
L’évolution des prises en charge ambulatoires en oncologie expose les patients à un risque accru d’iatrogénie médicamenteuse, notamment dans un contexte de polymédication et d’utilisation de thérapies orales à domicile. L’intégration du pharmacien hospitalier dans les parcours de soins constitue un levier de sécurisation. Pour évaluer le rôle et l’impact du pharmacien dans le déploiement d’un hôpital de jour de soins oncologiques de support (HDJ SOS) dans un établissement périphérique, une étude prospective, observationnelle, monocentrique, a été réalisée entre avril 2025 et janvier 2026. Les données recueillies concernaient les caractéristiques des patients, l’activité pharmaceutique et la satisfaction des patients et des soignants. Cinquante-deux patients ont été inclus (âge médian : 74 ans). Le temps pharmaceutique moyen était de 56min par patient. Quinze interventions pharmaceutiques ont été réalisées, principalement liées à des interactions médicamenteuses impliquant des inhibiteurs de la pompe à protons et des thérapies complémentaires. Le taux de satisfaction des patients est de 89 %, avec une amélioration perçue de la compréhension des traitements (83 %) et une réduction de l’anxiété (77 %). Les professionnels ont rapporté une amélioration de la coordination interprofessionnelle (83 %). La présence systématique du pharmacien au sein de l’HDJ SOS a permis une valorisation complète de l’activité, atteignant 100 % du forfait associé. L’intégration du pharmacien en HDJ apparaît essentielle, avec un impact clinique, organisationnel et économique positif. Ces résultats soutiennent le développement de modèles de prise en charge pluridisciplinaires incluant systématiquement le pharmacien dans notre établissement.
Introduction La polymédication est fréquente en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) et constitue un facteur majeur d’iatrogénie. La revue de médication, lorsqu’elle est réalisée au sein d’une équipe pluridisciplinaire, constitue un outil structuré permettant d’améliorer la pertinence des prescriptions. Notre objectif est ici d’évaluer l’impact de la mise en place de revues de médication sur les prescriptions médicamenteuses des résidents d’un EHPAD. Matériel et méthodes Le travail que nous présentons ici est une étude prospective, descriptive et monocentrique menée au sein d’un EHPAD de 90 lits (EHPAD Seguin à Cestas, Gironde) entre février et novembre 2023. Les résidents inclus étaient âgés d’au moins 65 ans et présentaient cinq DCI (dénominations communes internationales) ou plus. Étaient exclus les résidents ayant moins de cinq DCI prescrites, ceux âgés de moins de 65 ans et les patients décédés durant l’étude (n=5). Chaque revue de médication comprenait une analyse pharmaceutique préparatoire, puis une discussion en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), réalisée en présentiel ou à distance. Les réévaluations à un mois et trois mois répondaient respectivement à la temporalité des traitements aigus et à la durée habituelle de renouvellement des traitements chroniques. Les analyses statistiques ont été complétées a posteriori par les tests statistiques adaptés. Résultats et discussion Soixante et un résidents ont été inclus. 179 recommandations ont été formulées (2,9 par patient). À trois mois, 49,16 % des recommandations avaient été appliquées. Une réduction significative du nombre total de médicaments prescrits a été observée (648 contre 584, soit – 10 %, p<0,05). Les classes les plus modifiées concernaient les IPP (inhibiteurs de la pompe à proton), les psychotropes, les antalgiques de palier I et les suppléments iono-métaboliques. Ce travail montre le rôle important de la pluridisciplinarité dans la gestion de la iatrogénie des personnes dépendantes, et permet également de rappeler le rôle fondamental de chacun pour parfaire le parcours de soin de chaque résident.
Les maladies rares constituent un enjeu majeur de santé publique en France, affectant plus de 3 millions de personnes malgré la faible prévalence individuelle et la faible proportion de maladies rares disposant d’un traitement avec une AMM. Dans ce contexte, le pharmacien joue un rôle central au sein des filières de santé maladies rares pour améliorer l’accès aux traitements. Les pharmaciens coordonnent les observatoires des traitements, suivent les cohortes de patients, identifient les usages hors AMM et contribuent à leur justification scientifique. Ils facilitent également la collaboration entre centres de référence, associations de patients, autorités de santé et industriels. Des initiatives concrètes, telles que la mise en place de cadres de prescription compassionnelle pour le bévacizumab dans la maladie de Rendu-Osler et pour l’émicizumab dans l’hémophilie A acquise, illustrent leur rôle dans l’organisation de la prise en charge des patients. La création du groupe interfilière des observatoires des traitements (GRIOT) a renforcé le partage d’expérience et le dialogue avec les autorités de tutelle sanitaire. L’expertise des pharmaciens sur le circuit du médicament est essentielle pour structurer les Observatoires, sécuriser l’accès aux traitements et accompagner les évolutions réglementaires dans le cadre du 4e Plan national maladies rares.
Introduction Le numérique en santé constitue un levier majeur de transformation du système de soins, notamment depuis la stratégie « Ma Santé 2022 ». Les pharmaciens d’officine utilisent des outils tels que les messageries sécurisées, le dossier médical partagé (DMP) ou l’ordonnance numérique. Parallèlement, l’organisation des soins évolue vers des modèles d’exercice coordonné, au sein desquels le numérique facilite les échanges interprofessionnels. Toutefois, l’appropriation des services socles demeure hétérogène. Cette étude analyse l’impact du numérique en santé sur les pratiques des pharmaciens d’officine exerçant en équipe et identifie les freins à son déploiement. Matériel et méthodes Une étude qualitative a été menée par entretiens semi-directifs auprès de pharmaciens d’officine exerçant en Pays de la Loire au sein de structures d’exercice coordonné. Les entretiens ont été retranscrits et analysés thématiquement. Résultats et discussion Neuf entretiens ont été menés. Si les services socles sont bien identifiés, leur usage demeure partiel. Le dossier pharmaceutique est l’outil le mieux intégré, tandis que le DMP et les messageries sécurisées pâtissent d’un manque d’accessibilité et d’interopérabilité. L’ordonnance numérique est perçue comme sécurisante, mais son adoption dépend aussi des prescripteurs. Les principaux freins concernent la qualification de l’INS, la multiplicité des interfaces, les contraintes matérielles, le déficit de formation et l’inclusion numérique des patients. Malgré un potentiel reconnu pour améliorer la coordination des soins, le numérique en santé demeure limité par des obstacles techniques, organisationnels et humains. L’interopérabilité des outils, la formation des professionnels et la sensibilisation des patients apparaissent essentielles à la réussite de la transformation numérique en officine.
Introduction Le vieillissement démographique en France s’accompagne d’une augmentation de la polymédication, entraînant un risque accru de prescriptions inappropriées et d’iatrogénie médicamenteuse. L’entretien pharmaceutique associé à un bilan de médication constitue un outil pertinent pour optimiser la prise en charge thérapeutique des patients âgés. L’objectif principal est de réaliser un état des lieux des prescriptions de médicament potentiellement inapproprié (MPI) en hôpital de jour (HDJ) gériatrique. Matériels et méthodes Il s’agit d’une étude rétrospective menée sur un an au sein de l’hôpital de jour gériatrique. Les bilans de médication ont été réalisés selon une procédure standardisée incluant une analyse pharmaceutique des traitements, un entretien avec le patient, l’élaboration de recommandations thérapeutiques en concertation avec un gériatre, ainsi que la rédaction d’un courrier destiné au médecin traitant. L’identification des MPI chez le sujet âgé a été réalisée à l’aide de la liste de l’OMEDIT Grand Est. Résultats et discussion Parmi les 123 patients inclus, 27,6 % avaient au moins un MPI, principalement des antidépresseurs, benzodiazépines et anticholinergiques. Cent recommandations ont été formulées chez les patients exposés à au moins un MPI, dont 20 ciblant ces MPI. La majorité portait sur des propositions d’arrêt ou de substitution. Seules 20 % de ces recommandations ont été suivies par les médecins traitants. Cette faible adhésion pourrait s’expliquer par la résistance au changement des patients et à un lien ville-hôpital insuffisant. Le renforcement du lien ville-hôpital et la sensibilisation des prescripteurs aux risques liés aux MPI sont essentiels pour améliorer l’impact de ces interventions.
Objective The sterilization of medical devices in healthcare establishments is a keypoint in the fight against nosocomial infections. Medical devices awaiting too long conditioning after cleaning could be recontaminated, compromising the efficiency of the sterilization process. The aim is to know how long a wet load leaving the washer can wait before being conditioned. Methods Ceramics were left in the presence of residual water at the end of the cleaning process. Bacterial and mycological recontamination was studied 12hours and 48hours after washer-disinfector removal by culture in Brain Heart Infusion broth and surface agar sampling. Results Of the 243 ceramics analyzed, 3 were contaminated by bacteria within 48hours, and 1 surface sample showed mycological contamination immediately after removal from the washer-disinfector. Conclusions Recontamination of medical devices is acceptable up to 48hours after washing, even in the case of a load containing residual water.
Introduction Le nombre de cancers en France augmente, en partie expliqué par le vieillissement de la population. Les patients âgés, souvent polymédiqués, présentent un risque accru d’effets indésirables et d’interactions médicamenteuses. Dans ce contexte, l’essor des thérapies orales anticancéreuses (TAO) pose de nouveaux défis : observance, gestion des effets indésirables, coordination des soins. L’objectif est d’élaborer un parcours coordonné ville–hôpital pour les patients de plus de 65 ans sous TAO, pour sécuriser leur prise en charge, améliorer leur qualité de vie et promouvoir la pharmacie clinique. Matériel et méthodes Élaboré par un groupe de travail réunissant pharmaciens hospitaliers et oncologues, relu par des pharmaciens d’officine, l’assurance maladie et l’OMEDIT Nouvelle-Aquitaine, il s’appuie sur les missions déjà inscrites dans le droit commun : entretien quadripartite en hôpital de jour, bilan partagé de médication, accompagnement pharmaceutique des patients chroniques. Résultats Ce parcours comprend 7 étapes réparties en 4 séquences : annonce (consultation d’annonce, information au patient), accompagnement éducatif (bilan initial officinal, entretien quadripartite), initiation (primo-dispensation de TAO), et suivi (proximal et distal). Les synthèses réalisées par l’oncologue et les pharmaciens officinaux et hospitalier sont intégrées à Mon Espace Santé. L’évaluation du dispositif se fera avec des indicateurs (observance, complications, satisfaction, adhésion). Son financement repose sur les dispositifs de l’Assurance Maladie, et l’activité hospitalière est valorisée via les groupes homogènes de séjour (GHS). Discussion/Conclusion Ce parcours vise à être structuré, reproductible et adaptable, proposant un modèle pérenne qui pourra être renforcé par les évolutions réglementaires attendues dans le cadre des articles 51 (AKO@dom-Picto et Onco’link).
Introduction Les modalités de mise en œuvre de la première campagne d’immunisation pédiatrique contre le virus respiratoire syncytial (VRS) par nirsévimab a rencontré de nombreuses difficultés au sein des établissements de santé français. Nous proposons dans ce travail un retour d’expérience afin d’identifier les difficultés rencontrées et de proposer des axes d’amélioration pour les campagnes futures. Méthodes Un questionnaire en ligne a été diffusé via la Société Française de Pharmacie Clinique (SFPC) aux établissements de santé français. Trois thèmes principaux étaient abordés : évolution de l’utilisation du palivizumab, modalités de dispensation du nirsévimab et problématiques logistiques liées au circuit du nirsévimab. Résultats Trente-deux établissements de santé ont répondu. Les difficultés logistiques (contingentement, manque d’informations, changement de conditionnement) ont été mentionnées par la quasi-totalité des répondants. Une priorisation des patients pouvant bénéficier de l’immunisation par nirsévimab a été mise en place dans 81 % des cas. Une baisse de 74 % de l’utilisation du palivizumab a été observée. L’impact de la campagne sur l’organisation des pharmacies à usage intérieur a été jugé neutre ou favorable par 94 % des répondants. Conclusion Cette première campagne d’immunisation pédiatrique par nirsévimab représente une avancée majeure en santé publique. Elle appelle à un renforcement de l’encadrement national, une anticipation logistique accrue et la mise à disposition d’outils adaptés à la gestion hospitalière.
Introduction Un arrêté de février 2023 autorise les pharmaciens hospitaliers à renouveler et adapter des prescriptions médicamenteuses. Dans notre établissement sont réalisés des entretiens pharmaceutiques ciblés pour les thérapies orales anticancéreuses (TO), des revues de prescriptions gériatriques, de l’éducation thérapeutique des patients sous antirétroviraux. Sont choisis les entretiens TO car l’engagement pharmaceutique y est bien établi. L’objectif est de construire la démarche de mise en place de l’arrêté. Méthodes Un groupe de travail (quatre pharmaciens et un docteur junior participant aux entretiens) s’est rassemblé mensuellement. Une revue des comptes rendus des entretiens a identifié les axes de prescriptions potentiels. Des protocoles locaux de coopération ont été rédigés à l’aide des plusieurs sources telles que l’Association francophone des soins oncologiques de support, des protocoles locaux de soins, des recommandations nationales. Le médecin et le cadre de santé ressources du projet accompagnaient la démarche. Résultats Les principales spécialités concernées par les entretiens sont la gynécologie et l’urologie. La molécule majoritairement traitée est l’abiratérone. Des infirmiers de pratique avancée étant positionnés en oncologie digestive, thoracique et gynécologique ; notre choix s’est porté sur l’urologie. Les trois protocoles locaux créés concernent la gestion des diarrhées, des mucites et des variations tensionnelles sous TO. Trois diagrammes d’aide à la prescription les complètent. Discussion/Conclusion L’arrêté de février 2023 fluidifiera la prise en charge thérapeutique des patients oncologiques tout en valorisant le métier de pharmacien clinicien. La suite du projet sera une validation en Commission médicale d’établissement, une signature du directeur général et une déclaration à l’agence régionale de santé.
Introduction La prise en charge en santé mentale, complexe, en raison de l’état de santé général et des multiples pathologies des patients, nécessite un suivi somatique régulier. Suite à l’évolution des droits des pharmaciens hospitaliers, notre établissement a réalisé un protocole local de renouvellement et d’adaptation des thérapeutiques concertées (RATC) pour optimiser ce suivi. L’objectif principal est d’étudier la faisabilité de la mise en œuvre de ces RATC dans la prise en charge des patients d’un service long séjour de psychiatrie adulte. Matériel et méthode Une étude rétrospective observationnelle a été menée dans nos deux unités long séjour. Elle s’est déroulée en trois étapes : une revue des dossiers par le pharmacien, un échange avec le médecin généraliste, puis une traçabilité du temps investi et des RATC proposés, cotés selon l’échelle CLEO de la Société française de pharmacie clinique. Une analyse statistique descriptive a été réalisée. Résultats Treize revues de prescriptions et quatre échanges pharmacien-médecin ont permis de proposer 65 RATC pour 31 patients, principalement des ajouts d’examens (69,2 %) ou des bilans biologiques (24,6 %). La plupart (78,5 %) concernent des patients avec antécédents somatiques (diabète de type 2, hypertension artérielle, dyslipidémie, etc.). Le taux d’acceptation est de 67,7 %. Selon l’échelle CLEO, la majorité des RATC présentent un impact clinique mineur (93,8 %), une augmentation du coût (64,6 %) et peu de changement organisationnel (69,2 %). Conclusion Plus de la moitié des RATC ont été acceptées par le médecin, valorisant l’expertise des pharmaciens et améliorant la sécurité de la prise en charge. Une déclaration à l’Agence Régionale de Santé et une extension du protocole aux autres unités sont en cours.