
This article offers an analytical synthesis of international trends in public policies to regulate tobacco in the first quarter of the twenty-first century. It begins with a review of the densification of the repertoire of public action and the affirmation of a strategy that consists of encircling tobacco (designated as an enemy) and attacking it through a variety of material and symbolic tactics. Tobacco regulation is a constantly dynamic process, due to the intensity of the exchanges of blows between protagonists: these agonistic interactions are reflected in framing struggles that lead to a diversification of tobacco qualifications. Tobacco is thus framed as a health issue, but also as an environmental problem and a challenge for social justice. Finally, the article shows how, at the end of a quarter-century of diverse mobilizations, the gradual formulation of a paradigm shift is taking shape, in which the objective of public action is no longer simply to control tobacco, but to eliminate it as a commodity.
This article reports changes in tobacco and vaping consumption in France over the last thirty years and the issues they raise for public authorities in terms of prevention and management of the social and health consequences. This report is the result of a joint analysis by Santé publique France (SpF) and the French Monitoring Center for Drugs and Drug Addiction (OFDT). It shows that there has been a “generational shift” in tobacco consumption and social representations of cigarettes since the mid-2010s, with a sharp decline in tobacco initiation among adolescents, which has become less common and reported at an older age, which was one of the objectives of the national tobacco reduction plans. However, smoking remains fairly stable among adults, predominantly among men, with gaps between men and women persisting since the early 2000s. Beyond the gender gap, social disparities in consumption remain significant, both among youth and adults. However, while the prevalence of smoking is no longer increasing, the prevalence of vaping is rising, which is a public health concern since some of these practices involve nicotine consumption. This also entails the risk of a “renormalization” of the act of smoking, a matter of concern for health authorities in France as in other European countries. The analysis concludes that the statistical information system and qualitative surveys need to be adapted to ensure a reliable monitoring of the situation, taking into account the rapid transformations of the market.
Heated tobacco (HT), a new tobacco product, is presented by the tobacco industry as an effective and safe alternative to cigarettes. Even if the quantities of harmful compounds emitted by HT are lower than those found in cigarette smoke, this reduction in exposure cannot be equated with a reduction in risk. No study has provided evidence that switching from cigarettes to HT reduces the risk of tobacco-related diseases. HT cannot be considered as a cigarette cessation product and was even designed as a product to initiate or return to tobacco consumption. To promote this product, the tobacco industry essentially exploits the concept of harm reduction and, as such, tries in its commercial communication to create confusion between HT and electronic cigarettes, despite these two products having nothing in common. This promotion is based, on the one hand, on the data of internal studies in contradiction with those of independent studies, and, on the other, illegally, on social networks and communication in contradiction with the statements of regulation authorities. HT is a new lure offered by the tobacco industry, intended to maintain its profits in a world that is moving away from “traditional” cigarettes. It should be strictly advised against for both non-smokers and smokers.
While the value of vaping is the subject of scientific debates, the arrival on the market of a marketing product, puffs, intended for adolescents is a new challenge for the health authorities. How can we prevent young people from entering into nicotine addiction without prohibiting the use of vaping by smokers in order to quit cigarettes?
La pandémie de Covid-19 a entraîné une interruption des soins dentaires lors du premier confinement. Cette étude évalue les répercussions de cette période sur la perception de la santé orale et de l’accès aux soins dentaires en France. Une enquête par questionnaire a été menée (COVISTRESS) pour étudier le stress et les comportements de santé des adultes avant, pendant et après le premier confinement, soit au moment de la réponse. Un questionnaire « santé orale » a évalué l’évolution de la perception des difficultés d’accès aux soins dentaires. Entre novembre 2020 et avril 2021, 339 personnes ont répondu au volet « santé orale ». Le score de difficulté perçue d’accès aux soins dentaires (0 à 100) passe de 21,6 ± 26.7 avant la pandémie à 52,9 ± 39,5 pendant le confinement et à 38,1 ± 35,3 après celui-ci. Avant la pandémie, ce score est lié à une perception défavorable de la santé orale et aux difficultés d’accès aux soins de santé. Pendant le confinement, le score est lié à un besoin élevé en soins dentaires (RR=4,1 ; IC95 %=1,2-13,8), à la perception de difficultés d’accès au système de santé (5,06 ; 1,8-14,1), notamment des difficultés de déplacement (3,0 ; 1,1-9,1). Les facteurs expliquant l’évolution des difficultés avant et après le confinement diffèrent selon le temps d’évaluation. Cette étude montre les répercussions négatives de la pandémie sur la perception de l’accès aux soins, dans une population intégrant peu de personnes socialement défavorisées.
La première Journée de santé publique dentaire, en 2001, a été non seulement le point de départ de la création de l’association des Acteurs de la santé publique bucco-dentaire (ASPBD), mais aussi celui de l’identification en France de cette spécialité, alors qu’elle était déjà reconnue comme telle par l’Association dentaire américaine dès 1950. L’ASPBD organise, depuis annuellement une journée nationale de santé publique bucco-dentaire. L’ASPBD rassemble la grande majorité des odontologistes, enseignants-chercheurs hospitalo-universitaires français, mais aussi les autres hospitalo-universitaires francophones. Nous œuvrons tout au long de l’année à faire travailler ensemble le dentaire et le non-dentaire, principalement le monde institutionnel et associatif avec les usagers, les libéraux et les salariés, l’Organisation mondiale de la santé et la Société française de santé publique. À l’image du binôme qui préside chacune de nos journées depuis vingt-deux ans. Notre association a pour vocation de rassembler tous les acteurs concernés pour œuvrer à l’intégration de la santé orale dans toutes les politiques de santé et dispositifs de promotion de la santé et de prévention. Nous pensons qu’il est indispensable de former à la santé orale tant les personnels médicaux et paramédicaux que ceux de l’éducation et de l’animation. De même, nous agissons pour que la prévention s’organise à l’échelon territorial, au plus près des populations en fonction de leurs besoins. C’est le sens de notre participation active à la lutte contre les inégalités sociales et territoriales de santé, la santé orale étant un marqueur fort d’inégalités sociales de santé.
Le décret no 2010-1229 relatif à la télémédecine, paru au Journal officiel de la République française (JORF) no 0245 du 21 octobre 2010, a précisé les modalités d’application de la télémédecine. La pratique de la médecine bucco-dentaire à distance commence à se faire une place en France. Depuis 2010, l’équipe de santé publique orale du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Montpellier et de l’université de Montpellier travaille sur le sujet avec près de 10 000 actes de télémédecine réalisés dans le cadre de l’Unité d’activité médicale de « Première consultation et télémédecine » du Centre de soins, d’enseignement et de recherche dentaire (CSERD) du CHU de Montpellier. Différentes études ont été menées auprès de multiples publics pour évaluer l’intérêt de la télémédecine bucco-dentaire dans différents milieux. La pratique de la télémédecine bucco-dentaire doit permettre de lutter contre les inégalités d’accès aux soins et à la prévention pour la population française. Des intérêts se dégagent pour les patients, les professionnels de santé, les chirurgiens-dentistes et les institutions de santé, mais des améliorations sont nécessaires pour cadrer et pérenniser cette pratique. La profession doit prendre des décisions majeures et relancer les discussions pour que la France reste dans le peloton de tête à l’échelle internationale dans cette pratique.
Il est temps de considérer la protection de notre environnement comme un enjeu majeur de santé publique en médecine bucco-dentaire. Des données probantes montrent en effet que les activités liées à la pratique dentaire, comme le transport de patients, l’utilisation de matériaux rares, de produits chimiques, ou la consommation énergétique, affectent nos écosystèmes et contribuent aux dégradations planétaires que nous observons de plus en plus. Par rétroaction, la dégradation de notre environnement est considérée comme la plus grande menace pour notre santé. L’exposition des tissus de la sphère orale à de multiples facteurs environnementaux peut en effet conduire à des états pathologiques. À ces effets directs s’ajoutent des phénomènes plus complexes, induisant des co-déficits sur la santé des populations. L’exemple de l’industrie du sucre illustre les défaillances systémiques menant à la double dégradation de l’environnement et de la santé des individus. À ces phénomènes en interaction dynamique, les communautés humaines doivent envisager des réponses systémiques comme celles que nous décrivons dans cet article. La communauté dentaire devra faire sa juste part et considérer la santé orale planétaire comme un enjeu central. Ce travail conceptuel permettra de définir les innovations nécessaires et les actions adaptées pour garantir une pratique équitable et respectueuse des limites planétaires.
Le volet bucco-dentaire de la réforme « 100 % santé » devait répondre au problème majeur des inégalités sociales d’accès aux soins dentaires en France. Nous proposons ici un résumé du contexte qui a appelé à cette réforme de la régulation des soins dentaires, une présentation de la réforme « 100 % santé » ainsi que des enjeux auxquels son application devra faire face. Les difficultés d’accès aux soins dentaires constatées étaient notamment associées à des restes à charge particulièrement élevés pour les usagers. La participation financière des usagers étaient ainsi la première cible de la réforme « 100 % santé », juste avant le renforcement d’une politique de santé préventive. L’outil principal de cette réforme est un plafonnement du tarif de certains soins. Cela permet d’organiser le financement total de ces soins par les assurances santé. Il existe désormais trois paniers de soins ayant chacun une tarification et un financement différent. Le premier panier propose des soins sans reste à charge pour le patient. Cette réforme constitue un choc dans la régulation des soins dentaires qui pourrait avoir des conséquences très différentes selon les territoires et leur dotation en chirurgiens-dentistes. L’efficacité de la réforme sur l’évolution de la consommation de soins et son efficience en matière de réduction des inégalités d’accès doivent être surveillées.
Le maintien d’une bonne santé orale en EHPAD se heurte au manque de soignants, de surcroît souvent insuffisamment formés, ce qui impacte la qualité de vie des patients. L’objectif était d’évaluer les pratiques des soignants et les besoins en soins oraux des patients objectifs et ressentis en EHPAD. Une enquête transversale a été réalisée du 15 septembre au 24 novembre 2021 dans 3 EHPADs de Mayenne. Un auto-questionnaire a été utilisé pour identifier les pratiques de soins et les besoins de formation des soignants. Les besoins de soins et la qualité de vie en lien avec la santé orale des patients ont été évalués par un seul chirurgien-dentiste à partir de la grille OHAT et du questionnaire GOHAI. Les évaluations ont concerné 30,8% des soignants ainsi que 40,0% et 36,2% des patients pour l’OHAT et le GOHAI. Les examens de la cavité orale et des prothèses dentaires étaient systématiquement réalisés par respectivement 4.9% et 24,4% des soignants. Les soins de bouche n’étaient jamais réalisés par 50,0% des infirmiers. Un besoin de formation pratique était exprimé par 75,6% des soignants. Les scores GOHAI et OHAT moyens étaient de 56,17 ± 5,69 et 6,01 ± 2,42. Ces scores étaient significativement corrélés (rho=-0,34 ; p=0.002). Les actions de prévention orale dans les EHPADs sont nécessaires pour maintenir la qualité de vie des résidents. Des efforts doivent être consentis pour la formation des soignants et la simplification du parcours de soins bucco-dentaires des patients.
Cette étude, menée dans le cadre de l’intervention d’un chirurgien-dentiste en établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS), a eu comme premier objectif de poser un diagnostic sur les besoins en soins bucco-dentaires des personnes handicapées (PH). Le second objectif a été de parvenir à sensibiliser le personnel soignant à un protocole de prévention et de suivi. Cette étude transversale descriptive a été menée d’octobre 2016 à octobre 2018, auprès de 20 ESMS de l’Essonne et a concerné une cohorte de 663 PH volontaires, soit plus de 81 % des PH accueillies dans ces structures. Les indicateurs en hygiène et santé bucco-dentaire des PH, ainsi que l’évolution des pratiques professionnelles suite aux ateliers de mise en situation ont été analysés, via le test du Khi-deux de Pearson et celui de Cramer évaluant respectivement l’existence de relations entre variables et leur intensité. Parmi les 96 % des PH ayant accepté un dépistage complet, 3/4 présentaient de la plaque dentaire, 2/3 une inflammation gingivale, ces pathologies étant plus fréquentes chez les plus de 20 ans (p< 0.001 | V de Cramer= 0.26). Seuls 14 % avaient un bon état bucco-dentaire. Six mois après, 17 ESMS ont enregistré les suivis bucco-dentaires dans les dossiers médicaux et 8 ESMS instauré un brossage après le dîner et le petit déjeuner contre respectivement 10 et 7 avant l’intervention. Cette étude a conforté la nécessité de mener en ESMS des dépistages dentaires. L’implication des ESMS dans la surveillance de l’hygiène bucco-dentaire des PH reste à renforcer.
La réforme 100 % s anté est un choc important dans les pratiques tarifaires et assurantielles en santé orale en France. L’objectif de l’étude est d’observer l’évolution de la consommation de soins dentaires et notamment prothétiques sur une période regroupant des années ante- et post-réforme. Cette étude exploratoire, soutenue par des travaux de recherche descriptifs, fournit les premiers éléments d’analyse utiles pour évaluer la réforme 100 % santé sur le volet bucco-dentaire. Il s’agit d’une étude exploratoire reposant sur les données de consommation de soins de 3 466 764 bénéficiaires de 3-25 ans de l’Assurance maladie en Occitanie, sur la période allant du 1 er janvier 2016 au 31 décembre 2020. L’analyse descriptive de ces données a permis de mettre en évidence que les soins prothétiques sont les seuls soins consommés dont la moyenne augmente entre 2019 et 2020 : hausse relative de +4 % chez les 3-25 ans et +6,7 % chez les 21-25 ans. De plus, chez les 21-25 ans, on observe un recul de la part des prothèses dans les soins consommés en 2019, puis un regain se rapprochant de 0,3 % de la part initiale en 2020. Malgré l’impossibilité de conclure à un réel effet, ces résultats montrent une tendance positive selon laquelle l’objectif d’augmentation de la consommation des soins prothétiques de la réforme semble se réaliser. Cette étude souligne l’importance d’évaluer les répercussions à long terme de la crise Covid et de la réforme 100 % s anté sur les consommations de soins dentaires.
Le développement exponentiel des maladies non transmissibles à caractère chronique oblige à repenser les systèmes de santé, communément centrés sur une prise en charge curative des maladies. Ils doivent se réinventer pour y associer la promotion de la santé tout au long de la vie. Pour les patients, il ne s’agit plus seulement de survivre à une maladie aiguë, mais aussi d’en éviter la survenue, et encore plus souvent d’apprendre à vivre et à vieillir avec celle-ci. La prévention et la stabilisation de nombreuses maladies bucco-dentaires requièrent l’adoption et le maintien tout au long de la vie de comportements adaptés. L’éducation thérapeutique du patient (ETP) trouve alors toute sa place. Soutenir ce changement de paradigme dans les pratiques nécessite de s’engager dans la formation initiale pour aider l’étudiant – futur chirurgien-dentiste – à acquérir des connaissances, des savoir-faire et savoir-être pertinents et facilement applicables dans le champ de la médecine bucco-dentaire, et ce, même en pratique libérale. Intégrer l’enseignement de l’ETP au curriculum constitue indéniablement un défi, mais aussi une chance pour les étudiants de développer une autre posture et de devenir des professionnels conscients, compétents et engagés.
Malgré les progrès des traitements chirurgicaux et oncologiques, les taux d’incidence et de survie à 5 ans (~50 %) liés aux cancers oraux (CO) ne se sont pas améliorés au cours des dernières décennies et demeurent un problème majeur de santé publique. 70 % sont encore diagnostiqués à un stade tardif (T3 ou T4), avec un délai de diagnostic moyen de 2 à 5 mois. La guérison et la survie des patients étant directement liées au stade de développement de la tumeur au moment du diagnostic, l’objectif de ce travail est d’analyser l’ensemble des déterminants liés au cancer oral et de proposer de nouvelles approches cliniques de diagnostic et de dépistage. De nouveaux modèles de dépistage, de formations et d’actions concrètes sont proposés pour mieux sensibiliser la population à la problématique mondiale majeure que constitue le CO. Les forces et faiblesses des études de dépistage du CO nécessitent d’être objectivement appréhendées, pour orienter efficacement les essais dans les établissements de soins primaires et les dynamiser, avec la perspective d’utiliser de nouvelles technologies émergentes qui peuvent aider à améliorer la précision discriminatoire de la détection des cas. La plupart des organisations nationales n’ont, jusqu’à présent, pas recommandé le dépistage massif de la population, en raison d’un manque de preuves scientifiques suffisantes quant à la réduction de la mortalité qui lui serait associée. Lorsque les ressources en soins de santé sont élevées, un dépistage individuel opportuniste est recommandé, bien que la faiblesse de la capacité diagnostique des cliniciens en première ligne soit alarmante.
Comme il est vraisemblable que la France, à la pointe dans l’utilisation des plateformes robotiques chirugicales, autorise à court terme le déploiement de robots-dentistes sur son territoire, l’objectif de cet article est d’interroger ce qui se joue dans cette révolution technologique, pour les professionnels du dentaire, les régulateurs, mais aussi (et surtout) pour les patients : quelle(s) prise(s) de conscience l’intervention de la machine et les mutations qui lui sont associées peuvent-elles amener ? Comment la robotique rebat-elle les cartes de la relation de soin ? Pour quels enjeux éthiques et de santé publique ? Après avoir défini les robots-dentistes comme des dispositifs chirurgicaux automatisés à vocation réparatrice, pour l’instant non anthropomorphes, nous verrons comment le domaine de la robotique dentaire oscille entre espoirs et illusions. Nous décrirons les nouvelles responsabilités et exigences éthiques liées à l’introduction de ces objets techniques équipés d’intelligence artificielle, ainsi que les nécessaires garde-fous à implémenter pour éviter toute distanciation morale et pour protéger la patientèle de toute robotisation (au sens propre ou au sens métaphorique de « zombification »). Nous montrerons enfin que la question du robot-dentiste n’est finalement que l’évolution naturelle de l’application déraisonnée de procédés industriels à la rationalisation de la santé et de pratiques néolibérales ectopiques conduisant à sa marchandisation. Les patients peuvent participer à l’infléchissement de cette tendance, en rappelant que la centralité de la personne humaine constitue la pierre angulaire des métiers de la santé.
La « santé publique orale » est une discipline qui tire sa légitimité épistémologique de la place très particulière du dentiste dans le champ de la santé. Elle agit comme une charnière entre la santé publique et les sciences odontologiques. La pertinence du développement d’une « santé publique orale » est bidirectionnelle. D’un côté, la « santé publique orale » prend la mesure des évolutions sanitaires et sociétales, des déterminants de santé générale, des enjeux climatiques et planétaires, afin d’orienter les décisions politiques, la formation, la recherche et les pratiques odontologiques dans des directions favorisant le bien commun, l’équité dans l’accès aux soins et les innovations techniques et sociales. D’un autre côté, la « santé publique orale » peut enrichir le domaine de la santé en général, en transférant les contributions diverses issues de la chirurgie dentaire et de ses spécificités historiques. Ainsi, l’indépendance de la chirurgie dentaire est à la fois un obstacle à la collaboration interdisciplinaire mais aussi un moyen de progresser grâce aux solutions nécessaires pour la transcender. Ajoutons qu’à l’heure des patients-partenaires et de la diffusion des enjeux d’équité, de diversité et d’inclusion, il est temps de considérer les représentants de patients comme faisant partie des acteurs de la « santé publique orale ».
But de l’étude : Décrire le type d’urgences ainsi que la population prise en charge pour des urgences bucco-dentaires au Pôle de Médecine et Chirurgie Bucco-Dentaires de Strasbourg au cours de la période de confinement liée au COVID-19 du 17 mars 2020 au 9 mai 2020. Le parcours des patients et les données démographiques et cliniques de l’ensemble des patients s’étant présentés pendant la période étudiée ont été collectées par questionnaire et dans les dossiers médicaux. La douleur a été évaluée sur une échelle numérique. Les diagnostics et les prises en charge ont été divisés en classes cliniquement pertinentes. Pendant les 42 jours d’activité, 2 470 patients se sont présentés et 94.2 % d’entre eux ont été pris en charge. On observe une augmentation constante avec un quasi doublement de l’activité entre le début et la fin de la période. Une douleur d’intensité supérieure ou égale à 5 a été rapportée par 77.9 % des patients ; une douleur supérieure ou égale à 7 par 52.5 % des patients. La coordination entre les différents acteurs de ville et hospitalier est une nécessité pour prendre en charge les urgences bucco-dentaires au vu du nombre de patients concernés et des douleurs associées. Cette coordination a été particulièrement efficace pendant la période de confinement qui a entrainé un recours massif aux soins d’urgence, recours ayant augmenté constamment. Les consultations pour urgences bucco-dentaires ont été détaillées et nous avons confirmé que les intenses douleurs associées ne permettent pas de reporter leur prise en charge.
La question des soins buccodentaires et d’accès aux soins des personnes en situation de handicap est une question de santé publique primordiale. L’objectif est de décrire le paysage général de l’accès aux soins oraux des Personnes en situation de handicap depuis la loi du 11 février 2005. Un descriptif allant de la formation initiale à la formation continue en passant par l’engagement à appliquer la charte Romain Jacob et à la mise en place d’un certain nombre de réseaux est rapporté. Une analyse de l’utilisation des mesures pécuniaires incitatives à la prise en compte du temps supplémentaire de prise en soin des personnes handicapés est réalisé. Les résultats de ce descriptif montrent : Que de grands progrès ont été réalisés en matière de formation. Qu’une redéfinition des missions des référents handicap au niveau des ordres départementaux est nécessaire pour qu’ils puissent jouer leur rôle. Que la valorisation financière avec le supplément appliqué à la prise en charge est une avancée mais reste insuffisante pour améliorer l’accès aux soins des personnes en situation de handicap.Que les réseaux de soins se sont multipliés mais ont un avenir incertain compte tenu de la précarité de leur financement. Ils restent, cependant, un système de prise en charge parallèle à l’accès aux soins de droit commun. Si des progrès certains ont été constatés ces dix dernières années, le baromètre d’Handifaction reste très perfectible quant à la satisfaction des personnes en situation de handicap de l’accès aux soins buccodentaire sur le territoire.
La « plateforme pour une meilleure santé orale en Europe » réunit six associations européennes (Council of European Chief Dental Officers, Association for Dental Education in Europe, European Association of Dental Public Health, Pan European-International Association For Dental Research, Oral Health Fondation-European Federation of Periodontology) en lien avec dix-neuf organisations européennes ou nationales associées. Elle a pour objectif d’encourager la promotion de la santé orale et la prévention des maladies bucco-dentaires en tant qu’éléments fondamentaux d’une bonne santé générale. L’objectif est aussi de renforcer la politique de promotion de la santé orale en Europe, y compris par l’intégration de la santé orale dans des politiques de santé publique pertinentes. Il s’agit également de prendre en compte la question des inégalités en matière de santé orale, notamment au sein des populations vulnérables comme les enfants et les adolescents, les personnes âgées et les personnes ayant des besoins spécifiques. La plateforme constitue ainsi une ressource au niveau européen pour fournir des informations fondées sur des preuves concernant les meilleures pratiques en promotion de la santé orale et pour l’orientation des politiques en matière de santé orale. Elle travaille aussi à développer les relations au niveau européen avec les parties prenantes, les décideurs politiques, les professionnels de santé, le public, afin d’améliorer la prise en compte des enjeux concernant la santé orale en Europe.