
La filtration par charbon actif en grains (CAG) présente un fort potentiel pour le traitement avancé des eaux usées et la réutilisation des eaux. En combinant les avantages de l’adsorption des micropolluants avec ceux de la filtration des contaminants particulaires (métaux lourds oxydés, microplastiques, pathogènes), cette technologie offre une approche de traitement particulièrement complète. Un nouveau réacteur a été optimisé pour les eaux usées permettant son implémentation directement après le traitement biologique, en maintenant de hautes performances de filtration et d’adsorption. Pour le choix du CAG, huit produits commerciaux ont été testés en laboratoire sur des eaux usées réelles. À l’échelle pilote, des séquences de décolmatage sans perte en eau ont été validées pour maîtriser le colmatage et atteindre des performances proches de celles d’un filtre à sable par rapport à la fréquence des lavages et les pertes en eau. Les séquences de décolmatage ont permis de multiplier la capacité de rétention en matières en suspension (MES) du filtre par un facteur de 4 à 5, avec des cycles de filtration de 20 à 120 heures entre les lavages. Les abattements en micropolluants ont été maintenus et sont comparables aux 16 études à l’échelle pilote disponibles dans la littérature. Une dose spécifique allant de 1,5 à 2,5 g de CAG/g COD (carbone organique dissous) à un temps de contact de 20 min a été déterminée comme nécessaire pour atteindre 80 % d’abattement en fonction des composés choisis. Ces résultats confirment ceux obtenus avec du charbon actif sous forme de poudre ou de CAG à faible granulométrie en lit fluidisé, et valident ainsi l’usage du CAG sous forme de lit en eau usée. De très hauts abattements en MES ont été mesurés en filtration descendante, et l’élimination de l’ammonium, de la DBO5 (demande biochimique en oxygène) et du NTK (azote total Kjeldahl) témoignent d’une activité biologique dans le réacteur. Des abattements significatifs en acide perfluorooctanoïque (PFOA) et acide perfluorooctanesulfonique (PFOS) et métaux ont également été observés. La filtration et la biosorption expliquent probablement ces hautes performances pour les métaux. Enfin, les indicateurs de contamination fécale et d’antibiorésistance ont été éliminés à hauteur d’1 log en moyenne.
Les modifications constatées dans l’équilibre et le fonctionnement hydro-sédimentaire de l’ouvrage de la brèche de Neyron, marquant la diffluence entre canal de Miribel et Vieux-Rhône, entraînent des conséquences importantes pour l’alimentation des champs captant de Crépieux-Charmy et l’eau potable de la Métropole de Lyon : (i) des débits trop faibles dans le Vieux-Rhône à l’étiage et (ii) de colossaux volumes de sédiments déposés lors des crues, astreignant à de fréquentes et coûteuses opérations de curage et de gestion sédimentaire. Malgré les nombreuses études de terrain (topo-bathymétrie, traçage sédimentaire), les processus hydro-sédimentaires restent mal connus durant les crues. Ainsi, la régie Eau publique du Grand Lyon a commandé à Artelia une étude reposant sur une modélisation morpho-sédimentaire hybride : physique (maquette au 1/50) et numérique (3D) dont les objectifs sont (i) de parvenir à modéliser et comprendre la dynamique hydro-sédimentaire actuelle, puis (ii) tester et optimiser une nouvelle solution de l’aménagement de la diffluence pour améliorer la répartition des flux liquides et solides. Les résultats du modèle physique présentent une similitude remarquable avec les données de terrain, ce qui permet de les utiliser avec une certaine confiance pour le calage des modèles numériques (hybridation). Ces modèles numériques simulent ensuite plusieurs scénarios morphogènes : à plus larges échelles spatiales (ensemble du champ captant) et temporelles (pluridécennales) sans/avec solution de réaménagement de la brèche.
Cette étude explore le potentiel des eaux usées domestiques comme source alternative de métaux, élargissant le champ des recherches traditionnellement centrées sur les effluents industriels. Elle détermine d’abord les métaux intéressants à récupérer en combinant différents critères : concentration, impact environnemental, importance stratégique, potentiel financier. Elle évalue ensuite l’efficacité de récupération de ces métaux à l’aide de trois matériaux réactifs (charbon actif, hydroxyde ferrique, résine échangeuse de cation faible) couplés à une étape de régénération par élution (acide, base, sel). Des expérimentations au laboratoire et en réacteur pilote alimenté en continu ont étudié les effets du temps de contact sur la rétention des éléments d’intérêt, et du pH sur l’efficacité de l’élution, en vue de proposer un itinéraire technologique de récupération sous forme solide ou liquide. Nous avons démontré que les trois matériaux capturaient différemment les éléments métalliques : le charbon actif retenant 20 à 49 % de Zn, Cu, Co et Ni après 5 h de contact ; l’hydroxyde ferrique retenant 19 à 37 % de P, Ni, Co et As après 5 h ; la résine retenant 30 à 41 % de Ca, Sr, Zn, Ni et Co après 1 h. Une rétention accrue a été observée à 22 h pour tous les matériaux, à l’exception de la résine. L’hydroxyde de fer s’est enrichi en phosphore (x8 rapport à la croûte terrestre), tandis que les trois matériaux se sont modérément enrichis en zinc et calcium (+10 à +30 %). L’élution à l’acide chlorhydrique a généré des liquides plus concentrés que les eaux usées traitées initiales, avec une sur-concentration de 1,4 à 1,7 pour le zinc et le cobalt extrait du charbon actif, et de 1,7 à 3 pour le calcium et le magnésium extrait de la résine échangeuse d’ion. L’efficacité d’élution a atteint 80 % pour le zinc en présence de soude, mais est restée faible avec NaCl.
Cet article présente et analyse les principales caractéristiques des flux d’eau interstitielle produits lors du traitement des boues primaires, secondaires ou après digestion et qui sont renvoyés en tête de station d’épuration. L’objectif est de fournir les gammes de valeurs pour les paramètres susceptibles d’influencer le choix et le dimensionnement des procédés de traitement ou de valorisation de ces retours en tête (matières en suspension (MES), matières volatiles en suspension (MVS), demande chimique en oxygène (DCO), N, P, principaux ions). Les résultats bibliographiques couplés à des données acquises sur deux stations françaises montrent une forte variabilité de ces caractéristiques en lien notamment avec les procédés implantés sur les files eau et boues des installations, avec des concentrations en ammonium élevées après digestion anaérobie. La concentration en orthophosphates dépend du type de traitement du phosphore dans la file eau, et des processus de précipitation qui ont lieu dans le digesteur. La mise en place d’un prétraitement thermique avant digestion augmente principalement les concentrations en DCO, en ammonium et l’alcalinité des retours en tête, mais n’a pas d’impact significatif sur la concentration en orthophosphates de ces flux, en lien avec différents précipités qui peuvent se former dans le digesteur.
Particulate matter (PM) pollution is a burden for public health, especially in cities where traffic is one of the main sources of emission. This project focuses on the reduction of PM in urban outdoor environments through the development of a passive filter structure coated by a vegetable oil layer. With the variability of environmental, driving mode and traffic conditions, two profiles of PM captured by outdoor filtration prototypes were established. The system captures airborne particles on a specialized medium with a trapping capacity of 84 ± 6 g·m–² of total PM for the high-speed ring road case, and 50 ± 8 g·m–² in a street canyon. While the chemical of PM trapped from the ring road indicates the abundance of particles from tires and road abrasion, the street canyon profile captured more metallic particles, as a result of brake and clutch abrasion in addition to tire and road particles. The filter structure was also tested for its regenerability and has potential of scale-up for applications near sensitive locations such as schools and hospitals, as well as into semi-confined areas such as parking or underground stations.
Dans les stations d’épuration, en plus du traitement des eaux usées collectées, d’autres activités comme le traitement des boues et des odeurs nécessitent aussi l’utilisation des produits chimiques. Ces produits, souvent très réactifs, peuvent être source de risques majeurs dans les industries de ce secteur. Le stockage, transfert et manipulation de ces substances nécessitent des précautions, compte tenu de leur potentielle toxicité ou dangerosité. Ces produits peuvent parfois être incompatibles et conduire, en cas de mélange, à la formation d’une substance dangereuse, toxique, explosive ou inflammable. Dans cette étude de cas précise de l’usine de traitement des eaux usées (Seine Aval, Siaap), ces produits chimiques sont stockés en grande quantité, ce qui accroît le danger et aggrave les conséquences en cas d’accident provoquant le mélange, surtout au moment du dépotage sur le site. L’une des étapes premières de ce travail était le recensement de tous les produits utilisés sur site. Nous avons adopté une démarche en se focalisant sur les modalités de prise en compte du risque chimique à l’étape d’exploitation des ouvrages existants en réalisant des matrices d’incompatibilité pour l’ensemble des produits chimiques disponibles en vrac. La méthode développée et les outils mis en place comportent une mise en évidence des dangers potentiels induits par des mélanges de substances (comme l’explosion en masse, la formation d’un nuage toxique…).
Le Vieux Rhin au droit du Feston de Rhinau présente aujourd’hui un fonctionnement marqué par la réduction des processus morphodynamiques et la canalisation des écoulements du lit mineur et majeur amenant à une homogénéisation des habitats. Pour restaurer une dynamique fluviale favorable à la diversification des milieux, cette étude évalue l’usage d’« épis déconnectés » spécifiquement conçus pour la diversification latérale du lit mineur via érosion et redépôt de sédiment induit par les effets hydrauliques au droit des épis. L’objectif est de définir des règles opérationnelles de conception maximisant l’efficacité hydraulique des épis, tout en conservant une empreinte constructive limitée et une bonne reproductibilité. Une modélisation tridimensionnelle a été réalisée pour analyser l’influence des paramètres géométriques (longueur projetée, hauteur relative, distance à la berge, orientation, espacement) sur les vitesses le long de la berge, tangentielles et orthogonales à l’écoulement, permettant d’évaluer le potentiel d’érosion. Les simulations montrent que la longueur projetée de l’épi et sa hauteur par rapport à la ligne d’eau sont les leviers majeurs pour engendrer de hautes vitesses. L’espacement et la distance à la berge jouent un rôle secondaire sur les vitesses. L’orientation joue un rôle mineur mais utile pour orienter le jet des écoulements. Une géométrie optimisée est proposée et comparée à un champ d’épis classique qui a été déconnecté dans le cadre de restauration de cours d’eau : cette configuration optimisée permet des vitesses au moins comparables à des épis dites classiques, et parfois supérieures, tout en limitant l’emprise de l’exécution. Ces résultats débouchent sur un jeu de recommandations hiérarchisées pour la conception d’épis de renaturation fondés sur les processus naturels, transférables à d’autres tronçons aménagés présentant des contraintes hydrauliques et foncières similaires.
In April 2023, French President Macron presented the action plan for resilient and concerted water management. One of its objectives is to achieve a 10% water abstraction reduction in France between 2019 and 2030. On the Seine-Normandie water basin, in order to reach that objective, the basin committee passed a specific goal per type of use, including a 14% potable water abstraction reduction. This goal cannot be reached solely by repairing drinking water networks. Direct actions are therefore necessary towards the final users of potable water (households, administrations, firms…). Nonetheless, no national database exists that provides how much each of them uses. Client databases are owned by numerous local operators with unequal levels of knowledge and various classifications. This lack of information can prevent efficient action planification to reduce water abstraction. A hybrid statistical-qualitative conjoined approach is developed to create a database with potable water abstraction per type of user at the municipality level in 2022. Although in some cases unreliable at the level of each municipality, the results can be used at the scale of associations of municipalities and serve as a tool in sufficiency planification workshops. Overall, in the basin, 71-75% of potable water goes to households, 10-11% to retail and services, 10% to public services, 2-4% to manufacturing and extractive industries, 1% to agriculture, and less than 1% to tourism surplus. The mean water consumption per inhabitant can also be deduced. It is equal to 41 m3/pers/year, below the national mean (50 m3/pers/year). This result can be explained because of the high rate of apartments and the northern climate compared to the national average. The method can be replicated in other French territories, and the detailed methodological report is available online on the Seine-Normandy water agency website.
A thorough understanding of scaling phenomena requires a good knowledge of the germination and growth of calcium carbonate (CaCO3). It is common to distinguish between two types of germination: one described as heterogeneous (moderate supersaturation) and the other described as homogeneous (more variable supersaturation, often around 30 to 50 times the solubility product Ks of calcium carbonate, or even more). The results presented in this study relate to either natural water (intended for human consumption or not) or industrial water. They also relate to bottled natural water (Salvetat), which is naturally aggressive (i.e., without initial CaCO3 germs) and was used pure or diluted to 50% in order to obtain two different mineralizations. To accurately determine the heterogeneous and homogeneous germination thresholds, the Fast Controlled Precipitation (FCP) method was used. This method was improved to suit the requirements of the study, in order to properly control either the degassing rates (in “dynamic” mode) or the establishment of a stable pH (in “static” mode). Thus, regardless of operating conditions, heterogeneous germination can be detected in these waters for very low supersaturation factors of around 4 Ks (solubility product). On the other hand, the threshold for homogeneous germination is highly variable. It can vary, in dynamic conditions, between 20 and 50 Ks when the degassing kinetics increase. In a confined environment, i.e., without gas exchange with the atmosphere, with the water maintained at a constant pH, homogeneous germination can no longer be distinguished from heterogeneous germination. The FCP method has a variety of applications: monitoring the scaling power of water at different points in a public network, monitoring cooling circuits, evaluating the effectiveness of physical or chemical anti-scaling treatments (inhibitors), etc.
En géochimie, l’analyse de l’alcalinité permet de retracer l’origine des masses d’eau, d’étudier leur évolution chimique et d’évaluer leurs interactions avec le substrat rocheux et l’atmosphère. La présente étude a pour objectif d’appliquer la méthode de Gran pour mesurer l’alcalinité des eaux souterraines d’un bassin versant d’Antananarivo, d’identifier sa corrélation avec des paramètres mesurés in situ, d’explorer la variabilité spatiale de ce paramètre et d’identifier les processus hydrochimiques à l’origine des fluctuations de l’alcalinité. Le pH, la conductivité électrique (CE), la teneur en sels dissous (TDS), la teneur en oxygène dissous (OD), le potentiel d’oxydo-réduction (ORP) et la turbidité ont été mesurés sur site, tandis que l’alcalinité a été déterminée en laboratoire par la méthode de Gran. L’analyse en composantes principales (ACP) et l’outil Inverse Distance Weight (IDW) sur QGIS ont été utilisés pour étudier la corrélation entre les paramètres et la répartition spatiale de l’alcalinité des eaux souterraines. Les eaux souterraines du bassin versant étudié sont principalement acides, riches en minéraux, turbides et présentent des conditions oxiques propices à la dégradation des contaminants par les bactéries aérobies. La plupart des eaux souterraines présentent une faible alcalinité ( [HCO3 –] < 120 mg/L). Cependant, des valeurs élevées d’alcalinité ont été observées dans les eaux situées sous le sol hydromorphe. Une corrélation significative (coefficient de Pearson : 0,74) entre l’alcalinité et la turbidité suggère une contribution des silicates à la formation des carbonates. Une corrélation plus modérée (coefficient de Pearson : 0,48) entre l’alcalinité et la salinité indique que d’autres sels sont à l’origine de la composition saline des eaux souterraines.
Les acteurs impliqués dans le suivi des sites de baignade en rivière sont peu équipés d’outils permettant d’estimer l’évolution de la qualité bactériologique de l’eau. L’objectif de ce travail est de décrire quantitativement les principaux mécanismes naturels impliqués dans la dynamique de la concentration en Escherichia coli en Seine et en Marne. Dans un premier temps, ces mécanismes de décroissance et l’ordre de grandeur des constantes temporelles correspondantes estimé sur la base d’expérimentations précédemment réalisées en laboratoire sont discutés. Si la constante de décroissance mesurée à l’obscurité, due au broutage par des prédateurs et à la lyse bactérienne principalement, est estimée entre 0,01 et 0,1 h-1, la constante de décroissance liée au rayonnement solaire, qui provoque inactivation et mortalité bactériennes, varie de 0,01 h-1 à 0,03 h-1 selon la profondeur de l’eau, la température et le mois. Par ailleurs, l’étude inédite de jeux de données estivaux collectés en Seine sur plusieurs années a permis d’estimer les constantes de décroissance bactérienne observées in situ, et combinant l’ensemble des processus de décroissance. Ces constantes s’étalent de 0,01 h-1 à environ 0,2 h-1. Les résultats de modèles simplifiés sont donc cohérents avec les données observées in situ. Enfin, des abaques de la dynamique attendue selon différents paramètres biologiques et physiques sont proposés.
La gestion durable des villes nécessite de modifier notre rapport à l’eau et à la nature. De nombreuses initiatives vont dans ce sens et en particulier celles visant à désimperméabiliser les villes. Cependant, si le terme de désimperméabilisation est de plus en plus utilisé, il n’est pas compris de la même façon par tous les interlocuteurs. Cela pose des problèmes vis-à-vis de l’efficacité des actions entreprises au regard des objectifs espérés. Nous commencerons par montrer que ce terme ne peut pas être compris de façon littérale, c’est-à-dire faire passer un sol d’un état imperméable à un état perméable. Nous présenterons ensuite les différents sens possibles avec leurs limites, ainsi que les liens avec les notions voisines de désartificialisation, de renaturation ou de déconnexion. Nous analyserons ensuite les différents bénéfices réels que l’on peut attendre des actions de désimperméabilisation sur le contrôle des inondations, sur la réalimentation des nappes, sur la gestion plus durable des eaux pluviales urbaines, sur le développement des aménités urbaines et de la biodiversité ou sur l’éducation à l’environnement. Enfin nous explorerons les moyens nécessaires à une mise en oeuvre efficace du concept. Cet article synthétise des réflexions et des discussions menées au sein de l’association Eurydice, d’une part, et au sein de la direction de l’Eau de la Métropole du Grand Lyon, d’autre part.
Aujourd’hui, le Zonage pluvial est considéré en France comme le meilleur outil local pour gérer les eaux pluviales. Depuis sa mise en code suite à la loi sur l’eau de 1992, son utilisation a beaucoup évolué. Au départ considéré comme un texte municipal de prévention des inondations urbaines par temps humide, son application se faisait par des ouvrages de stockage en béton enterrés pour réguler le débit de fuite. Suite aux dysfonctionnements constatés de ces ouvrages, un lien entre la gestion du pluvial et l’urbanisme est initié par des stockages à ciel ouvert, dont la fonction première n’est pas hydraulique. À partir de 2013, l’État considère que le Zonage pluvial est devenu un outil visant à limiter ou supprimer les pollutions du milieu naturel aquatique, par l’abattement volumique des premiers millimètres de pluie. L’utilisation de solutions fondées sur la nature comme les jardins de pluie et les toitures végétalisées ayant des performances supérieures aux techniques grises, conduit à faire du Zonage pluvial un outil d’adaptation au réchauffement climatique. Par la suite, en plus des objectifs hydrauliques initiaux, d’autres objectifs environnementaux et sanitaires ont été ajoutés comme la biodiversité, les aménités paysagères, l’amélioration du bilan carbone, la santé collective, la réduction de l’artificialisation des sols, la prévention des mouvements de terrain et la lutte contre les moustiques tigres. En parallèle à ces progrès sur les objectifs, la déconnexion, ayant des bases juridiques très fortes, a été progressivement ajoutée comme un moyen à privilégier pour remplacer la régulation du débit de fuite et l’abattement volumique des premiers millimètres. Ainsi, les collectivités ayant la compétence pluviale pourront, à faible coût, rendre leur territoire résilient, écologique et très vivable.
Les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) font partie des substances chimiques les plus étudiées ces dernières années en raison de leur présence partout sur le globe et de leur très grande stabilité dans l’environnement. Cette prise de conscience sur l’ubiquité et la dangerosité de ces polluants éternels s’est traduite par l’ajout à l’échelle européenne d’une limite de qualité dans l’eau potable fixée à 100 ng/L pour la somme de 20 PFAS. Une première étude a été réalisée en 2023 sur les ressources en eau et la principale usine de production d’eau potable du bassin rennais pour étudier la présence de ces nouveaux contaminants. Les résultats ont montré une très faible contamination des ressources en eau excepté un étang de secours. Une seconde étude menée en 2024 a confirmé la présence importante et problématique des PFAS, ainsi que dans la nappe souterraine, d’autres étangs, des rivières et des bassins d’eau pluviale. Les principaux PFAS retrouvés parmi la liste des 20 sont les molécules à chaîne courte et hydrophile, ce qui augmente leur mobilité dans l’environnement. Ce sont également des sous-produits de dégradation d’autres PFAS plus grands. L’origine des PFAS est attribuée à la présence d’anciennes décharges contenant des déchets de l’industrie automobile et des villes proches, mais également à la proximité avec l’aéroport et des casernes militaires. Une usine d’eau potable située à proximité de l’étang et alimentée par trois forages est également impactée par la présence des PFAS. Un renouvellement tous les deux mois et demi des filtres à charbon actif en grains est nécessaire pour adsorber les PFAS à chaîne courte et hydrophiles, et ainsi maintenir une concentration inférieure à la limite de qualité. Ce renouvellement très fréquent a un impact financier non négligeable et entraîne des contraintes d’exploitation importantes.
Dans le cadre du projet Perséphone, l’évolution de la résistance aux antibiotiques a été étudiée lors de l’épandage de produits résiduaires organiques (PRO) d’origines urbaine et agricole sur des parcelles de sol placées dans des lysimètres. Ces PRO comprenaient des boues de la station de traitement des eaux usées de Bellecombe (F), ainsi que des lisiers d’une exploitation agricole voisine. Ces PRO sont susceptibles de contenir des résidus médicamenteux dont des antibiotiques issus des soins humains et vétérinaires, des bactéries résistantes pathogènes ou non, pouvant participer à la dissémination de l’antibiorésistance dans l’environnement. Au cours de quatre campagnes de prélèvement réalisées sur des périodes de cinq à sept mois, les sols des différents lysimètres ont été analysés selon quatre tranches de profondeur sur une épaisseur d’un mètre. L'évolution de l'antibiorésistance a été évaluée par la quantification de l'abondance relative des intégrons de résistance, ainsi que par la recherche de gènes de résistance et d'éléments génétiques mobiles. Nos résultats montrent que, aux doses agronomiques appliquées, l'épandage des différents intrants ne semble pas modifier les profils de résistance dans les sols étudiés. En revanche, des essais menés avec des doses multipliées par cinq ont révélé des modifications des profils de résistance en surface. Par ailleurs, aucune corrélation robuste n'a pu être établie entre la saisonnalité ou la dose épandue et l'abondance relative des intégrons de classe 1. Dans les conditions expérimentales et analytiques testés, les épandages de PRO ne modifient pas notoirement le microbiome et le resistome des sols testés.
Dans le cadre du projet Perséphone, nous avons travaillé sur la caractérisation de produits résiduaires organiques (PRO) et la mesure d’effets lors de l’épandage de ces produits sur les plantes et les vers de terre. Ce travail a permis de fournir des informations sur la biodisponibilité des polluants présents dans les amendements, sur l’écotoxicité pour les organismes et le transfert vers les organismes cibles des polluants : boues d’épuration de la station d’épuration de Bellecombe, lisiers et fumiers du même secteur. Dans cet article, les bioessais utilisant le ver de terre modèle, Eisenia fetida, sont présentés. Les résultats ont montré que tous les vers de terre sont morts à des niveaux supérieurs à 160 g.kg-1 MS de boues d'épuration, 80 g.kg-1 MS de fumier de vache et 60 g.kg-1 MS de lisier de vache après 14 jours d'exposition à ces seules matrices PRO. La présence de boues d'épuration et de fumier de vache n'a pas entraîné de comportement d'évitement chez les vers de terre, voire un comportement d'attraction significatif a même été observé au-dessus de 10 g.kg-1 de fumier de vache et de 20 g.kg-1 de boues d'épuration. L'exposition au lisier de vache a montré une légère réaction d'évitement de 25,00 (± 33,17%) et 27,50 (± 37,75%) à 5 et 10 g.kg-1 MS respectivement. Les résultats du test écotoxicologique chronique (temps long de 56 jours) montrent qu‘il existe un effet sur la reproduction des vers de terre (avec 70 % d’inhibition pour la boue et le lisier de vache à 20 g.kg1 MS d’amendement unique). Enfin, au niveau du transfert des polluants, voire de leur bioaccumulation, on a démontré une bioaccumulation du cuivre dans les vers de terre exposés à la boue et un transfert potentiel possible de résidus médicamenteux, même si globalement il n’y a pas ou peu de bioaccumulation de ces résidus dans Eisenia fetida.
L'objectif du programme RISMEAU était d'étudier le transfert des substances pharmaceutiques et des biocides dans les eaux infiltrées, les sols et les vers de terre après l'épandage de produits résiduaires organiques (PRO). Il était donc essentiel de déterminer au préalable les molécules présentes dans ces PRO. Cependant, face à la multitude de micropolluants organiques potentiels et à leur variabilité selon les écosystèmes, l'identification des molécules clés à analyser est un défi. L’utilisation de criblages de suspects par spectrométrie de masse permet d’augmenter la probabilité de sélectionner des composés pertinents à rechercher. Cet article présente une stratégie de criblage innovante, combinant deux méthodes d'extraction et deux techniques d'analyse par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse (LC-MS). Pour chaque échantillon, deux méthodes d’extraction complémentaires ont été mises en œuvre : une de type QuEChERS adaptée aux composés semi-polaires à apolaires, et une deuxième assistée par des ultra-sons, spécifique aux composés polaires et sous forme ionisée positive. En ce qui concerne les techniques LC-MS, la LC-MS/MS, reconnue pour sa sensibilité, et la LC-QToF-MS, offrant une plus grande exhaustivité, ont été mobilisées pour réaliser le screening. Cette méthodologie a permis, dans un premier temps, de détecter 150 substances suspectes. Une phase de confirmation a ensuite été effectuée en dopant les extraits avec des standards analytiques et en les analysant par LC-MS/MS, ce qui a permis d’en confirmer 19. Enfin, 24 composés, incluant des molécules et leurs produits de transformation, ont été sélectionnés pour un suivi spécifique lors de l’épandage des PRO. L’étude met également en évidence les limites du criblage de suspects, notamment dans le cadre de l’analyse de matrices complexes comme les boues et les lisiers. Elle souligne l’importance cruciale de confirmer les molécules suspectées à l’aide de standards analytiques appropriés pour garantir la fiabilité des résultats.
Le chlore étant un oxydant réagissant avec les molécules minérales et organiques, il peut produire également des effets indésirables, notamment en ce qui concerne la perception du goût par le consommateur et la formation de sous-produits toxiques (cancérigènes). Pour ces raisons, certaines collectivités considèrent actuellement la possibilité de produire et distribuer de l’eau sans chlore, à l’image des pratiques menées par d’autres pays européens. Afin de démontrer la faisabilité d’une distribution d’eau sans résiduel de chlore, un essai démonstratif grandeur nature a été entrepris sur une portion de réseau isolé desservant une zone d’habitation urbaine (13 000 habitants, 27 km linéaires de réseau). Un programme de suivi analytique renforcé a été réalisé sur les 24 mois de l’étude afin de s’assurer de la qualité de l’eau distribuée dans ces nouvelles conditions. Un système de distribution d’eau sans chlore demande une grande rigueur d’exploitation, comprenant une parfaite étanchéité du réseau, le maintien d’un réseau propre ainsi que des interventions sur réseau par un personnel formé et une réactivité adaptée en cas de problème. Dans les conditions de l’étude, les résultats ont montré le maintien de la biostabilité de l’eau distribuée, se traduisant par l’absence de recroissance des bactéries revivifiables par culture et l’absence de pathogènes dits opportunistes. Cependant, une apparition des coliformes totaux en lien avec l’augmentation saisonnière de la température de l’eau a été observée. Par ailleurs, l’étude épidémiologique réalisée à partir des données de Santé Publique France n’a pas montré d’augmentation significative du taux d’incidence de gastro-entérites aiguës, ni chez les enfants ni chez les adultes.
Un des objectifs de ce travail est l’autosurveillance des déversements d’un réseau d’assainissement vers le milieu naturel via la configuration spécifique des trop-pleins. La méthode décrite dans le guide n° 3 Coachs est aujourd’hui régulièrement mise en oeuvre pour ce type d’ouvrage en France. Un précédent article publié dans TSM en 2020 présente neuf configurations qui ont été étalonnées par modélisation numérique 3D, car elles sortent de sa gamme d’application. Les lois hauteur-débit (h/Q) obtenues sont comparées à Coachs. Cette démarche montre que la gamme des diamètres peut être étendue des Ø200 et Ø600 aux Ø100 et Ø800, les débords et les obstacles impactent peu. En revanche, l’article conclut qu’une canalisation non perpendiculaire à la paroi de la chambre impacte significativement la loi h/Q du fait de la déformation de la section mouillée et des lignes de courants à l’engouffrement. Le présent article présente les résultats de simulations complémentaires qui infirment ce dernier point et mettent en évidence une autre limite de Coachs : une trop forte pente du trop-plein.
Dans les régions arides et semi-arides, le transport solide représente un enjeu environnemental préoccupant, notamment dans les zones du Maghreb et de l’Algérie. Ces régions, caractérisées par une forte influence des précipitations et des écoulements hydrologiques, sont sujettes à des processus d’érosion et de dégradation des sols. Cet article se concentre sur l’impact de la sécheresse sur les écoulements de surface et le transport des sédiments érodés dans le bassin versant de l’Isser (Tafna-Nord-Ouest de l’Algérie), couvrant une superficie de 1 140 km², durant la période s’étendant de 1987 à 2011. Notre étude s’appuie sur des données fournies par l’Agence nationale des ressources hydrauliques incluant les précipitations enregistrées à différents pas de temps et les couples de débits liquides et de concentrations en matières en suspension (MES). Afin d’interpréter de manière adéquate la dynamique sédimentaire dans le bassin versant de l’Isser, une relation entre les débits solides (Qs) et les débits liquides (QL) a été établie sur la base du modèle Qs = aQLb. Ce modèle a permis d’obtenir de bonnes corrélations pour le pas de temps annuel et saisonnier, notamment pour la saison estivale. La contribution des flux liquide et sédimentaire a été déterminée à l’aide de l’indice de précipitation standardisé SPI, qui a permis de différencier les années de sécheresse des années humides. Les années de sécheresse se traduisent par une forte baisse des flux solides, en raison de la diminution des précipitations et des débits, limitant ainsi le transport des sédiments. Cette dynamique souligne la sensibilité du bassin aux variations climatiques. À l’échelle saisonnière, l’automne représente la plus grande partie du flux solide, avec 70 261,53 tonnes/saison.