
La Décennie des Nations unies pour les femmes (1975‑1985) a coïncidé avec une brève période d’ouverture au cours de la guerre froide, lorsque les nations nouvellement décolonisées semblèrent avoir le dessus, ayant pris le contrôle de l’Assemblée générale des Nations unies et de plusieurs agences de l’ONU, où elles promouvaient l’idée d’un nouvel ordre économique international. Cet article examine brièvement deux réseaux d’intellectuelles activistes basées dans le Sud qui ont émergé à la fin de cette décennie. L’Association des femmes africaines pour la recherche et le développement (AFARD/ AAWORD), créée en 1977, a démontré qu’il était possible de réorienter radicalement les programmes de développement vers le bienêtre et la durabilité plutôt que vers la productivité et la croissance. L’association Development Alternatives with Women for a New Era (DAWN), fondée en 1984, partageait les objectifs de l’AFARD et en incluait quelques-unes des membres, mais elle reflétait un nouveau contexte de la guerre froide où le développement s’est réorienté vers des solutions néolibérales.
Pendant la guerre indo-pakistanaise, les États-Unis ont lié le sort de leur allié à la crédibilité de la puissance américaine. Le président Richard Nixon et son conseiller en matière de sécurité nationale, Henry Kissinger, utilisent le langage du genre pour exprimer leur conception de la crédibilité américaine, une crédibilité construite par et à travers ce langage. En suivant une approche sensible au genre inspirée des approches féministes poststructuralistes, cet article analyse les conversations enregistrées dans lesquelles Nixon et Kissinger ont formulé des mesures politiques risquées afin de paraître « durs » ou de « se comporter comme des mecs » à l’apogée du conflit de 1971. La conception de la crédibilité de Nixon et Kissinger a produit une base extrêmement instable et dangereuse pour la conduite d’une politique étrangère qui aspirait à maintenir l’équilibre des forces entre les États-Unis et l’Union soviétique.
Au cours de la guerre froide, les organisations internationales, notamment celles du système de l’ONU, sont des tribunes instrumentalisées par les deux superpuissances pour se mettre en valeur. C’est le cas de l’UNESCO. Le discours de la cosmonaute soviétique Valentina Terechkova en 1966 est la première prise de parole d’une femme soviétique dans cette enceinte. Terechkova, qui a été la première femme au monde à effectuer, en 1963, un vol dans l’espace, utilise la tribune de l’UNESCO pour introduire des enjeux de genre dans le cadre des relations internationales marquées par le contexte de guerre froide. Au-delà des rapports de force entre États marqués par la bipolarisation du monde, elle tente d’exprimer des arguments à prétention universaliste en faveur des droits des femmes et du développement, tout en produisant un discours à rhétorique typiquement soviétique.
Cet article interroge la manière dont les idéologies de la guerre froide ont participé à la construction d’un discours public sur la place sociale des femmes dans la Tanzanie nouvellement indépendante, qui se proclame socialiste et non-alignée. Pour ce faire, il retrace les références explicites et implicites au capitalisme, au socialisme et au marxisme dans les discours sur les femmes publiés dans la presse nationale swahiliphone. Ces imaginaires sont mobilisés avant tout pour construire des modèles et contre-modèles féminins, notamment les figures de la paysanne travailleuse et de la séductrice urbaine. Toutefois, alors que l’Année de la femme des Nations unies (1975) encourage le gouvernement tanzanien à préciser ses politiques d’émancipation des femmes, des articles viennent repenser les liens entre cette ambition et les socialismes, mondiaux et tanzanien.
Durant la fin des années 1940, les sections de sport et le comité national olympique soviétique intègrent les fédérations et le Comité international olympique, ce qui leur permet de prendre part aux compétitions et à la communauté mondiale des sportifs. Très vite, les championnes d’URSS remportent de francs succès. La participation soviétique y a une double fonction dans la « politique extérieure de l’image » (R. Frank). D’une part, elle donne à voir les succès en matière d’égalité femmes-hommes. D’autre part, elle permet d’obtenir des médailles, essentielles à la mesure de la suprématie soviétique en matière de sport. Cet article étudie la manière dont l’administration et les médias soviétiques ont construit – en pratique et en représentations – la supériorité sportive féminine soviétique en interaction avec l’étranger. Loin d’être isolés, les acteurs du sport soviétique s’adaptent aux règlements internationaux, aux réactions que les performances des athlètes d’URSS suscitent et aux controverses qui surgissent dans la presse de l’adversaire.
Le parchemin fiscal Mur 10, découvert dans les grottes du wadi Murabba'ât, permet de montrer que, durant la révolte de Bar Kokhba (132‑135 de notre ère), des femmes étaient soumises à l'impôt. La chose est d'autant moins anodine que la relation des femmes à la fiscalité est complexe en Judée romaine (entre 6 et 135). Si les femmes sont plus tôt que les hommes contribuables de la fiscalité provinciale, elles sont au contraire en position de retrait pour ce qui concerne le système fiscal du temple, dont le paiement constitue un élément identitaire du peuple juif. Le choix du rebelle d'astreindre les femmes au paiement est donc d'autant plus paradoxal, qu'en les plaçant comme sujettes (c'est le sens de l'imposition fiscale), il réduit l'inégalité structurelle entre hommes et femmes au regard de l'administration.
Même avant le lancement du Spoutnik en 1957, les membres du gouvernement américain craignaient une pénurie croissante de main-d’œuvre, en particulier de scientifiques et d’ingénieurs, et s’inquiétaient du fait que la mobilisation soviétique des femmes dans la population active donnait aux communistes un avantage considérable. La dérision populaire à l’égard des qualités « non féminines » des femmes russes s’est heurtée aux besoins de l’économie américaine et, finalement, le gouvernement américain a commencé à mettre en œuvre des politiques qui ont préparé le terrain pour le mouvement féministe américain qui a suivi. Cet article analyse les discours contradictoires de deux sources primaires de la fin des années 1950. L’engagement du bloc de l’Est en faveur de l’éducation, de la formation et du plein emploi des femmes a forcé les États-Unis à réévaluer leur position sur la famille traditionnelle. La crainte de la supériorité technique soviétique a donc été un facteur important, et généralement négligé, de l’expansion des droits des femmes aux États-Unis dans la seconde moitié du xxe siècle.
Les activités textiles auxquelles Pénélope est associée dans l’Odyssée semblent être, jusqu’à maintenant, relativement peu figurées sur les vases antérieurs aux époques archaïque et classique. Pourtant, les sources textuelles comme les données archéologiques montrent que ces activités étaient essentielles dans les sociétés anciennes. Cet article réexamine certaines scènes, celles dites aux rattles, dont l’apparition, sur une série de pichets remonte au Géométrique récent. Traditionnellement, ces scènes sont interprétées de différentes manières : cérémonie sacrée, scène de banquet, performance musicale ou encore jeux de plateau. L’objectif est de réévaluer ces interprétations et d’en proposer une lecture complémentaire.
Appuyé sur un document, cet article esquisse l’histoire d’une organisation mal connue et éphémère : « le Bureau de liaison issu de la rencontre internationale des femmes 1960 », rencontre dont l’initiative revient à la Fédération démocratique internationale des femmes. Il explicite également le rôle qu’y a joué la militante française Marguerite Thibert, animé de l’espoir de dépasser la guerre froide. Mais la neutralité et l’équilibre politiques souhaités pour parler au nom de toutes les femmes se heurtent aux tensions internationales qui alimentent, d’un côté, l’anticommunisme et, de l’autre, des stratégies d’instrumentalisation des solidarités.