
This paper examines the question of whether artificial intelligence (AI) systems can be creative, approached from the dual perspective of a researcher trained in electrical engineering, pattern recognition, machine learning, and neural networks, who has also spent most of his life engaged in the arts as actor, stage and film director, writer, composer, and visual artist, and in philosophy. Drawing on Margaret Boden's foundational framework, both her three properties of creativity (novelty, surprise, and value) and her three types of creative processes (combinatorial, exploratory, and transformational), the paper argues that AI systems are structurally incapable of creativity in its strongest sense. While they exhibit genuine capability in the domain of combinatorial creativity, they are significantly bounded in exploratory creativity, and fundamentally incapable of transformational creativity. The paper further argues that the most important limitation of current AI systems is not the absence of novelty per se, but the absence of any mechanism for serendipity, accident, or the unexpected, all of which play a central role in the phenomenology of creativity, and the absence of any subject position from which to recognize and welcome such chance events. The paper concludes by proposing a model of human, AI creative collaboration that is both realistic and generative, illustrated by several concrete experiments. The paper is itself a demonstration of the thesis it advances: it was composed through a deliberate human AI collaborative process, which is described in the methodological note that opens it.
The French academic painter William-Adolphe Bouguereau (1825 – 1905) used real European butterfly models with vivid eyespots to depict the wings of mythological figures such as Zephyr, Flora, Eros, and Psyche in his paintings. Here we analyze these works of art, identify the butterfly species depicted, and discuss the potential symbolic meanings behind these paintings.
Cette conclusion/synthèse vise à explorer les relations entre la pratique de l’art/science avec celle de la recherche-création à partir des propos colligés à la lecture des contributions écrites et à l’écoute de la captation audio des tables rondes et des interventions lors de la journée d’étude. Dans un premier temps pour cerner les particularités de la pratique art/science, les propos sont agencés en des agrégats parfois convergents, parfois divergents de façon selon un modèle à cinq facettes : 1) Agirs de création et de recherche ; 2) corporéité ; 3) matérialité ; 4) contexte culturel, social et politique ; 5) engagement. Dans un deuxième temps, les relations entre la pratique de l’art/science avec celle de la recherche-création sont explorées sous des relations entre recherche et création, de la connaissance générée et de la réflexivité mise à disposition du public conjointement aux artefacts ou événements ainsi qu’aux textes « scientifiques » publiés. Tout au long de l’écriture, des commentaires soutenus par des références ont été intercalés pour appuyer et expliciter certains agencements et ouvrir sur des perspectives différentes.
This article raises the fundamental questions whether all humans are experiencing the same color and taste. Color perception is significantly impacted when the eye loses capability to discriminate color gradients that lead to a shift to more gray and yellow. Cognitive differences are observed between men and women for the perception of color because women can differentiate more shades of colors than males and they have also a wider color spectrum than men. However the complexity in judgment on color is primarily based on the educational level of a viewer and his experience in visual perception. The evaluation of color and taste therefore is subjective and is based almost entirely on personal experience. There is not a single satisfactory answer to the question of whether a particular color and taste is the right one or not, or why we interpret color differently.
Dans une perspective historique des rapports entre arts et sciences, on rappelle d’abord ce qu’est la propagation en physique avant d’approfondir l’histoire des pavages, c’est-à-dire de l’occupation de l’espace, en art comme en science, ce qui démontre de nombreux liens interdisciplinaires à toute époque, de la décoration aux mathématiques, à la physique et la chimie et l’architecture, dans tous les sens. La considération de l’art et la science à l’ère industrielle et notamment les musiques et leurs connexions possibles permet de conclure sur la réalisation de nouvelles voies entre arts et sciences.
This study aims to understand the construction by Leonardo da Vinci of the Vitruvian Man, which represents the graphic resolution of an ancient challenge set by the Roman architect Marcus Vitruvius Pollio in his treatise De Architectura. It seeks to explain the genesis of this work, its progressive elaboration, and the way in which Leonardo succeeded in addressing a problem that had remained unanswered for centuries. The analysis also highlights the seminal role of mathematics, which since the earliest civilizations has been regarded as a universal language of knowledge and perfection. Long considered to unlock the secrets of the universe, its use in this emblematic drawing reveals Leonardo’s scientific spirit, driven by the pursuit of universal harmony.
Cette étude est consacrée à l’étude du dessin de l’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci, ce qui nous permet de dévoiler la géométrie sous-jacente à la construction dudit homme, défi antique lancé par l’architecte romain, Marcus Vitruvius Pollio, dans son ouvrage De architectura. Notre étude vise à comprendre la genèse de cette oeuvre, son élaboration progressive et la manière dont Léonard a su élucider un problème resté sans réponse durant des siècles. L’analyse met également en lumière le rôle fondateur des mathématiques érigées depuis les premières civilisations en langage commun de la connaissance et de la perfection. Considérées, depuis toujours, comme un moyen de percer les secrets de l’univers, leur usage dans ce dessin emblématique, révèle l’esprit scientifique de Léonard animé par la recherche d’une harmonie universelle.
The mirror’s history, spanning thousands of years, has led people to view it as an aesthetic object, an optical instrument, a source of knowledge or illusion, and even a metaphor for the soul. The first part of this article explores the various manifestations of mirror consciousness, as it appears in certain animals and in the foundational myth of Narcissus. The following section discusses the technical evolution of mirrors, the diversity of their uses, and the ways in which artists have begun to appropriate them. Next, the article addresses the spiritual dimension of the mirror, followed by its persistent presence in contemporary art, where it reflects the uncertainties and fragmentations associated with postmodernity. Stepping through the mirror (in the wake of literary adventures such as Alice’s) thus proves to be an endeavor as desirable as it is perilous. And while nowadays, the deep universe reveals itself more and more to giant telescopes, the question of infinity raised by the mirror continues to resurface, in contemporary art as well as in philosophy and literature.
L’histoire plurimillénaire du miroir a permis de voir en lui un objet esthétique, un instrument d’optique, un générateur de connaissance ou d’illusion, et jusqu’à une métaphore de l’âme. La première partie de cet article explore les diverses manifestations de la conscience spéculaire, telle qu’elle apparaît chez certains animaux et dans le mythe princeps de Narcisse. La section suivante évoque l’évolution technique des miroirs, la diversité de leurs usages et la manière dont les artistes ont commencé à s’en emparer. Sont ensuite abordées, la dimension spirituelle du miroir, puis sa présence insistante dans l’art contemporain où il reflète les incertitudes et les morcellements liés à la postmodernité. Traverser le miroir (dans le sillage d’aventures littéraires comme celle d’Alice) se révèle alors une entreprise aussi désirable que périlleuse. Et tandis que de nos jours, l’univers profond se dévoile de plus en plus aux télescopes géants, la question de l’infini suscitée par le miroir n’en finit pas de ressurgir, en art contemporain comme en philosophie et en littérature.
This study offers an in-depth reassessment of the critical fate of Leda and the Swan by Leonardo da Vinci, by cross-referencing the analysis of early inventories, erudite seventeenth-century testimonies, Franco-English diplomatic networks, and the mechanisms of historical confusion. It aims at deconstructing the fragile, often arbitrary attributions that have contributed to the marginalization of certain works of the master. By refocusing attention on the Leda kept at Wilton House, regarded until the mid-20th century as a work by Leonardo himself, this research proposes a critical reassessment of its current attribution, considering newly uncovered historical and stylistic evidence.
Cette étude propose une relecture approfondie du destin de Léda et le Cygne de Léonard de Vinci, en croisant l’analyse des inventaires anciens, les témoignages érudits du XVIIème siècle, les réseaux diplomatiques franco-anglais et les mécanismes de confusion historique. Elle vise à déconstruire les attributions fragiles, souvent arbitraires, qui ont contribué à la marginalisation de certaines oeuvres du maître. En recentrant l’attention sur la Léda conservée à la Wilton House et qui fut considérée jusqu’au milieu du XXème siècle, comme une oeuvre de la main de Léonard, ce travail de recherches propose une réévaluation critique de son attribution actuelle, à la lumière des éléments historiques et stylistiques nouvellement mis en évidence.
Jusqu’à l’expédition du Challenger (1872-1876), et en dépit de travaux isolés qui démontrèrent le contraire dès le début du XIXème siècle, la communauté naturaliste était convaincue que les profondeurs marines n’abritaient aucune vie animale. Mais dès que les découvertes du Challenger furent publiées, les zoologistes prirent connaissance de formes de vie tout à fait inédites et les artistes qui représentaient à cette époque les organismes étudiés par les scientifiques permirent aux spécialistes mais aussi à un public plus large de visualiser des créatures surprenantes. D’autres expéditions, notamment celle du Valdivia (1898-1899), révélèrent une vie abyssale toujours plus diverse et abondante, lithographiée ou aquarellée jusqu’au milieu du XXème siècle, avant que la photographie n’ouvre une autre perspective artistique.
Cet article reprend quasiment verbatim la conférence plénière de clôture donnée par l’auteur à l’issue de la journée d’étude « De la mise en culture de la science à la recherche-création », tenue à l’ENSAD (Paris) le 23 mai 2023. La thèse de l’auteur est que l’art peut contribuer à ce qu’il appelle la mise en culture des sciences, et même à leur REmise en culture, puisque si l’on réfère au passé, science et culture, en particulier à la Renaissance, sont fort difficiles à distinguer. Il n’y a pas encore d’institutions scientifiques distinctes et les traités d’artistes majeurs comme Dürer et Alberti, notamment au niveau de la géométrie, n’ont pratiquement rien à envier aux traités mathématiques de l’époque. Les siècles suivants, du XVIIe au XXe, verront s’instaurer une séparation progressive entre les activités proprement scientifiques et les activités artistiques, séparation qui se concrétisera sur le plan institutionnel. À l’aide d’exemples choisis parmi la production contemporaine en arts visuels, l’auteur montre comment l’art peut contribuer à cette remise en culture en élargissant le champ de signification des découvertes scientifiques, en proposant des métaphores non discursives et en ouvrant la possibilité de développer une "épistémologie concrète." Il peut de surcroît induire, et même susciter, un recul critique particulièrement nécessaire aujourd’hui.
Etablissement dédié au partage des savoirs et notamment des questions sciences et sociétés, le Quai des Savoirs à Toulouse a fait le choix d’ouvrir un large espace à la création Arts-Sciences. Cela se traduit par la construction d’un programme de résidences Arts-Sciences-Sociétés permettant une rencontre avec les publics de l’établissement, par l’organisation de séminaires entre artistes et scientifiques pour initier des questionnements ou des rencontres, ou encore par la construction du festival Lumières sur le Quai autour d’un parcours artistique et scientifique d’une douzaine d’installations. Ces dispositifs favorisent les croisements de regards, la transdisciplinarité, les questionnements sur le monde de demain, en invitant les artistes, les scientifiques et les citoyens dans le dialogue Science-Société. Ce dialogue se construit par l’attention portée de manière continue à la création d’un contexte adapté à la présentation de chaque projet : rencontres avec les artistes et scientifiques, médiations à destination des publics, conception de pastilles sonores ou encore documentation des résidences pour permettre à chacun et chacune une découverte des oeuvres selon ses envies, de la contemplation à l’appropriation.
Au tournant des années 2000, notre laboratoire a été invité à participer à la fondation de l’institut Hexagram, un organisme montréalais dédié à la recherche-création en arts et technologies médiatiques. Cela signifiait par le fait même que notre travail avait été déjà identifié comme relevant de ce domaine dont la définition, alors très incertaine, faisait l’objet de discussions actives. Bien qu’ils se précisent progressivement depuis un quart de siècle, ses contours restent encore relativement flous, notamment quant à son statut par rapport à d’autres champs artistiques tels que l’art/science ou les arts numériques. Or, comme c’est le cas pour de nombreux créateurs-chercheurs, l’analyse rétrospective des projets conduits par notre laboratoire révèle plusieurs éléments susceptibles de contribuer à clarifier les objectifs, les méthodologies et le cadre de référence de la recherche-création. Il en va ainsi du programme d’exploration artistique Point d’Origine, objet de nos travaux depuis plusieurs années. Son élément central est un petit objet baptisé Lanterne Harmonique, dont la conception et la réalisation se sont déroulés au confluent de la recherche scientifique et historique, du développement technologique et de l’expérimentation créative. Le présent article décrit l’origine et les enjeux du programme et résume les étapes qui ont conduit au design final de la Lanterne.
Comment faire advenir les opportunités qui permettront une interaction significative et mutuellement productive entre artistes et scientifiques ? Plusieurs éléments de réponse à cette question peuvent être tirés de l’histoire des pratiques arts-sciences dans les dernières décennies. Cependant, aucune étude systématique de cette question n’a encore été entreprise. L’expérience de la Fondation Laboratoria Art&Science, que j’ai fondée en 2008 à Moscou, permet de tirer de premières conclusions, et d’amorcer une première classification des méthodologies interdisciplinaires qui ont été créées et mises en oeuvre par les artistes et les chercheurs invités au cours des quatorze années de fonctionnement de la Fondation (2008-2022). Notre approche repose sur une interaction complète et profonde entre artistes et scientifiques, au cours de laquelle le commissaire d’exposition joue un rôle central en tant que facilitateur et catalyseur du dialogue. Plusieurs cycles complets d’interaction arts-sciences ont ainsi pu se dérouler, depuis la définition des problématiques lors des premières rencontres entre artistes, scientifiques et philosophes, jusqu’à la production de projets complexes, en passant par la réalisation d’expériences en recherche-création et à la diffusion de leurs résultats lors de conférences, ou d’expositions dans des musées ou des galeries. Nous avons entre autres créé des plateformes communes de production arts-sciences impliquant des artistes reconnus, tels que Marina Abramović, Thomas Feuerstein, Theresa Schubert, Sergey Shutov, et bien d’autres. Plus d’une trentaine d’expositions internationales ont été organisées, et des partenariats ont été établis avec des centres majeurs tels que le ZKM (Karlsruhe, Allemagne), Ars Electronica (Linz, Autriche), Itaú Cultural (São Paulo, Brésil), Sensi Lab (Melbourne, Australie). Trois méthodologies principales se sont dégagées durant cette période : l’implantation de l’artiste dans un laboratoire scientifique, la transposition, à savoir l’emploi de concepts et d’idées artistiques comme base pour l’expérience scientifique, et l’observation de troisième ordre, qui consiste en une observation mutuelle et intégrée des processus de travail des artistes et des scientifiques. Cet article décrit en détail chacune de ces méthodologies, à travers des exemples choisis, et montre comment elles peuvent être utilisées pour surmonter les clivages culturels et transdisciplinaires. Les artistes, les philosophes, les scientifiques et les ingénieurs se retrouvent ainsi en situation de mener une activité commune à la fois productive, enrichissante et équitable, basée sur l’attention mutuelle et la réalisation du potentiel de chaque type de pensée lorsqu’elle est mise en oeuvre au sein d’une pratique collective.
Le coeur du projet Grame, centre national de création musicale, fondé en 1982 par James Giroudon et Pierre-Alain Jaffrennou, est l’exploration et le développement de savoirs et de technologies au service de la création artistique, particulièrement dans les champs de la musique, des arts de la scène et des expressions multimédia. La présente com-munication montre comment cet objectif de synergie art/science se traduira durant quatre décennies en s’appuyant sur une équipe de recherche installée au centre d’un dispositif facilitant les interactions entre les problématiques et questionne-ments des compositeurs et les méthodologies, concepts et outils portés par la recherche. Dans cet esprit, un éclairage particulier est apporté sur une série d’outils innovants accessibles aux artistes et sur la médiation des connaissances scientifiques et technologiques en direction des publics, particulièrement des scolaires, en opérant la transmission au tra-vers d’actions créatrices.
Au cours des années 1950/1960, l’évolution de la création musicale est stimulée par sa confrontation aux nouvelles technologies. Elle en ressort profondément bouleversée. En observant son histoire pas si lointaine, elle apparait comme un creuset précurseur de la recherche-création qu’il est aujourd’hui possible de considérer comme une réelle avant-garde en la matière. Des premières expériences de musique concrète à la radio au début de l’informatique musicale, des premiers regroupements d’artistes, chercheurs, techniciens à l’émergence des studios de création et de recherche sur tout le territoire français, la dynamique de l’interaction entre recherche et création n’a ainsi jamais cessé de se déployer. L’article témoigne de cette histoire et observe les modalités de tous ordres qui en ont permis l’éclosion, les développements, l’essaimage jusqu’à la reconnaissance par les politiques publiques des Centres nationaux de création musicale. Il s’attache encore à montrer les dynamiques qui en découlent, actuellement à l’oeuvre et qui visent à construire une approche citoyenne de la relation entre arts, sciences, technologies et société.
Art et science se croisent dans notre plus lointain passé, celui des premiers artistes de l’humanité. Même s’il a traversé les millénaires pour parvenir jusqu’à nous, l’art préhistorique reste d’une grande fragilité. Pour assurer la conservation des grottes ornées, il faut les fermer au public et donc, les rendre invisibles. Comment résoudre ce paradoxe ? Depuis une quarantaine d’années, le succès des répliques de grottes ornées prouve qu’elles constituent des solutions crédibles. Grâce à un processus d’itération entre recherche et médiation, la réplique se nourrit des données scientifiques et en retour, offre au chercheur des éléments de réflexion sur ses pratiques.
Ce travail explore la recherche-création dans un contexte difficile au Liban, où les crises économiques, sociales et politiques ont profondément altéré les conditions de vie et de travail. Face à la dégradation des services de base et aux tensions économiques, des pratiques innovantes de fabrication numérique ont émergé, permettant une production locale autonome et durable. À travers la création de structures comme Bits to Atoms, Post Industrial Crafts, et BeirutMakers, nous avons exploré le potentiel de l’outil numérique, notamment l’impression 3D et la robotique, pour redéfinir le rôle du designer et de l’artisan. Les projets menés s’inscrivent dans une logique de recherche appliquée, où l’exploitation des matériaux locaux et recyclés (polycarbonate, bois, aluminium) répond à des besoins immédiats tout en cherchant à minimiser l’impact écologique. Par des expérimentations en petite et grande échelle, de la fabrication d’objets quotidiens à des interventions urbaines, cette démarche questionne les frontières entre design, artisanat et industrie. Enfin, en réponse à la crise, l’approche de « dépassement de commande » a permis de financer et enrichir les projets, ouvrant de nouvelles pistes pour une conception éthique et résiliente, capable de s’adapter aux contraintes économiques tout en réinventant le potentiel de la fabrication numérique dans des contextes hostiles.