
L’expérience des mères immigrantes qui vivent de la violence conjugale est marquée par diverses formes de vulnérabilité. Les interventions concomitantes pour les soutenir en maison d’hébergement et pour assurer la sécurité de leurs enfants par la protection de la jeunesse sont associées à de nombreux défis. Les autrices appuient leur article sur une revue systématique de la littérature portant sur la collaboration entre mères immigrantes, services spécialisés en violence conjugale et services de la protection de la jeunesse. Elles en proposent une analyse intersectionnelle à partir de quatre domaines de pouvoir (hégémonique, structurel, disciplinaire et interpersonnel). Cette analyse permet d’éclairer différents défis auxquels peuvent être confrontés des mères immigrantes qui vivent de la violence conjugale et les intervenant·es qui agissent avec elles dans ces deux types de services. L’article propose des pistes pour (re)penser l’accompagnement et la recherche afin de tenir davantage compte de la complexité des rapports de pouvoir à l’intersection desquels ces défis se trouvent.
À notre époque marquée par la multiplication des conflits, de nombreuses personnes entreprennent un processus migratoire pour fuir les violences. Paradoxalement, ces déplacements sont également caractérisés par un continuum de violences pour les personnes cherchant refuge. S’inscrivant dans le champ des études féministes des déplacements forcés, ce projet vise à comprendre comment les systèmes d’oppression influencent la production et la transformation des violences qui affectent les trajectoires migratoires des personnes cherchant refuge dans la région de Québec. La documentation des trajectoires migratoires individuelles et collectives, basée sur 38 récits de personnes en situation de refuge et 65 entretiens auprès de professionnel·les, a permis de dresser un portait contextualisé de la situation. L’analyse a également permis de comprendre les inégalités qui alimentent le continuum des violences et de proposer une version améliorée du cadre théorique du continuum des violences des personnes en situation de refuge.
Le texte de Sadjo Paquita et Idrissa Beogo explore l’expérience du racisme anti-Noir dans l’environnement de travail clinique à travers une étude qualitative menée auprès de 15 infirmières Noires issues de l’immigration afro-caribéenne dans la région de la capitale nationale. L’objectif est de comprendre la manière dont le racisme influe sur le quotidien des infirmières Noires dans leur pratique courante. Cinq enjeux majeurs issus de l’analyse des données ont été mis en évidence : 1) la remise en cause des compétences; 2) les affectations et les traitements différenciés; 3) la surveillance accrue; 4) le manque de soutien; et 5) l’entrave à l’avancement professionnel. Les résultats révèlent que ces dynamiques traduisent une division sexuelle et raciale du travail infirmier, ce qui maintient les infirmières Noires dans des positions subalternes limitant leur accès à des possibilités d’avancement de carrière. L’expérience du racisme anti-Noir au travail laisse voir une incidence significative sur les conditions d’exercice et perpétue un système de soins où la blanchité demeure normative. Le texte souligne l’urgence d’adopter des politiques antiracistes et un leadership infirmier plus inclusif pour assurer un environnement de travail équitable et sécuritaire.
Accéder à une vie sans violence pour soi et ses enfants entraîne de nombreux défis pour toutes les femmes qui doivent quitter un conjoint violent. Les violences communautaires poussent de nombreuses familles du Chiapas, au Mexique, à effectuer des déplacements forcés. Sur la route de l’émancipation, la quête de scénarios sécuritaires devient souvent intergénérationnelle et implique le tissage de relations solidaires entre des femmes appartenant à différents groupes ethniques et classes sociales. Les autrices abordent cette question à partir d’une démarche méthodologique ancrée dans une perspective féministe décoloniale d’accompagnement psychosocial. L’approche intersectionnelle et celle des parcours d’agentivité rendent possible de mieux aborder les enjeux contextuels ainsi que les obstacles et les besoins pragmatiques d’un féminisme matérialiste. Survivre sans toit, pour ces femmes marquées par des traumas infligés par des violences indicibles et dans un climat d’insécurité économique, physique et psychologique, exige des efforts de reconstruction sociale tangibles et un féminisme communautaire favorisant l’organisation de réseaux qui renforcent l’agentivité de toutes les femmes.
Les personnes LGBTQ+ migrantes et racisées font face à de nombreuses barrières liées à leur statut migratoire, à leur race/ethnicité, à leur orientation sexuelle et/ou identité de genre, obstacles influant sur leur santé et leur accès à des services adaptés. Pour contribuer à améliorer leur situation, la Clinique Mauve, fondée en 2020, mène de la recherche et offre des services intégrés aux personnes LGBTQ+ racisées et migrantes, en s’ancrant à des principes collaboratifs, intersectionnels et transaffirmatifs. Les auteur·rices, dans leur article, s’appuient sur des entretiens qualitatifs (n = 20) menés auprès d’intervenant·e·s de la santé et des milieux communautaires qui travaillent au sein de la Clinique. Ils mettent en lumière les pratiques de résistance et de résilience, telles que l’engagement communautaire et la collaboration intersectorielle. Ces initiatives visent à lutter contre les inégalités dans le parcours de soins et à renforcer la capacité des personnes à faire face aux défis migratoires. Plus que tout, leur article met de l’avant l’agentivité dont font preuve les collaborateur·rice·s de la Clinique, la plupart étant des personnes directement concernées par cette situation, qui cherchent à mettre en place des stratégies variées et à trouver des solutions, bien que partielles, aux situations d’oppression et de violence auxquelles sont confrontées les personnes LGBTQ+ migrantes et racisées. Un de leurs objectifs est de promouvoir un accès plus équitable aux soins.
Cet article porte sur une recherche qualitative effectuée au Nouveau-Brunswick. La recherche se penche sur l’expérience de femmes immigrantes qui vivent dans cette province, soit leur trajectoire migratoire et les situations de précarité. L’orientation théorique est ancrée dans un cadre d’analyse intersectionnelle permettant d’explorer les dimensions marquantes de l’expérience de ces femmes à partir des dimensions telles que le genre, le statut migratoire, la nationalité et la langue parlée. Le concept d’injustices épistémiques est utilisé pour saisir en quoi le savoir et la voix de ces femmes sont souvent marginalisés ou ignorés dans les sociétés d’accueil. La collecte de données a été réalisée par l’entremise d’entrevues semi-dirigées. Les résultats présentés portent sur des situations de précarité financière et d’injustices vécues par ces femmes immigrantes, ainsi que sur les réseaux sociaux qu’elles ont développés. En guise de conclusion, des pistes de réflexion sont proposées en matière d’intégration des femmes immigrantes à la société canadienne.
Cet article propose une réflexion critique sur les solidarités transnationales LGBTQI+ dans la Francophonie en mobilisant trois approches féministes complémentaires pour les repenser : le féminisme décolonial, l’intersectionnalité et l’écoféminisme. Ces approches permettent d’agir sur les asymétries de pouvoir qui structurent ces solidarités et d’éviter la reproduction de logiques néocoloniales. Le féminisme décolonial vise à renforcer l’autonomie des acteur·rices locaux en déconstruisant les rapports de domination entre Nord et Sud. L’intersectionnalité invite à intégrer les oppressions croisées affectant les personnes LGBTQI+ pour rendre les mobilisations plus inclusives. Enfin, l’écoféminisme articule justice environnementale et luttes LGBTQI+ pour mieux prendre en compte l’impact des crises écologiques sur les populations marginalisées. En s’appuyant sur les échanges de la deuxième conférence internationale d’Égides, cet article plaide pour des solidarités transnationales fondées sur 1) la reconnaissance des savoirs locaux et 2) une redistribution du pouvoir, en vue de construire des alliances plus équitables et transformatrices.
Ce travail analyse, à partir d’une démarche méthodologique collaborative et du concept de violences épistémiques proposé par Dotson (2011), les points de vue d’infirmières en obstétrique sur des femmes issues de l’immigration et les soins qui leur sont dispensés dans un centre hospitalier universitaire de Montréal. Dans un premier temps, il rapporte les témoignages des infirmières, analysés sous l’angle des processus de décrédibilisation des femmes qui sont l’objet de stéréotypes culturalisants et leurs effets sur les communications lacunaires entre elles et les membres des équipes soignantes. Dans un second temps, il met en relief les propos des infirmières sur les différences de pouvoir entre elles et les médecins et leurs dilemmes professionnels. Certaines violences épistémiques découleraient du croisement entre les stéréotypes qui sont attribués à certaines femmes et la position particulière occupée par les infirmières lorsqu’elles échouent dans leur rôle de plaidoyer, en partie à cause de leurs propres préjugés et en partie en raison des rapports interprofessionnels de pouvoir.