
Abstract Popularly known in Brazil as golpes financeiros or simply golpes , financial scams and fraud reached an unprecedented level during and after the Covid-19 pandemic. This article investigates struggles over debt derived from golpes in cases of digital credit-money that was intercepted from within a financial institution. Engaging with anthropological literature on fraud and illicit economies, the ethnography tracks the life of the debt and the victims’ attempts to contest the debt from credit they never spent. In examining intricate questions of complicity, such as when banks and credit companies uphold repayment of fraudulent debt and appeal court decisions favouring the victim, the article shows how these actions blur the boundaries between fraudsters and financial institutions, trapping people in a predatory credit economy. Résumé Au Brésil, les arnaques financières et la fraude, dites golpes financeiros ou tout simplement golpes, ont multiplié pendant et après la pandémie du Covid-19. Cet article examine les luttes concernant la dette occasionnée par les golpes quand l'argent-crédit numérique a été intercepté à l'intérieur de l’établissement bancaire. En dialogue avec la littérature anthropologique sur la fraude et les économies illicites, cette ethnographie suit la vie de la dette et les efforts de victimes à contester le déficit créé par le crédit qu'ils n'ont jamais dépensé. En examinant des questions complexes de la complicité, quand les banques et les sociétés de crédit défendent le remboursement de la dette frauduleuse et font appel aux décisions judiciaires en faveur de la victime, nous montrons comment ces actions brouillent les distinctions entre les fraudeurs et les établissements bancaires, afin d'emprisonner les gens dans une économie de crédit dangereuse.
Abstract I draw from experiences with WhatsApp group chats used by Milanese LGBTQ+ organisations to study a peculiar point of interest, for ethnographers in digital contexts: the non-gradual dynamics of digital spaces. I employ Science and Technology Studies concepts to explain two ‘oddities’ about group chats: the instantaneous act of ‘adding’ someone to a messaging group, and the ability to sort participants into neatly separated ones. These instances of group chat non-graduality are scarcely representative of the social dynamics happening among participants. Therefore, I argue for not approaching group chats as representations of offline groups, but as tools of non-graduality employed by them. I suggest a parallel between digital media and symbolic social categorisations, arguing that they both offer to society particularly clear tools for non-graduality and boundary drawing. Résumé Nous nous appuyons sur des expériences avec les chats de groupes WhatsApp qui sont utilisés par les organisations LGBTQ+ à Milan pour étudier un point d'intérêt particulier chez les ethnographes qui s'intéressent aux contextes numériques : les dynamiques non-graduelles des espaces numériques. Nous utilisons les concepts des études en science et technologie pour expliquer deux ‘phénomènes étranges’ concernant ces chats de groupes : l'acte instantané d'ajouter quelqu'un au groupe, et la capacité de classer des participants dans des groupes nettement séparés. Ces instances de chat de groupe non-gradualité ne sont guère représentatifs des dynamiques sociales fonctionnant en parallèle chez les participants. Ainsi, nous arguons que nous ne devrons pas considérer les chats de groupe comme des représentations de groupes non-connectés, mais plutôt comme des outils de non-gradualité qui sont utilisés par ces groupes. Nous proposons un parallèle entre les médias numériques et les catégorisations sociales et symboliques, en arguant que tous les deux offrent à la société des outils efficaces pour la non-gradualité et pour l’établissement de frontières.
Abstract Fascism is no longer the despised agenda of despicable individuals and reviled factions; we all occupy a political field increasingly defined by the exigencies of contemporary fascism. And this fact, even from the perspective of a few years ago, would have been unthinkable. In this short piece, I explore several critical dimensions of this troubling predicament. One insight predominates, the deeply unsettling, and for some heretical, assertion regarding the affinities between fascism and anthropology. What was imagined initially to be an anthropological account of or about fascism revealed the anthropology operating within it. The compendium of outlooks presented herein offer a preliminary account of ‘true fascism’, a concept I employ with deliberate and caustic irony emphasising the entangled nature of contemporary fascism with the genealogies of ideas that mark the history of anthropology. Underwriting fascism is an illiberal anthropology that can colonized every expression of identity and attachment, every aspect of truth, beauty, piety, resentment, and depravity. Young activists thus seek to define not just our politics but our intimacies our moods; our sense of what is just and unjust; what we take to be real and unreal; and, ultimately, what we take to be human. Résumé Le fascisme n'est plus le programme méprisé des individus méchants et des factions vilipendées. Nous tous occupons un champ politique qui est de plus en plus caractérisé par les exigences du fascisme contemporain. Il y a quelques années, ce fait aurait été impensable. Dans ce court essai, nous explorons plusieurs dimensions critiques de cette situation troublante. Un aperçu est dominant, c'est l'assertion déstabilisante, même hérétique, concernant les affinités entre le fascisme et l'anthropologie. Ce qui a été imaginé initialement comme une étude anthropologique sur le fascisme a révélé l'anthropologie active au sein du fascisme. L'anthologie des perspectives que nous présentons ici offre un premier rapport sur le ‘vrai fascisme’. Nous utilisons ce concept avec une ironie caustique et délibérée pour insister sur l'entrelacement de la nature du fascisme contemporain et les généalogies des idées qui marquaient l'histoire de l'anthropologie. Derrière le fascisme existe une anthropologie antilibérale qui est capable de coloniser toute expression de l'identité et de l'attachement, et tout aspect de la vérité, de la beauté, de la piété, du ressentiment et de la dépravation. Ainsi, des jeunes activistes cherchent à définir pas seulement notre politique mais aussi nos expressions d'intimité, nos humeurs, notre sens de ce qui est juste et de ce qui est injuste, notre capacité de distinguer le réel et l'irréel, et en fin de compte ce qui nous considérons humain.
Abstract The 2030 Agenda for Sustainable Development, adopted by the United Nations member states in 2015, prioritises demonstrated impact for development projects. The ongoing institutionalisation of the social enterprise sector extends to development discourses in places like Vietnam. In this article, I focus on interactions between social entrepreneurs, proponents of the UN Sustainable Development Goals and investors. While social entrepreneurs are driven by a social mission, development and financial experts push for quantifiable impact and scalable business models that potentially jeopardise this mission. Based on fourteen months of ethnographic research, I examine the negotiations between experts and social entrepreneurs via the ‘impactisation’ of development and the narrative of scaling and discuss the resulting challenges for social entrepreneurs in Vietnam. Résumé L'Agenda 2030 pour le développement durable, adopté en 2015 par les états-membres des Nations Unies, prioritise l'impact démontré pour des projets de développement. L'institutionnalisation continuelle du secteur des entreprises sociales englobe les discours de développement dans plusieurs pays y compris le Vietnam. Dans cet article, nous focalisons sur des rapports entre les entrepreneurs sociaux, les supporteurs des objectifs en développement durable établis par les Nations Unies, et les investisseurs. Alors que les entrepreneurs sociaux sont motivés par une mission sociale, les experts de finance et développement quant à eux veulent imposer des mesures d'impact et des modèles d'entreprise échéable. Leurs efforts ont le potentiel de porter atteinte à la mission sociale. En s'appuyant sur des recherches ethnographiques menées pendant quatorze mois, nous examinons les négociations entre les experts et les entrepreneurs sociaux via ‘le processus d'impact’ du développement et la narrative d’échellement. En fin de compte nous discutons les défis qui en résultent pour des entrepreneurs sociaux au Vietnam.
Abstract This study applies trading zones and actor-network theory (ANT) to analyze the history and social ontology of international proto-megascience experiments in high-energy physics during the 1970s and 1980s. The trading zones framework is especially useful here because these collaborations linked scientific cultures shaped by marked social and ontological differences. I argue that trading zones and actor-network theory are structurally similar and complementary for understanding these experiments. This study examines how the megascience experiments gradually changed from a heterogeneous type of trading zone initiated by institutional coercion to a homogeneous type of trading zone, spreading samples of their technological language and research practices throughout the scientific community. Combining trading zones and ANT helps clarify proto-megascience experiments and trace their shift from heterogeneous to homogeneous trading zones. The interpretation of proto-megascience experiments through the joint lens of trading zone/ANT can provide broad insights about international collaboration. Résumé Cette étude applique les zones commerciales et la théorie de réseaux d'acteurs pour analyser l'histoire et l'ontologie sociale des expériences internationales proto-méga science dans la physique de haute-énergie pendant les années 1970 et 1980. Le cadre de zones commerciales est particulièrement utile dans ce cas parce que ces partenariats ont tissé des liens entre des cultures scientifiques marquées par des fortes différences sociales et ontologiques. Nous arguons que les zones commerciales et la théorie de réseaux d'acteurs se ressemblent structurellement et se complètent pour comprendre ces expériences. Cette étude examine comment petit à petit les expériences méga science changeaient d'un type hétérogène de zone commerciale initié par la coercion institutionnelle en un type homogène de zone commerciale, pour envoyer des échantillons de leur langage technique et de leurs pratiques de recherche à la communauté scientifique. En combinant les zones commerciales et la théorie de réseaux d'acteurs, nous pourrions clarifier les expériences proto-méga science et tracer leur changement de zones commerciales hétérogènes en zones commerciales homogènes. L'interprétation des expériences méga science au travers la perspective double des zones commerciales et de la théorie de réseaux d'acteurs peut nous fournir des aperçus larges sur la collaboration mondiale.
Abstract This article explores class precarity among male heavy industrial shopfloor workers in northern Vietnam. It brings Vietnamese understandings of crisis into a dialogue with the anthropology of crisis, arguing a crisis framework offers a helpful analytical entry to exploring gendered class precarity. Striving to provide quality healthcare and education for their children in Vietnam's ‘socialist-oriented market economy’, men working in global industry are reconceptualising stereotypical images of the masculine male factory worker and the role of fathers. As they aspire to become part of Vietnam's affluent middle class, low-income workers muster resilience to mitigate and cope with enduring financial challenges. Any added crisis not only fuels but also exacerbates an economic ‘latent crisis’ underpinning daily life, like a smouldering ember that could ignite at any time. Résumé Cet article explore la précarité de classe parmi les ouvriers de l'industrie lourd au Vietnam du nord. Nous mettons les connaissances vietnamiennes de crise en dialogue avec l'anthropologie de crise, et nous arguons qu'un cadre de crise offre une entrée analytique utile pour l'exploration de la précarité de classe genrée. En s'efforçant de fournir les soins et l’éducation de qualité pour leurs enfants dans ‘l’économie de marché orientée vers le socialisme’ au Vietnam, les ouvriers qui travaillent dans l'industrie mondiale sont en train de reconceptualiser les images stéréotypiques de l'ouvrier masculin à l'usine et le rôle des pères. Au fur et à mesure qu'ils aspirent de devenir membres de la haute bourgeoisie vietnamienne, les ouvriers pauvres activent la résilience afin de mitiger et de supporter les défis financiers pérennes. Toute crise supplémentaire alimente et aggrave une ‘crise latente’ économique dans la vie de tous les jours, comme des braises qui puissent s'enflammer à n'importe quel moment.
Abstract In a time of escalating environmental, political and social crises, Anthropology has transformative potential yet faces existential threats. This article argues for a regenerative Anthropology – one that not only critiques the colonial-capitalist systems driving breakdown, but also actively contributes to alternative, life-affirming futures. Drawing on insights from regenerative agriculture, activism and multispecies ethnography, we explore how Anthropology can support transformations towards more sustainable futures by reviving diverse knowledges, practices and ways of being. At the same time, Anthropology itself must evolve. As universities undergo neoliberal restructuring and departments shrink, we propose a fuller shift towards engagement and accessibility, and a pedagogy that balances critique with practice, and imagination with action. In an era of upheaval, Anthropology can – and must – become a force for regeneration, both within and beyond the academy. Résumé Dans une période de crises environnementales, politiques et sociales grandissantes, l'anthropologie a un potentiel transformatif mais la discipline se trouve face à des menaces existentielles. Cet article plaid pour une anthropologie régénérative — une discipline qui ne se contente pas de critiquer les systèmes colonial-capitalistes conduisant à la dégradation, mais plutôt une discipline qui contribue activement à la construction des avenirs alternatifs et respectueux du vivant. En s'appuyant sur des aperçus de l'agriculture régénérative, l'activisme et l'ethnographie multi-espèces, nous explorons comment l'anthropologie peut soutenir des transformations vers des avenirs plus durables en resuscitant divers savoirs, pratiques et modes de vie. Au même temps, l'anthropologie elle-même doit évoluer. Tandis que les universités subissent la restructuration néo-libérale et les facultés s'amenuisent, nous proposons un changement plus conséquent vers l'engagement et l'accessibilité, ainsi qu'une pédagogie capable d’équilibrer la critique et la pratique, l'imagination et l'action. Dans une période de bouleversement, l'anthropologie peut — et doit — devenir une force pour la régénération, dans le monde académique comme dans la société.
Abstract This article examines how forced displacement and international aid reshape local authority, focusing on the role of customary leaders in refugee-hosting areas. Drawing on two years of ethnographic fieldwork, it analyses how chiefs navigate increasingly plural governance landscapes shaped by state officials, aid organisations and refugee-led institutions. Mobilising the concept of polycephaly of power, the article argues that authority in displacement contexts is not eroded but rather reconfigured through negotiation and brokerage. Forced migration reveals both the resilience and the fragility of customary institutions, while aid interventions simultaneously reshape local hierarchies and reinforce state authority. Polycephaly constitutes a mode of governance shaped by symbolic capital, negotiation and overlapping claims to legitimacy. Forced displacement becomes a site of political reconfiguration where authority is enacted, contested and continuously reassembled. Résumé Cet article examine comment le déplacement forcé et l'aide humanitaire façonnent l'autorité locale, en focalisant sur le rôle de chefs coutumiers dans les territoires qui accueillent les réfugiés. En s'appuyant sur deux années de recherches ethnographiques sur le terrain, nous analysons comment les chefs naviguent de nombreuses formes de gouvernance façonnées par les fonctionnaires, les organismes d'aide humanitaire et les institutions dirigées par les réfugiés. En mobilisant le concept du pouvoir polycéphale, nous arguons que, dans les contextes de déplacement forcé, l'autorité n'est pas diminuée mais plutôt reconfigurée au travers la négociation et le courtage. La migration forcée révèle à la fois la résilience et la fragilité des institutions coutumières, tandis que les interventions d'aide façonnent les hiérarchies locales et renforcent l'autorité d’état simultanément. Le pouvoir polycéphale constitue une forme de gouvernance façonnée par le capital symbolique, la négociation et les réclamations superposées à la légitimité. Le déplacement forcé devient un site de reconfiguration politique où l'autorité est performée, contestée et réorganisée en continu.
Abstract Cultural cosmologies about land depict it as a generative material of propagating life. This regards its mechanism to influence life processes, including generation and regeneration – aspects that embody human growth and well-being. For the Luo of western Kenya, those aspects of life propagation are negated by another reality that ‘land is a witch’ – it can degenerate human vitalities. The degeneration occurs through an agentive potency activated through eco-immoralities occasioned by human and nonhuman entities. The article explores the agentive potency of land and its aspect to permeate the human body and alter its performance and status. It contributes to the anthropology of elemental thinking by revealing the land's potency, which enables it to act on its own right and affect life. Résumé Les cosmologies culturelles représentent la terre comme un matériel génératif qui propage la vie. Cela concerne son mécanisme pour influencer le processus de vie, y compris la génération et la régénération — des aspects qui englobent la croissance humaine et le bien-être. Pour le peuple Luo au Kenya occidental, ces aspects de la propagation de vie sont réduits à néant par une autre réalité que ‘la terre est une sorcière’ — elle peut dégénérer des vitalités humaines. La dégénération se produise au travers une puissance dynamique qui est activée à cause des éco-immoralités produites par des entités humains et non-humains. Cet article explore la puissance dynamique de la terre et sa capacité de s'infiltrer le corps humain et de changer sa performance et son statut. L'article contribue à l'anthropologie de pensée élémentaire en révélant la puissance de la terre qui la permet d'agir indépendamment et impacter la vie.
Abstract This article explores charity and voluntarism in England's NHS during a period of ‘extended crisis’. Based on ethnographic research with an NHS charity, it examines how charitable organisations fulfil a dual role, by supplementing healthcare services and providing a ‘safety net’ to volunteers. Through the concept of ‘everyday pragmatism’, the article explains paid staff and volunteers’ motivations to improve present circumstances, while imagining a better future. The discussion contributes to wider debates about the reconfiguration of welfare states, suggesting that charity and voluntarism within the NHS are imperfect solutions that nonetheless genuinely seek to redress inequalities. Ultimately, everyday pragmatism describes people's motivations to act not only despite the circumstances, but in acknowledgement of them. Résumé Cet article explore la charité et le bénévolat dans les services nationaux de santé en Angleterre dans une période de ‘crise étendue’. En s'appuyant sur la recherche ethnographique avec un service national de santé, nous examinons comment les organismes de charité remplissent un double rôle, en soutenant les services médicaux et en fournissant un ‘filet de sécurité’ aux bénévoles. Au travers le concept de ‘pragmatisme de tous les jours’, l'article explique les motivations des salariés et des bénévoles pour améliorer les circonstances actuelles et pour imaginer un meilleur avenir. La discussion contribue aux débats plus conséquents sur la reconfiguration des États-providence, en proposant que la charité et le bénévolat dans les services nationaux de santé sont des solutions imparfaites qui visent à réduire les inégalités. En fin de compte, le pragmatisme de tous les jours décrivent les motivations de gens de pouvoir agir non seulement à cause de circonstances mais aussi en reconnaissance de ces circonstances elles-mêmes.
Abstract This article asks how freedom might serve as a comparative category for anthropology and proposes that we approach ‘freedom talk’ as an act of ideological demarcation or boundary making. Drawing on ethnographic research with conservative evangelicals in the UK and Unitarian Universalists in the United States, I show how both communities’ references to choice, liberty and autonomy work to cement group identity not only through a shared vision of the good, but through shared judgement of the bad. Freedom talk, then, is both an exercise of and fodder for collective judgement – a means of distinguishing oneself from socio-political Others. Résumé Cet article questionne comment la liberté pourrait servir comme une catégorie comparative pour l'anthropologie. Nous proposons de conceptualiser ‘le discours de liberté’ comme une acte de démarcation idéologique ou la création de limites. En s'appuyant sur la recherche ethnographique avec des évangéliques conservateurs au Royaume-Uni et les universalistes unitariens aux États-Unis, nous montrons comment ces deux communités font référence aux notions de choix, de liberté et d'autonomie afin de renforcer l'identité de groupe. Cette stratégie se repose sur une vision partagée du bien ainsi qu'une vision partagée du mal. Le discours de liberté est à la fois un exercice et un matériel pour le jugement collectif — c'est un moyen de se distinguer vis-à-vis les Autres socio-politiques.
Rural public servants in Ethiopia are responsible for enacting policies that are subject to competing and contradictory demands, and that often do not accord with people's existing priorities. Referring to the riddling Amharic language game of enkokilish , government workers described their work as like a game: repetitive, unproductive and not grounded in reality. This article will look at how initiatives to improve sanitation under the Ethiopian People's Revolutionary Democratic Front government, in concert with international development actors, resulted in different registers of absurdity, from attempts at fomenting humiliation among rural populations to the fake latrines that studded the landscape of North Shewa to the production of invented statistics. These performances of compliance from both local people and government workers are not merely spectacle but affected how the state is experienced by those who work for it, and how it is perceived by its citizens. Les fonctionnaires dans les territoires ruraux de l’Éthiopie sont responsables pour la mise en place des politiques qui peuvent subir des demandes rivales et contradictoires, et qui souvent vont à l'encontre des priorités existantes de gens. En faisant référence au jeu de devinette en langue Amharic, qui s'appelle enkokilish , les fonctionnaires ont décrit leur travail comme un jeu : répétitif, improductif, et n'ayant aucune fondation dans la réalité. Cet article considère comment les initiatives pour améliorer les installations sanitaires, sous le régime du Front démocratique et révolutionnaire des éthiopiens, avec la participation des organismes du développement international, ont créé plusieurs registres d'absurdité. Ces registres vont des tentatives pour fomenter l'humiliation parmi des populations rurales, aux fausses latrines éparpillées dans le paysage de Shewa du Nord, à la production des statistiques inventées. Ces manifestations de conformité, par les fonctionnaires ainsi que par les habitants, ne sont pas seulement un spectacle, mais plutôt elles ont impacté la façon dont l’état est vécu par des travailleurs et perçu par des citoyens.
This article describes the migratory experience of Merule, an undocumented Nigerian citizen living at the centre of two different but complementary rules regulating migration to Italy. He entered the country legally but fell into irregularity three years later. In 2020, he enrolled in a state-led regularisation programme. Merule's situation uncovers some paradoxical effects of the Italian migration regime, which appear absurd to those stuck in it. First, the path to legal status demands informal or illegal practices and false declarations about one's condition. Second, bureaucracy works as governance at a distance, exacerbating applicants’ suffering and anxiety. Third, a legal pathway designed to last only a few months results in a years-long wait, which places applicants in legal limbo with reduced space for individual agency. Cet article décrit l'expérience migratoire de Merule, un citoyen de Niger sans papiers qui vit au centre de deux règlements différents mais complémentaires concernant la migration en Italie. Merule est entré au pays légalement mais, trois ans plus tard, il se trouve dans une situation irrégulière. En 2020, il s'inscrit à un programme de régularisation mené par l’État. La situation de Merule révèle quelques conséquences paradoxales du régime italien de migration dont l'absurdité est reconnue par ceux qui sont dedans. Tout d'abord, le chemin vers le statut légal nécessite des pratiques informelles ou illégales ainsi que des déclarations fausses concernant sa condition. Deuxièmement, la bureaucratie fonctionne comme un processus de gouvernance en distanciel, dont les effets augmentent la souffrance et l'angoisse des candidats. Troisièmement, un processus légal, qui a été conçu à durer quelques mois, résulte dans un délai de plusieurs années. En attendant une décision, les candidats sont coincés du point de vue légal avec très peu de marge pour l'agentivité individuelle.
This article examines the repeated encounters young civil society activists in the city of Kuching, Sarawak, Malaysia, have with a public hi-fi system playing music for an empty traffic intersection and their choice to describe this roundabout as absurd. I read these claims as symptomatic of uncanny dynamics in Kuchingite urbanity. Deploying the language of absurdity helps my interlocutors evade political risk by constructing strategic ambiguities. Through a Derridean analytic of speech acts I articulate how these ambiguities serve pragmatic ends. My interlocutors’ use of absurdity manipulates subtle overlaps of satirising play and power appeasing elisions of critique. Through this playful tension the exploitative logics embedded in Kuching's capital-centric urbanity may be productively managed by careful instrumentalisation of the ambiguities of Kuching's urban uncanny. Cet article examine les rencontres répétées entre des jeunes activistes de société civile dans la ville de Kuching, en Sarawak, Malaysie, et un système de radio public. Ce système de radio tourne à une intersection désertée et les activistes se moque de l'absurdité de ce rond-point. Nous considérons ces affirmations comme un symptôme des dynamiques étranges de l'urbanité Kuchingite. La pratique de la langue d'absurdité aide mes interlocuteurs à éviter le risque politique grâce à la construction des ambiguïtés stratégiques. Au travers un analyse des actes de parler, inspiré de Derrida, nous montrons comment ces ambiguïtés serviront des fins pragmatiques. L'utilisation d'absurdité par nos interlocuteurs est une façon de manipuler les chevauchements subtils dans la satire de jeu et de pouvoir afin d'apaiser les élisions de critique. Au travers cette tension taquine, la logique d'exploitation enfoncée dans l'urbanité centrale de Kuching peut être contrôlée à des fins productives par une instrumentalisation prudente des ambiguïtés de l’étrangeté urbaine à Kuching.
In Cuba, the government inspires fear among citizens because of its capacity to discipline and punish, but also laughter for its tendency to make ridiculous declarations. Drawing on ethnographic fieldwork in Havana, this article examines the political origins of two types of experiences of absurdity in Cuba: perplexing statements from official leaders and legal regulations that are so opaque that people struggle to understand them. Both kinds of absurdity emerge from people's inability to read commonsense logic into state actions. Although government decisions and declarations may blatantly contradict popular understanding, they are rarely criticised openly in the official public domain. Rather, critique is reserved for the confines of people's homes, or in semi-private online spaces. But while fear may suppress public debate, laughter is never far away. The restricted nature of Cuban political discourse creates fertile ground for comedy to expose the absurdity at its core. En Cuba, le gouvernement inspire de la peur parmi des citoyens à cause de sa capacité à discipliner et à punir, mais il inspire également des rires par sa tendance à faire des déclarations ridicules. En s'appuyant sur le travail de terrain ethnographique à la Havane, cet article étudie les origines politiques de deux types d'expériences d'absurdité en Cuba : des annonces bizarres par les chefs officiels et des réglementations légales qui sont tellement opaque que les gens ne peuvent pas les comprendre. Ces deux formes d'absurdité émergent de l'incapacité des gens à trouver une logique pleine de bons sens dans les actions d’état. Les décisions et déclarations gouvernementales ne sont que rarement critiqué dans l'espace public et officiel, même si elles vont à l'encontre de la compréhension populaire. La critique est plutôt réservée à l'espace privé, soit à domicile soit sur des réseaux sociaux semi-privés. Tandis que la peur peut limiter le débat public, les rires ne sont jamais loin. La nature limitée du discours politique en Cuba crée un terrain fertile pour la comédie à exposer l'absurdité au cœur de ce même discours.
How do people make life meaningful amid institutions that have ceased to function? This article examines how railway workers in Mali navigate the paradox of working for a company the state declared had never legally existed. Amid halted trains, irregular wages and opaque governance, workers experienced a profound sense of absurdity shaped by the decaying infrastructure of the Dakar-Bamako railway and broken promises of renovation. Such uncertain grounds fuelled speculative practices, ranging from conspiratorial narratives to horse betting and the repurposing of old skills, through which workers responded to precarious circumstances. These practices critiqued hollow government assurances while foregrounding temporal entanglements, as uncertain futures spilled into the present and the colonial past resurfaced. Framing speculation as a means of forging solidarity and reclaiming agency, the article shows how workers rendered disorienting conditions liveable through gambling, gossip and reinvention. Dans des circonstances où les institutions ne fonctionnent plus, comment rendre la vie constructive ? Cet article examine comment les travailleurs du système ferroviaire au Mali navigue le paradoxe de travailler pour une entreprise qui, d'après l’État, n'a jamais existé légalement. Au milieu des trains à l'arrêt, des salaires irréguliers, et la gouvernance opaque, les travailleurs ont vécu un sens profond d'absurdité qui a été façonné par l'infrastructure obsolète du chemin de fer Dakar-Bamako et des promesses rompues de rénovation. Ces conditions instables ont aggravé des pratiques spéculatives, allant des narratives entendues au pari sur des chevaux et le recyclage des vieilles compétences, par lesquelles les travailleurs ont répondu aux circonstances précaires. Ces pratiques ont critiqué les promesses vides du gouvernement, et en même temps elles ont mis en avant les imbroglios temporels, tandis que les avenirs incertains sont devenus le présent et le passé colonial est remonté à la surface. En encadrant la spéculation comme une façon de forger la solidarité et de reconquérir l'agentivité, l'article montre comment les travailleurs ont transformé des conditions confuses en conditions vivables au travers les jeux d'argent, les commérages, et la réinvention.
This review provides an overview of significant themes that have emerged in English-speaking European anthropology in 2024. Methodologically, theoretically and thematically diverse, anthropological scholarship cannot be comprehensively captured without compromising ethnographic complexity and intellectual vibrancy. Nevertheless, this review loosely groups works under three prevailing themes. The first concerns endemic and existential doubt, the second looks at intimate relations and the third focuses on the environment and more-than-human others. Throughout 2024, significant thematic focus has pivoted on pervasive doubt and distrust, which amplifies atmospheres of confusion and intercedes in intimate relations. We find individuals struggling with racial, gender or state-based violence, orthodox and emerging patterns of power that have lasting repercussions on intimate relations and empathetic or coercive expressions of care. Against this background, individuals, institutions, families and communities are re-evaluating alliances with human and more-than-human others and establishing novel avenues for agency and critique. Cette étude vise à donner un aperçu des thématiques importants qui ont émergé dans l'Anthropologie européenne pendant l'année 2024. Très divers, du point de vue méthodologique, théorique, et thématique, le savoir anthropologique ne peut pas être saisi entièrement sans compromettre la complexité ethnographique et le dynamisme intellectuel. Néanmoins, cette étude examine des travaux qui sont groupés de façon souple par thème. Nous avons identifié trois thèmes persistants. Le premier thème concerne le doute endémique et existentiel ; le deuxième thème considère les rapport intimes ; et le troisième thème focalise sur l'environnement et les autres plus-que-humains. Pendant l'année 2024, une attention particulière a été accordé au doute pervasif et à la suspicion, ce dernier phénomène augmente les atmosphères de confusion et s'invite dans les rapports intimes. Nous trouvons des individus qui se heurtent contre la violence de genre ou de race, ou contre la violence créée par l’état, ainsi que les modes de pouvoir traditionnels ou nouveaux qui ont des répercussions durables sur des rapports intimes, et sur les expressions de soin basée sur la coercion ou de l'empathie. Contre ce tableau, des individus, des institutions, des familles et des communautés sont en train de réévaluer leurs alliances avec les êtres humains et les autres plus-que-humains, et d’établir des chemins nouveaux pour l'agentivité et la critique.
Waiting, and the ways in which time is expanded, dilated and thinned out by waiting, holds a prominent place in the literature on migration temporalities. However, in the less interventionist migration regimes of non-Western contexts, time takes on different qualities. This article examines the temporal experiences of Syrian refugees who lived in Turkey between 2011 and 2016 before arriving in Germany. In their narratives of life in Turkey, the present was not marked by emptiness or stasis but by familiarity and viscosity. The quality of familiarity arises from governmental policy choices as well as Turkey's cultural proximity to Syria. The quality of viscosity owes as much to the global organisation of capitalism as it does to Turkey's migration legislation. Attendre, et les manières par lesquelles le temps est élargi, dilué et amaigri par le fait d'attendre, tiennent une place importante dans la littérature sur les temporalités de migration. Pourtant, dans les régimes de migration moins interventionnistes qui caractérisent des contextes non-occidentaux, le temps assume des qualités différentes. Cet article examine des expériences temporelles des réfugiés syriens qui ont vécu en Turquie entre 2011 et 2016, avant d'arriver en Allemagne. Dans leurs narratives concernant la vie en Turquie, le présent n’était pas marqué par un sentiment de vide ou de stase mais plutôt par la familiarité et la viscosité. La qualité de familiarité est liée aux choix de la politique gouvernementale ainsi que à la proximité culturelle entre la Turquie et la Syrie. La qualité de viscosité résulte à la fois de l'organisation globale du capitalisme et de la législation sur la migration en Turquie.
This article explores the concept of diversity as enacted by selected social movements and local institutions in the Basque town of Errenteria. Emphasising the euphemistic uses of the term, we analyse its scenification in feminist, anti-racist and cultural-linguistic action. The first staging is at the Women's House, where diverse origins, languages and sexual preferences are represented, but self-defined racialised women are absent. At the second staging, the Rices of the World Fair, cultural diversity is performed through markers such as food, music and dress, and at the third, on the town's festival stage, linguistic diversity is addressed through song. Our lead question, prompted by an interviewee, asks: is it always necessary to ‘be diverse’ or would it be more effective – or desirable – to go it alone? Cet article étudie le concept de la diversité constitué par une sélection de mouvements sociaux et d'institutions locales à Errenteria, une ville basque. En soulignant les usages euphémiques de ce terme, nous analysons sa mise en scène dans l'action féministe, anti-raciste et culturelle-linguistique. La première mise en scène se déroule à la Maison des femmes. Dans cet établissement on trouve des personnes de diverses origines, langues et tendances sexuelles, mais des femmes racistes autoproclamé sont absentes. La deuxième mise en scène se déroule à la Foire des riz du monde où des signes de la diversité culturelle sont évidents dans la nourriture, la musique et les costumes. La troisième mise en scène se déroule sur l'estrade de festival dans la ville où la diversité linguistique émerge à travers des chansons. Voici notre question principale, soufflée par une personne interrogée : est-ce que c'est toujours nécessaire ‘être divers’ ou serait-il plus efficace – ou désirable – de montrer son indépendance ?
This article rethinks the possibilities and limits of experimental collaborations in ethnographic research, showing how such practices can reshape anthropology both as a discipline and as a mode of inquiry. By using art exhibitions as sites of knowledge-making, I propose curatorial anthropology as a way to expand the notion of fieldwork and invite practitioners from diverse backgrounds into the ethnographic process. These collaborative experiments blur the boundaries between research and representation, enabling anthropologists to move beyond observation and description toward more interventive and participatory roles. In doing so, they generate novel configurations of knowledge, reshape the discipline's capacity to address broader publics, and open new pathways for negotiating authority, accountability, and representation in contemporary social life. Cet article offre une approche nouvelle aux possibilités – et aux limites – des partenariats expérimentaux pour les recherches ethnographiques. Il considère comment ces mêmes partenariats pourraient mener des chercheurs à retourner vers les fondements disciplinaires. La série des expériences ethnographiques, esquissée dans cet article, nous aide à repenser et éventuellement à redessiner nos propres outils et protocoles spécifiques à l'anthropologie. En montrant comment les expositions artistiques peuvent être utilisées pour la création de savoir, l'anthropologie de conservateur agrandit les notions du champ et du travail sur le terrain, pour faciliter la participation des acteurs divers dans nos ethnographies. Une approche plus inclusive au travail sur le terrain nous permet d'ouvrir une multitude de rôles possibles pour des anthropologues, au-delà d'observation et description, alors que ces rôles deviennent eux-mêmes l'objet d'attention ethnographique. Cette approche pourrait être bénéfique aux anthropologues, et à la discipline d'anthropologie, alors que nous cherchons à communiquer aux divers publics et à naviguer les complexités contemporaines de l'autorité et de la représentation.