Introduction Les inhibiteurs de point de contrôle immunitaire ont révolutionné la prise en charge du carcinome épidermoïde cutané avancé (CECa), localement et métastatique. Le traitement par anti-PD-1 est désormais la référence thérapeutique pour les patients non candidats à un traitement local. Il a été montré que la qualité du microbiote intestinal est un facteur important de réponse tumorale et peut potentiellement interagir avec l’efficacité des immunothérapies. Il a été rapporté que les antibiotiques (AB) pouvaient avoir un impact négatif sur la réponse tumorale, mais cela n’a pas été étudié dans le contexte du CECa, malgré l’utilisation importante d’antibiotiques dans cette population.L’objectif est d’évaluer la prévalence de la prescription d’AB au début de l’immunothérapie dans le CECa et analyser leur impact sur la réponse au traitement. Matériel et méthodes Cette étude rétrospective monocentrique a inclus entre mars 2019 et juillet 2023 tous les patients ayant débuté un traitement anti-PD1 pour un CECa. Ils ont été suivis jusqu’en septembre 2023. La prise d’AB dans les trois mois précédant et suivant le début de l’immunothérapie a été enregistrée. La réponse au traitement, la survie globale, la survie spécifique et la survie sans progression ont été comparées chez ceux avec et sans AB. Résultats Parmi les 104 patients inclus, d’âge moyen de 76 ans dont 78 étaient des hommes, 47 avaient reçu des AB pendant la période étudiée, dont 21 durant la période d’un mois avant ou après le début de l’immunothérapie.Les patients ayant reçu des AB étaient plus jeunes que ceux n’en ayant pas reçu (p=0,005). Les stades TNM, l’état général et les comorbidités étaient semblables dans les 2 groupes.Les patients non exposés aux AB présentaient des taux de contrôle de la maladie significativement meilleurs après 3 mois de traitement que ceux exposés aux AB (70 % contre 49 %, p=0,02). La survie totale et la survie spécifique étaient significativement plus faibles dans le sous-groupe de patients ayant reçu des AB 1 mois avant et 1 mois après le début de l’immunothérapie, par rapport à ceux n’en ayant pas reçu (respectivement p=0,04 et p=0,01, test du log rank). De plus, la survie médiane sans progression était de 127 jours chez les patients traités par AB, significativement plus faible que chez les patients sans AB (médiane de survie non atteinte, p=0,003). Discussion Dans notre population, 45 % des malades étaient exposés à des AB dans la période du début de l’immunothérapie, ce qui paraît important, dont 20 % dans une période plus courte de 1 mois avant/1 mois après, ce qui paraît avoir un impact négatif. En effet, le taux de contrôle de la maladie ainsi que la survie globale et spécifique étaient plus faibles chez ces malades. Conclusion Il paraît important d’informer les médecins de l’effet potentiellement délétère des antibiotiques chez les patients atteints de CECa en attente de traitement systémique, et de bien évaluer leur pertinence.
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