
Résumé Cet article propose un portrait chronologique d’Alfred Espinas, établi à partir d’une étude documentaire approfondie et de la bibliographie publiée dans ce numéro. En mobilisant des sources souvent méconnues, il montre la place centrale qu’Espinas a occupée dans la vie intellectuelle au tournant du xx e siècle. Il met en lumière des continuités et des ruptures jusqu’ici méconnues, révélant notamment la manière dont Espinas s’est positionné par rapport à la Revue philosophique , à la Revue de métaphysique et de morale , à l’agrégation, à la littérature médicale italienne, à l’hellénisme, au socialisme et au mouvement spiritualiste, non seulement à un moment de sa trajectoire, mais tout au long de son demi-siècle d’activité intellectuelle. Cette approche permet de décentrer Espinas de sa thèse Des Sociétés animales et d’envisager une nouvelle cohérence de son oeuvre et de son activité autour du problème de la technique et de la technologie.
Résumé Cet article examine la place structurante de Rousseau dans l’itinéraire intellectuel d’Alfred Espinas. Loin de relever d’un intérêt circonstanciel, la lecture espinassienne de Rousseau constitue un « antagonisme constitutif » à partir duquel Espinas élabore une sociologie fondée sur le caractère naturel de la vie sociale et sur l’organicité des sociétés. De Des Sociétés animales aux écrits des années 1890, le contractualisme rousseauiste s’impose ainsi comme un véritable contre-modèle théorique, associé à l’artificialisme, à l’abstraction et à une « morale et une politique régressives ». Cette confrontation éclaire, en retour, les conditions de légitimation de la sociologie naissante.