020) offre l’opportunité inédite de retracer 50 ans d’agriculture à l’échelle du Grand Est. L’approche quantitative est privilégiée : les données sont analysées à l’échelon départemental à partir de calculs élémentaires de parts et de taux de variation des différents ateliers végétaux et animaux. Des tendances lourdes émergent de l’analyse et permettent de dépasser les lectures tripolarisées de l’agriculture – bien connues en Grand Est – entre des plaines céréalières productives, des zones viticoles à forte valeur ajoutée et des espaces de maintien de la polyculture-élevage. Combinée ponctuellement à l’approche qualitative, l’analyse quantitative met au jour des configurations atypiques de territoires de firme autour de productions peu répandues dans la région. L’article souligne une coexistence des dynamiques de spécialisation versus de diversification selon l’échelle spatio-temporelle et/ou les ateliers de production analysés, qui renvoient aussi à des formes typiques d’agriculture de service ou de coteaux.
Cet article entend proposer, à partir d’un travail cartographique et bibliographique, une analyse géographique des Projets Alimentaires Territoriaux (PAT). Emanation de la Loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt (LOAAF) de 2014, les PAT visent à consolider des filières territorialisées et promouvoir une consommation de produits issus de circuits courts. Sans cesse plus nombreux, les PAT sont devenus des éléments structurants du Programme National pour l’Alimentation et la Nutrition dans le cadre de sa déclinaison à l’échelle locale. Sans précision dans la définition du périmètre géographique contenue dans la LOAAF, la dimension territoriale des PAT demeure très floue et interroge la portée et le portage de ces projets devenus incontournables dans les politiques publiques qui souhaitent ancrer l’agriculture et l’alimentation au sein des territoires.
Le pays des 1000 Étangs dans les Vosges du Sud ou Vosges Saônoise est un territoire limnique, dont l'identité a été construite sur la forte prégnance des étangs. Ces derniers sont tout autant des « marqueurs naturels » qui caractérisent un territoire de moyenne montagne et ses périphéries que les traces d'anciens stagnosystèmes aujourd'hui partiellement délaissés. Le paysage stagnustre est devenu identitaire, traduisant pour une population son lien construit sur la production et l'entretien de ses étangs. Cette valeur est vue comme patrimoniale. En cela, la trajectoire ancienne du pays des 1000 étangs est comparable à celle des pays d'étangs en France, cependant les dynamiques dans la gestion du patrimoine lentique des 1000 Étangs traduit désormais une volonté de pérenniser des marqueurs au sein d'un paysage agricole en évolution.
Le pays des Mille Etangs, situé sur le versant sud du Massif vosgien, entre les horsts de Luxeuil-les-Bains et de Servance, est constitué principalement par le plateau des Mille Etangs, ancien fjell, recouvert à au moins deux reprises par des glaciers de piedmont issus de glaciers qui ont recouvert les Vosges lorraines. Les trois glaciations d'ampleur décroissantes : glaciations ancienne (de Lure), moyenne (d'Ecromagny) et récente (de Servance ; Séret et al., 1990) ont laissé de nombreux vestiges glaciaires appartenant surtout à la glaciation moyenne rattachée surtout au stade isotopique marin 3. Ces témoins glaciaires se déclinent 1) sur le plateau en cuvettes de surcreusement, moraines de retrait, drumlins, blocs erratiques, stries, et 2) dans les vallées de l'Ognon et du Breuchin : roches moutonnées, complexes de moraines terminales, comprenant deux séries d'arcs morainiques, terrasses glacio-lacustres, cônes proglaciaires et terrasses fluvio-glaciaires. Ces vestiges constituent autant de géomorphosites à valoriser, le site le plus emblématique et d'importance internationale étant celui de la tourbière de la Grande Pile qui a enregistré les multiples alternances froides et tempérées depuis 140 000 ans, corrélées avec les données des carottages océaniques.
Pascal Bérion 1La « plateau des 1000 étangs » se localise au nord du département de la Haute-Saône et participe de l'extrémité méridionale du complexe vosgien.Formant une sorte de quadrilatère de 270 km2, ses côtés sont matérialisés au nord-est par la vallée de la Moselle, au sud-est par celle l'Ognon, au sud-ouest par la plaine de Lure à Luxeuil-les-Bains et au nord-ouest par la vallée du Breuchin.
En Franche-Comté, les gîtes minéraux polymétalliques sont pour l'essentiel situés dans les Vosges du Sud. À partir de la fin du XVe siècle, les mines des Vosges du Sud vont prendre un essor sans précédent avec l'exploitation intensive des minerais polymétalliques notamment le cuivre et l'argent. La mine de cuivre de la Grande Montagne à Château-Lambert est le plus important de ces gisements avec, actuellement, près de 8 240 m de réseau souterrain. Pour évacuer les eaux d'exhaure, deux grandes roues hydrauliques ont été installées dans la mine. Ces roues d'un diamètre de neuf mètres étaient elles-mêmes actionnées par l'eau de plusieurs étangs endigués situés sur les crêtes, acheminée par des canalisations en bois et par de larges gouttières taillées à la pointerolle dans le rocher. L'eau des étangs a été utilisée ici comme force motrice tout au long de la chaîne opératoire de traitement du cuivre. Dans cette région située à la marge du plateau des Mille Étangs, les anciennes mines constituent un patrimoine archéologique, témoins d'une aventure industrielle originale. La préservation de ces sites et des vestiges en quantité qu'ils contiennent, en particulier le mobilier en bois, constitue un réel enjeu scientifique dans le cadre d'une politique de valorisation culturelle et économique.
En 2016, sept nouvelles régions sont créées en France dont la nouvelle région Grand Est issue du regroupement de l'Alsace, de Champagne-Ardenne et de la Lorraine. Au bout de trois années d'existence, il est intéressant de dresser un premier bilan dans le domaine des transports de proximités qui représente l'un des budgets les plus importants. En sa qualité d'autorité organisatrice des mobilités, après négociations, elle signe une nouvelle convention d'exploitation des services TER (2017-2023) dans un environnement en pleine évolution. Elle a engagé plusieurs chantiers prioritaires pour maintenir les dessertes ferroviaires existantes, harmoniser l'offre de transport sur les trois anciennes régions et gagner en cohésion. Cette nouvelle région compte déjà à son actifs deux réalisations importantes : la réactivation des trains d'équilibre du territoire et la coordination d'achat groupé de matériel roulant transfrontalier. Et pour intégrer les mobilités de demain de nombreux projets (appels d'offre, cadencement, RER,…) sont encore en cours d'examen.
L'Est français dans le tourbillon des réformes territoriales.Quelle gouvernance pour les territoires redessinés du Grand Est et de la Bourgogne-Franche-Comté ?
Les nouveaux Länder, trente ans après la réunification, une nouvelle géographie ?Tournant démographique et action publique dans les nouveaux Länder (Allemagne) : échelles et stratégies Demografischer Wandel und Öffentliche Ordnung in den neuen Bundeländern (Deutschland)
L'Est de la France constitue un espace-carrefour majeur de l'Europe où les transports et la mobilité jouent un rôle structurant et intégrateur. Le nouvel échelon régional créé à la suite de la réforme régionale, le Grand Est, tente un assemblage complexe de trois territoires dont deux, la Lorraine et l'Alsace, présentent des similarités à la fois dans leur structuration interne et dans leur ouverture vers les voisins européens. Analysant les choix opérés dans le SRADDET, document de planification régionale, l'article montre comment le nouvel exécutif régional cherche à mettre en œuvre son ambition en prenant en compte à la fois les évolutions récentes en matière de mobilité ainsi que les enjeux locaux très structurants pour le dynamisme régional. Au final, la permanence des anciennes régions demeure prégnante, tandis que les actions régionales ont une portée limitée sur les infrastructures.
trente ans après la réunification, une nouvelle géographie ?L'évolution de la pauvreté en Allemagne de l'est : convergence avec l'ouest et accentuation des disparités socio-spatiales