
Cet article analyse les effets des configurations locales de travail sur des éboueur·es et des balayeurs du secteur public chargés d’ordonner l’espace des classes moyennes et supérieures, à Paris et en proche banlieue. Les agents peuvent s’approprier positivement ce type d’espace, y satisfaire des aspirations et accéder à certaines ressources, en raison d’une situation de travail jugée avantageuse et de relations avec des dominants qu’ils ne perçoivent pas toujours comme tels. Mais travailler en terrain bourgeois les expose aussi aux rapports de domination et favorise le maintien des frontières sociales. Ces deux tendances résultent de socialisations professionnelles et spatiales contradictoires et dissimulent des degrés inégaux de (mé)contentement, des types d’appropriation et des modes de défense qui s’organisent différemment selon les situations éprouvées et la trajectoire des enquêté·es. L’ethnographie du rapport de ces ouvrier·es du public à l’espace de certaines fractions des classes dominantes permet de préciser les modalités de l’ouverture des fractions populaires modestes mais stables au « monde extérieur », notamment du fait de leur tertiarisation.
Le confinement du printemps 2020 a eu pour effet de renforcer la domination subie par les étudiant·es peu doté·es économiquement et scolairement en les dépossédant, plus encore qu’à l’ordinaire, de leurs capacités d’agir, de la maîtrise de leur temps et de leur espace, et de leurs moyens de se projeter dans l’avenir. On analyse d’abord les contraintes pesant sur le « choix » du lieu de confinement, afin de voir comment les inégalités de ressources économiques et résidentielles se traduisent pour les étudiant·es précaires par une réduction extrême de l’espace à leur disposition. L’intensification des contraintes temporelles et spatiales s’exerce en outre à travers les emplois salariés dont continuent à dépendre certain·es étudiant·es isolé·es et précaires, soumis durant le confinement à des horaires augmentés et des conditions de travail dégradées. Le délitement des calendriers universitaires et la fermeture des lieux d’études imposent également aux étudiant·es dominé·es socialement et scolairement une attente sans cesse prolongée qui déjoue leurs anticipations, perturbe leur préparation aux examens et accroît leurs incertitudes à l’égard de l’avenir. L’inégale répartition du pouvoir de maîtriser et de rentabiliser son temps durant cette période de crise tient enfin aux dispositions temporelles liées à l’origine sociale, ainsi qu’aux conditions de vie en confinement où elles s’actualisent.
En adoptant une approche relationnelle qui demeure rare dans la littérature sur les réseaux sociaux et les inégalités numériques, cet article examine les formes et l’inégale distribution sociale des usages de neuf réseaux parmi les plus utilisés en France : Facebook, LinkedIn, Instagram, Snapchat, TikTok, Twitch, Twitter, YouTube et WhatsApp. Pour cela, il exploite, à l’aide d’une analyse des correspondances multiples, les résultats d’une enquête par questionnaire conduite en 2022 auprès d’un échantillon représentatif de la population française. Cette analyse montre que des effets de génération, de classe et de genre structurent aussi bien le choix des réseaux utilisés que la manière de les combiner, les motifs de leur utilisation et leur inscription dans des répertoires plus vastes de pratiques informationnelles et politiques. Les générations et les classes se distinguent notamment par la nature et la diversité de leurs usages des réseaux sociaux. Les hommes et les femmes se différencient, quant à eux, par leur investissement dans la production de messages (textes, images et vidéos), en particulier politiques, et par leur assignation à des pratiques plutôt politiques ou professionnelles pour les premiers, et culturelles et de sociabilité pour les secondes. La définition de quatre logiques idéal-typiques d’utilisation des réseaux sociaux permet de situer ces pratiques numériques dans l’espace culturel, politique et social. Ce faisant, cet article contribue à rapprocher l’étude des pratiques numériques de la sociologie des pratiques culturelles, à l’heure où ces pratiques numériques et culturelles sont de plus en plus étroitement mêlées.
Les situations de pauvreté et de « mal-logement » en milieu périurbain et rural sont restées quasiment absentes de la littérature scientifique et donc particulièrement mal connues. À partir du cas du camping résidentiel – une forme d’habitat non ordinaire fortement présente dans ces territoires –, et de la situation des personnes les plus précarisées qui y ont recours, l’article poursuit trois principaux objectifs. Il vise d’abord à enrichir la compréhension des formes de pauvreté, de précarité résidentielle et de privation de logement, en milieu rural et périurbain et les dynamiques spécifiques qui sont susceptibles de ressortir de ces espaces. Il tente ensuite de mieux comprendre les raisons pour lesquelles il existe un décalage entre les conditions objectives de logement de ces habitats et leurs appréciations subjectives. Il entend enfin apporter une contribution à la compréhension des univers culturels et des styles de vie liés au « monde privé » des fractions précarisées des classes populaires contemporaines, en milieu rural et périurbain, encore relativement peu enquêtés.