
Au Maroc, le salariat agricole, masculin et féminin, s’est beaucoup développé. Cependant, les travailleurs restent souvent dans une situation de forte précarité. L’article analyse les dispositifs d’action publique visant à améliorer les conditions de travail et la protection sociale des ouvrières et ouvriers agricoles. Des entretiens ont été effectués dans la zone du Saiss auprès d’ouvrières agricoles, de syndicalistes agricoles, d’un inspecteur du travail et de deux représentants du ministère de l’intérieur. Il existe de nombreux dispositifs d’action publique relatifs au droit du travail, à la protection sociale, aux activités syndicales et au contrôle de l’inspection du travail dans le secteur agricole. Toutefois, leur mise en œuvre reste très limitée, principalement parce que la majorité des ouvriers agricoles exercent dans le secteur informel. En conséquence, ces mesures ont peu d’impact sur l’amélioration des conditions de vie des travailleurs. Pour qu’elles puissent réellement produire des effets positifs, il est indispensable d’élaborer une stratégie globale et cohérente visant à transformer en profondeur le fonctionnement du marché du travail agricole. Une telle stratégie devra notamment se donner les moyens : 1) d’inciter les différentes parties prenantes à formaliser des contrats du travail ; 2 renforcer les obligations des exploitations agricoles en matière de respect du droit du travail ; 3) se donner des moyens suffisants pour que le contrôle de l’application des dispositifs prévus soit effectif.
L’article étudie la gestion communautaire des ressources foncières et hydriques dans le douar de Sidi Abdellah Ben Taazizt (Commune Sidi Abdellah Al Khyat, Meknès, massif du Zerhoun, Région Fès-Meknès). Il analyse les dynamiques sociales découlant de l’appropriation des terres dans un foncier collectif, sous-tutelle de l’Etat par d’anciens travailleurs agricoles, reconnus comme ayants-droit par la justice, au détriment des Ouazzanis qui se considéraient toujours comme les propriétaires légitimes de la terre Cette reconnaissance a transformé les rapports de production et les solidarités locales. L’étude, basée sur des entretiens et des observations, montre comment la gestion communautaire a permis une exploitation efficace de la terre et de l’eau malgré des conflits internes. L’introduction de nouvelles cultures, les changements climatiques et les mutations socio-démographiques ont influencé cette organisation. Toutefois, l’absence de reconnaissance du droit de propriété privé (Melk) empêche les agriculteurs d’accéder aux aides publiques du Plan Maroc Vert et de Génération Green. En parallèle, la gestion de l’eau s’est adaptée aux évolutions locales, tout en restant fondée sur des règles communautaires. Malgré l’autonomie relative du douar, une coopération plus étroite entre l’État et les communautés paysannes pourrait renforcer la confiance et favoriser une gestion plus durable des ressources.
La problématique de l’accompagnement à l’insertion des jeunes en agriculture remet parfois en cause celle des dispositifs d’accompagnement, qui ont montré au fil des années quelques fragilités. C’est dans cette optique que la présente étude a pour objectif d’établir un diagnostic des dispositifs d’accompagnement à l’insertion socioprofessionnelle des jeunes dans le secteur agropastoral de la région de l’Ouest Cameroun. Pour cela, l’étude s’est appuyée sur des enquêtes par questionnaires auprès de 61 responsables au sein de 44 structures d’accompagnement et de 150 jeunes bénéficiaires de l’accompagnement par ces dispositifs. Les résultats montrent qu’il existe une diversité de dispositifs qui se regroupent en trois principales catégories : le dispositif de formation-insertion, porté par les centres de formation, le dispositif de mise en réseau porté par les ONG, les structure et agences d’emplois et le dispositif d’appui à la mise sur le marché ou à la commercialisation porté par les entreprises privées essentiellement. L’analyse évaluative s’est appuyée sur plusieurs éléments pour déterminer la fragilité des dispositifs, notamment 1) les duplications dans l’offre de service qui entraînent une forte polarisation sur les appuis financiers et matériels (77%) au détriment des autres services tous aussi importants ; 2) la forte présence du personnel des institutions de tutelle dans la mise en œuvre des dispositifs conduit à des doubles responsabilités limitant ainsi leur efficacité ; 3) le faible taux d’insertion (9,7 %) des jeunes bénéficiaires qui traduit l’inefficacité des dispositifs ; 4) les disparités observées sur les conditions d’accès aux dispositifs qui conduisent à une forte hétérogénéité des profils des bénéficiaires, ce qui complique la personnalisation ou l’harmonisation de l’accompagnement. Cette étude soulève la nécessité de reformer les dispositifs d’accompagnement et à repenser les stratégies pour garantir la pérennisation du processus d’insertion socioprofessionnelle des jeunes dans le secteur agropastoral camerounais.
Au cours des vingt dernières années, les exploitations capitalistes se sont développées au Maroc. Ce développement s’est accompagné par un essor du salariat agricole et une féminisation importante de la main d’œuvre. Dans les exploitations capitalistes, l’organisation du travail et les rapports entre les acteurs sont différents de ceux des autres types d’exploitations agricoles familiales. Cet article analyse les différentes formes d’emploi féminin au sein de deux exploitations capitalistes du Saiss et les stratégies déployées par les ouvrières agricoles pour subsister et se créer des marges de manœuvre au niveau de l’organisation du travail au sein de ces exploitations. Nous avons conduit 35 entretiens avec des ouvrières agricoles, des gérants d’exploitations et des contremaitres. Nos enquêtes ont montré que le travail au sein des exploitations capitalistes est très hiérarchisé, en termes de canaux de communication et de coordination. De plus, une catégorisation des ouvrières apparait entre ouvrières permanentes, saisonnières renouvelées et saisonnières non renouvelées. Chaque catégorie a des conditions de travail, des motivations et des stratégies différentes. Cette hiérarchisation de l’emploi agricole au sein des exploitations capitalistes maintient l’aspiration des ouvrières à une amélioration des conditions de travail, en termes de stabilité et de régularité de l’emploi. Cependant, elle accroit la compétition, le contrôle et les conflits entre les ouvrières sans leur permettre réellement de sortir de la précarité.
Les ouvrières agricoles sont devenues indispensables au fonctionnement de l’économie agricole en Tunisie. Cependant, les politiques publiques élaborées pour améliorer leurs conditions de travail et de vie n’ont en pratique que peu d’impacts. L’étude porte sur les relations que le travail des ouvrières agricoles les amène à avoir avec différents acteurs tout comme au sein de leur foyer : comment ces relations mettent en évidence certains rapports de pouvoir, et les impacts de ces relations sur le quotidien des ouvrières. Des entretiens ont été menés auprès de 35 ouvrières agricoles du gouvernorat de Béja. Les ouvrières évoluent dans un environnement où elles se trouvent dans une position de subordination dans leurs interactions avec les agriculteurs et les transporteurs. Au niveau familial, leur travail est accepté mais souvent ne se traduit pas pour autant par une autonomisation dans les prises de décision notamment quant à l’usage de leurs ressources ou aux choix de vie. L’environnement de travail des ouvrières agricoles est socialement connecté à leurs communautés d’origine : souvent les ouvrières travaillant ensemble se voient hors du travail et les transporteurs ont eux aussi des liens sociaux avec ces communautés. Cependant, malgré cette connexion, cet environnement est peu propice à une reconfiguration des relations de pouvoir, qui serait initiée par les femmes elles-mêmes, vers des relations plus équitables. Pour être effectives, les politiques publiques visant à améliorer les conditions de travail des ouvrières agricoles devront concevoir des dispositifs d’intervention centrés sur la transformation des relations entre les ouvrières d’une part, et les transporteurs et les agriculteurs d’autre part.
Dans la République de Djibouti (Afrique de l’Est), le pastoralisme, majoritaire à la création du pays (à la fin du XIXème siècle), a largement reculé. Il concerne maintenant moins d’un quart du million d’habitants du pays. Ce mode de vie est remis en cause par des mutations qui ne sont pas seulement dues aux vagues de sécheresse qui affectent régulièrement la Corne de l’Afrique. Le présent article s’intéresse aux populations qui se considèrent encore nomades et à leur adaptation aux effets d’une aridité structurelle et en aggravation. Pour cela, une enquête a été menée auprès de 107 ménages nomades dans trois régions du sud du pays. Les résultats de l’enquête révèlent que, dans une large mesure, la résilience nomade est fortement amoindrie par la régression progressive des systèmes de production. Leur survie dépend donc complètement de leur insertion dans l’économie urbaine. Même si l’impact des villes sur les nomades est ancien, nous montrons que désormais ces populations sont entièrement sous la dépendance des acteurs de la ville, même si pour l’instant elles s’opposent à leur transition urbaine.
Au Maroc, malgré la diversité des opportunités de travail en ville, de nombreuses femmes résidant les quartiers périphériques optent pour le travail agricole reconnu comme professionnellement dur et socialement mal vu. Cet article a pour objectif d’analyser : i) les raisons qui amènent des femmes de ces quartiers périphériques à privilégier l’emploi agricole, ii) leurs perceptions et expériences vécues d’humiliation et de honte, et iii) leurs stratégies face à l’humiliation et la honte ressenties. L’étude s’est fondée sur douze entretiens semi-structurés et trois récits de vie d’ouvrières et ex-ouvrières agricoles de deux quartiers périphériques de Meknès. Ces femmes ont toutes exercé plusieurs emplois précaires disponibles en ville. Elles ont choisi, à un moment, l’emploi agricole, en prenant en compte des critères de revenu, d’organisation du travail, mais aussi de possible sentiments d’humiliation et de honte. Si toutes ont vécu des expériences d’humiliation liée à l’emploi agricole, la majorité des femmes interrogées revendiquent que l’emploi agricole, tout comme les autres travaux informels et précaires en ville, n’est pas en soi honteux. Ces femmes mobilisent différentes stratégies, allant de l’indifférence à la mobilisation collective, pour mettre à distance voir gérer proactivement cette humiliation et honte. Rendre l’emploi agricole plus vivable pour ces femmes pourrait passer à la fois par de meilleures conditions de travail mais aussi par une déstigmatisation et une valorisation de cet emploi.
Depuis 20 ans, des ouvrières agricoles marocaines sont recrutées pour aller travailler dans la récolte des fruits rouges en Espagne. Ce dispositif a été promu par l’Union Européenne pour son utilité économique et pour maîtriser les flux migratoires. Ces contrats concernent entre 10 000 et 15 000 ouvrières agricoles chaque année (avec une baisse importante entre 2010 et 2017). L’article analyse comment ce système a été créé et a évolué, et dans quelle mesure il permet – ou non – à ces femmes de travailler dans des conditions décentes et de les protéger. Cette analyse s’appuie sur des entretiens menés sur une longue période, entre 2007 et 2023. Les femmes sélectionnées au Maroc sont principalement des mères d’enfants en bas âge, dans l’objectif de limiter les « risques » que ces femmes restent en Europe. Le salaire payé en Espagne pour les ouvrières agricoles est, sur une base journalière, bien supérieur à ce que ces femmes pourraient gagner au Maroc. Pourtant, de nombreux témoignages ont souligné les abus concernant le travail et le séjour de ces femmes : non-respect des temps de travail, des logements insalubres, non-paiement d’heures supplémentaires, harcèlement ou abus sexuels, etc. Ceci est dû à la forte asymétrie de pouvoir que le programme de migration temporaire assure entre agriculteur et ouvrières, du fait de la forte dépendance de leur employeur pour rester dans le programme, leur isolement dans les fermes, leur méconnaissance du contexte local et le contrôle exercé sur leur mobilité sur place. Également, il faut souligner la faiblesse des contrôles menées par l’inspection du travail espagnole. Ces problèmes sont récemment apparus dans les médias espagnols, mais cela n’a pas induit de changement structurel dans ce système. Derrière un discours mettant en avant le rapport « gagnant-gagnant » entre agriculteurs et ouvrières, entre le Maroc et l’Espagne, ce système de migration saisonnière aboutit de fait à une construction légale de la vulnérabilité de ces femmes.
Dans les oasis du sud-est du Maroc, les incendies constituent un fléau plus qu’alarmant pour les pouvoirs publics. Ces incendies sont provoqués par une combinaison de facteurs, tels que les conditions climatiques, l’insuffisance de l’entretien des oasis et des causes anthropiques. Pour y faire face, les acteurs des pouvoirs publics ont mis en place une stratégie nationale de gestion des risques liés aux catastrophes naturelles, basée sur un système de gestion intégré visant à mieux préserver les écosystèmes. Cet article s’inscrit dans cette perspective de gestion durable. Il a pour but : i) d’analyser la coordination territoriale entre les différents acteurs, en étudiant des modes de prévention et de gestion des incendies, et ii) de proposer des pistes pour une coordination plus inclusive, intégrant les différents acteurs impliqués dans leur gestion. Pour ce faire, nous avons mené 40 entretiens avec les acteurs concernés par les incendies dans la collectivité territoriale de Toudgha El Oulia (province de Tinghir, région de Draa Tafilalet), et nous avons organisé deux ateliers multi-acteurs afin d’explorer la mise en place d’une plateforme territoriale de développement. Les résultats montrent que le mode de gestion des incendies à Toudgha El Oulia est caractérisé par une multiplicité d’acteurs, dont les rôles et attributions se chevauchent. La coordination actuelle entre les acteurs impliqués dans la gestion des incendies est techniciste et interventionniste. Les enquêtés proposent une configuration alternative qui combine prévention et intervention, centrée sur les acteurs locaux. La création d’une plateforme institutionnelle multi-acteurs, réunissant les divers acteurs de la gestion des incendies et abordant toutes ses dimensions, pourrait constituer un gage de gestion intégrée et durable de ce fléau au sein de la collectivité territoriale de Toudgha El Oulia.
Depuis leur existence en tant que systèmes agro-écologiques façonnés par l’homme, les oasis de Toudgha ont été constamment aux prises avec des défis de gestion de l’eau, qu’elle soit de surface ou souterraine. Pendant des siècles, cela a incité les populations locales à envisager une gestion de l’eau adaptée au contexte local, incarnée par la Jmaâ, une institution régie par les lois coutumières « Orf ». Ultérieurement, les Associations des Usagers des Eaux Agricoles (AUEA), ont émergé dans une perspective de modernisation. Dans le but d’explorer la continuité ou la discontinuité entre ces deux institutions, notre étude analyse les règles de gestion collective des ressources hydriques dans la vallée de Toudgha et leur évolution. Pour ce faire, nous avons mené 50 questionnaires auprès des agriculteurs, des membres de la Jmaâ et des AUEA, ainsi que 8 entretiens avec des représentants de l’administration. Les résultats de cette recherche ont révélé que la gestion sociale au sein de la Jmaâ a efficacement organisé l’irrigation et résolu les conflits sporadiques entre les tribus de la vallée. Cette gestion a évolué avec le temps, marquée par la disparition de certaines règles et l’introduction de nouvelles. En ce qui concerne les institutions communautaires de gestion de l’eau, les AUEA commencent à occuper une place croissante en tant qu’institution « moderne », formelle et reconnue par les autres acteurs. Les points de vue des acteurs interrogés varient en ce qui concerne la Jmaâ, bien qu’elle conserve un ancrage historique et continue de fonctionner dans certains villages.
Le travail agricole au Maroc est un secteur d’activités important et majoritairement féminin. Plus de la moitié (57%) des ouvriers agricoles sont des femmes. Les ouvrières agricoles sont indispensables et contribuent au développement agricole du pays. Elles sont toutefois peu visibles dans les travaux de recherche, dans les politiques publiques et dans le débat portant sur les dynamiques agricoles du pays. Les conditions de travail restent difficiles, le salaire relativement bas, et le travail irrégulier. Ce sont principalement des femmes qui sont touchées par la précarité économique et sociale. A partir d’une enquête qualitative réalisée dans la région de Béni Mellal- Khénifra, notre article va mettre en exergue comment ces femmes sont finalement mal accompagnées pour sortir de cette pauvreté dans laquelle elles sont très souvent assignées. Nous montrerons comment les acteurs institutionnels participent à mettre de côté certaines femmes, les marginalisant encore plus, en les noyant dans un groupe plus large des « femmes rurales » auxquelles elles ne sont pas toujours assimilées. Elles sont alors très souvent exclues des dispositifs d’appui car elles ne sont pas directement concernées par l’accompagnement proposé. Une des rares opportunités offertes par les institutions de l’agriculture est les activités génératrices de revenu et en particulier les coopératives, souvent présentées comme une solution miracle. Or ces activités concernent une infime partie des ouvrières agricoles, et souvent il s’agit de celles qui sont les plus « avancées », laissant à la marge celles qui en auraient le plus besoin. Au final, nous montrerons comment les institutions considèrent les ouvrières agricoles très souvent comme se situant hors champ de leur intervention.
Dans les zones oasiennes du Maroc, l’agriculture a connu une extension très importante depuis 30 ans en dehors des oasis, basée principalement sur l’exploitation des eaux souterraines et stimulée par des politiques agricoles volontaristes. Les oasis et leurs extensions sont aujourd’hui confrontées à des pénuries d’eau conséquentes, accentuées par une irrégularité croissante des pluies et des crues. Un processus participatif, impliquant un panel mixte d’acteurs, a été mené en vue d’établir un diagnostic d’ensemble de la situation des ressources en eau dans la zone oasienne de Ferkla (Drâa-Tafilalet) et de coconstruire des solutions consensuelles pour une gestion durable de l’eau à l’échelle du territoire. Le diagnostic a permis d’identifier plusieurs indices démontrant le surdéveloppement voire la « fermeture » du bassin versant : relocalisation de l’usage de l’eau vers l’amont, déclin des niveaux piézométriques des nappes et conflits d’usages. Face à ces enjeux, nombreuses sont les initiatives individuelles et collectives pour augmenter l’offre en eau localement, identifiées par les participants. Celles-ci ont été mises en œuvre ou sont en cours de réflexion, mais elles restent localisées et tributaires d’interventions ailleurs dans le bassin versant. De l’avis général, un nouveau modèle de gouvernance de l’eau est à inventer pour assurer un avenir durable des oasis au Maroc. Ce modèle se baserait sur l’implication et la responsabilisation des usagers dans la gestion de l’eau. Cet article où une démarche participative a été déployée pour comprendre et apporter des propositions autour des enjeux de la gouvernance de l’eau dans les zones oasiennes se veut une contribution au débat national sur la gestion de l’eau.
La féminisation du salariat agricole au Maroc est de plus en plus visible : les ouvrières agricoles ont pris un rôle essentiel au cœur des systèmes de production agricole et des chaines alimentaires. Cependant, leurs conditions de travail sont souvent très précaires. Certaines de ces ouvrières agricoles sont aussi des mères célibataires et vivent des conditions encore plus difficiles. Nous analysons les trajectoires de ces femmes à la fois mères célibataires et ouvrières agricoles, le rapport qu’elles ont à leurs enfants non reconnus socialement, et la manière dont ces femmes cherchent dans cette condition d’ouvrière agricole des possibilités d’autonomisation, d’affiliation sociale et de distanciation d’un milieu d’origine stigmatisant. L’étude est menée sur la base d’une analyse des expériences d’une vingtaine de ces mères célibataires et ouvrières agricoles dans les régions du Saïss et du Gharb. Ces personnes se heurtent à une double invisibilité. La première est une invisibilité locale dans le cadre d’un mode de travail temporaire et anonyme, que les ouvrières recherchent pour se soustraire à la réprobation sociale de leur statut de mamans célibataires et pour reconstruire leur vie. La seconde est une invisibilité au niveau des politiques publiques de par leur transgression des normes sociales et juridiques. De ce fait, la condition de ces ouvrières mères célibataires est quasi absente des débats publics et n’est pas prise en compte par les politiques publiques. Leur condition est prise en compte par le secteur associatif ou d’autres initiatives d’appui, mais de façon encore timide. Cette situation ne permet pas de faire évoluer le regard négatif que porte la société sur cette catégorie sociale vulnérable.
Dans les oasis de Todgha Ferkla au sud-est du Maroc, les agriculteurs ont recours à la recharge de la nappe comme une réponse innovante afin d’atténuer le déséquilibre entre l’offre et la demande en ressources hydriques. Ce déséquilibre est accentué par les phénomènes de changements climatiques, notamment la sécheresse et par la course accrue vers le pompage par le biais de la mise en place de puits et de forages. Afin d’analyser les attitudes des agriculteurs de la vallée de Todgha Ferkla vis-à-vis de la recharge et d’explorer leur prédisposition à s’approprier et adopter cette innovation, nous avons mené vingt-trois entretiens avec les leaders d’organisations agricoles en charge de la gestion des eaux au sein des oasis de cette vallée. Les résultats montrent que les enquêtés ont une définition sommaire de la recharge englobant à la fois ses finalités, ses fonctions et ses infrastructures, et connaissent les principales techniques de recharge de la nappe. Ils ont des attitudes positives par rapport à la recharge de la nappe et sont prédisposés à adopter les techniques les plus appropriées à leur contexte telles que les bassins de recharge au sein de leurs parcelles et à entretenir les seuils de recharge notamment lorsqu’ils sont intégrés dans la gestion des ouvrages de la recharge. L’implication effective des acteurs des pouvoirs publics et des locaux dans une réflexion collective pourrait garantir les effets positifs, atténuer les effets néfastes de tels dispositifs de recharge de la nappe et soutenir la durabilité de fonctionnement des infrastructures.
Au Maroc et en Tunisie, la surexploitation des eaux souterraines s’accentue, dans un contexte de baisse de la pluviométrie et d’augmentation des usages. Après plusieurs années de mise en œuvre, l’approche réglementaire et celle cherchant à mobiliser toujours plus de nouvelles ressources en eau ont montré leurs limites. Pourtant au niveau international, certaines expériences ont montré qu’une gestion durable des ressources en eau souterraine est possible en dépit de multiples défis de mise en place. En revenant sur trois expériences fonctionnelles de gestion des eaux souterraines, le présent article vise à analyser dans quelle mesure celles-ci pourraient alimenter la réflexion sur des dispositifs de gestion des eaux souterraines au Maroc et en Tunisie. Nous considérons ces trois expériences comme emblématiques de trois différents types de gestion : i) une gestion des forages ; ii) une gestion des surfaces irriguées ; et iii) une gestion volumétrique. Ces trois expériences sont mises en œuvre sous une forme de cogestion fonctionnelle depuis plus de dix ans. Elles présentent un gradient en termes de faisabilité de mise en place allant d’un dispositif simple basé sur une gestion des forages, vers un système plus complexe autour d’une gestion volumétrique par les compteurs. Sans chercher à calquer un modèle précis, il est possible de s’inspirer de ces trois expériences pour réfléchir à des solutions adaptées au contexte maghrébin. L’article identifie différentes questions que des acteurs locaux ont à se poser pour réfléchir à la mise en place de dispositifs pilotes de gestion des eaux souterraines, et de possibles étapes pour organiser une réflexion sur les modèles de gestion que pourraient tester de tels dispositifs pilotes.
Le présent article explore la gouvernance de l’eau à travers une étude de cas sur la plaine de Berrechid au Maroc. Cette région subit une pression croissante sur ses eaux souterraines, exacerbée par l’augmentation des surfaces irriguées (maraîchage et fourrages) et un pompage intensif. Cette situation a conduit à une surexploitation de la nappe, avec un déficit annuel de 32 millions de mètres cubes. Basée sur des recherches menées dans le cadre d’un projet de la FAO et d’autres études complémentaires, l’analyse se concentre sur l’évolution du cadre réglementaire et institutionnel sur la gestion des eaux, ainsi que sur la complexité des interactions entre les divers acteurs, tant dans les cadres formels qu’informels. L’étude met en lumière les difficultés inhérentes à la mise en place d’une gestion participative des eaux souterraines, incluant l’application insuffisante des réglementations, le manque de consensus social et les défis de coordination entre les institutions. Bien que les récents contrats de concession à Berrechid représentent un pas vers une gestion participative, l’article questionne leur efficacité à long terme et souligne l’importance d’une réflexion approfondie pour assurer une gestion durable des ressources en eau. L’article conclut sur la nécessité d’une collaboration étroite entre tous les acteurs pour une transition vers une gestion durable de l’eau, soulignant que cette évolution nécessite un changement dans les perceptions et les pratiques, ainsi qu’un engagement politique soutenu. De plus, il est essentiel d’assurer un appui continu non seulement technique, mais aussi social, institutionnel et financier pour renforcer cette transition vers une gouvernance améliorée des ressources en eau.
Dans les oasis du Sud-Est du Maroc, les organisations de développement local ont souvent occupé une place centrale dans le développement rural. Au cours des deux dernières décennies, leur nombre a connu un accroissement remarquable malgré les défis auxquels elles sont confrontées tels que le manque d’autonomie financière et le faible accompagnement technique et stratégique. Partant de la curiosité sur l’importance du collectif dans la dynamique de constitution de ces organisations, notre article a pour but d’analyser les facteurs de réussite des organisations de développement local à travers la mesure de performance de l’action collective à l’aide d’une grille d’analyse co-construite avec les acteurs du terrain. Pour ce faire, nous avons identifié, lors d’un stage de développement réalisé dans les oasis de Todgha, des facteurs et indicateurs de mesure de la performance de l’action collective. Liés à l’origine des organisations, à leur gouvernance et à la nature de leurs activités, ces facteurs ont été regroupés dans une grille. Suivant un processus itératif et évolutif, cette grille a été d’abord élaborée et discutée avec trois organisations de développement local, puis validée avec 9 chercheurs ainsi que des acteurs du terrain (experts, agriculteurs, membres d’organisations de développement local, institutionnels). Dans un deuxième temps, la grille a été appliquée à deux organisations de développement local dans les oasis de Todgha. Les résultats montrent que la performance des organisations dépend de facteurs internes tels que les caractéristiques des membres et des leaders de ces organisations (bonté, persévérance, confiance…), et des facteurs externes comme leur capacité à saisir les opportunités de financements, de partenariat et de coopération. Appliquée à un contexte oasien, cette grille pourrait être utilisée et adaptée à d’autres contextes pour évaluer la performance des organisations.
Au Maroc, l’élevage demeure une activité fondamentale dans les réalisations du secteur agricole, encore plus dans les zones arides et semi-arides. En vue d’en évaluer les performances technico-économiques et leurs facteurs de variation, cette étude a été réalisée sur un échantillon de 35 exploitations agricoles dans les oasis de montagne au Maroc (communes de M’semrir et Tilmi – Haut Atlas central -). Cet échantillon reflète la diversité des situations locales, avec une répartition entre exploitations transhumantes et sédentaires situées à plus de 1 900 mètres d’altitude. Les résultats révèlent une forte mobilisation de la main-d’œuvre familiale pour les travaux d’astreinte, représentant près de 97,8 % du total des heures de travail liées au troupeau. Le temps dédié à ce travail varie significativement entre les élevages sédentaires et transhumants, avec en moyenne respectivement 98,5 et 436,5 jours par an. L’autonomie fourragère, évaluée à environ 47 % en moyenne, est dépendante de la surface agricole utile et la taille du cheptel. Les taux de reproduction (mise-bas et avortement) et de mortalité reflètent des contraintes importantes pour le développement de l’élevage dans la zone d’étude. Ils mettent en exergue l’impact de la sécheresse, des insuffisances alimentaires et de l’éloignement des éleveurs de leur troupeau. En termes de revenus, l’élevage génère en moyenne 1 545 DH par Unité de Gros Bétail (UGB). La rémunération du travail en élevage varie considérablement entre les éleveurs sédentaires et transhumants, avec une moyenne journalière de 48 DH, inférieure au salaire minimal agricole garanti (SMAG). Ces résultats soulignent une situation vulnérable, exacerbée par les effets du changement climatique, qui compromettent l’attractivité du travail en élevage en zone de montagne. La limitation des ressources naturelles impacte sérieusement la résilience de l’élevage et la création d’opportunités d’emploi décent. Des actions concertées sont nécessaires pour renforcer la durabilité de l’élevage dans ces régions et assurer des moyens de subsistance viables pour les communautés locales.