
The chartrier of the lord-counts of Beaumont-sur-Oise is a particularly valuable collection of documents, covering a period of time from the second half of the 12th to the 13th century. Now kept in the Trésor des Chartes at the Archives nationales (J//168), this chartrier has never been studied before at such. This article restablishes the history of the preservation of the chartrier from its entry in the Trésor des Chartes around 1223 until the 19th century when the work of archivist-historians gradually contributed to fade the original state of the chartrier from today’s historians’ vision. The discovery of an inventory of the chartrier registered in the Trésor des chartes at the same period of its deposit around 1223, enabled us to bring its original state to light. Thanks to the trace of chartes missing today, we contributed to a more accurate history of secular writing practices and feudalism in the county during the 12th-13th centuries.
La confiscation des biens traduit l’exercice de la haute justice par l’autorité qui la prononce. Si elle est associée aux procès politiques de la fin du Moyen Âge comme instrument de soumission des puissants par les princes, cette dimension spectaculaire n’en est qu’un des usages. L’étude de cette pratique dans les territoires méridionaux de la principauté bourguignonne aux XIVᵉ et XVᵉ siècles révèle ses multiples dimensions et apporte un éclairage nouveau sur la construction d’un pouvoir souverain ducal, amorcée dès les derniers ducs capétiens. Ce travail vise ainsi à examiner les fondements juridiques de cette peine, entre droit romain et coutumes locales. L’usage de la confiscation illustre l’affirmation du pouvoir princier à travers la justice, notamment face aux juridictions municipales, tout en révélant la permanence de la justice seigneuriale et de l’héritage féodal. Peine complémentaire de la peine de mort et du bannissement punitif, elle parachève l’exclusion définitive de l’individu du corps social. Dans des contextes aux enjeux politiques forts, elle est un outil d’affirmation de la souveraineté judiciaire du prince : durant les conflits politiques et les guerres, le prince la prononce afin de châtier les traîtres et, durant l’expulsion des juifs de 1306, elle permet la confiscation totale des biens des juifs. Par ailleurs, la confiscation répond aux enjeux économiques et politiques de l’exercice de la justice : elle permet de financer les procédures mais aussi d’alimenter une économie de la faveur, particulièrement en période de guerre. En outre, elle met au jour la porosité du judiciaire et de l’économique par les ventes aux enchères des biens confisqués sur les marchés locaux. Enfin, les résistances qu’elle suscite témoignent des interactions entre autorités et justiciables, participant ainsi à l’édification progressive d’une justice princière souveraine.
L’architecture gothique se développe d’abord en Île-de-France dès les années 1135-1140. Les formules et procédés techniques qui la caractérisent se diffusent progressivement en Bourgogne, notamment par l’intermédiaire de la cathédrale Saint-Étienne de Sens, située aux portes de la région. La reconstruction de l’abbatiale de Pontigny dès les années 1140 et celle du chœur de la Madeleine de Vézelay, peu de temps après 1165, sont alors des témoignages emblématiques des débuts de ce nouvel art de bâtir dans cette aire géographique. À partir d’une enquête de terrain, prenant tant en considération les édifices de grande et moyenne ampleur que les plus petits d’entre eux, cette étude contribue à mettre en lumière les mécanismes d’adoption, d’adaptation, de diffusion et de développement des procédés techniques et stylistiques dans l’architecture religieuse de l’ancien espace bourguignon, entre 1150 environ et 1300. Les résultats permettent finalement de déterminer s’il existe une architecture gothique typiquement bourguignonne, souvent évoquée dans la littérature.
La multiplication des données, engendrée par le développement de l’archéologie ces dernières décennies, a permis un profond renouvellement des connaissances sur les habitats groupés du haut Moyen Âge, mettant en évidence des formes de peuplement inédites ou minoritaires durant l’Antiquité. En effet, plusieurs dizaines de sites occupés durant l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge, du début du Ve siècle jusqu’aux premières années du XIe siècle, ont bénéficié en Bourgogne d’études récentes, qu’il est possible de corréler avec des données anciennes. Le territoire situé entre Loire et Saône fournit un corpus cohérent, concerné depuis les années 1990 par de grands décapages opérés dans le cadre de l’archéologie préventive, comme l’opération de « L’Ermitage » à Coulanges-lès-Nevers dans la Nièvre en 2019. Ces résultats sont aujourd’hui complétés par la multiplication des interventions en contexte villageois, longtemps cantonnées au pied des églises, mais portant désormais sur d’autres secteurs anciens en cœur de bourg, comme c’est le cas du village de potiers de Sevrey en Saône-et-Loire. Par ailleurs, l’étude des sites de hauteur, réalisée dans le cadre de l’archéologie programmée et désormais bien développée, permet d’appréhender de véritables agglomérations perchées, à l’instar des recherches en cours sur l’ancien chef-lieu de pagus de « La Montagne de Saint-Laurent » à Mesmont en Côte-d’Or. La diversité des dynamiques topographiques à l’œuvre durant le haut Moyen Âge est ainsi à souligner, de même que l’influence des élites et de l’Église dans les processus de rassemblement des hommes et de fixité de l’habitat. L’organisation interne des sites et les formes de l’habitat peuvent être appréhendées sur de plus larges superficies. La place importante de l’artisanat constatée dans certains sites révèle sans doute un rôle économique particulier. C’est le cas des agglomérations potières au sud de Chalon-sur-Saône, mais d’autres activités spécifiques doivent être signalées comme le travail du fer, essentiellement la forge, ou encore les artisanats du verre ou de la pierre, souvent mis en œuvre dans le cadre de chantiers de construction. Cela étant, la part des activités agro-pastorales ne doit pas être sous-estimée. Une fonction de stockage des productions agricoles est sans doute à envisager comme le suggèrent les découvertes de zones d’ensilage ou de nombreux greniers dans plusieurs sites. Le rôle des habitats groupés dans la diffusion des productions artisanales et agricoles et plus généralement leur place dans les circuits d’approvisionnement sont importants, comme le suggèrent plusieurs mentions de marchés dans les sources textuelles et la présence d’ateliers monétaires, notamment à l’époque mérovingienne. Nombre de sites sont mentionnés dans les sources écrites, comme chefs-lieux de pagus, d’ager ou de fines et parfois qualifiés successivement d’oppidum, vicus, castrum ou villa. Ils participent donc pleinement au maillage du territoire et plusieurs d’entre eux à la genèse du réseau paroissial. L’enquête permet d’interroger plus largement les notions de réseaux et d’échelles, puisqu’il s’agit de déterminer la ou les places des habitats groupés dans les trames viaires et de peuplement mais aussi dans les rapports économiques, sociaux et politiques du haut Moyen Âge.
This article offers an insight into an important cycle of paintings in the parish church of San Martin de Azanza, near Pamplona in Navarre. Created during a time of crisis in the second half of the 14th century, it gives prominence to the hagiographic legend of Saint Saturninus of Toulouse, known in various versions. The identification of the different scenes depicted allows to examine other representations of the saint’s legend and leads to conclude that the figurative narrative sometimes updates written sources that deserve further study. Finally, we suggest that Iohan Martínez de Azanza, abbot of Irache, may have been the patron of this cycle.
Since the 19th century the term Beckenschlägerschüssel referred in specific publications to a certain type of brass basins decorated with a large panel of both secular and religious motifs, applied with different techniques. These objects were very little studied since this period and still suffer from being scholarly ignored and poorly recognized as a research topic per se. Yet, they played an important role in the medieval society, both in domestic and religious contexts. Thousands of them are still preserved in collections around the world. This contribution aims at investigating the recontextualization issues of these basins from an epistemological and historiographical perspective, which prevent from establishing their historicity.
Beyond the visual discourse they can convey, medieval wall painting constitutes a tangible artifact whose creative process encompasses multiple stages, which may vary according to the period, geographical region, and the individual artists involved. The selection of techniques and materials serves both functional and aesthetic purposes, offering valuable insights into the economic context surrounding mural painting. Depending on their application, these choices can also illuminate the skills of specific workshops or individual painters, as well as shifts in artistic practices over time. While the colouring process followed a common sequence for all the painters in several stages, some stages were probably left to the discretion of each painter. The gestures of the painters, evident in the traces they leave on the work, reflect their unique working habits. This analysis not only enhances our understanding of the conception of medieval mural painting but also facilitates an examination of the continuities and technical evolution observed in Touraine between the 11th and 15th centuries.
This article aims to describe a change in the use of an ancient disqualifying association : while, very early on, the ritual practices of pagans and Jews were likened to manure, in the Gregorian era, it was the sacraments of unworthy priests that were given this label. Understanding such a variation requires relating it both to the Gregorian ecclesiological discourse on priests and to theological or more disciplinary considerations on the body of God and excrement. Once this evolution has been presented, we will attempt to measure its scope, both in terms of what it allows as a rhetorical process and the risks it entails.
This paper invites a reconsideration of how network analysis is used in the study of premodern economic life. Although the concept of the network has gained prominence in medieval and early modern economic history, its application often remains descriptive, metaphorical, or methodologically inconsistent. This is particularly evident in analyses of market structure, where relational language frequently substitutes for formal modelling of incentives, costs, and strategic behaviour. The paper proposes a reconceptualisation grounded in strategic network formation, informed by game-theoretic and microeconomic reasoning. It argues that, in contexts such as late-medieval commerce – where relationships were shaped by explicit constraints, heterogeneous benefits, asymmetric information, and institutional complexity – models that explicitly encode strategic decision-making provide a more coherent representation of the generative processes documented in the sources. The contribution is therefore theoretical and methodological : it clarifies the conditions under which network models can be considered compatible with historical evidence and explains why strategic frameworks offer a more consistent tool for analysing market formation and coordination in the premodern world.