
L’agression relationnelle se manifeste par des comportements qui impliquent la manipulation de pairs dans l’intention de blesser ou de nuire aux relations sociales d’une victime. Les études visant à comprendre le recours à cette forme d’agression ont principalement porté sur les facteurs individuels, familiaux ou liés aux pairs, en particulier sur la popularité, laissant de côté certains facteurs plus distaux (p. ex., les normes culturelles). La présente étude explore donc le rôle de l’adhésion aux stéréotypes de genre et au sexisme dans l’utilisation de l’agression relationnelle, tout en tenant compte de la motivation à être populaire. Au total, 244 élèves (56,1 % de filles; m âge = 15,8 ans) de la Montérégie au Québec ont participé à cette étude dans laquelle des mesures d’auto-évaluation ont été utilisées. En tenant compte de la motivation à être populaire, de l’âge, du genre et du revenu familial, les analyses de régression montrent qu’une plus forte adhésion aux stéréotypes de genre et au sexisme est positivement associée à une utilisation plus fréquente d’agression relationnelle. Un effet de modération significatif montre en outre que les attitudes sexistes sont plus fortement associées à l’agression relationnelle chez les élèves qui cherchent à être populaires. Ainsi, si la prise en compte du désir de popularité chez les jeunes reste très importante pour la prévention de l’agression relationnelle, des interventions abordant les stéréotypes de genre et le sexisme pour promouvoir la tolérance à l’égard des différences individuelles seraient potentiellement bénéfiques.
Les études longitudinales menées auprès d’un seul enfant par famille (c.-à-d. des singletons ) indiquent généralement qu’une exposition à des amis déviants est significativement associée à une augmentation ultérieure des comportements délinquants à l’adolescence. Toutefois, ce type de devis ne permet pas de contrôler adéquatement l’ensemble des variables familiales confondantes, notamment les influences génétiques potentielles. La présente étude recourt à un modèle à décalage croisé afin d’examiner si la délinquance des amis à 13 et 15 ans prédit une escalade de la délinquance chez les participants entre 13 et 15 ans, puis entre 15 et 17 ans. L’échantillon est composé de 180 paires de jumeaux monozygotes et de 145 paires de jumeaux dizygotes de même sexe issus de l’Étude longitudinale des jumeaux du Québec. Deux séries d’analyses ont été réalisées. Dans la première, les liens bidirectionnels entre la délinquance rapportée chez les amis et la délinquance autodéclarée d’un seul jumeau par paire ont été examinés, les jumeaux étant alors considérés comme des singletons . Dans la seconde, la même analyse a été répétée à partir des différences intra-paires, ce qui permet de contrôler les influences familiales partagées, y compris les effets génétiques potentiels. Les résultats suggèrent que l’influence apparente des amis observée dans les études de singletons serait en réalité attribuable à des facteurs génétiques communs sous-tendant à la fois la délinquance des adolescents et celle de leurs amis.
Pour expliquer la consommation de substances psychoactives à l’adolescence, des études ont tenté de mettre en évidence les contributions respectives de la popularité perçue et des effets de socialisation au sein du groupe d’amis. En revanche, peu d’études se sont intéressées à la façon dont la popularité perçue des élèves et les effets de socialisation se conjuguent pour prédire les habitudes ultérieures de consommation. La présente étude vise à examiner les liens longitudinaux entre la popularité perçue des adolescents, la fréquence de consommation de substances de leurs amis (c.-à-d., cigarettes, alcool, cannabis) et l'évolution de leur propre consommation au début de l’école secondaire. L’échantillon regroupe 623 adolescents (50 % filles) recrutés dans des écoles publiques de statut socioéconomique défavorisés de Montréal. Les participants ainsi que leurs amis ont rapporté leur propre fréquence de consommation de substances, tandis que les camarades de classe ont évalué la popularité perçue des participants. Les résultats montrent que la popularité perçue contribue à prédire une augmentation de la consommation au fil du temps pour chacune des trois substances. Pour la cigarette et le cannabis, les niveaux de consommation des amis y contribuent également de manière additive. Par ailleurs, on constate un effet d’interaction entre la popularité perçue des élèves et la consommation de substances des amis lorsqu’il s’agit de prédire la consommation ultérieure de cigarettes; les élèves populaires s’avèreraient plus sensibles que les autres à l’influence présumée des amis. Ces résultats soulignent la nécessité de cibler la popularité perçue et les dynamiques sociales au sein du groupe de pairs dans les stratégies de sensibilisation et de prévention chez les adolescents, particulièrement en milieu scolaire défavorisé.
Alors que les recherches sur le désistement du crime se sont multipliées, peu d’études ont exploré en profondeur le rôle de la scolarisation et de la formation professionnelle dans ce processus. Cet article examine les liens perçus entre les parcours éducatifs et le désistement du crime à partir d’une analyse secondaire de 41 entrevues menées auprès de jeunes judiciarisés dans le cadre du projet (RÉ)SO 16-35. En mobilisant une typologie en cinq profils de trajectoires (convertis, repentants, rescapés, entre-deux, persisteurs), l’étude met en lumière que la scolarisation et la formation sont parfois perçues comme des leviers de transformation identitaire, sociale et quotidienne, favorisant l’agentivité, la sobriété et l’inclusion. Ces effets relèvent du désistement assisté, mais ne sont ni systématiques ni uniformes : pour certains, l’éducation agit comme un catalyseur du changement, tandis que pour d’autres, elle reste inaccessible, marginale ou sans impact significatif. Loin d’un modèle unique, les résultats soulignent la pluralité des usages et des significations attribuées à l’éducation dans les parcours de sortie du crime. L’article plaide pour une reconnaissance élargie des effets qualitatifs de l’éducation et pour des dispositifs pédagogiques sensibles aux réalités vécues des jeunes judiciarisés.