
Les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte-d’Azur produisent d’importants volumes de légumes frais d’une diversité d’espèces. Cette production est compromise par le changement climatique qui perturbe les conditions de production. Les exploitations maraîchères et leurs filières vont faire face à des impacts climatiques majeurs à court et moyen termes dans ces territoires. Pour développer leur capacité d’adaptation face à ces dérèglements, les acteurs du monde agricole ont besoin de repérer à quels aléas climatiques leurs systèmes seront exposés et dans quelles conditions cela produirait des effets dommageables ; ceci en considérant leur situation concrète d’action. Il est donc nécessaire de rendre compréhensibles les relations effectives entre variables climatiques et composantes de ces systèmes. Si la littérature scientifique donne des tendances sur ces relations, les connaissances disponibles sur les systèmes maraîchers se révèlent lacunaires, théoriques et éloignées des réalités opérationnelles de production locale. Nous avons développé une méthodologie pour pallier ce manque de connaissances à visée opérationnelle, basée sur la mobilisation des connaissances empiriques et localisées d’acteurs de terrain. Les impacts du changement climatique sur les systèmes maraichers méridionaux sont déjà visibles, variés et multi-niveaux. Ils appellent à des adaptations incrémentales mais aussi systémiques et transformantes en partie identifiées par les acteurs.
Le besoin de méthodes de dimensionnement des mesures compensatoires a été diagnostiqué dès les années 2010 dans des articles scientifiques ainsi que des rapports institutionnels. Dans ce cadre, un bureau d’études en écologie a collaboré avec des chercheurs pour aboutir à une méthode de dimensionnement de la compensation écologique adaptée à la procédure de dérogation à la réglementation sur les espèces protégées, et conjuguant exigences scientifiques relatives au dimensionnement et opérationnalité pour une utilisation de terrain. Nous proposons dans cet article de présenter cette méthode, MERCI-EHF, son intérêt, tout en apportant un regard critique sur ses limites et ses perspectives d’amélioration.
La définition d’états de référence joue un rôle clé en restauration écologique, en servant de point de repère pour évaluer la dynamique de restauration des écosystèmes. Toutefois, le choix de cette référence n'est jamais totalement objectif et dépend de nombreux facteurs contextuels, tels que l’histoire et la géographie du site, son intégrité écologique initiale, ou les intérêts des parties prenantes. Pour éclairer les choix effectués lors de la définition des états de référence en restauration écologique, nous avons analysé 32 projets de restauration mis en œuvre et suivis dans une diversité d’écosystèmes terrestres et aquatiques entre 1999 et 2023 par des chercheurs du réseau « Restauration écologique INRAE » (REI, https://restauration-ecologique.hub.inrae.fr). Nos résultats mettent en évidence des tendances commune dans les critères mobilisés pour la sélection des références, tout en révélant des degrés d’accord variable entre projets, avec des différences notables entre les projets aquatiques et terrestres en termes d'implication des parties prenantes, des métriques choisies et des mesures d'évaluation. Cette étude constitue une première étape avant une enquête au sein de la communauté scientifique internationale. L’objectif est ainsi d’explorer plus en profondeur les défis liés à la définition des états de référence, en particulier dans le contexte d’accélération des changements globaux (notamment climatiques) et celui de la mise en œuvre du nouveau règlement sur la restauration de la nature dans les États membres de l’Union européenne.
La croissance urbaine rapide de Yaoundé s’accompagne d’une augmentation continue de la production des déchets ménagers, rendant leur collecte de plus en plus difficile. Cette étude analyse l’accessibilité spatiale du service de collecte des déchets dans la commune d’arrondissement de Yaoundé VI à partir d’une approche combinant enquête de terrain et analyse géographique sous système d'information géographique (SIG). Une enquête menée auprès de 530 ménages a permis d’évaluer la fréquence de collecte, la distance d’accès aux points de dépôt et le niveau de satisfaction des populations. Parallèlement, les coordonnées GPS des points de collecte ont été relevées et intégrées dans le logiciel QGIS afin d’étudier leur répartition spatiale. Les résultats montrent une forte concentration des bacs dans les quartiers centraux et le long des principaux axes routiers, tandis que plusieurs zones périphériques restent faiblement desservies. Plus de 71 % des ménages interrogés se déclarent insatisfaits du service. Les tests statistiques révèlent une relation significative entre la satisfaction des ménages, la fréquence de collecte et la distance d’accès aux points de dépôt. Toutefois, la fréquence de collecte apparaît comme le facteur le plus déterminant dans la perception de la qualité du service. L’étude montre que les inégalités d’accessibilité spatiale et l’irrégularité du service contribuent à la dégradation du cadre de vie urbain et à la prolifération des dépôts sauvages. Elle souligne l’intérêt de l’utilisation combinée des enquêtes de terrain, des données GPS et des SIG pour appuyer la planification territoriale des services de collecte des déchets en contexte urbain africain
Pour répondre à la nécessité prégnante de mettre en œuvre des mesures de restauration écologique efficaces sur les milieux, intimée notamment par le nouveau Règlement restauration de la nature, le pôle R&D ECLA (Pôle Recherche et Développement Écosystèmes Lacustres), a initié le projet des sites de démonstration en plans d’eau en 2016. Il s’agit de mettre en œuvre, sur un réseau de sites faisant l’objet d’un projet de restauration de zones littorales lacustres, un suivi standardisé et à long-terme des habitats et des communautés avant et après la réalisation des travaux. À travers des études multisites sur l’ensemble du territoire national, ce projet vise à améliorer significativement les connaissances en écologie de la restauration et à optimiser les pratiques, en identifiant les plus efficaces. Aujourd’hui constitué de treize sites issus de contextes variés et sur lesquels les travaux de restauration mis en œuvre sont d’ordre divers (reprofilage de berges, diversification d’habitats hors berge, restauration de roselières ou revégétalisation), le réseau des sites de démonstration en plans d’eau ambitionne d’intégrer l’ensemble des opérations portées par des partenaires prêts à rejoindre le réseau. Mettant l’accent sur le lien entre les parties prenantes du projet, il permet de nombreux échanges entre les sphères opérationnelle et scientifique, mais aussi entre les gestionnaires eux-mêmes.
Si la Commission internationale de protection des eaux du Léman, à travers les travaux de recherche et le suivi écologique menés par divers instituts scientifiques, joue un rôle central dans la surveillance du lac, elle n’est pas la seule à veiller sur cet écosystème emblématique. Depuis plus de soixante ans, des acteurs souvent moins visibles — associations, communautés locales, pêcheurs, plongeurs, plaisanciers ou simples citoyens — ont eux aussi contribué de manière déterminante à sa préservation. Qui sont ces « sentinelles » du Léman, et comment ont-elles participé à sa protection ? Cet article propose un hommage étayé de l’auteur sur le rôle, passé et présent, de ces acteurs dans la vigilance environnementale du lac, tout en reconnaissant les limites inhérentes à cette histoire collective.
Une des principes de la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) stipule que les femmes soient au cœur de l’approvisionnement, de la gestion et de la conservation de l’eau. Des problèmes liés à l’eau empêchent la valorisation de la plaine agricole aux alentours d’Ambositra I. Cette étude a été précédée par l’évaluation des besoins en eau agricole et l’analyse d’éducation environnementale. Dans la zone d’étude, l’irrigation par barrage est supposée être le seul moyen attendu par les agriculteurs. Pourtant, la réalisation de ce projet peut être coûteuse et irréalisable dans le court terme. Dans ce sens, la présente étude examine les actions à soutenir dans le cadre de l’approche genre pour une valorisation durable du réseau hydrographique d’Ambositra. La méthodologie adoptée consiste en une enquête sociologique auprès de la population agriculteurs et usagers des rivières. Il en résulte qu’à travers les actions liées à la gestion de l’eau au quotidien, les femmes, malgré de nombreux blocages, présentent un degré d’implication supérieur qu’aux hommes. Cette implication apporte un développement social. La complémentarité des actions menées par les genres offre une approche inclusive. Toutefois, pour une question d’efficience, l’adoption du « Dina », qui est une convention communautaire est suggérée.
L’ADN environnemental (ADNe) constitue une avancée majeure pour l’étude et le suivi de la biodiversité aquatique. Il offre une alternative non invasive aux méthodes classiques de biosurveillance, tout en fournissant des outils particulièrement performants dans les milieux difficiles d’accès ou pour la détection d’espèces discrètes et/ou peu abondantes. Après un rappel des principaux enjeux, ainsi que des avantages et limites des approches fondées sur l’ADNe pour la biosurveillance des écosystèmes lacustres, cet article présente plusieurs développements récents et applications de ces méthodes pour l’étude de populations ou assemblages piscicoles. Les résultats illustrent (i) la capacité de détection et de quantification ciblées pour l'étude de la phénologie de reproduction de plusieurs espèces via la PCR digitale, (ii) la réalisation d’inventaires robustes des communautés piscicoles dans divers types de lacs, avec des tests visant consolider l’obtention d’informations quantitatives à partir du métabarcoding.
Le Pôle Recherche et Développement Écosystèmes Lacustres (ECLA) s’inscrit pleinement dans le contexte de l’Anthropocène, caractérisé par l’accélération et l’intensification des crises environnementales, en particulier celles qui affectent les écosystèmes aquatiques. En France, les écosystèmes lacustres, qui regroupent plus de 800 000 plans d’eau, concentrent à la fois une biodiversité remarquable, de multiples usages et des enjeux environnementaux majeurs. Créé en 2009 puis consolidé en 2019, le Pôle R&D ECLA repose sur un partenariat structurant entre l’Office français de la biodiversité (OFB) et les principales équipes de recherche académique françaises spécialisées en écologie lacustres. Il fédère aujourd’hui près de 80 agents issus de l’OFB, INRAE et de l’Université Savoie Mont Blanc en s’appuyant sur une gouvernance structurée autour de quatre axes thématiques, d’une direction, d’un comité de direction et d’un comité de pilotage. Sa mission est de renforcer l’interface entre science et action publique afin d’améliorer la préservation et la restauration des écosystèmes lacustres. Elle se décline par l’identification des priorités de recherche, le développement de méthodes et d’outils opérationnels, la production d’expertise scientifique et le transfert des connaissances vers les gestionnaires et les décideurs publics. Le programme scientifique 2025–2030 s’articule autour de quatre axes : (1) l’évaluation et la gestion de la biodiversité lacustre ; (2) l’étude des impacts du changement climatique et des leviers d’atténuation ; (3) l’analyse des effets de l’anthropisation et le développement de solutions de restauration écologique efficaces ; (4) la valorisation et le transfert des connaissances. L’objectif du pôle qui est de produire des connaissances actionnables et des solutions scientifiques concrètes afin d’assurer la préservation durable des écosystèmes lacustres face aux défis environnementaux contemporains, est illustré par 23 articles issus des travaux du programme 2019-2024.
La structure des réseaux trophiques, c’est-à-dire « qui mange qui », est un élément central pour comprendre le fonctionnement des plans d’eau et anticiper les effets des changements globaux. Pourtant, cette information reste peu documentée en Europe, y compris dans le cadre de la directive cadre européenne sur l’eau (DCE). À partir des données de surveillance collectées en France, nous avons reconstruit les réseaux trophiques des plans d’eau en combinant tailles corporelles et informations bibliographiques. Une première analyse sur 67 sites a révélé que la diversité et la complexité des réseaux varient fortement selon la morphologie, la productivité et la température des lacs. Cette dernière apparaît déjà comme un facteur majeur dont l’importance devrait croître avec le changement climatique. En élargissant notre étude à 257 plans d’eau, nous avons montré que l’influence du climat n’est pas toujours directe : la structure des réseaux est fortement modulée par les espèces exotiques envahissantes. Le changement climatique favorise leur implantation, modifiant la richesse spécifique et, par ricochet, l’ensemble du réseau trophique. Ainsi, les réseaux trophiques constituent un outil prometteur pour intégrer la diversité d’un point de vue fonctionnel et mieux anticiper les conséquences écologiques du changement global.
Les écosystèmes lacustres ont des rôles écologiques et socioéconomiques essentiels, mais ils sont fragilisés par les pressions anthropiques qui s’accentuent avec le changement global. Les acteurs français de ces milieux sont nombreux et variés (services de l’État, collectivités, gestionnaires, exploitants et usagers, associations, chercheurs, etc.). Ils génèrent un important besoin de connaissances nouvelles et de partage des informations disponibles. En outre, très peu d’acteurs disposent d’une formation initiale en limnologie qui leur permette de gérer facilement les questions courantes. Enfin, il n’existe aucun système d’informations français qui rassemble l’ensemble des données disponibles pour les écosystèmes lacustres du territoire national. Face à ce constat, la création d’un centre d’expertise et de médiation scientifique dédié à ces écosystèmes faciliterait le partage des connaissances et l’articulation des différentes démarches à l’échelle nationale. Cette structure aurait pour missions d’animer la communauté des acteurs, d’assurer leur montée en compétence et leur accompagnement technique, et de centraliser l’accès aux connaissances et aux outils. Après une étape de préfiguration, sa création est en cours avec un lancement officiel prévu fin 2026. Cette initiative vise à répondre aux besoins exprimés par les acteurs et à offrir des leviers concrets pour agir plus efficacement pour les écosystèmes lacustres du territoire français.
La plateforme DataECLA (Données sur les écosystèmes lacustres) a été développée par le Pôle R&D ECLA (Pôle Recherche et Développement Écosystèmes lacustres) pour répondre aux enjeux croissants de centralisation, d’accessibilité et de valorisation des données sur les lacs français. Conforme aux standards européens (INSPIRE, directive Open Data) et aux principes FAIR (faciles à trouver, accessibles, interopérables, réutilisables), DataECLA repose exclusivement sur des solutions logicielles libres (GeoNetwork, GeoServer, GeoCMS, Dash, etc.). Elle offre un accès web interactif et personnalisable aux métadonnées, cartes, graphiques et tableaux de bord, tout en permettant la connexion directe depuis des logiciels spécialisés via des flux standardisés (OGC). En plus des données issues de la mise en application de la directive cadre sur l’eau (DCE), la plateforme intègre progressivement des jeux de données provenant de la recherche, de la télédétection ou d’autres réseaux nationaux. Véritable outil de structuration des connaissances, DataECLA favorise la circulation des savoirs scientifiques et accompagne les politiques publiques de protection de la biodiversité.
Les réseaux de surveillance des lacs français, qu’ils soient réglementaires (DCE), scientifiques (OLA, Lacs Sentinelles), opérationnels ou thématiques (suivi d’opérations de restaurations), fournissent des données essentielles pour évaluer l’état des écosystèmes lacustres et leurs réponses aux multiples pressions humaines et climatiques. Le Pôle R&D ECLA (Pôle Recherche et Développement Écosystèmes lacustres) joue un rôle prépondérant dans la centralisation et la standardisation de ces données au niveau national, notamment au travers du système d’information OLA et des bases de données dédiées à la surveillance DCE. Ces dispositifs complémentaires participent d’une infrastructure cohérente, à même d’accompagner les gestionnaires et les chercheurs dans la compréhension, la protection et la restauration des milieux lacustres. Le renforcement de leur gouvernance et de leur interopérabilité constitue un enjeu stratégique face aux défis environnementaux à venir.
Dans un contexte de tension croissante sur la ressource en eau, le développement de nouveaux outils de surveillance constitue un levier déterminant pour la mise en œuvre de politiques publiques efficaces. L’article présente les avancées récentes en matière de télédétection appliquée à la surveillance des plans d’eau, dans le cadre du programme France 2030. Deux volets complémentaires sont abordés : le suivi quantitatif (superficie, volume, taux de remplissage, marnage) et le suivi qualitatif (température, chlorophylle-a, turbidité…), produits à partir d’imageries satellites (Sentinel-1 & 2, Landsat) et mis à disposition via des outils interactifs. Ces services, conçus avec l’appui de groupements d’opérateurs et de laboratoires de recherche, permettent une observation régulière, fiable et spatialement continue des plans d’eau. L’exemple de la retenue de Serre-Ponçon illustre les performances et les usages concrets de ces outils pour suivre la dynamique des plans d’eau, renforcer l’anticipation des crises, améliorer l’information et la coordination des acteurs et mieux préserver les écosystèmes lacustres. Cette démarche préfigure une nouvelle génération d’outils d’aide à la décision, intégrant données satellitaires et observations de terrain, pour une gestion plus intégrée et réactive sur le territoire national.
Les caméras acoustiques à très haute fréquence offrent une méthode, nouvelle et non intrusive, pour observer les organismes aquatiques, quelles que soient les conditions du milieu (e.g. eau trouble ou turbide, nuit). Elles produisent des images très détaillées, permettant d’étudier des comportements auparavant impossibles à documenter. Deux applications sont présentées ci-après. Tout d’abord, la détection et l’enregistrement en continu d’essaims d’Hemimysis anomala, une crevette invasive présente dans le Léman, permettant in fine de décrire précisément ses cycles d’activités nocturnes, fortement influencés par la lumière et la prédation. Ensuite, la phénologie de la reproduction du poisson corégone (Coregonus spp.) a été étudiée grâce à une caméra installée sur un site de frai, permettant d’identifier clairement les pics d’activité. Différentes méthodes d’analyse ont été comparées, notamment le logiciel open source FishTracker, rapide, stable et simple à l’usage. Au travers de ces deux exemples, il est démontré combien les sonars à imagerie ouvrent de nouvelles perspectives d’études du comportement et de l’écologie des espèces aquatiques
Développée dans une démarche de sciences participatives, l’application FISHOLA a été coconstruite par des scientifiques et des pêcheurs pour améliorer les connaissances sur les poissons des lacs périalpins et contribuer à leur préservation. Grâce à la saisie en temps réel des captures, elle fournit des données précieuses pour la gestion durable de la ressource et sensibilise les pêcheurs aux enjeux de conservation. Depuis 2025, elle est déployée sur de nouveaux sites pour élargir son impact.
De nombreux plans d’eau voient leurs zones littorales, naturellement très biogènes, dégradées par le marnage artificiel. L'utilisation d'îlots flottants offrant en permanence des habitats diversifiés apparaît comme une solution potentielle d’atténuation des impacts sur la biodiversité aquatique. Dans le projet UROS, trois îlots ont été conçus et testés sur la retenue de Serre-Ponçon. Leur colonisation par la macrofaune aquatique a été évaluée quatre années durant. Une communauté de macro-invertébrés diversifiée et abondante a rapidement été observée sur les îlots en comparaison des stations littorales témoins et est restée stable au fil des années d’échantillonnage. Les taxons observés sur les îlots, typiquement peu mobiles et polluo-sensibles, étaient différents de ceux des zones témoins soumises au marnage. La communauté de poissons des îlots était quant à elle plutôt moins abondante, même si globalement peu différente de celle des zones témoins. Notamment, les stades juvéniles étaient moins nombreux sur les îlots la nuit. Une large gamme de stades de brochets juvéniles (espèce cible du projet) a cependant été observée sur les îlots et non en zone témoin, probablement en lien avec la complexité des habitats offerts par les îlots. Ces premiers résultats encourageants montrent que les îlots restituent en partie les fonctionnalités d’une zone littorale naturelle non impactée par le marnage. Les évaluations devront toutefois se poursuivre pour confirmer ces tendances à plus long terme.
Les omics regroupent un ensemble d’outils analytiques permettant d’étudier les molécules constituant les organismes, comme les acides nucléiques (métagénomique, metabarcoding, digital PCR) et les métabolites (métabolomique). L’intégration de ces techniques dans la gestion des lacs et des milieux aquatiques présente un intérêt certain : appliquées à des échantillons naturels, elles permettent d’avoir un débit d’acquisition de données élevé, des identifications taxonomiques précises et des informations fonctionnelles sur les écosystèmes. Les omics sont désormais à disposition des porteurs d’enjeux qui peuvent s’en saisir. Un besoin d‘échanges entre chercheurs, gestionnaires, analystes et experts des milieux s’est fait ressentir. Ce besoin s’est concrétisé avec la tenue de tables rondes le 21 mars 2025 réunissant quarante-quatre participants. Ces derniers ont débattu de la place des omics dans l’application des politiques environnementales, des avantages et limites associées à ces approches, de l’évolution des métiers et des formations dans le domaine de l’étude et de la gestion des milieux aquatiques avec l’intégration des omics, et ainsi que des stratégies à adopter pour favoriser l’intégration de ces techniques pour la gestion des milieux aquatiques. Les échanges ont souligné l’importance de créer des espaces de dialogues réguliers afin de soutenir cette dynamique, dans la perspective d’améliorer la connaissance, la surveillance et la protection de notre environnement.
La température constitue un facteur déterminant du fonctionnement, de la dynamique chimique et de l’équilibre écologique des lacs. Or, les observations confirment une tendance généralisée à l’augmentation des températures de surface des plans d’eau sous l’effet du réchauffement climatique. Ce réchauffement suit toutefois des trajectoires variables selon le contexte hydro-morpho-climatique des plans d’eau. Les fluctuations thermiques et la trajectoire de réchauffement nécessitent donc d’être caractérisées à partir de séries de données longues et fiables afin d’en évaluer et anticiper les conséquences. Toutefois, ces chroniques sont rarement disponibles. Le Pôle R&D ECLA (Pôle Recherche et Développement Écosystèmes Lacustres) travaille depuis plusieurs années pour améliorer les connaissances sur ces questions, en combinant mesures in situ à haute fréquence, observations satellitaires et modélisation. L’article propose un aperçu des principales approches déployées et quelques résultats phares de ces dernières années : simulations et diffusion des températures de l’épi- et de l’hypolimnion pour 401 plans d’eau du territoire sur soixante ans, développement d’indicateurs, simulations et prédiction des trajectoires thermiques pour quatre grands lacs naturels à l’horizon 2100, et prise en compte de paramètres de qualité dans les prédictions.
Les retenues d’altitude constituent aujourd’hui une part significative du réseau de plans d’eau de montagne, mais leur création entraîne souvent la destruction de zones humides et d’habitats fonctionnels. Les inventaires biologiques qui y ont été réalisés témoignent de communautés considérablement appauvries et d’une quasi-absence de végétation aquatique, transformant certaines retenues en « pièges écologiques ». Pour tester des solutions permettant leur meilleure intégration environnementale, un projet de réhabilitation écologique comprenant notamment une expérimentale a été mené sur la retenue de l’Adret des Tuffes (Les Arcs 2000). Des fascines d’hélophytes et d’hydrophytes ont été implantées sur les berges et sur un radeau flottant. Les hélophytes se sont bien développées sur les berges et le radeau, tandis que les hydrophytes ont survécu sur le radeau mais très peu en berges, du fait des exondations printanières. Un suivi faunistique est actuellement réalisé pour évaluer la capacité d’accueil de ces aménagements, alors que la retenue présente initialement une faible abondance d’amphibiens et une diversité limitée d’invertébrés. Sur cette base, des recommandations sont proposées pour renforcer la qualité écologique des retenues existantes comme les caractéristiques du substrat et des pentes des berges, la végétalisation avec des espèces locales et l’adaptation des cycles de remplissage aux périodes de reproduction. Ces mesures visent à permettre de concilier au mieux usages humains et conservation de la biodiversité en montagne.