
Cet article vise à dépasser l’alternative entre l’idée selon laquelle l’idéologie explique tout de la vie politique à Rome au i er siècle av. J.-C. et la thèse inverse tendant à faire croire qu’elle n’explique rien. Après avoir présenté un état des lieux historiographique, il invite à aller au-delà de la forte polarisation des opinions sur ce sujet pour expliquer ce sur quoi de telles divergences reposent et pour proposer de nouvelles pistes de recherche. Trois angles d’approche ont été retenus : tout d’abord la nécessité de s’entendre au préalable sur la définition de ce qu’est « l’idéologie », les historiens n’ayant pas tous la même acception de ce terme ; ensuite la question centrale des sources, l’expression des idées ne prenant pas la même forme selon le genre littéraire ; enfin la contextualisation, l’idéologie n’étant pas la même en temps de paix ou de guerre civile. L’article se termine par l’époque augustéenne et la synthèse réalisée par le princeps entre les idées émanant des optimates et celles propres aux populares .
À Nuremberg entre 1648 et 1806, le développement d’un marché médical fondé sur des remèdes de grande diffusion provoque une redéfinition des frontières entre métiers de la santé. Dans le contexte de fragmentation territoriale typique du Saint-Empire, et surtout de la concurrence entre juridictions municipales et impériales, la prolifération de remèdes aux légitimités concurrentes et parfois incompatibles brouille la distinction entre « vrais » remèdes et contrefaçons. On observe en fait non pas une, mais au moins deux scènes médicales officielles, légitimées par des droits incompatibles : et ce conflit de normes, parce qu’il est producteur de sources, offre un éclairage inédit sur la manière de débattre de la qualité d’un remède. Si les essais de ceux-ci existent, ils sont une réalité rare : au quotidien, l’essentiel des conflits porte en fait sur les « récits » liés aux différents remèdes. Si l’accusation de « faux récit » renvoie au langage des juridictions impériales, les conflits liés à la publicité donnée à ces récits montrent en revanche l’existence, dès le début du xviii e siècle au moins, d’une « scène » médiatique où se jouent, sous les yeux des patients, les controverses pour contrefaçon de remèdes. Cette médiatisation du marché médical brouille les frontières entre médecines savante et populaire, scène médicale officielle et « pénombre médicale » ; elle montre aussi, dans les usages qui la structurent, la persistance du langage des métiers et de son usage.