
Alors que l’immense majorité des naissances ont lieu à l’hôpital, certaines personnes font le choix marginal de l’enfantement autonome : il s’agit d’accoucher à domicile sans assistance médicale. Cet article s’appuie sur une enquête menée en ligne et hors-ligne, auprès des actrices de cette pratique et au sein de leurs communautés numériques, en France, au Québec et en Caroline du Nord. Il montre que le numérique structure la mise en réseau des adeptes de cette forme d’accouchement alternative et particulièrement stigmatisée. Tout en participant à la constitution de communautés discrètes, réunies autour d’expériences et de savoirs partagés, les modalités d’interaction propres aux groupes en ligne jouent un rôle central dans l’évitement des conflits, malgré les profondes divergences politiques qui traversent ces espaces. Cet évitement des conflits apparaît comme une condition du maintien de ces groupes et favorise l’émergence de formes discrètes de politisation autour d’expériences procréatives partagées.
À partir d’une enquête ethnographique menée en Bretagne et dans les Pays-de-la-Loire, cet article analyse les conditions de reconnaissance et de fragilisation d’une forme d’expertise située dans un contexte de controverses liées aux infrastructures électriques : la géobiologie appliquée à l’élevage. Dans les exploitations confrontées à des problèmes sanitaires et de production, la géobiologie intervient comme une enquête pragmatique visant à produire des « prises » sur des phénomènes incertains. En articulant gestes sensibles, mesures instrumentales et récits partagés, elle opère un travail de (re)qualification des troubles qui permet de stabiliser provisoirement l’action et de restaurer une intelligibilité locale. Toutefois, lorsque ces interventions changent d’échelle et s’inscrivent dans des controverses publiques liées à l’implantation d’infrastructures énergétiques, la géobiologie est soumise à d’autres régimes d’épreuve. L’article montre ainsi comment une expertise localement reconnue peut être marginalisée lorsqu’elle est exposée à des cadres normatifs élargis, révélant que la légitimité experte dépend des arènes dans lesquelles elle est engagée et des formats de preuve qui y prévalent.