
Nous interrogeons la réception du Salut des pécheurs d’Agapios Landos dans le premier tome de la Perpétuité de la foi. Ayant identifié la collection des ouvrages consultée par les Messieurs de Port-Royal, nous y analysons la construction de l’image d’Agapios devenant un archétype d’athonite orthodoxe témoin de la foi dans la présence réelle et dans la nécessité des « bonnes dispositions » pour communier dignement. En revanche, l’ouvrage d’Agapios est fortement inspiré par des sources catholiques, et ce substrat interconfessionnel est caché délibérément par l’auteur lui-même et par les théologiens français, tandis que la surconfessionnalisation de l’image d’Agapios se fait dans les deux cas par rapport aux enjeux intraconfessionnels propres à l’orthodoxie grecque et au catholicisme français.
En 1719 débute dans l’église parisienne Saint-Jean-en-Grève une campagne d’embellissements qui aboutit à l’érection d’un nouveau maître-autel, composé d’un baldaquin où est suspendue une gloire monumentale au-dessus d’un Baptême du Christ sculpté. Un tel dispositif surprend dans une paroisse défendant la cause janséniste. L’étude attentive du décor permet cependant de le rapprocher des discours appelants contemporains, qui empruntent aux doctrines figuristes relisant l’histoire biblique et contemporaine au prisme de la Grâce et voient dans les jansénistes persécutés les figures des Justes, comme l’était en son temps le Baptiste. La thématisation de la Grâce qui est au cœur du décor conforte aussi la conviction de l’assemblée de son élection divine.
The depositions of artefacts and other materials in or on the ground in ancient sanctuaries are traces of rituals that were accomplished there. In the excavations of the extra-urban sanctuary of Akragas in Sicily (S. Anna, Agrigento), among the numerous fragments of terracotta objects, the broken ones – even more than whole artefacts – make it possible to reconstruct the sequence of acts (“gestes”) that led to their deposition. A study of the context and condition of fragments (vessels, statuettes, roof tiles) reveals the importance of “correct” handling during the breaking of these objects, in a way that differed from ancient everyday practices. We argue that these depositions constitute evidence of the expectation that ancient rituals would be effective.
Names are of fundamental importance in communication. We use them to attract the attention of people we wish to interact with, to establish relationships, and to show the relationship we have with a particular person. People living in the polytheistic society of ancient Greece undoubtedly felt the need to use names in the same way, not only in interactions with their fellow humans, but also in trying to establish effective (or “efficacious”) communication with one of their innumerable deities. The present study explores a particular strategy for initiating and conducting effective dialogue with the divine through a certain group of epithets. I discuss the entanglement created when men are named after gods, and gods after men, with special attention to the anthropophoric onomastic attributes present in the narrative of the traveller Pausanias.
En faisant dialoguer les notions de l’anthropologie culturelle exprimant les moteurs de l’efficacité rituelle et leurs usages par les historiens du monde grec, il appert que les notions de performativité, de mana ou d’efficacité psychologique demeurent formulées d’un point de vue moderne et généralisant et ne répondent pas à la question de savoir comment fonctionnent vraiment les rites, pour reprendre les termes d’une question récemment soulevée par les ritual studies. La question de l’efficacité posée en regard de quelques rites et textes grecs de l’époque classique et archaïque montre d’autres moteurs, et notamment la mise en avant de dispositifs convoquant l’altérité et la rupture d’avec le cours normal de l’existence, qui expriment du rituel un moyen d’action particulier.
La position originale d’Asklépios parmi les autres dieux tient en partie à son rôle de guérisseur divin usant de techniques médicales parfois rationnelles. Paradoxalement, les quelques rituels connus ne semblent pas avoir de caractéristiques liées à cette unique fonction thérapeutique. Au lieu donc d’explorer une efficacité des pratiques bien difficile à prouver, il a semblé intéressant de voir si le comportement particulier d’Asklépios pouvait avoir une incidence sur sa propre efficience. Alors que la question ne se pose en effet jamais pour les autres divinités, elle paraît pertinente pour le dieu de la médecine dont la « profession » engendre parfois des approximations bien humaines.
Cette étude, centrée sur le traité des Cyranides, porte sur les recettes de fabrication d’amulettes et de préparations dont le but affirmé est de contrôler soit les émotions du commanditaire soit celles des personnes qu’il veut influencer. Ces recettes visent à protéger de la peur et de ce qui la provoque, à susciter l’amour, à assurer la réussite et le succès en société. On interrogera leur efficacité, clairement proclamée dans leur discours d’auto-éloge ou induite de façon indirecte.
Quarante ans après sa disparition, Michel de Certeau (1925-1986) continue de susciter d’importants travaux. Théoricien de « l’opération historique », il devient à son tour objet d’histoire, c’est-à-dire sujet d’archives. Andrés Freijomil explore les traces matérielles d’une poétique de la lecture qui informe sa pratique d’écrivain. De celle-ci Claude Langlois scrute les commencements, révélant un inédit de jeunesse (1954) et de nombreux documents autour de l’édition du Mémorial de Pierre Favre (1960). Prenant pour fil conducteur la relation avec son aîné le P. de Lubac, Carlos Álvarez mobilise les correspondances accessibles et les archives de la Compagnie de Jésus pour tracer un itinéraire intellectuel et en éclairer les enjeux.
Les objets connus par la littérature, les inscriptions ou les fouilles en Grèce ancienne sont désormais approchés sous l’angle de l’agentivité et de la matérialité. Mais que peuvent apporter ces deux approches concernant les objets destinés à honorer les dieux ? Qu’est-ce qui fait qu’un objet se révèle efficace dans le cadre du rite ? Afin de mieux cerner la part des objets dans la communication avec les dieux, nous examinons leur type, le matériau dont ils sont faits, la réception des artisans et celle de leur production, afin de vérifier si les valeurs qui apparaissent sont les mêmes dans le cadre de la société et dans les sanctuaires.