
Cet article cherche à comprendre pourquoi la comptabilité carbone, malgré sa large diffusion et son ambition normative, ne parvient souvent pas à susciter, au sein des organisations, des actions substantielles de réduction des émissions. En mobilisant la théorie de l’action développée par Spinoza, nous analysons les processus affectifs par lesquels la rencontre avec les chiffres de la comptabilité carbone peut orienter l’action ou, au contraire, entretenir l’inaction. Sur le plan empirique, nous menons une étude de cas qualitative exploratoire portant sur une PME française engagée sur le plan environnemental, qui a volontairement mis en œuvre le Bilan Carbone©. Nos résultats montrent que la comptabilité carbone affecte les acteurs organisationnels de manière contrastée selon le format des chiffres mobilisés. Alors que les données d’émissions absolues tendent à susciter des affects de tristesse neutralisés ou évités, les indicateurs formulés en termes d’émissions évitées génèrent des affects de joie activement valorisés et communiqués. Toutefois, aucun de ces deux types d’affects ne se révèle suffisamment puissant pour remettre en cause l’affect dominant de joie associé à la poursuite de la croissance de l’activité. En conséquence, la comptabilité carbone demeure mobilisée de manière ad hoc et ne déclenche pas d’actions visant à réduire les émissions absolues de GES. Nous contribuons empiriquement à la littérature sur la comptabilité carbone en mettant au jour les mécanismes affectifs par lesquels la comptabilité carbone façonne les réponses organisationnelles, et en montrant comment certains formats de chiffres carbone peuvent légitimer la trajectoire dominante plutôt que favoriser l’atténuation. Sur le plan théorique, nous montrons que les concepts spinozistes d’affect, de puissance d’agir et de balance des affects offrent une compréhension processuelle de la relation entre comptabilité et action, en soulignant la manière dont les objets comptables peuvent susciter des actions inattendues ou renforcer l’inaction.
Cette étude propose une réflexion sur les enjeux liés à la diversité au sein du milieu académique comptable francophone. À partir d’un diagnostic établi à l’aide d’une enquête ayant recueilli 142 réponses des membres de cette communauté, nous présentons des éléments relatifs à la perception de la diversité et au sentiment d’inclusion, au rôle et aux responsabilités perçus de l’Association francophone de comptabilité (AFC) sur ces questions, ainsi qu’à l’ouverture et aux engagements individuels des universitaires à l’égard de ces enjeux. Les résultats mettent en évidence un intérêt marqué pour les enjeux de diversité dans le milieu académique comptable francophone, ainsi qu’un soutien en faveur d’un engagement accru de la communauté sur ces questions. Parallèlement, la variété des réponses recueillies témoigne d’une fragmentation du champ épistémique (Gendron, 2025). Celle-ci se manifeste notamment dans les positions exprimées par les enseignant·es-chercheur·euses juniors, par les enseignant·es-chercheur·euses exerçant hors de France – en particulier sur le continent africain – ainsi que dans les différentes conceptions de ce que recouvre la notion même de diversité. L’étude propose des recommandations visant à renforcer les initiatives en faveur de la diversité, tant en termes de production scientifique que d’engagement civique.
Les collaborations entre grandes entreprises et startups pour innover sont à la fois prometteuses et difficiles à établir. Pour les faciliter, certaines grandes entreprises créent des structures frontières corporate , des entités spécialement conçues pour orchestrer les interactions avec les startups et dynamiser l’innovation. Ces structures doivent concevoir des systèmes de contrôle sur mesure, capables de coordonner des mondes que tout oppose. L’objectif de cette recherche est d’enrichir la littérature sur le contrôle de l’innovation et sur les structures frontières qui y sont dédiées, en analysant la construction de leurs systèmes de contrôle au sein d’un startup studio associant une grande banque européenne à des startups de la Fintech. L’analyse met en évidence trois systèmes de contrôle construits et mobilisés de manière graduée et séquentielle -un système inspirationnel, un système placentaire et un système directionnel. Ces systèmes permettent la création de startups dont les innovations sont d’abord commercialisées par la maison mère ; ils favorisent l’acceptation mutuelle entre la grande entreprise et les startups, renforçant ainsi la structuration et la pérennité de leurs interactions ; ils préparent l’autonomie des startups sans compromettre la cohésion de l’écosystème ainsi formé.
Cet article explore les dimensions éthiques des indicateurs de performance. Notre étude de cas, menée dans un pôle de conseil en comptabilité et finance pour le secteur public d’un cabinet Big 4, porte sur les caractéristiques et les effets de deux indicateurs clés : le nombre d’heures passées par les consultants sur les missions de conseil et la marge de ces missions. Ces indicateurs sont conçus pour orienter l’action vers les normes de performance de l’organisation. Or, ils induisent aussi des dilemmes chez les consultants et rendent visibles les tensions au sein des systèmes d’évaluation de la performance. Nous montrons que l’éthique est à la fois inscrite au cœur des indicateurs, et résulte de leurs effets. Notre article contribue à la littérature comptable en soulignant le caractère à la fois régulateur et générateur d’éthique des indicateurs de performance.