
Over the last decades, mountain oases have undergone transformations that threaten to disrupt their hydrological balance, following patterns of techno-economic intensification already observed in lowland oases. In the current global context of increasing water challenges, these transformations highlight the need for approaches that go beyond conventional performance-oriented water management, a paradigm shift embodied by resilient thought. This study presents a dynamic assessment of the water resilience of Oussikis, a mountain oasis in Morocco, across five phases of territorial transformation. The findings reveal an overall decline in water resilience, from a high resilience level (4/5) before 1930 to a medium resilience level (3/5) today high-altitude. Despite its peripheral and remote location, Oussikis has maintained and diversified its links with external stakeholders. Public and private investments have supported a modernization trajectory through improved accessibility and agro-economic intensification. The oasis has maintained a relative balance between water demand and availability, largely due to infrastructural adaptations that have preserved collective access to the resource while allowing for a degree of individualization. However, this has not been coupled with a systemic strengthening of capacities or the inclusive participation of the local population. Consequently, capacities for collective learning, flexibility, participation, and regulation have weakened, while pressures on water resources and their associated ecosystems have been intensified.
L’usage des pesticides continue d’augmenter dans de nombreuses régions du monde malgré la reconnaissance de leurs effets néfastes sur la santé, l’environnement et les sociétés rurales. À partir de 15 études menées dans 13 pays méditerranéens et tropicaux, cet article identifie les principaux leviers et freins à la réduction de leur utilisation. Trois catégories de leviers favorisent la transition vers une agriculture moins dépendante des intrants chimiques. La première repose sur la substitution technique de certains pesticides par des pratiques agroécologiques, telles que la diversification des cultures ou l’emploi de biopesticides issus de plantes ou de micro-organismes locaux, sans modification majeure des systèmes de production. La deuxième correspond à la systématisation agroécologique, qui consiste à concevoir collectivement, avec les agriculteurs, les chercheurs et les organisations locales, des systèmes de culture innovants adaptés aux contextes territoriaux. Enfin, la troisième catégorie concerne les dispositifs institutionnels et économiques favorisant l’innovation collective, comme les champs-écoles, les Systèmes participatifs de garantie (SPG) ou les Paiements pour services environnementaux (PSE). Cependant, la diffusion à grande échelle de ces alternatives se heurte à plusieurs verrouillages sociotechniques. À l’échelle macro, les politiques publiques, les subventions et certaines réglementations continuent de favoriser l’agrochimie. À l’échelle méso, l’influence des entreprises phytosanitaires et la dépendance économique des filières agricoles aux pesticides freinent les changements. À l’échelle micro, les producteurs restent confrontés à la perception du risque, à la crainte de pertes de rendement et à un manque de formation technique. Ces résultats montrent que la réduction durable des pesticides nécessite une transformation systémique du modèle agricole. Celle-ci implique des réformes réglementaires, une réorganisation des filières, des incitations économiques adaptées et une diffusion territoriale des innovations agroécologiques. Elle suppose également l’articulation des savoirs locaux et scientifiques afin de construire des systèmes agricoles plus résilients, durables et équitables.
Depuis plus de deux décennies, les modes de production agricoles de décrue des villages soninké sénégalais de la haute vallée du fleuve Sénégal ont connu des transformations significatives. Cette étude analyse la manière dont, à Golmy (15 km en amont de Bakel), la main-d’œuvre migrante originaire du Mali et les transferts monétaires des émigrés soninké basés en France sont devenus le support de l’agriculture de décrue, en réaction à la diffusion d’une plante envahissante, Typha domingensis , localement appelée saké . Elle s’appuie sur une cartographie des espaces agricoles et des données collectées auprès des chefs de famille, des migrants maliens et des émigrés en vacances dans le village. Les résultats montrent que le village dispose d’importantes superficies à vocation agricole de décrue. Source d’approvisionnement des villageois en produits agricoles frais (maïs, niébé, tomate cerise, patate douce, gombo, courge et oseille), l’agriculture de décrue n’a longtemps pas été impactée par l’émigration masculine massive en raison de son caractère peu exigeant en main-d’œuvre et du fait que les activités agricoles étaient échelonnées dans le temps. Elle était pratiquée par les rares hommes restés sur place, aidés par les enfants. Mais les profonds bouleversements consécutifs à la construction du barrage de Manantali dans les années 1990 ont changé la donne, car une plante, Typha domingensis, a envahi les terres de décrue. Dans l’incapacité d’y faire face, les familles ont fait appel à de la main-d’œuvre migrante d’origine malienne. Au départ, rétribuée en nature (hébergement et nourriture), cette main-d’œuvre est aujourd’hui rémunérée par les transferts monétaires des émigrés basés en banlieue parisienne. Une situation qui crée une double dépendance internationale de l’agriculture de décrue, par rapport à la migration malienne et aux revenus issus de l’émigration.
Cet article examine l’importance des pratiques alimentaires de trois terroirs sénégalais aux profils agroécologiques contrastés (Casamance, Ferlo et Fouta Toro) dans la construction de politiques alimentaires. Il s’appuie sur une base empirique d’une centaine d’entretiens menés auprès des populations locales. La problématique interroge la façon dont les pratiques alimentaires locales, actuellement marginalisées dans les politiques publiques, peuvent constituer des ressources pour une souveraineté alimentaire durable et équitable. Les résultats révèlent la richesse de ces terroirs, caractérisés par une diversité de mets ancestraux et l’usage de plantes domestiques et sauvages. Toutefois, ces pratiques font face à une double invisibilisation : d’une part, par des politiques alimentaires privilégiant des approches biomédicales ; d’autre part, par le désintérêt croissant des jeunes générations au profit d’une alimentation dite « moderne ». Cet article soutient que cette marginalisation constitue une injustice épistémique qui prive les communautés de leur autodétermination alimentaire.
Faced with current agricultural challenges, vegetable production systems in Martinique and Guadeloupe are being called to transition towards more environmentally-friendly practices. These territories hold significant potential to address these challenges in terms of food security, sustainability and resilience to climate change. In this context, having a better understanding of the diversity of vegetable farms is an essential step in shedding light on the dynamics of agroecological practices and chemicals use. The study is based on a typological analysis of 409 farms. We first categorize farms according to their structure, their economic performance, the individual characteristics of their farmers and their additional activities. Three clusters of farms emerged: (1) the survivors which are poorly diversified, generate low incomes and operate on small surfaces; (2) the diversified which are similar to the first group but are differentiated by their high diversity in terms of crops and para-agricultural activities and by a greater use of direct sales; and (3) the big farms which are cultivated on large surfaces, need more workforce and generate a higher income. Based on this typology, we characterize their agroecological profile according to their degree of agroecological practices, pesticides and chemical fertilizers use. The results show that diversified farms are the most engaged in agroecology with less reliance on chemicals and a greater adoption of agroecological practices compared to the survivors and the big farms. This study thus allows to characterize the vegetable production systems in the French West Indies and highlights the facilitating role of diversification and small farm size in the development of agroecology.