
L’article propose une analyse du phénomène de l’émigration clandestine au Sénégal en direction de l’Europe, dans un contexte de gouvernance mondiale des migrations internationales. Plus précisément, il interroge la place et le positionnement de ce pays de transit et de départ dans le jeu complexe des rapports internationaux, inter-régionaux et interétatiques intervenant en matière migratoire. L’analyse révèle que le recours massif à des sources (juridiques et politiques) et à des ressources (financières et matérielles) exogènes conduit à une atrophie du pouvoir politique de l’État sénégalais en matière de migration, en contradiction avec les aspects essentiels du principe de souveraineté.
La question du droit à la nationalité, décrit pat Hannah Arendt comme « le droit d’avoir des droits », comme celle de l’éradication de l’apatridie, reste une préoccupation internationale. Des conventions ont été adoptées au niveau mondial à cet effet. Néanmoins, un problème spécifique se pose en Afrique, avec tant d’acuité qu’il nécessite « un regard africain » : le pastoralisme transfrontalier en lien avec le droit à la nationalité. Le pastoralisme nomade ou l’élevage transhumant représente un mode de vie et des moyens de subsistance pour des millions de personnes en Afrique de l’Ouest. Il réunit en grande partie plusieurs groupes ethniques historiquement liés au pastoralisme, en particulier les Touaregs (Berbères/Amazigh) et les Peuls, y compris les sous-groupes peuls tels que les Mborobo. Bien que certains éleveurs soient sédentaires, semi sédentaires, ou ne se déplacent qu’entre deux pôles de migration en fonction des saisons (transhumance), d’autres n’ont pas de lieu fixe et se déplacent librement sur le long terme, en fonction de variations climatiques et d’autres priorités. Les tentatives visant à encourager les éleveurs nomades à s’établir ou à se soumettre à l’autorité d’une organisation politique centralisée ont créé des tensions au cours des périodes coloniales et postcoloniales. Cet article vise à analyser le cadre juridique applicable aux groupes pastoraux afin de protèger leur droit fondamental à la nationalité en contexte de mobilité permanente.
Cet article met en lumière quelques raisons, imaginaires et pratiques qui peuvent aider l’Afrique à construire une voix qui compte dans le débat international sur la migration. L’article développe une réflexion critique et décoloniale basée sur des observations et des conversations principalement engagées à Saint-Louis du Sénégal auprès de communautés migratoires européennes blanches. Cette réflexion convoque aussi d’autres situations de références qui empruntent à l’actualité et à la propre expérience migratoire de l’auteur. Autour de cette approche et de ces matériaux, l'idée de l’hospitalité est revisitée à l’aide de quelques leçons en provenance d’Afrique.