
Nous allons étudier différentes incarnations de la sorcière à travers le temps. La sorcière capture l’imaginaire des masses et joue souvent le rôle de bouc émissaire. Dans ce cadre, elle a une fonction de stabilisation de la dynamique sociale. Dès qu’une crise apparait, la société cherche les « coupables ». Qui sont les sorciers ? Pourquoi la sorcellerie résiste-t-elle à l’évolution des sociétés ? Peut-être représente-t-elle tout ce que l’humanité refoule d’elle-même ?
Au Burkina Faso, plusieurs centres d’hébergement collectifs ont accueilli plusieurs personnes accusées de sorcellerie à la suite de leur exclusion des communautés. Dans ces centres, elles bénéficient d’une prise en charge globale y compris les services funéraires. À partir des enquêtes ethnographiques récentes et des archives de recherche personnelle, cet article se propose d’explorer la perception de la mort chez les femmes vivant dans ces centres. La mort est un aspect structurant de l’expérience collective et individuelle de l’accusation de la sorcellerie avant leur rentrée dans le centre. Une fois à l’intérieur, leurs conditions de vie prennent la forme d’une mort sociale et elles acquièrent un nouveau statut social : celui de l’indésirable et du sans deuil. La mort au centre est la plus redoutée, car la plus indigne d’une finitude humaine. Mourir au centre, équivaut à perdre son individualité, son ancestralité par un enterrement public qui dessaisit la famille de son rôle traditionnel de gestion de la dépouille mortelle. Cet article apporte une contribution importante à une anthropologie des économies morales, articulée à une biopolitique des sans deuil.
La sorcellerie et la mort sont étroitement liées durant la chasse aux sorcières des XVI e et XVII e siècles. Les sorcières sont accusées de provoquer la mort par magie, tandis que leur propre exécution, souvent par le feu, symbolise la purification de la société. Les démonologues, obsédés par le pouvoir du diable, justifient ces persécutions en associant sorcellerie et malveillance. Cette évocation de la mort, tant infligée que subie, et même utilisée dans les rituels de nécromancie, révèle les peurs collectives et les mécanismes de contrôle social de l’époque.
La mort est inhérente à la vie humaine. Elle peut venir tôt ou tard selon la constitution de chaque individu et les incidents de la vie. Mais la conception de la mort au Congo-Brazzaville semble bien être autre ; elle serait plutôt liée à la sorcellerie. Car, la sorcellerie est l’expression absolue du mal. Dans cet univers, la mort et la sorcellerie sont inséparables. La mort est causée par la sorcellerie. En effet, dans une culture où l’on ne croit qu’être persécuté par l’autre, on voit le mal partout et on consulte devin et pasteur pour chercher à connaitre les causes des infortunes et surtout de la mort. Ainsi, les accusations de sorcellerie sont monnaies courantes. Ce qui entraine souvent les divisions familiales voire les passages à l’acte. Tout le monde ici est le sorcier de tout le monde.
Ce texte interroge les pratiques de la sorcellerie, entre réalités sociales, croyances religieuses et enjeux psychiques, en se focalisant sur le cas spécifique de l’aheckul en contexte kabyle et dans la clinique de l’exil. Après une réflexion épistémologique sur l’intérêt et l’originalité de l’anthropologie psychanalytique pour penser des cas où le psychique, le religieux et le culturel sont intimement liés, nous nous concentrons sur une étude de la sorcellerie en contexte kabyle. Nous étudions le rapport au féminin et à l’angoisse de castration, dans une société marquée par des rapports de domination déterminant pour chaque genre des positions très précises dans la hiérarchie sociale. Le cas de Na-Taous évoque tant l’ordre social établi que les tentatives de l’inverser grâce à la sorcellerie. Enfin, nous nous penchons sur l’évocation de la sorcellerie dans ses aspects défensifs chez un patient d’origine kabyle reçu en consultation en France, aux prises avec la conviction délirante d’une emprise sorcelleraire de la part de sa grand-mère maternelle tant sur son père décédé que sur lui-même, pour essayer de voir la manière dont des schémas traditionnels peuvent être convoqués en tant que théories indigènes et en tant que théories sexuelles infantiles, afin de tenter de délimiter l’angoisse dans ses formes les plus archaïques. Le cas de Massi qui essaie de tuer le « maléfique » qui siège en lui, en manquant de se donner la mort, permet de penser l’externalisation attributive qu’opère la croyance dans la sorcellerie, en même temps que son échec à protéger le sujet contre des passages à l’acte autodestructeurs, menés avec la conviction d’attaquer le mal en soi. Le travail thérapeutique permet d’envisager la transformation de l’hallucination et du délire en capacité à apprivoiser le sentiment d’étrangeté, à se représenter une séparation partielle avec un autre envahissant et persécuteur et à reconnaître une part de soi dans ce qui est perçu comme exogène et redouté.