
Cet article propose une analyse de la place qu’occupe l’héritage musical classique dans la Russie contemporaine. Dans le contexte actuel, l’art – et plus spécifiquement la musique classique – est appelé à s’intégrer au paradigme des « valeurs traditionnelles » et à servir les objectifs du pouvoir : d’une part, détourner la société d’une compréhension critique des enjeux sociopolitiques ; d’autre part, susciter un sentiment d’unité nationale et de patriotisme. L’instrumentalisation de la musique classique à des fins de propagande n’est toutefois pas exempte de contradictions, lesquelles constituent l’un des axes principaux de cette étude. Le cas de Piotr Ilitch Tchaïkovski – compositeur emblématique et largement mobilisé par le discours officiel – constitue un exemple particulièrement révélateur, notamment à travers les relectures sémantiques de son ballet Le Lac des cygnes, auquel une attention particulière est consacrée.
S’inscrivant dans la continuité des travaux consacrés aux relations entre musique et politique au xxe siècle, ce numéro propose d’en examiner les mutations dans le monde contemporain en prenant pour focale les mouvements de droite dans le monde actuel. Quatre articles ici réunis explorent des contextes nationaux distincts, marqués par des dynamiques et événements hyper-contemporains tels que la pandémie de Covid-19, l’entrée de Donald Trump dans le monde politique, la guerre en Ukraine et plus généralement les jeux d’influence et de propagande dans un monde globalisé. Ces contributions examinent des configurations très contrastées de mobilisations politiques par la musique, allant de formes collectives et hautement institutionnalisées à des expressions plus individuelles et marginales, issues de logiques du Do It Yourself (DIY). Ensemble, elles souhaitent offrir un aperçu de la diversité des usages politiques des manifestations musicales et sonores dans un contexte de reconfiguration rapide des espaces médiatiques, des régimes de visibilité et des modes d’engagement.
In January 2022, a series of truck convoys organized by right-wing activists converged on Parliament Hill in Ottawa, Canada’s national capital, demanding that the federal government end all vaccine mandates and public health protocols related to COVID-19. While never a unified movement, opposition to pandemic-related mandates became a rallying cry that brought together an assortment of right-wing groups. Coalescing around ill-defined notions of freedom, the self-proclaimed “Freedom Convoy” occupied ten square blocks in downtown Ottawa for nearly four weeks. The sound of trucks honking, engines revving, air horns, train horns, and amplified music put many residents under extreme duress, yet also drew people to the area. Music and sound were key characteristics of the occupation. The Convoy’s mainstage became a platform for a wide range of amateur singers, songwriters, rappers, and DJs, and supporters pointed to dance parties in the streets as evidence of the occupation’s peacefulness and popularity. The constellation of beliefs, behaviours, and attitudes that produced the Convoy’s thunderous soundscape is readily captured in Cara Daggett’s concept of petro-masculinity. Petro-masculinity articulates the historic relationship between fossil fuels and white heteropatriarchy, and describes a hypermasculine identity based in racism, misogyny and climate denial that has become prevalent in right-wing movements in North America and elsewhere. This paper examines how music was used to provide a veneer of multiculturalism and widespread support, playing into nationalist myths of Canadian liberalism and tolerance while evincing a kind of cultural extractivism that resonates with the logics of fossil fuel capitalism and settler colonialism.
Building on scholarship exploring the relationship between music and politics in the 20th century, this issue seeks to examine their transformations in the world today. The four articles presented here explore distinct national contexts, marked by hypercontemporary dynamics and events such as the Covid-19 pandemic, Donald Trump’s political rise, the war in Ukraine and broader mechanisms of influence and propaganda in a globalised world. They analyse highly contrasting forms of political mobilisation through music, from collective and highly institutionalised manifestations to more individual and marginal expressions emerging from Do-It-Yourself (DIY) practices. Together, these contributions provide an overview of the diversity of political uses of music and sound events in a context of rapidly reconfiguring media spaces, visibility regimes and modes of engagement.
This article analyzes the role of classical music heritage in contemporary Russia. In the current context, art – and more specifically classical music – is called upon to fit into the paradigm of “traditional values” and to serve the objectives of those in power: on the one hand, to divert society from a critical understanding of sociopolitical issues; on the other, to foster a sense of national unity and patriotism. The instrumentalization of classical music for propaganda purposes, however, is not without contradictions, which are one of the main focuses of this study. The case of Pyotr Ilyich Tchaikovsky – a symbolic composer extensively mobilized in official discourse – offers a particularly revealing example, especially through the semantic reinterpretations of his ballet Swan Lake, to which particular attention is devoted.
In this interview, sociologist Gérôme Guibert reflects on Popular Music Studies’ history. Guibert, who has contributed to the development of this field of study in France, discusses recent research on metal music and subcultures, an area to which he has been contributing since the late 1990s. The interview then addresses the presence of so-called “right-wing” values and aesthetics in popular music.
Le Rock against communism (RAC) apparaît au Royaume-Uni à la fin des années 1970 et combine sonorité punk, sous-culture skinhead et textes néonazis. Le RAC se diffuse ensuite en Europe puis aux États-Unis. Cet article s’intéresse au fonctionnement de la scène RAC française de 1984 à nos jours. Basé sur l’exploitation d’un corpus de disques, d’interviews et de fanzines, mobilisant prosopographie et analyse de contenu (textes et iconographie), il montre comment, en quelques années, la scène RAC française devient l’une des plus radicales et respectées d’Europe, notamment grâce au label brestois Rebelles européens (1987-1994). La numérisation de la musique produit des effets contrastés, facilitant l’accès aux productions tout en fragilisant les labels. Depuis la fin des années 2000, sa marginalisation progressive, liée à l’apparition de scènes musicales plus radicales encore et au vieillissement des artistes comme du public, s’accompagne de dynamiques de conservation et de valorisation des groupes RAC. Malgré son caractère extrême, le fonctionnement de cette scène musicale est semblable à celui de toutes les scènes underground : polyvalence des acteurs, carrière musicale courte du fait de l’absence de perspective commerciale, public confidentiel et démarche Do It Yourself adoptée faute d’alternative. Scène surveillée tant par les antifascistes que par les autorités, sa radicalité politique lui interdit tout débouché dans les partis participant au jeu électoral.