
Cet article propose une lecture psychocritique de l’œuvre d’Albert Cossery afin d’en dégager les résonances narcissiques. La superposition de plusieurs textes a mis en évidence des indices textuels récurrents − personnage type, dépendance aux disciples, plaisirs oraux, paresse jubilatoire, dandysme marqué et motifs spéculaires− qui, interprétés au prisme des stades de développement psychique, ont révélé des régressions vers des stades archaïques propres au fonctionnement narcissique.
Cet article part d’un constat simple : dans Lélia, le désir féminin ne fonctionne pas comme on pourrait s’y attendre. Il ne mène ni à l’équilibre ni à la satisfaction. Il reste incertain, changeant, et parfois difficile à comprendre, autant pour le personnage que pour ceux qui l’entourent. Le roman donne ainsi l’image d’un désir qui se construit dans le manque plutôt que dans l’accomplissement. Cette situation ne dépend pas seulement du personnage. Elle est aussi liée à l’époque. Les normes sociales imposent des limites fortes à ce que la femme peut dire ou ressentir ouvertement. Le désir existe, mais il doit souvent rester discret, voire caché. C’est ce décalage qui crée la tension centrale du texte. Dans ce contexte, l’écriture joue un rôle particulier. Elle devient un moyen de faire apparaître ce qui ne peut pas être exprimé directement. À travers le langage, le corps et les émotions trouvent une forme de présence. Le roman ne cherche pas à résoudre cette difficulté. Il montre plutôt comment elle persiste et structure l’expérience du personnage.
This article examines the representation of Algeria in the travel writings of Isabelle Eberhardt, with a particular focus on her short story collection Yasmina and Other Stories (1902). While travel literature has often served as a tool of imperial knowledge production, reinforcing stereotypes of the “Orient” as exotic, static, and inferior, Eberhardt occupies a complex position within this tradition. Born in Geneva and later converting to Islam, she traversed boundaries of gender, religion, and culture, adopting multiple identities that complicate her role as both insider and outsider in colonial Algeria. Drawing on postcolonial theory, particularly Edward Said’s concept of Orientalism and Homi Bhabha’s notion of hybridity, this study analyzes how Eberhardt’s writings both reproduce and challenge dominant Western discourses of the Maghreb. Through close textual analysis, the article demonstrates that Eberhardt’s Algeria is portrayed in ambivalent terms: the landscape is alternately romanticized as timeless and harsh, while Algerian traditions are depicted with both admiration and exotic fascination.
Cet article propose une lecture psychanalytique du personnage masculin dans la littérature algérienne d'expression française post-indépendance, à partir des œuvres de Sadek Aïssat, Assia Djebar, Maïssa Bey et Kamel Daoud. Il soutient que la représentation systématique de personnages masculins défaillants et impuissants est le symptôme d'une crise profonde de la subjectivité masculine. Cette crise s'articule autour de trois axes : l'impossibilité d'égaler la figure héroïque du Moudjahid, érigée en idéal du moi collectif inaccessible ; la défaillance ou l'absence de la figure paternelle réelle, qui prive le sujet de toute lutte œdipienne structurante ; et une mélancolie virile au sens freudien, soit le deuil impossible d'une virilité jamais possédée, transmise de génération en génération sous forme de trauma.
Cette étude explore l'évolution dialectique entre littérature et psychologie, de la séparation conceptuelle à la convergence théorique. Elle démontre comment la psychanalyse a transcendé l'approche clinique en puisant dans les mythes et le symbolisme littéraire pour forger ses archétypes fondamentaux. Ainsi, des figures telles qu'Œdipe ou Narcisse sont devenues la matrice conceptuelle indispensable pour définir les grands complexes de l'inconscient humain.