
The notion that exemplary deeds and acts provide models that we can follow invites some further consideration of the connection between the good to which they singularly attest and practical reason. By attributing such deeds and acts’ prospective and even prophetic dimension to their fittingness in response to moral and political dilemmas and crises, I relate the way that in reflective judgment the individual case summons its rule to phronesis. That only events, acts, and lives attesting that evil is overcome hic et nunc reopen a path to an affirmation of the being that we are provides a critical touchstone in this regard. Resisting the idea that evil gives rise to a summons thus safeguards the idea of humanity through conferring the sanction of reality on the good manifest by exemplary deeds, acts, and lives.
Dans le dernier chapitre de Parcours de la reconnaissance, Ricœur propose une conception pacifiée de la reconnaissance, fondée sur la mutualité plutôt que sur la réciprocité et développée à partir d’une phénoménologie du don. Bien que dans ce chapitre Derrida ne soit pas cité, l’article montre en quoi les analyses des deux philosophes se font écho, dans un jeu croisé entre déconstruction et reconstruction du don, mené à partir de la comparaison avec l’échange marchand. À l’instar de Derrida, Ricœur fait voir l’impossible du don, avec ses trois apories. Mais, à la différence de Derrida, il dévoile, dans un mouvement complémentaire de reconstruction, les pouvoirs pratiques du don, avec la dialectique entre amour et justice constitutive de la puissance et de la fragilité du don.
Presentation of guest editor Azadeh Thiriez-Arjanji by the journal's editors, Jean-Luc Amalric and Ernst Wolff.
Présentation de l'éditrice invitée, Azadeh Thiriez-Arjanji, par les directeurs de la revue, Jean-Luc Amalric et Ernst Wolff.
La philosophie ricœurienne de l’imagination touche à la question politique du pouvoir (et aussi d’un pouvoir du « faux »), par celle de l’imaginaire social, de l’idéologie et de l’utopie, mais il s’agit dans cette étude de se pencher sur la notion de « traditions de l’imaginaire », que Ricœur rapproche très tôt de l’idée d’institutions de l’imaginaire, qui élargit considérablement le champ de l’institution. Dans son dialogue avec Castoriadis, il montre qu’il faut penser ensemble l’imagination instituante, et l’imagination instituée. Les traditions de l’imaginaire sont ces médiations longues déposées notamment dans des œuvres, porteuses de différents styles de traditionnalité. Mais la constitution d’une tradition, en effet, repose sur le jeu de l’innovation et de la sédimentation, et la critique utopique des représentations déjà installées, exploratrice d’autres configurations possibles, déposera à son tour des configurations traditionnalisées. On retrouve ici les termes d’une discussion de Claude Lefort par Ricœur, sur l’absence de fondement propre à la démocratie : « pour lui, la démocratie et le premier régime qui ne soit fondé sur rien, mais sur lui-même, c’est-à-dire sur le vide. D’où son extrême fragilité. J’essaye de dire, pour ma part, qu’il est toujours fondé sur l’antériorité de lui-même par rapport à lui-même ». Cette non-congruence à soi des sociétés, qui les oblige à se figurer, est ce qui permet de résister à un remodelage imaginaire total et sans reste. La pluralité vive des traditions de l’imaginaire, ensemble co-fondatrices de l’espace public et de la société civile, et l’incessante émulsion entre le déjà-là des traditions sédimentées et l’innovation poétique et critique qui les rouvre et en tirent des figures inédites, sont essentielles à la vie politique de nos sociétés.