
Daniel Sauvant (1945 – 2022) était un chercheur et un enseignant brillant, et il fut un acteur majeur des recherches en nutrition et en alimentation animale conduites en France pendant un demi-siècle. Passionné par la transmission des connaissances, il fut aussi un contributeur majeur de la revue INRAE Productions Animales. Cet article lui rend hommage et illustre, à travers l’analyse des articles qu’il a publiés dans la revue, sa contribution à l’élaboration de nouvelles connaissances en nutrition et alimentation animale et à leur transfert vers les divers domaines d’application (recherche, enseignement, filières animales…).
Les outils de modification du génome sont nombreux et peuvent conduire à des utilisations variées : inactivation, mutation, suppression ou insertion d’un élément d’ADN ou d’un gène dans un organisme. Certaines méthodes induisent une modification aléatoire, tandis que d’autres, qui nous intéressent plus particulièrement, s’effectuent de manière ciblée. Quels que soit les outils choisis, les types de modification réalisés ou la finalité de ces modifications, il s’agit d’un sujet controversé. Cet article s’intéresse aux débats qu’engendre la potentielle application aux animaux d’élevage de ces outils génétiques et cherche à montrer que ce sujet, pour l’instant l’apanage de spécialistes, réunit toutes les conditions pour se transformer en controverse publique. Une première partie revient sur les principales incertitudes que soulève le sujet et s’arrête sur les débats entourant le cadre juridique. Nous explorons ensuite les approches thématiques possibles du sujet, en revenant sur la controverse autour des OGM et le cas du saumon produit par la société Aquabounty aux états-Unis, jusqu’à récemment l’unique Animal Génétiquement Modifié (AGM) autorisé sur le marché alimentaire. Une troisième partie présente les acteurs qui s’expriment sur le sujet et les rares évocations des AGM en France confirment que le sujet reste confiné au milieu scientifique et professionnel, l’AGM devenant alors un révélateur de dynamiques relationnelles qu’entretiennent sciences et société. Enfin, nous montrons que, bien que les acteurs de la société civile ne se sont pas encore emparés du sujet, les rares prises de position observées laissent penser que l’intéressement par le prisme du bien-être animal ne fonctionne pas.
L'expérimentation animale est autorisée à condition qu'aucun autre moyen d'acquérir des connaissances importantes n’est possible et que la souffrance des animaux est limitée. Chaque chercheur se doit d’évaluer la pertinence de l’utilisation des animaux ainsi que les dommages que son expérimentation risque d’imposer aux animaux, et mettre ces dommages en regard de l’intérêt des résultats escomptés. Il existe désormais des grilles pour évaluer la douleur dans de nombreuses espèces, dont les animaux d’élevage, ainsi que des moyens de savoir si une situation peut être perçue comme contraignante par un animal. La règle des 3R (remplacer, réduire, raffiner) préconise de réduire au maximum les dommages causés aux animaux en recourant à des méthodes d’exploration ne nécessitant pas d’expérimentation sur animaux vivants dès qu’une telle alternative existe, en réduisant les effectifs animaux au minimum nécessaire pour obtenir des résultats exploitables et en améliorant les procédures. Il reste difficile d’évaluer l’équilibre entre dommages pour les animaux et bénéfices des résultats attendus. Nous proposons d’évaluer la pertinence d’une expérimentation à l’aide de cinq critères : i) l’existence d’une stratégie 3R, ii) l’application des 3R dans l’expérimentation prévue, iii) les préjudices imposés aux animaux, iv) l’importance des résultats attendus, v) la probabilité d’obtenir des résultats exploitables. Dans une dernière partie, nous rappelons la règlementation en vigueur : mise en place de comités d’éthique évaluant les projets d’expérimentation, agrément des établissements hébergeurs d’animaux, formation des personnels, mise en place de structures chargées du bien-être des animaux au sein des établissements. Nous fournissons quelques clés qui aideront les chercheurs à établir leurs demandes d’autorisation d’une expérimentation.
En optant pour une approche pragmatique et empirique, cet article s’intéresse à la capacité de résilience des opérateurs (producteurs et transformateurs) et des collectifs AOP et IGP face à un choc tel que celui provoqué par la covid-19. À partir d’informations issues d’enquêtes réalisées par les organisations professionnelles auprès de leurs adhérents au moment de la crise au printemps 2020, complétées par des entretiens compréhensifs réalisés en avril 2021, nous étudions l’impact de la crise sur les AOP et la façon dont les acteurs ont réagi en mobilisant des leviers à l’échelle individuelle et collective. Les principaux leviers ont été la diversification des produits et des circuits, la substitution (stockage ou dégagement), la coopération (en interne ou avec les distributeurs) et la connectivité avec leurs réseaux. La crise a mis en lumière pour les AOP-IGP le fait que le terroir et la proximité ont été plébiscités sur tous les circuits (courts et longs). Ce constat renforce pour les organismes de défense et de gestion d’une part, l’importance de se différentier et de rendre lisible des engagements et des valeurs, et d’autre part, leur rôle de coordination en tant qu’acteur collectif pour valoriser la diversité des opérateurs permettant d’être présent sur les divers types de circuits et plus généralement pour s’adapter aux transitions des systèmes alimentaires.
Dans le but d’assurer une meilleure autonomie protéique pour alimenter les animaux d’élevage, différents leviers, dont le développement de filières de protéagineux à graines, sont envisageables. Le projet Proleval s’inscrivait dans cette perspective. Les effets de traitements technologiques sur la valorisation des graines oléo-protéagineuses par les vaches laitières ont été évalués dans le cadre de ce projet. Une synthèse de la littérature a permis de quantifier l’effet bénéfique quasi-systématique des traitements thermiques ou thermomécaniques des graines sur l’utilisation de l’azote : diminution de la dégradabilité ruminale, augmentation de la digestibilité intestinale, de la fourniture d’acides aminés indispensables, et de la sécrétion de protéines dans le lait. Les effets observés sont toutefois quantitativement variables en fonction des traitements. Les essais expérimentaux conduits dans le cadre du projet ont permis de préciser les effets de certaines modalités d’extrusion des graines de féverole et de lupin : la température d’extrusion et la maturation par des procédés innovants intégrant des sucres réducteurs ou un cocktail enzymatique. Les résultats obtenus par différentes approches (mesures de dégradabilité et de digestibilité in situ, mesures in vivo du bilan azoté chez les vaches laitières) montrent que la température d’extrusion doit être limitée pour éviter une surprotection des protéines et que les prétraitements de maturation testés ne sont pas systématiquement efficaces. Les rares résultats publiés sur la fraction lipidique du lait rapportent une diminution du taux butyreux avec les graines traitées par rapport à la même graine crue. Peu d’études présentent des profils en acides gras du lait, mais les données du projet Proleval indiquent que les graines extrudées favorisent la production d’acides gras trans au niveau du rumen et du lait. La maîtrise des conditions d’extrusion permettant d’aboutir de façon répétable à un produit aux caractéristiques nutritionnelles optimales, qui semble passer par la maîtrise du développement des composés de Maillard, reste un enjeu.
La pandémie de la Covid-19 a affecté tous les secteurs de l’économie, l’agriculture et l’élevage ne faisant pas exception, avec l’enjeu d’assurer le continuum dans la production, la livraison et l’accès aux denrées alimentaires. Ce dossier de la revue INRAE Productions Animales propose un premier bilan des conséquences de la pandémie sur l’économie des productions animales depuis les circuits courts jusqu’aux échanges internationaux.
Le zinc et le cuivre sont des éléments-traces métalliques (ÉTM) qui peuvent présenter à plus ou moins long terme un risque environnemental pour les sols agricoles sur lesquels sont valorisées les déjections porcines. Ces ÉTM sont essentiels pour la croissance et la santé des porcs en élevage, ils sont donc ajoutés dans l’aliment sous forme de supplémentation. Cependant, du fait de leur faible taux de rétention chez le porc, ils se retrouvent très majoritairement excrétés dans les déjections. De plus, ce sont des ressources minérales naturelles limitées. Il est alors essentiel de caractériser leurs flux le long du continuum aliments-déjections-traitements-sols afin de maîtriser au mieux leur utilisation. Un état des lieux des connaissances sur ces flux montre que l’alimentation est le principal levier pour limiter les rejets de ces ETM vers l’environnement. La réglementation européenne fixe actuellement des teneurs limites des aliments en zinc et en cuivre (e.g. pour un porc en engraissement, 120 et 25 mg.kg- 1 MS respectivement). Le traitement des déjections est un second levier pour optimiser la valorisation de ces effluents d’élevage et mieux gérer la redistribution de ces ÉTM sur les sols, en les concentrant dans certains produits plus facilement exportables vers des zones en déficit. Une meilleure connaissance de leur forme chimique tout au long de la filière est aussi nécessaire pour mieux maîtriser leur devenir et préciser les risques pour l’environnement. Des recherches restent nécessaires pour affiner les stratégies d’apport dans les aliments, tout en conservant les performances et la santé des animaux et en prenant en compte les différentes modalités de gestion des effluents dans le cadre d’une bioéconomie circulaire.
Les travaux étudiant la relation entre l’élevage des bovins et la qualité des carcasses ou de la viande portent généralement sur l’effet de facteurs d’élevage (de la période de finition) pris individuellement. Peu de recherches traitent de l’effet des pratiques d’élevage (combinaisons de plusieurs facteurs d’élevage) appliquées tout au long de la vie de l’animal sur la qualité de ces deux produits. Les objectifs de cette synthèse sont i) de mettre en évidence l’impact des pratiques d’élevage sur la qualité des carcasses et de la viande et ii) d’identifier des leviers d’action mobilisables au cours de la vie des génisses pour améliorer ces qualités. Les résultats montrent que les pratiques d’élevage mises en œuvre lors des différentes phases de vie des génisses (allaitement, croissance, finition) peuvent avoir des effets sur la qualité des carcasses et de la viande. Les propriétés des carcasses apparaissent plus sensibles aux changements de pratiques d’élevage que celles de la viande. A chaque période de vie, un ou plusieurs facteurs d’élevage permettent d’améliorer la qualité des carcasses (n = 9) et/ou de la viande (n = 3). Seul l’âge à l’abattage est commun au pilotage de la qualité des carcasses et de la viande, tous les autres sont spécifiques. Les leviers identifiés n’ont pas d’effets antagonistes sur la qualité de ces deux produits. Ainsi en élevage, grâce à des pratiques adaptées tout au long de la vie des génisses, un pilotage conjoint de la qualité des carcasses et de la viande est possible.
La Sélection à Parenté Minimum (SPM) est une stratégie de sélection performante d’optimisation combinée du progrès génétique et de la variabilité génétique des reproducteurs, développée en France au début des années 2000. Elle utilise la méthode dite du « recuit simulé ». Son application dans les schémas de sélection caprins a démarré en 2006 pour la procréation des mâles d’Insémination Artificielle (IA) par l’Organisme de Sélection (OS) français des deux races principales françaises, Alpine et Saanen. En 2018, alors que la sélection génomique est mise en place par l’OS dans les deux races, une version « génomique » de la SPM a été développée, tenant compte des informations génomiques pour évaluer les relations de parenté entre reproducteurs, et des différences de fiabilité des valeurs génétiques des boucs d’IA selon s’ils sont testés ou non sur descendance. Son efficacité est présentée pour les accouplements entre « pères à boucs » et « mères à boucs », réellement réalisés en 2021 par l’OS. Les animaux issus des accouplements présentent un niveau génétique global élevé), une consanguinité modérée (3,0 à 3,6 %) et peu de défauts sur les valeurs génétiques de chacun des caractères élémentaires en sélection. Le pourcentage de « pères à boucs » non testés sur descendance, critère clé nouvellement optimisé dans la SPM, est de 35 %. Il est atteint à la fois à l’échelle de tous les accouplements, et à l’échelle des troupeaux. L’étude des mâles d’IA nés entre 2000 et 2020 permet de mesurer l’impact réel de la SPM sur le long terme et d’estimer les premiers effets de la version génomique. Le progrès génétique annuel sur l’index de synthèse correspondant à l’objectif de sélection est conséquent avec 0,17 écart-type génétique dans chacune des races. En parallèle, le taux d’augmentation de la consanguinité par génération est très modéré : 0,26 % en race Alpine et 0,21 % en race Saanen.
En France, l’élevage cunicole conventionnel est réalisé en système hors-sol (environ 700 éleveurs). La cuniculture alternative avec accès des lapins à l'extérieur, est essentiellement sous certification « Agriculture Biologique » (AB) reste marginale (environ 50 cuniculteurs) et ne produit pas suffisamment pour répondre à la demande des consommateurs. Nous faisons ici la synthèse des connaissances sur le fonctionnement et les performances des systèmes cunicoles AB ou au pâturage. Le lapin étant un animal herbivore, la cuniculture AB privilégie le pâturage, et bien maîtrisée elle peut rémunérer un demi SMIC avec 40 lapines reproductrices sur 4 ha (pâtures et cultures complémentaires). Pour les porteurs de projet, outre l'accès à la terre, la gestion de la prophylaxie et de l'alimentation sont deux contraintes fortes des systèmes cunicoles AB. Le nouveau règlement Européen, applicable depuis janvier 2022, préconise l'utilisation maximale du pâturage mais, de façon contradictoire, permet d'installer un troupeau de 40 lapines sur seulement 200 m² de pâturage et n'oblige pas à une rotation des parcs entre deux groupes d'animaux, ce qui élève le risque de parasitisme. Les récentes études ont quantifié l’ingestion d'herbe (30 à 80 g MS/jour/lapin) et la croissance du lapin au pâturage (15 à 25 g/jour). Le cycle productif d'un atelier cunicole AB est extensif avec une moyenne de 2,7 mise bas par lapine et par an (contre 6,7 en système hors sol). Une application smartphone d'assistance à la conduite d'élevage (GAELA) a été récemment développée pour construire un référentiel de performances permettant de soutenir le développement de la cuniculture AB ou au pâturage.
Développer les alternatives à la viande est présenté comme une solution pour renforcer la durabilité de l’alimentation tout en apportant des sources de nutriments indispensables (protéines, micronutriments…), notamment pour des régimes végétariens, végans voire flexitariens. Cela peut aussi permettre une diversification du marché de l’agroalimentaire par une plus grande offre de produits aux consommateurs. Mais d’un point de vue nutritionnel, la digestibilité de certains nutriments reste mal connue, et les process pour reproduire les mêmes qualités organoleptiques que la viande sont en cours de développement. Par ailleurs, d’un point de vue économique, le consentement à payer par le consommateur dépend de plusieurs facteurs. Cet article fait le point sur les travaux menés au niveau mondial, entre 1997 et 2021, portant sur trois alternatives, les analogues végétaux, la « viande in vitro » et les insectes. Les indicateurs suivants sont décrits : i) la qualité nutritionnelle (teneur en protéines et leur digestibilité, quantité de graisses et proportion d’acides insaturés, quantité et biodisponibilité du fer et de la vitamine B12), ii) les qualités organoleptiques, et iii) la disposition à payer. Pour les analogues végétaux, une amélioration de de la qualité nutritionnelle (notamment en fer héminique et vitamine B12) et sensorielle est nécessaire pour séduire une partie de la population fortement attachée à la viande, ainsi que les consommateurs atteints de néophobie alimentaire et/ou technologique. Pour la « viande in vitro », en plus de l’amélioration de sa qualité nutritionnelle, son prix est encore inaccessible au grand public. Enfin, l’incorporation des insectes en tant qu’ingrédients semble plus intéressante pour les consommateurs occidentaux, moins habitués à la consommation des insectes entiers.
L'objectif de ce travail était de simuler les évolutions du Poids Vif (PV), de ses composantes (ex. les réserves corporelles) et de la Note d'État Corporel (NEC) des chèvres sur un cycle de production en s'appuyant sur les relations dynamiques du modèle nutritionnel caprin INRA 2018. Dans un premier temps, l'approche a considéré de façon distincte les phénomènes de changement de poids vif liés à la lactation, la gestation et la croissance. En effet, la nature des informations disponibles a priori et les démarches calculatoires n'étaient pas les mêmes pour ces trois états physiologiques. Pour les situations considérées, un modèle original d'évolution des contenus digestifs au cours d'un cycle productif a été développé pour aboutir à des évolutions du PV et du PV vide (PVV), défini comme le poids maternel hors contenus digestifs et utérus gravide. Pour la lactation, la démarche a consisté à utiliser les équations de la dynamique des réserves énergétiques pour déterminer les bilans énergétiques cumulés puis les cinétiques de PVV, en intégrant l’effet du potentiel de production laitière. Pour la gestation, l’approche a consisté à utiliser les cinétiques de PV puis de PVV, pour distinguer la cinétique pondérale de l'utérus gravide, fonction de la prolificité, et la cinétique pondérale de l'organisme maternel seul. Pour ce dernier, une approche originale a permis d’estimer l'anabolisme maternel en début de gestation et le catabolisme en seconde partie de gestation en intégrant l’effet de la prolificité. Les cinétiques de PV et PVV au cours des trois états physiologiques ont été combinées pour prédire la cinétique globale sur un cycle productif. Il a ainsi été possible de proposer une méthode d'estimation des cinétiques de PV à partir de la donnée du « poids vif format » (PVF correspondant au PV minimal atteint pendant un cycle productif). Enfin, la prédiction des cinétiques des NEC a été possible grâce aux relations disponibles entre la NEC sternale et la teneur en lipides corporels, ainsi qu’entre les NEC sternales et lombaires. Les évolutions de la NEC ont été calculées en séparant les phases de lactation, croissance et gestation, en particulier pour s'appuyer sur l'évolution de l'organisme maternel indépendamment de celle de l'utérus gravide. Ce modèle a été intégré dans le module « chèvres laitières » du logiciel de rationnement INRAtion®V5 – Rumin’Al afin de pouvoir tracer les dynamiques d'évolution du PV et de la NEC correspondant au potentiel des animaux afin de les comparer aux valeurs réelles.
Les vitamines sont des nutriments essentiels au bon fonctionnement des cellules des mammifères mais celles-ci ne sont généralement pas capables de les synthétiser, ou pas en quantité suffisante pour couvrir les besoins de l’organisme entier. Elles participent à la plupart des fonctions biologiques cellulaires et à tous les stades physiologiques des individus. Il est important que les besoins spécifiques soient couverts par des apports nutritionnels réguliers, les capacités de stockage corporel étant parfois très limitées. Les études épidémiologiques indiquent cependant que tel ne serait pas le cas. En plus des pathologies symptomatiques bien connues des carences en chacune des vitamines (comme la xérophtalmie résultant de la carence en vitamine A), il est de plus en plus mis en lumière des liens entre ces apports subcliniques et les risques de développement de maladies en particulier avec l’âge. Les produits animaux de ruminants, les produits laitiers en particulier, peuvent être des sources d’apport intéressantes compte tenu des quantités qu’ils contiennent, de la biodisponibilité de celles-ci, de leur consommation régulière, que ce soit au niveau quotidien ou annuel, de leur bonne accessibilité (coût, transport, stockage). Cependant, les éléments de caractérisation des teneurs en vitamines dans ces produits sont encore loin d’être complets. Certaines vitamines n’ont pour le moment pas été étudiées (D, K, B1, B3, B5, B8 et C), quelques facteurs de variation ont été décrits pour les autres. Les ruminants au pâturage semblent ainsi produire des laits plus riches en vitamines (A, E, B2, B9) qu’avec les autres modes d’alimentation, mais cela s’avère être au détriment de la vitamine B12 pour laquelle les produits laitiers ont un rôle pourvoyeur important dans la nutrition humaine. Une connaissance plus approfondie des relations qualitatives et quantitatives entre les conditions de production (espèces, races, nature de l’alimentation en particulier) permettrait à termes de proposer les moyens de produire des laits et des produits laitiers dont les apports en vitamines pourraient être optimisés.
Une meilleure prise en compte de la variabilité des besoins nutritionnels entre les truies gestantes permet de réduire les coûts alimentaires sans détériorer leurs performances. Les modèles nutritionnels prédisent les besoins journaliers et peuvent être couplés à des automates pour délivrer un mélange individualisé d’aliments. La variabilité des besoins nutritionnels entre truies gestantes peut s’expliquer par certaines caractéristiques individuelles (ex. âge, poids vif, rang de portée, état corporel, stade de gestation), par leur comportement (ex. activité physique, interactions sociales), par leur santé et par les conditions d’élevage (ex. température ambiante, type de logement). Des capteurs sont désormais capables d’enregistrer ces différents facteurs de variation des besoins nutritionnels et d’aider à la détection de troubles occasionnels aux niveaux individuel ou collectif (ex. santé ou dysfonctionnement technique). Grâce aux techniques de l’intelligence artificielle, qui rendent possible l’analyse et l’exploration de données hétérogènes, et à l’intégration de nouveaux critères comportementaux et environnementaux dans les modèles nutritionnels, il est aujourd’hui envisageable de prédire les besoins journaliers nutritionnels d’une truie en gestation de manière encore plus précise, voire en temps réel.
La pandémie de la Covid-19 représente un choc majeur pour les sociétés contemporaines et une source de perturbations importantes pour les systèmes alimentaires. Lors des premiers mois de la crise (mars-octobre 2020), des membres du Réseau Mixte Technologique Alimentation locale se sont associés pour mener trois enquêtes (citoyens, accompagnateurs, producteurs) à l’échelle nationale afin de saisir les impacts de cette crise sur les systèmes alimentaires, en particulier sur les circuits courts. L’article propose une synthèse des données recueillies, en ciblant le cas des circuits courts de produits animaux. Il montre en quoi et à quelles conditions les exploitations d’élevage engagées dans ces modes de vente ont résisté, se sont adaptées et ont innové dans les premiers mois de la pandémie. Il souligne le rôle clé d’actions collectives dans la mise en place de solutions rapides aux problèmes identifiés. Tout en appelant à examiner si ces solutions ont été maintenues par la suite, l’article en tire des pistes d’action pour consolider les circuits courts de produits animaux et les capacités de résistance, d’adaptation et d’innovation des exploitations associées.
La pandémie de Covid-19 est un évènement mondial majeur. Une réflexion sur les premières implications de cette crise sanitaire pour l’économie agricole mondiale et les filières animales est proposée dans le cadre de cet article. Les secteurs agricole et agroalimentaire ont été fortement concernés par cette crise dont les impacts économiques globaux (baisse de 3,5 % du produit intérieur brut mondial et de 5,3 % des échanges internationaux de marchandises entre 2019 et 2020) affectent le pouvoir d’achat des consommateurs finaux. Ils ont cependant bien résisté à la crise, tant au niveau de l’offre (stabilité ou légère croissance des volumes produits de viandes et de lait à l’échelle mondiale) que du commerce. En 2021, la forte hausse des prix internationaux des produits agricoles et la reprise rapide de la croissance économique, notamment dans les trois zones plus spécifiquement étudiées ici (Chine, États-Unis et Union européenne), suggèrent que l’agriculture devrait rester sous la pression d’une demande mondiale soutenue. Plus que la Covid-19, l’impact de la peste porcine africaine en Chine a eu, depuis plusieurs années, des répercussions majeures sur les courants d’échanges internationaux de viandes. De plus, l’appétit croissant des chinois pour les produits laitiers joue un rôle central dans le développement des marchés laitiers internationaux, au bénéfice des zones exportatrices dont l’Union européenne et les États-Unis.
Améliorer la valorisation de l’azote à toutes les étapes de son utilisation est une priorité, notamment en élevage où elle demeure relativement faible. Les indicateurs d’efficience azotée sont nombreux et basés sur des méthodes de calculs diverses selon le contexte et les échelles considérées. La littérature illustre un certain nombre de pratiques vertueuses, le plus souvent applicables à l’échelle de l’animal ou du troupeau, qui en améliorent la valorisation. Mais peu d’études présentent une vision intégrative de ces gains aux niveaux d’organisation supérieurs comme l’exploitation ou le territoire. Cet article rappelle tout d’abord les principales stratégies qui permettent d’augmenter l’efficience d’utilisation de l’azote à l’échelle de l’animal, de l’exploitation et du territoire. L’analyse de ces gains à différentes échelles met en évidence qu’une amélioration de l’efficience à un niveau donné n’induit pas systématiquement un gain d’efficience à l’étage supérieur ou pour l’ensemble du système. Par ailleurs, la recherche d’une efficience élevée ne garantit pas systématiquement une réduction des pertes azotées vers l’environnement : certains systèmes d’élevage les plus efficients sont aussi ceux qui génèrent le plus d’impacts du fait des quantités importantes d’azote utilisées. Les indicateurs d’efficience s’avèrent des outils utiles pour améliorer l’utilisation de l’azote dans les systèmes agricoles, mais ces ratios ne disent rien des quantités mises en jeu tant au numérateur qu’au dénominateur. Ils devraient donc être systématiquement associés à des indicateurs de pertes azotées pour une meilleure prise en compte des conséquences des systèmes agricoles sur les milieux naturels.
Les attentes sociétales relatives à l’alimentation des animaux d’élevage s’intensifient (sans OGM, sans déforestation importée, limitant la compétition avec l’alimentation humaine, enrichi en Oméga 3 et/ou 6…) et deviennent parfois une condition d’accès au marché pour certaines productions animales. Afin de construire une méthodologie permettant une segmentation détaillée des consommations de matières premières par filière animale, le Groupement d’Intérêt Scientifique Avenir Élevages a mobilisé un réseau d’experts des différentes filières. Une méthode de réconciliation des flux avec optimisation sous contraintes a été utilisée pour mettre en cohérence les différentes sources de données disponibles et ainsi dresser un panorama complet des flux de matières premières (grains, coproduits et fourrages) dans le système alimentaire de France métropolitaine (alimentation humaine et animale, export, énergie…). Pour l’année 2015, le total des utilisations animales de matières premières concentrées a été évalué autour de 34 Mt standardisées à 85 % de matière sèche et celles de fourrages entre 70 et 72,5 Mt de matière sèche (pertes et refus déduits). Les filières bovines étaient les premières utilisatrices de matières premières concentrées (37 % au total dont 25 % pour les bovins laitiers et mixtes et 12 % pour les bovins à viande), devant les volailles (34 %) et les porcs (23 %). L’utilisation du tourteau de soja apparaît encore plus ciblée : 43 % pour les bovins (36 % pour les laitiers et mites et 7 % pour ceux à viande), 43 % également pour les volailles (dont 29 % pour les volailles de chair), et 6 % pour les porcs. La méthodologie « flux de matières premières » développée dans ce travail permet de fournir des repères précis sur l’alimentation des animaux d’élevage, sa durabilité, l’importance de l’élevage dans la valorisation des coproduits issus de l’agro-alimentaire ou encore l’autonomie alimentaire et protéique de l’élevage français. Sa pérennisation dans un observatoire des flux de matières premières utilisées en alimentation animale est à l’étude afin de disposer d’un suivi pluriannuel de l’évolution des consommations.
Cette publication présente une démarche visant à aider à la gestion alimentaire des lots de chèvres laitières en s'appuyant sur le modèle individuel « chèvre » proposé par INRAE (INRA, 2018). Cette démarche consiste à s'appuyer sur des paramètres de la gestion des lots, en particulier sur le choix de l'animal cible qui est nourri à son potentiel. Ce choix permet i) de prédire les potentiels de production de chaque animal du lot en fonction des productions moyennes observées pour le lot et de la qualité des fourrages distribués, et ii) de prédire les réponses du lot en matière d'ingestion de concentrés et de fourrages, ainsi que de production de lait et de bilan nutritionnel, Outre l'animal cible, la chèvre moyenne, représentative de l'ensemble du lot, et la chèvre faible productrice, utilisée comme sentinelle pour des rations à risque, sont systématiquement prises en compte. Les démarches proposées sont applicables à différents contextes d'élevage. En particulier, elles peuvent être mises en œuvre pour établir une ration a priori ou bien pour analyser une ration constatée sur le terrain.
Cet article propose une analyse de la situation économique de plusieurs filières animales (lait de vache, viande bovine, viande porcine, viande de volailles et secteur équin) en France, deux années après le début de la pandémie de Covid-19. En partant des dernières données statistiques disponibles sur la période 2020 à 2021 et tout en tenant compte des trajectoires historiques, il cherche à mettre en évidence en quoi cette crise a eu des implications sur la production, les prix, la consommation, les échanges extérieurs et, dans le cas du secteur équin, les différentes activités (paris hippiques, centres équestres…). La production de biens agricoles a été globalement peu impactée par la crise sanitaire car les agriculteurs ont continué à produire, en dépit parfois de certaines difficultés, telles que le manque de main d’œuvre, les pertes temporaires de débouchés, etc. Face à une modification importante de la structure de la demande (augmentation des produits achetés par les ménages au détriment de ceux privilégiés dans la restauration hors domicile), aux mesures soudaines imposées par l’État et aux difficultés parfois rencontrées pour maintenir les effectifs de salariés, les acteurs de la transformation ont été capables de s’adapter rapidement pour permettre de fournir aux consommateurs les biens demandés. Les flux d’échanges ont, eux aussi, été perturbés en 2020, avant de repartir à la hausse en 2021, selon des tendances finalement assez conformes à celles précédant la crise. Sous l’influence, d’une part, de la hausse du prix de l’énergie (avant même la guerre en Ukraine qui a débuté le 24 février 2022) et, d’autre part, de la fluctuation des importations de la Chine sur les marchés mondiaux de produits animaux, les prix à la production ont augmenté fin 2021 et début 2022, mais cette hausse est contrebalancée par une forte augmentation des coûts de production. Dans le secteur équin, les pertes de chiffre d’affaires ont été temporairement importantes en raison de l’interaction de ce secteur avec le public. Après le choc de 2020, et moyennant une adaptation des acteurs de la filière, les activités reprennent progressivement.