
Cet article vise à comprendre les déterminants du choix des loisirs de type passif par les séniors de la Fédération des associations de fonctionnaires et agents de l’État à la retraite de Côte d’Ivoire, malgré les prescriptions en matière de mobilité des personnes âgées. Cette étude de type quantitatif, menée dans les treize communes du district d’Abidjan, a été réalisée au moyen d’un entretien directif, sur la base d’un questionnaire. En vue d’expliquer le lien entre les significations sociales du temps libre et les dispositions comportementales de ces personnes, il a été fait usage de la théorie des représentations sociales de Moscovici. Les résultats indiquent que la préférence pour les activités non essentielles émane de l’image mentale que les membres de cette fédération ont du temps libre.
Cet article dépeint à partir de quelles finalités et modalités les jeux sérieux sont mobilisés dans les musées ainsi que les aspects sur lesquels tout établissement doit se pencher avant de les concevoir et de les implanter. Il procède d’abord à une revue des écrits, de manière à mieux circonscrire ce que signifie jouer pour apprendre (le jeu comme stratégie d’enseignement et d’apprentissage, les principes du jeu sérieux) et surtout les liens que tissent entre eux jeux, musées et technologies sous l’angle de l’expérience de visite à partir de dix catégories. Il jette ensuite les bases d’un modèle ludo-pédagogique applicable aux musées en contexte d’apprentissage informel ou non-formel. Avant de conclure, des balises sont dégagées autour d’interrogations transversales relatives aux aspects techniques, pédagogiques et logistiques devant guider la démarche.
L’article explore la construction identitaire des jeunes dans les régions rurales de Tunisie et remet en question le modèle traditionnel opposant l’assimilation culturelle à la réussite scolaire, soulignant l’impact de la mutation culturelle sur les stratégies employées. Il avance aussi l’idée que l’hétérogénéité croissante des contextes socioculturels transforme la compréhension de la reproduction culturelle par l’école et les institutions de jeunesse. Deux répertoires sont identifiés dans les zones défavorisées : un héritage culturel imposé et l’anomie socioculturelle. Par ailleurs, le texte explore l’expérience de médiation socioculturelle au sein d’une institution de jeunesse. La méthode retenue repose sur une approche descriptive mixte, combinant recherche-action collaborative et récit de pratique. Ce volet met en évidence l’importance de la médiation dans les interactions, reliant identités, cultures et communication interpersonnelle dans divers contextes.
Cet article examine les politiques contemporaines de décentralisation culturelle en Tunisie à travers une approche critique des dispositifs de gouvernance et de leurs effets sociaux. Il cible des programmes récents qui promeuvent la participation citoyenne, la transparence et la réduction des inégalités territoriales, mais qui contribuent paradoxalement à reconfigurer de nouvelles hiérarchies culturelles et territoriales. Au moyen d’une analyse critique du discours, la tension entre les velléités institutionnelles d’inclusion culturelle et les pratiques réelles est ainsi interrogée. Les résultats démontrent que la participation dont il est question est strictement encadrée, produisant des effets d’inclusion sélective et une reproduction des asymétries entre centre et périphéries.
Investigative journalism has brought advantages and challenges in Malawi. Centres for journalism have revealed that even in the media there is corruption. These centres do not have financial independence although they have editorial independence and hence can only carry work that does not require a lot of expenses. Based on two cases, namely Centre for investigative journalism and Investigative Journalism Platform, the study used qualitative approach that included semi-structured interviews. It was guided by the following question: to what extend are investigative journalism centres independent? The results disclosed that some institutions are supported while others are not hampering the process of investigative journalism. They showed that governments and security agents do not have much influence on the way information is gathered.
In an era marked by the intensification of human mobility, the issue of interculturality has gained renewed prominence in the field of education. Educational systems are now confronted with increasingly heterogeneous populations, characterized by diverse languages, cultural references, social trajectories, and relationships to knowledge. In this context, intercultural education cannot be reduced to the transmission of descriptive knowledge about “the other” or to a mere pedagogy of tolerance. Rather, it entails the construction of a worldview grounded in the recognition of diversity, critical reflexivity, and the co-construction of meaning within a shared ethical framework. The objective of this article is to demonstrate that interculturality constitutes less a specific field of instruction than a transversal framework of thought, capable of profoundly transforming the aims of education and pedagogical practices.
Codirigé par Jean-Marie Lafortune (Université du Québec à Montréal), Ina Motoi (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue), Ligia Tomoiaga et Anamaria Fălăuș (Université Technique Cluj-Napoca), ce numéro est consacré aux discours idéologiques et publicitaires dans les universités et les médias. Quels sont les rôles et les ressorts, les limites et les effets de ces discours sur les capacités délibératives des citoyens et l’aptitude des sociétés à se développer de manière cohérente et inclusive à une époque marquée par la post-vérité, servant d’assise à des régimes politiques de plus en plus autoritaires, et la captation maximale du temps de cerveau humain disponible à des fins mercantiles ? Dans la foulée du colloque tenu les 6 et 7 septembre 2024 à Baia Mare en Roumanie, des collègues de différentes disciplines – éducation, psychologie, analyse du discours, philosophie, travail social, linguistique, philologie, sciences du langage, communication sociale et politique – présentent leurs recherches. Provenant de diverses régions du monde, leurs textes témoignent de dynamiques idéologiques distinctes, circonscrites par des forces propres à chaque situation historique et géopolitique. Ils témoignent de deux phénomènes à l’œuvre : la dénonciation du déficit démocratique, qui se creuse partout dans le monde, ainsi que les résistances et les quêtes de sens qui s’érigent en contrepartie.
Political propaganda has often been introduced into educational institutions with the aim of instilling a set of values and a specific mindset in the minds of pupils or students. This phenomenon has been easier to observe in authoritarian political regimes, but it has also existed in democratic regimes. The communist period in Romania is a revealing example for the process of political indoctrination in state schools and the mechanisms that made this possible. Nowadays, internal regulations of schools and universities, but also normative acts, prohibit political propaganda in educational institutions. But are they really respected? In a constantly changing society, values also change or are replaced. Some values end up being reflected by party ideologies. On the other hand, considering the fact that we live and function, since birth, in an ideological society, is it possible for us to get out of this paradigm and get rid of political propaganda in the educational process?
Cet article traite de l’usage du langage politiquement correct dans la publicité de bière au Brésil, en particulier à travers le cas emblématique de la marque Skol. Historiquement, la publicité de bière au Brésil a été marquée par des stéréotypes sexistes, visant principalement un public masculin et objectivant les femmes, notamment dans le contexte du Carnaval. L’article se concentre sur le repositionnement discursif de Skol après une campagne polémique en 2015. Sur le plan méthodologique, il mobilise l’analyse du discours à partir des travaux de Michel Pêcheux. L’analyse repose également sur les concepts de formation discursive, de manipulation idéologique et d’interpellation sociale. Les résultats montrent que le passage à un discours politiquement correct ne représente pas une rupture idéologique réelle avec le passé, mais plutôt une reformulation symbolique visant à répondre aux nouvelles attentes du public.
Maints auteurs se sont intéressés au détournement des fondements de l’enseignement supérieur par des intérêts économiques. Une critique axée sur les enjeux de la reconnaissance appelle à reconsidérer la valeur intrinsèque des sujets enseignants et étudiants au regard de leurs propres besoins, de leur liberté et de leur identité. Professeurs et chercheurs sont au coeur de ce processus de réification, qui les éloigne des fonctions de décisions, tend à ébranler l’autonomie universitaire et à enfreindre la liberté académique. Les « professionnels de l’éducation » sont contraints de lutter entre offres de financement biaisées, innovations pédagogiques sous-financées et entraves sévères à l’enseignement et à l’apprentissage. Des travaux de philosophes et de sociologues forment le socle de la réflexion en forme d’appel à la mobilisation.
La présente étude s’inscrit dans le cadre de l’analyse du discours et interroge les usages contemporains de la formule politiquement correct dans les médias français. L’objectif en est de montrer comment ce syntagme, au lieu d’exprimer l’inclusion et la diversité comme ses défenseurs le revendiquent, fonctionne dans le discours comme un mécanisme de normalisation, voire de répréhension langagière et comportementale. L’analyse des commentaires métalangagiers issus de la presse écrite et en ligne révèle un double mouvement : d’un côté, une valorisation du langage dit neutre, favorisant la convenance, la politesse et l’effacement des hiérarchies, et de l’autre, une critique vive de cette posture vue comme une forme de protocolisation du discours, c’est-à-dire une codification artificielle au service d’un conformisme idéologique.
This paper examines the effect of generative artificial intelligence (AI) on propaganda, which has produced a significant shift from traditional methods. Twentieth-century propaganda was based on simplified driven narratives for mass audiences. AI expands the horizon, allowing for the creation of hyper-personalized disinformation at a very large scale. The analysis focuses on the relationship between AI-based bot networks and the algorithms behind social media platforms. It shows how these tools are actively deployed to suppress votes, discredit opponents, strengthen extremist movements, and fuel social polarization. To address this complex threat, a counterstrategy involving multiple stakeholders (governments, tech companies, civil society) is proposed as a way to shift from a reactive posture to a proactive strategy focused on shaping long-term societal resilience.
La concentration médiatique entre les mains d’une poignée d’oligarques nationaux ainsi que la marchandisation du savoir induite par la concurrence instaurée entre les universités ont mené depuis le début du XXIe siècle, au Québec comme ailleurs en Occident, au déclin de la liberté de la presse et de la liberté académique, pourtant garantes d’une opinion publique éclairée et de prises de décision collectives fondées sur des connaissances soumises à l’épreuve des faits. En réponse à l’idéologie néolibérale qui sévit, le militantisme de journalistes et d’universitaires conduit à une impasse, puisqu’il contribue également à dévoyer leurs fonctions. S’il faut renouer avec l’enquête méthodique et la recherche honnête de la vérité, la tâche est ardue dans le régime publicitaire mis en place, qui se caractérise davantage par la manipulation et le mensonge.
En contexte algérien, certaines prises de parole publiques ont suscité de vives polémiques, notamment celles dirigées contre l’héritage Amazigh. Ces propos alimentent les tensions identitaires et contribuent à la construction de représentations stigmatisantes. Le présent article propose une analyse d’un corpus de déclarations politiques à caractère haineux, diffusées principalement sur les médias numériques et les réseaux sociaux, en mobilisant les outils de l’analyse du discours dans une perspective praxématique. Il examine les stratégies discursives employées pour désigner les Amazighs comme une altérité menaçante et montre comment la viralité numérique contribue à la banalisation et à la légitimation de ce type de discours.
Dans la conjoncture actuelle de la compétition entre les institutions d’enseignement supérieur tant sur le plan national qu’international et dans le contexte de la baisse des effectifs dans les facultés de sciences humaines, cette contribution examine le discours de la page d’accueil de la plupart des Facultés des Lettres de Roumanie dans le but de mettre en évidence les stratégies de persuasion utilisées pour attirer de potentiels candidats. L’analyse s’appuie sur l’observation préliminaire que ce discours universitaire se décline en deux types, à savoir l’une qui agence des données factuelles objectives avec des autoévaluations subjectives et l’autre qui transmet des valeurs générales extraites de la doxa du monde de la philologie. Ainsi, faisons-nous ressortir, d’un côté, l’ethos discursif des facultés retenues et les moyens linguistiques qui contribuent à sa construction discursive et, d’un autre côté, l’idéologie universitaire qui préside au fonctionnement de ces institutions.
Cet article porte sur l’évolution de l’enseignement supérieur public et privé dans un contexte de rationalisation économique et idéologique qui a mis au pas l’Université française. La marchandisation du secteur, au motif qu’il est nécessaire de professionnaliser les formations afin de sécuriser les parcours des étudiants, a emporté tant le sens d’étudier que les dimensions critique et émancipatoire qui s’y rattachaient, consistant à comprendre le monde en articulant les perspectives particulières et universelles de la connaissance. Le texte dévoile ces érosions, démantelant, au nom de l’excellence des ilots de résistance intellectuelle à partir desquelles penser un avenir utopique. Il évoque en conclusion les soubresauts provoqués par des étudiants qui s’autorisent à prendre la parole et à y adjoindre des gestes de résistance à l’autorité établie, en révélant l’illégitimité, l’irrationalité, souvent la pusillanimité, au nom de la vérité, de la justice ou de l’avenir.
La représentation des femmes par une construction sociale du genre est au coeur du féminisme. Mais de quel féminisme parle-t-on, défini à travers quelles luttes idéologiques ? Les contradictions de la critique de chacune des quatre vagues du féminisme est portée par maints courant idéologiques (libéral, radical, différentialiste, intersectionnel, néolibéral) qui mettent différemment en perspective la transformation de la place des femmes dans la société. A-t-on assisté à une évolution d’une vague dans la suivante, formant la continuité d’un même mouvement, ou à une variété d’idéologies s’opposant les unes aux autres ? Toute conception du rapport au genre requiert d’être croisée avec d’autres perspectives pour comprendre les conditions de sa mutation. La confusion actuelle entre sexe et genre ainsi que l’invalidation de la binarité biologique des sexes ont-elles atteint des limites au-delà desquelles, les femmes, en perdant leur visibilité publique, ne seraient plus reconnues comme telles ?