
La cinémathèque du ministère de l’Agriculture créée en 1923 comprend plusieurs films tournés en Afrique au XXe siècle. Cette contribution propose une cartographie de ces films (actualités, reportages, films éducatifs et scientifiques) versés aux Archives nationales ainsi qu’une étude détaillée de plusieurs d’entre eux réalisés dans les années 1930 consacrés aux sujets suivants : le couronnement d’Hailé Sélassié, la culture du manioc à Madagascar, celle de la canne à sucre en Égypte, la visite du président Doumergue au Maroc et, enfin, l’étude d’une termitière en Côte d’Ivoire. Il s’agit d’aborder ces films non seulement comme des produits de l’idéologie coloniale, mais également comme des sources pour contribuer à une histoire sociale des mondes africains.
Cet article examine la méthode de création du réalisateur belge Charles Dekeukeleire à la lumière de ses notes pour préparer le film Terres brûlées (1934), tourné au Congo et au Rwanda-Urundi pendant la colonisation, qu’il envisage comme un spectacle à la croisée de l’art et de la science pour représenter les différentes « races humaines ». Cette étude éclaire le poids de l’héritage des théories évolutionnistes et racistes issues des travaux de certains anthropologues et sociologues de la fin du XIXe siècle dans les choix esthétiques ayant guidé la réalisation de Terres brûlées. L’article montre également que le film a été utilisé dans les années 1930 et 1940 comme un outil commercial, via différents supports de diffusion, au service de la propagande coloniale. Il a ainsi reconduit auprès du grand public belge, mais aussi européen, grâce à des versions en langue anglaise, allemande et néerlandaise, les fantasmes et stéréotypes du monde savant sur l’infériorité technique, psychique et sociopolitique des Africains qui appuient la justification de l’imposition à l’Afrique de l’ordre colonial européen.
En 1963, une « caravane » de l’« Équipe des relations avec l’Outre-Mer », structure émanant des Éclaireurs laïcs de France, se rend à Sangha, en pays dogon. Âgé de 17 ans, Francis Bordat, qui deviendra par la suite professeur en civilisation américaine, est l’un de ces jeunes caravaniers. Avec sa caméra, il enregistre les paysages, les scènes de la vie quotidienne aussi bien que les techniques des artisans. Les lettres qu’il écrit à sa famille retranscrivent ses impressions du monde dogon nourries en partie de l’œuvre de Marcel Griaule et de son expérience scoute ; elles documentent aussi le Mali socialiste des années 1960 ainsi que sa pratique de cinéaste amateur. Accompagnée d’un appareil critique, une partie de sa correspondance est reproduite ici, à la suite du texte qui présente et analyse son film.
En matière de films documentaires, les rushes constituent une riche matière qui permet d’étudier la manière de travailler du réalisateur. Pour la recherche scientifique, les rushes ouvrent un gisement plus dense que les films eux-mêmes, car, c’est une évidence, lorsque l’on coupe, on perd quelque chose. Il faut donc plaider pour la conservation des rushes.