
Nous étudions la transmission de la prosocialité en utilisant un modèle de l’exploitation des biens communs avec des générations imbriquées. Nous considérons un cadre dans lequel les agents économiques s’occupent non seulement de leur bien-être matériel, mais également de leur image de soi. Nous supposons que leur image de soi augmente dans la mesure où leur action est proche de ce qu’ils perçoivent comme l’action idéale, selon l’impératif catégorique kantien. Nous définissons le degré de prosocialité d’une personne comme l’importance qu’elle attache à sa fonction d’image de soi. Les parents investissent collectivement dans l’éducation morale de leurs enfants afin de renforcer leur prosocialité, car ils savent qu’une coopération accrue entre les membres de la génération future sera bénéfique pour leur propre bien-être matériel. L’article contient deux résultats importants. Premièrement, il existe une corrélation entre le niveau de bien-être matériel de la société et le niveau de prosocialité à l’état stationnaire. Deuxièmement, quand le coût de l’éducation morale dépend du niveau de prosocialité des parents, il existe une multiplicité d’états stationnaires. Si le niveau initial de prosocialité des parents est trop faible, le niveau de prosocialité des agents économiques dans le futur tendra vers zéro à long terme.
Dans cet article, nous étudions les effets du contrôle et des sanctions à l’encontre des chômeurs indemnisés en présence d’épargne de précaution. Nous utilisons comme cadre d’analyse un modèle de recherche d’emploi avec hétérogénéité de l’épargne de précaution. Lorsqu’un chômeur fournit un effort de recherche insuffisant ou refuse une proposition d’emploi, une sanction peut être appliquée. Il apparaît que le contrôle de l’effort permet d’améliorer le taux de sortie vers l’emploi alors que l’obligation d’accepter une offre d’emploi réduit l’effort de recherche des chômeurs. Nous montrons également que le contrôle permet de réduire les dépenses des chômeurs les plus riches. En effet, les chômeurs possédant peu d’épargne de précaution sont moins sanctionnés que les autres.
La théorie économique du mariage pose l’hypothèse selon laquelle, du fait de la spécialisation au sein du couple, l’homme devrait bénéficier d’une prime au mariage. La littérature empirique internationale semble réfuter cette hypothèse. Nous proposons une revue de littérature empirique qui montre que la réfutation tiendrait au fait qu’une part de cette prime s’expliquerait plutôt par un effet de sélection et au fait que la prime nette de sélection serait faiblement corrélée à la spécialisation. D’autres logiques pourraient alors expliquer l’éventuelle prime au mariage des hommes : la discrimination des employeurs et l’effet de responsabilisation. Mais la littérature empirique relative à ces deux logiques alternatives est moins fournie et n’aboutit pas sur des conclusions tranchées : peu de travaux identifient clairement un effet de discrimination des employeurs et les travaux avançant l’idée d’un effet de responsabilisation, notamment en termes d’effet de la paternité, ne sont pas convergents.
Much research has focused on the relationship between financial development and growth, on the one hand, and the relationship between financial integration and economic development, on the other. However, the link between capital account liberalization and financial development remains limited, particularly for the Middle East and North African countries. The purpose of this article is to propose an empirical analysis of this relationship in the case of Tunisia, a country that has chosen for several decades to gradually open up to foreign capital. The econometric study carried out over the period 1986-2014 using a Toda-Yamamoto long-term causality model in conjunction with an ARDL model showed that the capital account openness did indeed have a positive effect on long-term financial development. This result is robust to several specifications of the autoregressive model and to alternative measures of financial development. Nevertheless, the short-term impact of the capital account openness is more limited, especially when considering the effects on the stock market.
Dans cet article, nous analysons le processus d’allocation intra-ménages de ressource à l’aide d’une variante du modèle collectif de choix de consommation des ménages proposé par Lewbel et Pendakur (2008). Nous présentons une estimation de la règle de partage de ressource familiale dans les ménages à deux décideurs et une estimation des économies d’échelles de la vie en couple réalisées par les conjoints. L’estimation a été menée grâce à la disponibilité des revenus et dépenses individuels des membres du ménage fournis par l’enquête nationale sur les conditions de vie des ménages et l’agriculture de 2014 du Niger. Les résultats empiriques mettent en évidence l’existence d’une inégalité intra-ménage à l’encontre des femmes. Les parts de ressource contrôlées par les femmes sont inférieures aux parts des leurs maris. D’autre part, les gains de la vie en couple réalisés par les femmes sont plus importants que ceux réalisés par les hommes.
La relation entre structure du marché et performance continue de susciter des interrogations chez les chercheurs et les décideurs. Bien que certaines preuves plaident en faveur d’une relation positive entre la structure du marché et la rentabilité, d’autres semblent confirmer que la rentabilité résulte de l’efficience. L’objet de cet article est d’analyser l’influence de la structure de marché sur la performance des entreprises industrielles au Cameroun. Afin de tenir compte de l’endogénéité de la variable de la structure de marché, nous appliquons la méthode des variables instrumentales sur données transversales d’entreprises industrielles. Les résultats montrent que la concentration n’a aucun effet sur le profit des entreprises. Par contre, le profit est influencé positivement par l’efficience des entreprises. Par conséquent, une politique de lutte contre la concentration (ou de promotion de la concurrence) serait donc inefficace et injustifiée. À la place, l’état devrait mettre en oeuvre des politiques qui améliorent l’efficience des entreprises.
Un an après sa phase pilote, la gratuité des accouchements et césariennes a été généralisée au Sénégal comme dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest malgré l’absence de vérification de l’impact causal de cette mesure sur l’utilisation des services de santé maternelle. L’objectif de ce papier est d’évaluer l’impact à court terme de la mesure de gratuité des frais d’accouchement et de césarienne sur l’utilisation des services de santé maternelle au Sénégal. Les estimations à partir de la méthode des doubles différences (DID) ont été réalisées en faisant usage des données d’observations provenant de la quatrième Enquête Démographique et de Santé (EDS-IV). Les résultats économétriques n’ont pas permis de mettre en évidence l’effet positif attendu du programme de gratuité à court terme. Ce résultat permet d’interroger la mise à l’échelle au niveau national de cette politique de gratuité un an plus tard.
Notre article présente une analyse de l’efficience du secteur bancaire en comparant le niveau d’efficience des banques privées et des banques publiques. En effet, la situation difficile par laquelle passent les banques publiques tunisiennes nous pousse à déterminer les causes de l’inefficience de ces banques et nous oblige à chercher les solutions possibles à ce problème. Parmi les solutions possibles, on trouve trois cas : fusion, recapitalisation et privatisation. Notre échantillon est constitué de toutes les banques commerciales tunisiennes pendant la période 2005-2014. Pour mesurer l’efficience de ces banques, nous utilisons spécification translogarithmique pour la fonction de coût. Les résultats montrent que les banques publiques sont plus inefficientes que les banques privées qui ont une taille plus faible : les banques privées enregistrent des scores d’efficiences les plus élevées, avec une moyenne sectorielle de l’ordre de (81,3 %). En effet, ce sont les risques de crédits qui sont la cause principale de l’inefficience technique des banques publiques. Ce qui implique que ces dernières ont beaucoup de problèmes de gestion et en particulier de gouvernance.
La gestion des risques dans les projets en partenariat public-privé se base sur des mécanismes de partage de risque entre les partenaires public et privé. Ces mécanismes créent de la flexibilité pour mieux gérer l’incertitude et limiter les réactions opportunistes. Néanmoins, plusieurs projets à travers le monde montrent que si cette flexibilité n’est pas correctement évaluée, elle peut ne pas être suffisamment attractive pour le partenaire privé ou peut constituer un lourd fardeau fiscal pour l’autorité publique et par conséquent un coût additionnel injustifié pour le consommateur final. La théorie des options réelles est bien appropriée pour l’évaluation de la flexibilité malgré une certaine difficulté dans sa mise en oeuvre et la diversité des approches appliquées. Cet article est un survol des plus importants mécanismes de partage du risque et des approches d’options réelles employées pour l’évaluation des projets en partenariat public-privé. On conclut par une analyse critique des mécanismes et des approches de résolution utilisées pour leur évaluation et des suggestions pour de nouvelles orientations de recherche.
Cette étude examine l’effet de la satisfaction des enseignants sur les performances scolaires. Sur données de la base PASEC du Bénin, nous avons estimé par les méthodes Probit et Tobit des modèles de déterminants de la satisfaction des enseignants d’une part et d’autre part, par la méthode des modèles linéaires hiérarchiques nous avons estimé un modèle des déterminants des performances scolaires. Nos résultats suggèrent que la rémunération, le statut professionnel, la qualification des enseignants sont des variables qui expliquent la satisfaction des enseignants. Par ailleurs, il ressort que la satisfaction des enseignants a une influence significative et positive sur les performances scolaires.
Une littérature récente soulève la question du degré souhaitable de visibilité ou publicité des comportements individuels. Dans ces analyses, une plus grande visibilité renforce les incitations réputationnelles, ce qui peut être socialement utile. En contrepartie, les comportements qui en résultent sont moins informatifs quant aux caractéristiques des individus, ce qui peut être indésirable. Je réexamine cette question dans un contexte où plus de visibilité découle d’un plus grand nombre de sources d’information sur les agissements des individus, dans de multiples interactions contractuelles. Contrairement à la littérature récente, plus de visibilité a alors pour effet de diluer ou même d’éliminer complètement les incitations réputationnelles. En contrepartie, cela améliore l’information sur les caractéristiques des individus, avec à la limite la disparition des asymétries d’information.
Nous cherchons au niveau de cette étude à vérifier l’hypothèse selon laquelle la dette publique interne affecte la croissance à travers son impact sur l’activité du système bancaire des pays Africains. A cet effet, nous estimons un modèle à équations simultanées en panel dynamique basé sur un échantillon de 20 pays de l’Afrique Subsaharienne couvrant la période 2000-2010. Le principal résultat dégagé est que la détention des titres publics a incité les banques à prendre plus de risque et à accroitre leurs crédits au secteur privé surtout en présence de défaillances institutionnelles. Néanmoins, cet impact bénéfique de la dette publique interne n’a pas influencé significativement le rythme de l’activité économique car le système financier africain n’a joué qu’un rôle limité dans la stimulation de l’investissement privé et de la croissance.
Notre étude porte sur une période plus longue que les travaux de recherche dont on peut disposer sur les salaires réels au Québec. En effet, nous examinons l’évolution des salaires depuis la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à 2018 en distinguant deux périodes : 1940-1977 et 1978-2018. La première est marquée par une augmentation substantielle de la rémunération moyenne des salariés alors que la deuxième voit leurs salaires nominaux croitre à peu près au même rythme que les prix à la consommation. La comparaison entre ces deux périodes permet de mettre en relief les facteurs qui sont à l’origine d’une évolution aussi différenciée. Pendant les années glorieuses d’après-guerre, la prospérité économique, l’appui de l’État et le militantisme syndical ont contribué à la forte croissance des salaires qui évoluent au même rythme que la croissance de la productivité du travail. Le revirement des politiques gouvernementales à partir de la fin des années 1970, une croissance économique plus lente, la concurrence internationale, et l’érosion du rapport de force des salariés font en sorte que leur rémunération réelle, qu’ils soient syndiqués ou non, a presque stagné jusqu’à nos jours. Il en est résulté un retard des salaires sur la productivité contribuant à un déséquilibre dans la répartition du revenu intérieur brut entre le capital et le travail.
La bulle immobilière du début du siècle a eu un impact au-delà de l’accessibilité à la propriété. Les évaluations foncières, liées à la valeur des maisons, ont également augmenté durant la même période. Puisque les taxes foncières ont augmenté de façon inégale entre propriétaires, cette hausse a eu un impact réel sur la distribution fiscale entre les membres d’une même communauté. Pour diminuer l’impact de certaines hausses spectaculaires de taxes foncières, le Gouvernement de Nouvelle-Écosse a instauré en 2005 le programme d’évaluation plafonnée (PEP) pour limiter l’augmentation des évaluations foncières. Ce programme a eu comme impacts de limiter la hausse de la base taxable des municipalités qui se sont alors retrouvées face à un manque-à-gagner. Cet article démontre que, pour répondre à la diminution des revenus de taxation, les municipalités ont limité la hausse des taux de taxation (ou les ont gelés) des propriétés résidentielles et ont augmenté le taux de taxes foncières des entreprises. La mise en place du PEP a ainsi contribué à transférer une partie significative du fardeau fiscal des propriétaires résidents aux entreprises par l’augmentation des taux commerciaux de 23 % en moyenne pour l’ensemble des municipalités néo-écossaises alors que les taux résidentiels sont restés inchangés lors de la période 2003-2014.
L’intérêt des marchés internationaux de droits à polluer réside dans leur potentiel à atteindre un objectif de réduction de pollution de manière efficiente. Malheureusement, la tendance des pays participants à taxer localement les biens polluants remet en cause ce potentiel. Nous proposons un modèle permettant d’examiner l’intérêt des pays participant à un marché de droits à polluer à taxer le bien qui génère la pollution. En particulier, cet intérêt dépend de la distribution initiale des droits entre les pays participants. Nous montrons comment les droits doivent être alloués aux différents pays participants de sorte à garantir l’efficience du marché. Ces allocations optimales requièrent de distribuer gratuitement une fraction suffisamment large des droits plutôt que de les mettre aux enchères.
Dans une économie parfaitement concurrentielle dans laquelle une ressource naturelle renouvelable est exploitée, la qualité optimale des droits de propriété correspond-elle toujours à des droits complets ou existe-t-il des situations dans lesquelles des droits partiellement définis et/ou partiellement protégés sont optimaux ? C’est la question à laquelle cet article se propose de répondre. En d’autres termes, cet article examine les mérites des droits de propriété partiels dans une économie avec ressource naturelle renouvelable par ailleurs parfaitement concurrentielle. La qualité des droits de propriété est définie comme la proportion de la ressource sur laquelle des droits sont définis et protégés; le reste de la ressource étant en accès libre. Identifier les situations où des droits de propriété partiels peuvent être optimaux est important pour les décideurs. En effet, les droits de propriété sur les ressources renouvelables sont généralement difficiles et coûteux à définir et à protéger parfaitement. Dans une économie décentralisée parfaitement concurrentielle avec ressource naturelle renouvelable et générations imbriquées, nous montrons que des institutions optimales peuvent se traduire par des droits de propriété partiels sur un stock de ressource. L’absence de droits de propriété conduit à une surexploitation, mais l’appropriation privée complète du stock de ressource peut conduire à une suraccumulation de la ressource. En d’autres termes, quand les ressources sont surexploitées en raison d’institutions trop faibles, les renforcer est nécessaire, mais la distance à des institutions optimales peut être plus courte qu’on ne le croit communément.
Nous analysons l’exploration et l’extraction d’une ressource naturelle non renouvelable dans un contexte d’asymétrie d’information. Le principal délègue l’exploitation d’une ressource à un agent (une firme) qui possède de l’information privée concernant ses coûts d’exploration; cette firme possédera également de l’information privée concernant ses coûts d’extraction une fois que le stock de réserves sera mis au jour et viendra contraindre l’extraction. Le principal peut seulement s’engager pour la période courante : un menu de contrat subventions-découvertes pour la période d’exploration, un menu de contrat redevances-extraction conditionnel au montant de réserves mis au jour pour la période d’extraction. Comparé avec la situation de premier rang où l’information est symétrique, le contrat optimal en extraction entraîne une hausse des découvertes des réserves mises au jour pour la firme la plus efficace et possiblement d’autres firmes, alors que le contrat optimal en exploration entraîne une réduction du montant mis au jour, particulièrement pour les firmes les moins efficaces en exploration. Nous détaillons les implications de l’asymétrie d’information et les formes que prennent les inefficacités : réserves abandonnées, utilisation excessive de ressources à bas coûts et niveau de sophistication technologique inefficace dans les secteurs d’exploration et d’extraction.
Le secteur des services à la personne en France se caractérise principalement par des emplois à temps partiel (souvent « subi », même lorsqu’ils sont proposés sous un contrat à durée indéterminée), des contrats temporaires et la multi-activité (plusieurs emplois pour un même employeur ou plusieurs employeurs d’un même salarié). La situation de ces salariés n’obéit donc pas à une simple structure duale qui oppose les contrats à durée indéterminée (CDI) et les contrats à durée limitée. Cela peut-il expliquer pourquoi, alors que le secteur des services à la personne est pourvoyeur d’un nombre important et grandissant d’emplois, il peine à recruter ? Cet article a un double objectif : (a) apporter un éclairage sur les déterminants de la mobilité des salariés des services à la personne vers l’emploi stable ou vers une situation précaire, lorsqu’ils sont embauchés initialement en contrats temporaires ; (b) analyser leurs transitions sur le marché du travail. Nous estimons un modèle à risques concurrents sur les données de l’enquête emploi de 2003 à 2011.
L’économie des contrats étudie les mécanismes qui visent à améliorer les échanges en présence d’informations asymétriques. Ces modèles, dont la base a été largement développée pendant les années 1970, sont maintenant le sujet de plusieurs livres; voir, par exemple, Laffont et Tirole (1993), Laffont et Martimort (2002), Bolton et Dewatripont (2004) et Salanié (2005). L’application de ces idées à l’intérieur de l’entreprise met en valeur la relation entre les propriétaires de l’entreprise et les travailleurs, une relation qui est marquée par la présence d’informations asymétriques au niveau de la productivité potentielle des travailleurs. Une attention particulière L’Actualité économique, Revue d’analyse économique, vol. 90, n 4, décembre 2014