
Cet article explore le fonctionnement et les représentations du Parlementarisme britannique au xixe siècle, souvent qualifié de « classique » concernant la période s’étendant de la première réforme Parlementaire de 1832 à la deuxième de 1867. Reprenant les travaux de Walter Bagehot (1867-1877) ainsi que leurs limites, il remet en question l’idée d’un âge d’or du Parlementarisme en montrant que ce régime, loin d’être un modèle figé, est traversé par des tensions, des évolutions et des paradoxes. Le pouvoir exécutif, bien qu’issu du Parlement, tend à se renforcer – notamment à travers la montée en puissance du Cabinet et du Premier ministre et le rôle grandissant des partis politiques – et structure peu à peu la vie Parlementaire. Le système repose sur des conventions non écrites, ce qui lui confère une souplesse mais aussi une certaine opacité que Bagehot entretient sciemment. Le Parlementarisme victorien apparaît ainsi comme un équilibre instable entre traditions, pratiques politiques et transformations politico-sociétales. L’article souligne que ce modèle, souvent idéalisé a posteriori, s’appuie sur une exclusion importante (sociale et politique) et une concentration du pouvoir exécutif. Il propose ainsi une lecture nuancée du régime Parlementaire britannique qui conjugue continuité institutionnelle et adaptation pragmatique toujours à l’œuvre de nos jours.
This article details and analyses the process of designing a solo board game (working title: Black & Blue) in which players assume the challenging role of a perpetrator of domestic violence against children. Players draft cards to navigate potentially explosive domestic contexts which force them to add cubes to a tottering tower representing the imminent eruption of violence. Placed in the uncomfortable shoes of a malefactor, they must manage reputational damage (and ultimately conviction) by dispersing evidence of this violence across hospitals, courts, schools and police stations so that it never builds up in any one location. Inspired by Brenda Romero’s ‘Mechanic is the Message’ board game series, Black & Blue is a tangible thought experiment which lays out and works through the interrelated societal systems structuring, responding to and obfuscating domestic violence. After an overview of relevant historical and contemporary games, the article will frame the methodologies employed in such performative, practice-based research as an experimental and experiential prelude to conventional qualitative historiography, pairing Frederic Jameson's cognitive mapping strategies with Romero's visceral epiphanies.
Le Parlement écossais fut conçu en Écosse, contre le modèle de Westminster : le parti au pouvoir, dépourvu de majorité absolue, serait contraint au compromis avec ses adversaires et devrait leur rendre des comptes. Cet article tente d’évaluer ce « modèle écossais » après vingt-cinq ans de dévolution du pouvoir, à travers le vote du seul projet de loi dont l’adoption annuelle est indispensable, le projet de loi de finances. Il conclut qu’en dépit de compromis politiques rarement expérimentés au Parlement britannique, au service d’objectifs plus larges et de valeurs redistributives censées caractériser l’Écosse, les élus mènent leurs tractations en coulisses et se prévalent des concessions obtenues, sans s’affranchir complètement du cadre britannique (budget et directives des partis).
Au cours des années 1930, et dans le souci d’assurer le leadership de leur mouvement sur la scène artistique italienne, les artistes futuristes se proposèrent de contribuer à la pénétration du fascisme dans l’espace domestique à travers la production d’objets décoratifs fortement idéologisés et en conformité avec les diverses formes de la politique autarcique du régime.
Si le Parlement de Westminster, épicentre du système de Westminster, a largement influencé plusieurs Parlements étrangers qui ont reproduit tout ou partie de ses caractéristiques, son influence est nettement plus nuancée en ce qui concerne les trois assemblées dévolues à l’intérieur des frontières du Royaume-Uni. C’est ainsi que l’étude des Parlements écossais et du pays de Galles tout comme celle de l’Assemblée nord-irlandaise révèlent une tension assez forte en leur sein entre la reproduction de certains caractères du Parlement de Westminster et des caractéristiques fondamentales bien différentes. Ce sont alors ces particularités des parlements dévolus qui deviennent de réelles perspectives d’évolution pour le Parlement britannique lui-même et les défis contemporains auxquels il est confronté.
Au xviiie siècle, les maisons de poupées étaient de véritables collections assemblées par des femmes adultes issues de familles aisées, notamment aux Pays-Bas et en Angleterre. Trois historiennes ont démontré que le collectionnisme propre aux maisons de poupées n’était pas sans lien avec celui des cabinets de curiosités contemporains. En effet, cabinets de curiosités comme maisons de poupées intégraient des matériaux, spécimens et produits venus de colonies ou de comptoirs. Dans la lignée de ces travaux, cet article explore dans quelle mesure l’Empire britannique a façonné l’apparence des maisons de poupées et à plus grande échelle, celle de l’espace domestique britannique. En effet, les maisons de poupées anglaises n’auraient pas existé sous cette forme sans l’Empire. D’une part, la fortune de plusieurs familles ayant commandé ces objets au xviiie, reposait sur l’existence de celui-ci. D’autre part, les réseaux impériaux fournissaient de nombreux matériaux et produits utilisés dans la fabrication des maisons de poupées sans compter des apports culturels et techniques qui influencèrent tant les artisans britanniques que les femmes qui assemblaient des maisons de poupées.
Lorsque la télévision arrive au Venezuela en 1952, de célèbres mélodrames radiophoniques sont adaptés par ce nouveau média. Au fil des décennies, ces productions passent de produits artisanaux au statut de programmes les plus emblématiques de l’industrie culturelle latino-américaine. Centrées sur l’amour romantique, les telenovelas sont immergées dans un tourbillon de passions, de mésaventures et de larmes. Nous réfléchissons à la possibilité que, tout comme les séries télévisées, ces productions puissent nous renseigner sur les sociétés qui les produisent. Pour cela, nous adoptons une méthodologie issue des études sur les séries TV, permettant d’établir des liens entre le « monde de la fiction » et le « monde social ». Nous nous appuyons sur les travaux de la sociologue Sabine Chalvon-Demersay, qui considère ce type de fiction comme un observatoire des évolutions de la société. Pour enrichir notre approche, nous complétons cette méthode avec celle proposée par la chercheuse Sarah Lécossais. Cela nous permet d’entrer dans le monde « fictif », tout en prenant du recul pour observer les personnages comme participants à des discours et des politiques de reproductions plus vastes. Il s’agit donc d’un va-et-vient entre la « fiction » et la « réalité » pour observer les changements des relations intimes et familiales, tout en réfléchissant à la représentation du domestique comme un lieu de contestation des rapports de pouvoir. Notre corpus est constitué des trois telenovelas : Las Amazonas (1985), Rubi Rebelde (1989) et Por estas calles (1992-1994).
This paper explores the activities of Trotskyist MPs associated with the Militant Tendency, who operated within the Labour Party and gained parliamentary seats during the 1980s. Militant’s origins trace back to the Revolutionary Socialist League, which engaged in entryism within Labour, aiming to recruit members and spread Trotskyist ideas. By the 1980s, Militant managed to get three of its members elected as MPs: Dave Nellist, Terry Fields, and Pat Wall. In Parliament, they often disrupted sessions to expose the limitations of traditional politics and promoted revolutionary ideas, all while leveraging their status to agitate outside of Parliament, particularly against Thatcher’s poll tax. Militant’s activities triggered Labour’s crackdown on Trotskyist infiltration, leading to the expulsion of its MPs. The paper highlights the tension between radical ideologies and mainstream politics, showing how Militant MPs used parliamentary platforms to subvert traditional systems.
Cet article se penche sur l’œuvre de Françoise Ega. Ses écrits, notamment le roman épistolaire posthume intitulé Lettres à une Noire, reflètent sa perspective singulière en tant qu’immigrée noire, mère, travailleuse et écrivaine en France. Dans ce roman, elle s’adresse à l’autrice brésilienne Carolina Maria de Jesus, figure littéraire majeure au Brésil, dont elle a découvert le portrait dans un reportage publié dans Paris Match. Cette étude examine les points de convergence entre le récit de Françoise Ega et l’œuvre de Carolina Maria de Jesus. Notre objectif est de mettre en lumière la subversion littéraire particulière opérée par ce récit, qui transcende les conventions du genre épistolaire, puisque sa narratrice rédige des lettres destinées à une personne qui ne les lira jamais. Ainsi, nous aboutissons à une réflexion sur l’acte d’écrire et sur la condition précaire des femmes marginalisées. Pour mettre en exergue l’aspect subversif de Lettres à une Noire, nous établissons des liens avec des concepts et des idées ancrés dans des domaines tels que la littérature caribéenne de langue française, la littérature féminine noire, la diaspora noire et les études postcoloniales. Nous prenons ainsi appui sur les écrits théoriques d’autrices et auteurs tels que Frantz Fanon, Mireille Rosello et Gloria Anzaldúa, entre autres.
Pendant et après le Brexit, l’ensemble du système parlementaire britannique a fait l’objet de vives critiques. L’institution de Westminster ne suscite plus, depuis plusieurs décennies, la confiance des citoyens. Pourtant, l’analyse comparative de quelques débats clefs de la période 2019-2024 (relatifs à l’accord de retrait du Royaume-Uni de l’UE, à la pandémie de Covid-19, au droit à l’immigration, ou à la réforme des retraites en France) est de nature à soutenir que le Parlement britannique demeure résilient par rapport au Parlement français qui peine à s’affirmer comme un contre-pouvoir efficient et efficace face à l’Exécutif.
This article reads two U.S. narrative fictions of the 1830s alongside one another, finding in them complementary commentaries on the nature of power, tradition, and freedom in a young republic. Both James Fenimore Cooper’s novel Home as Found and Edgar Allan Poe’s story “The Fall of the House of Usher” use the image of the house to consider what kind of elite families should exist in a nation that prides itself on democratic freedoms. By closely observing how the fictional houses in these works are built, maintained, occupied, sold, torn down, and rebuilt, we discover a new cross-section of the discourse surrounding the United States’ colonial heritage and its republican future.
This article explores the political, economic and social dimensions of home demonstration workshops and homemakers’ clubs in two U.S. Southern states, Tennessee and Kentucky, at the beginning of the 20th century. Held in the privacy of housewives’ homes, these workshops offered training in cooking, sewing and canning, allowing these women to acquire economic skills as well as social and political awareness. By relying on a supportive community and under the guidance of club directors and demonstration agents, these club members transcended their socio-economic status, notably entering economic markets. These workshops also enabled some of them to take on local and national political responsibilities and even to access influential positions. Based on oral interviews conducted in the early 1980s, this article offers a new vision of working- and middle-class Southern women: educated and active in the local communities, they were able to mix private and public spheres to impose themselves in a landscape often unfavorable to them.
Over the past decades, the Labour Party has cemented strong popularity and the political allegiance among ethnic minorities. However, since the election of the first four MPs with ethnic minority backgrounds in 1987, ethnic minorities’ parliamentary representation has remained well below their share of the UK electorate. The 2024 general election constitutes a significant landmark in nearly redressing this imbalance. This article adopts a historical approach to determining the factors that have enabled ethnic minorities to be proportionally represented in the House of Commons. This article first analyses the dichotomy between, on the one hand, ethnic minorities’ strong alignment with the Labour Party and, on the other hand, their persistent under-representation in the House of Commons. It then explores how the Conservatives have successfully challenged the Labour Party’s representation of ethnic diversity, making historic gains since the 2010 general elections. Finally, in light of the 2024 general election results and focusing on the specific case of Muslims, this article questions Muslims’ political loyalty to the Labour Party. It shows how alternative forms of political mobilisation, such as the Muslim vote movement, could present a critical test for the Labour Party. Unless it shows more commitment to substantive minority representation, the Labour Party could lose its legacy in future elections.
Prime Minister's Questions (PMQs) and Private Members' Bills (PMBs) in the House of Commons fulfil some of the most important functions of Parliament. PMQs are used to hold the Prime Minister publicly accountable for the actions of the Government. Private Members' Bills, on the other hand, allow backbench MPs to introduce their own legislation. However, these two parliamentary procedures have long been the subject of fierce criticism, calling into question their effectiveness and relevance. According to critics, the large number of interruptions of all kinds during PMQs makes the exercise counterproductive. As far as PMBs are concerned, the delaying tactics used to 'kill' the bill presented to the House, known as 'filibustering', render this legislative procedure a purely symbolic procedure. However, this article aims to show that these forms of obstruction, interruptions and filibusters, do exactly what PMQs and PMBs are designed to do, thus fulfilling the main functions of Parliament. Moreover, they help to fulfil another important role of Parliament, that of political representation. Interruptions and filibusters act as a signal to other MPs and to the public in order to draw their attention to elements they consider questionable. They also serve to hold the Government to account for its action, while encouraging it to put certain issues on the political agenda. Finally, the use of interruptions and filibusters sheds light on the representative role of MPs, who make themselves the voice of the people by bending the rules of the House of Commons.
Following the UK’s decision to leave the European Union, the House of Commons witnessed extraordinary levels of political conflict and deadlock. The Brexit transition period in 2020 marked a departure from this state of parliamentary battle. In the aftermath of the 2019 General Election and with the start of the Covid-19 pandemic, the premiership of Boris Johnson was characterised by peaceful and quiet debates on Brexit. MPs progressively shifted their focus away from the issue, despite the government negotiating the consequential post-Brexit trade deal and future framework of UK-EU relations. Based on 26 semi-structured interviews, this article shows that the lack of parliamentary scrutiny at such a crucial time is explained by widespread Brexit fatigue amongst Conservative MPs. It analyses the reasons for this fatigue in the context of its long-term political implications. A key finding of the article is that most Conservative MPs disregarded the potential impact of their lack of scrutiny and decided to retract from the process.
This article studies the modes of visibility of housing in the Black radical press of the 1960s and 1970s, in Muhammad Speaks and The Black Panther, and how this site/sight relates to violence, which it makes tangible in the landscape. An object of particular attention in the political and social discourses of both the Nation of Islam and the Black Panther Party, the distressed dwelling is also visual capital that can be put to use in the visual editorial practices of both publications, and woven within textual, conceptual, and narrative engagements with both acute and chronic forms of racist violence.
In the United Kingdom, the right to petition has been recognised since the Magna Carta and the Bill of Rights of 1688. The number of petitions submitted to the British Parliament peaked in the 19th century before plummeting after the 1st World War. However, the advent of online petition systems at the turn of the 21st century has brought this historical practice back to the fore.In 2022, Catherine McKinnell, then Chair of the House of Commons’ petitions committee described the platform launched in 2011 and remodelled in 2015 as “the most popular Parliamentary initiative of its kind in the world”. And indeed, while other such initiatives floundered, the British platform has witnessed extraordinarily high and sustained levels of usage throughout its existence which show no sign of slowing down.With millions of British citizens submitting or signing petitions in the last decade, dismissing such practices as mere ‘slacktivism’ thus doesn’t seem to do justice to a service which has found a public and a role over that period against a challenging backdrop of apathy or even hostility towards political institutions in general and Parliament more specifically.The current article offers to answer the following question: what is the Westminster model of e-petitioning and what is its contribution to parliamentary procedures and outcomes? To do so, it will present the reader with a historical overview of Parliamentary petitions in the UK, followed by an explanation on the functioning of the country’s parliamentary e-petition platform and its position within the web of parliamentary procedures. Results obtained from a ‘distant reading’ (Moretti 2013) of e-petition data from 2011 to 2022 will then be presented so as to document petition usage, both submission and signing, over the period under consideration but also the nature of popular petitions, their outcome as well as official response to petitions. The article will finally highlight potential and limits of such systems and conclude with two case studies illustrative of a petition’s journey through Parliament and beyond.
On considère ici l'espace (métaphorique) entre deux langues, diversement prévu par les approches des linguistes. Pour les locuteurs, c'est un espace de pratiques abondantes, et stratégiques sur le plan anthropologique, celui de la construction des langues. Mais ces réalités, qui débordent les modèles de langues instituées, sont difficiles à décrire. C'est le cas aussi des interlangues et des compétences d'intercompréhension. Ces pratiques se heurtent à l'hégémonie de la description en langues séparées, souvent même au corps défendant des linguistes, qui sont intéressés à l'identité des langues distinctes, et ressentent, comme les autres locuteurs, l'inconfort de l'indistinction.L'entre-deux langues se révèle ainsi le lieu de stratégies de synergies et de schismes, touchant à la constitution des langues et aux politiques linguistiques.