
La plupart de nos sociétés accordent une valeur économique et/ou symbolique aux vestiges historiques. Souvent les groupes criminels et les élites économiques essayent de se les approprier ou de les instrumentaliser pour faire du chantage, imposer un message politique ou bien cumuler des profits. Cela donne lieu à des pillages de monuments et sites archéologiques. Beaucoup d’objets ont rejoint les vitrines d’un musée ou d’une collection particulière à travers l’action des trafiquants et des mafias, ce qui a amené des chercheurs à créer l’expression « archeomafia ». L’objectif de cet article, issu de ma thèse de doctorat, est d’analyser la notion d’archéomafia et de proposer quelques pistes de réflexion sur l’implication du crime organisé dans le trafic illicite de vestiges archéologiques.
Le climat actuel des steppes du Proche-Orient se met progressivement en place au début de l'Holocène, à la veille de la néolithisation, vers le xiie millénaire avant notre ère. La steppe syrienne est alors parcourue par des groupes mobiles de chasseurs-cueilleurs appartenant à la culture natoufienne. Dans la steppe, leurs campements peuvent parfois être de simples haltes de chasse. Les tenants de cette culture natoufienne vivent également dans des villages construits en dur à la périphérie des zones steppiques. Cette situation qui perdure avec la néolithisation engendre différents scénarios de développement au sein d'un un même monde symbolique. Vers le viiie millénaire, la situation évolue avec un partage de la steppe entre des cultures pleinement sédentaires occupant des environnements favorables, des groupes de pasteurs nomades et d'autres dont l'activité principale semble être la chasse, principalement de la gazelle. La néolithisation peut ainsi être perçue comme un changement radical de l'occupation de la steppe plutôt que comme une simple adaptation à une nouvelle économie.Mais de quoi parle-t-on exactement lorsqu'on évoque le nomadisme néolithique ? Quelques pierres, des taches de cendre, des épandages de silex et d'os qui sont, dans les meilleurs des cas, les seuls témoignages des campements saisonniers de ces groupes. On est avec les nomades dans une archéologie de l'absence. Le campement est éphémère mais, paradoxalement, la présence du nomade a laissé des marques indélébiles dans la steppe. Les traces sont physiques mais elles sont aussi dans l'imaginaire tant des archéologues que des Bédouins qui participent aux fouilles.
Comment aborder la question du nomadisme préhistorique ? Pour répondre à cette question, on s'attachera ici à ce qui distingue l'archéologie de l'ethnologie dans la construction de ses interprétations et aux relations qu'entretiennent ces deux disciplines. Ceci nous conduira à discuter de démarches fréquemment mobilisées pour inférer sur les modes de vie des nomades de la Préhistoire et plus spécifiquement du Paléolithique, tels le comparatisme ethnographique et l'ethnoarchéologie ou la quête d'universaux. Certains rappels pourraient sembler des évidences pour des familiers de l'archéologie et de l'ethnologie ; mais les évidences des uns n'étant pas nécessairement celles des autres, un lecteur non spécialiste pourra y trouver matière à éclaircissement.
The Magdalenian camp site of Pincevent was discovered in 1964, near Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne). Assuring the preservation and transmission of this exceptional archaeological heritage has become one of the main goals of scientific research since the beginning of archaeological excavations. Accordingly, the excavation field crew was particularly interested in developing innovative methods for the recording of the features of habitation surfaces. Photography played a major role in this process. This article describes how the evolution of these methods was directed towards the identification of occupation floors and the demonstration of the coherence of their structure. This approach was constructed in connection with the adoption of new research tools (photogrammetry and spatial analysis). The article thus addresses the role played by written and oral archives in this process, both through the processing and analysis of two series of photographs taken on the site and the production of semi-directive interviews with the actors who worked on the development of these methods.
Southeast Asia is characterised by its great environmental, linguistic and cultural diversity. The large number of islands and the dispersed resources have favoured the ancient emergence of extensive networks to exchange these scarce goods. Maritime nomads, now marginalised, played an important role in the creation and functioning of these networks. Until now, there have been few attempts to identify and trace the evolution of maritime nomadism in the archaeological record, partly because of their supposed 'archaeological invisibility' due to the poverty of their material culture. It is only during the second millennium AD that the historical record sheds light on the role of certain nomadic groups in the creation and maintenance of merchant states.There is no simple definition of maritime nomadism in Southeast Asia, which is characterised by a great diversity of economic and political organisations. This diversity is expressed through routes, livelihood strategies, trade goods and modes of interaction with land-based groups and wider trade networks. In this paper we attempt to define this nomadism, discuss its origin and propose ways to understand its archaeological dimension.
Cet article explore quelques interrogations sur les modalités et finalités de la prescription en archéologie préventive en pratique dans un service régional de l’archéologie.
La mobilité des groupes du Paléolithique supérieur est-elle assimilable à du nomadisme ? N'ayant accès qu'à une petite partie de l'information, nous nous aidons de l'ethnographie pour comprendre ce qu'est un campement nomade en environnement périglaciaire et voir si les occupations que nous fouillons offrent des réponses semblables à des contraintes pour certaines similaires. Qu'ils aient occupé des abris-sous-roche ou dressé une structure de protection, cet espace approprié ne l'a été qu'un moment, les groupes se déplaçant selon des impératifs liés à l'acquisition des ressources végétales, animales et minérales, ainsi qu'à l'entretien des liens sociaux. Si notre objectif est d'identifier les mouvements des préhistoriques au fil des saisons, nous les étudions essentiellement à travers un lieu fixe qu'ils ont occupé à un moment T. Il apparaît que l'on peut schématiser cette appropriation de l'espace par des cercles emboîtés. Au cœur se trouve l'habitation, concrétisation de l'unité sociale. Autour le campement cumule espaces privés des habitations et espaces collectifs. Au-delà s'étend l'espace exploité à partir du campement. Enfin vient le territoire parcouru au fil des saisons pour s'approvisionner ou échanger.L'interaction étroite entre sociétés humaines et environnement que l'homme exploite pour survivre oblige à une souplesse de l'organisation sociale. De nombreux critères affichent tant le statut de chaque individu que celui de chaque cellule sociale. La répartition des tâches genrée concerne autant l'acquisition de nourriture que le bon déroulement de la vie quotidienne.Pour survivre et, notamment, pour bien évaluer la relation temps/environnement à exploiter, un vaste registre de connaissances est nécessaire. Chaque famille, unité socio-économique de base, peut trouver ou fabriquer la totalité des objets nécessaires à sa vie. S'il y a une polyvalence technique des individus, une répartition des compétences s'exprime dès l'apprentissage qui inscrit très probablement ceux-ci dans un genre. Enfin, des pratiques rituelles leur permettent de penser exercer une sorte de contrôle sur leur devenir.Il s'agit bien pour nous d'un nomadisme au Paléolithique supérieur. Mais, parce que nous connaissons des haltes de courte et de longue durée, nous ne saurions dire si la norme était un nomadisme strict ou un quasi-nomadisme. Le site de Pincevent (Seine-et-Marne), permet d'illustrer cette approche du nomadisme préhistorique : il offre à la fois des occupations d'automne de courte durée et une occupation d'hiver de longue durée.
Cet article présente les origines de la photographie archéologique française, liées notamment à l'action de Jean-Baptiste Auguste Verchères de Reffye (1821-1880) au sein de la Commission de Topographie des Gaules et du Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye.
The department of Near Eastern Antiquities of the Musée du Louvre (DAO) houses an important photographic archive which illustrates the work of French archaeological missions in Iran from the end of the XIXth to the 1960’s. The analysis and valorization of these photographs allow a valuable historiographic study to better understand past excavations and clarify or sometimes correct previous scientific results. Susa, in southwestern Iran, is a fundamental site in the comprehension of the history of ancient Iran. This paper shows how the DAO photographic archive can help in the reconstruction of archaeological contexts through examples from Susa.
Under the impetus of Jean Capart (1877-1947), Belgium gradually rose to importance on the international Egyptological scene in the early 20th century, with the Royal Museums of Art and History in Brussels (RMAH) as its epicentre. The famous Egyptological library of the museum certainly was a defining factor in this development and is still considered to be one of the finest and most complete Egyptological libraries in the world. Besides books and journals, this library also houses an important photographic archive of more than 53.000 non-digital items. This paper deals with the large sub-collection of almost 7.000 historical glass plate negatives that are kept in this research archive and that are currently being studied in the framework of the Sura project. This collection documents the pioneering years of Egyptology in Belgium from the perspective of Jean Capart and his collaborators. The core of the collection consists of images of the sites where Capart and his team conducted archaeological excavations on behalf of the RMAH and the Fondation égyptologique Reine Élisabeth, and from which objects entered the museum’s Egyptian collection. However, the collection is broader than this and also contains thousands of photos of other sites and monuments—many of them during excavations by other international or Egyptian missions—along with images of objects in various museum collections worldwide. The collection also offers a rich and varied picture of the Egyptian landscape, its fauna and flora, as well as the daily life of the Egyptian population during the first half of the 20th century.
En Méditerranée comme ailleurs, sans doute, s'accumulent les indices d'un important développement de la navigation entre l'Épipaléolithique, et le début du Néolithique. Ils suggèrent l'existence de groupes sociaux détenteurs de savoirs et de savoir-faire maritimes spécialisés, et invitent à s'interroger sur leur positionnement dans le tissu social à l'échelle locale et régionale, sur leur rôle historique et sur leur mode de vie qui pourrait évoquer une forme de nomadisme.
Quels prérequis définissent un mode de vie nomade ? Ce mode de vie est-il le seul envisageable pour le Paléolithique ? Ces deux questions structureront cette courte présentation et nous conduiront à discuter des hypothèses anciennes de sédentarité et de semi-sédentarité récemment réactivées dans le discours archéologique. Pour ce faire, on s'appuiera principalement sur le cas d'étude des sites kostienkiens de Russie.
Although archaeological evidence of their settlement is sparse, the nomads of the Egyptian Eastern Desert have been known since the earliest Pharaonic times from the comments of Nile residents and travellers. Today, they are largely sedentary or semi-sedentary, living mainly in the Valley and on the banks of the Red Sea. Sometimes feared and shunned by the Egyptians, sometimes commercial and diplomatic partners, sometimes both, they were indispensable in the exploitation, control and crossing of the desert. Until recently, they were still involved in the operation of trade routes that remained vital until the Suez Canal was opened. Today, they still play a major role in the exploitation of mineral resources and in guiding sedentary people (mainly tourists) through the desert.Although different groups from this desert have been described and have been in contact with the people of the Nile Valley for five millennia, common features are observed among these populations, in particular their means of subsistence, their material culture and their relations with the sedentary people of the valley: what are the marks of unity and diversity displayed by the Egyptian nomadic societies of the past and present?In order to characterise these societies over the long term, the Nomad's Lands research project proposes to examine the links that unite the different tribes and populations over the centuries in the Egyptian Eastern Desert, based on textual data (Pharaonic; travellers’ accounts from the 17th to 20th centuries), archaeological data (excavations of the French archaeological mission in the Eastern Desert - MAFDO), small finds (ceramics produced by the desert populations in the Greco-Roman period), and geographical (observations at the end of the 20th century).
L'étude de l'art pariétal, archéologie des grottes ornées à part entière, assigne à la photographie une place particulière. Celle-ci est indispensable mais toujours en complément des nombreuses autres techniques d'enregistrement et d'analyse. Pratiquée dès les premières recherches, la photographie participe à l'établissement de la preuve à égalité avec les autres techniques de relevés. Au début du xxe siècle, l'affirmation du relevé comme principal moyen de compréhension et de diffusion des œuvres pariétales la marginalise. Elle devient pourtant, à partir des années 1950, le média central de la publication d'un corpus. Par la suite, ses développements techniques successifs interagissent avec les problématiques de la recherche. Elle devient un véritable outil d'étude intégré à un arsenal technique lui-même en constante évolution. Avec l'avènement du numérique, entre les années 1980 et 2000, la photographie poursuit sa diversification. Elle s'affirme comme une technique centrale dans l'acquisition de données, l'étude et la valorisation pour la connaissance, la conservation et l'affirmation de la valeur patrimoniale des sites ornés.
This paper examines the issues surrounding the use of photography in scientific fieldwork and in the reproduction of archaeological objects at the beginning of the 20th century, using the example of Émile Espérandieu's excavations at Alesia, in the sanctuary of Apollo Moritasgus. Rather than drawings, the presentation of archaeological material was from then on done through photographic plates mounted by hand. The burden of proof is now placed on these photographs. Field photographs are generally relegated to the status of mere illustrations. The photographs are taken very retrospectively, and often give rise to artificial scenes, and also to commercial exploitation in the form of postcards. Documenting the excavation in progress remains the exception.
La remontée du niveau des océans a imposé, au cours de la première moitié de l'Holocène, des reconfigurations majeures des littoraux atlantiques européens : réductions drastiques de certains espaces, création d'îles et inondations d'écosystèmes prodigues (estuaires, marais littoraux). Les témoignages archéologiques directs d'habitats des viie et vie millénaire avant notre ère en Bretagne révèlent des modes de vie mariant ressources terrestres et marines, imbriqués dans plusieurs cycles naturels (saisons, marées). Comment l'archéologie peut-elle restituer les pratiques de mobilité qui animent ces réseaux d'occupation ? Peut-on saisir leurs changements sur le temps long ? Les techniques de navigation occupent une position centrale dans cette enquête. Vu la rareté des embarcations préservées à l'échelle européenne pour ces périodes, nous proposons une méthode d'analyse indirecte, associant référentiels ethnographiques, analyses fonctionnelles lato sensu et expérimentations. La perception des rythmes d'occupation des habitats est un autre volet de notre recherche, qui associe cette fois géoarchéologie, datations isotopiques, sclérochronologie et archéozoologie, en prenant garde de bien différencier leurs échelles temporelles de résolutions respectives. Objet de recherche impalpable, la mobilité maritime à la Préhistoire ne peut s'appréhender que par de telles confrontations disciplinaires.
While imperial rhetoric in medieval Islam in the 10th century emphasises the defensive functions of the political leader in the face of the depredations of Turkic tribes and assigns a threatening dimension to nomadic identity, a regional or even local analysis of economic exchanges and daily practices testifies to the relations of dependence between 'nomads' and 'sedentaries'. In fact, in the Iranian and Central Asian margins of the medieval Islamic empire, where the official discourse disseminated by the relays of the caliphal power often associates the Turks with the infidel barbarians threatening the Islamic world, the data of the natural environment (geomorphological fragmentation, water network) and the cartography of human presence (cities, rural cantons, steppes and desert expanses) nuance this dichotomous representation. The analysis of economic practices in the textual sources, particularly trade, reveals the need for local populations to adapt to the presence of others, to share natural resources (water, pastures) in order to develop and exploit raw materials. The example of the exploitation of animal products (actors, species, spatial distribution) constitutes a central element of reflection on the question of the place of pastoral populations in the societies of Khorassan and Transoxiana, without excluding the theme of nomads' access to manufactured products.