Introduction L’analyse des conditions de travail et de leur impact sur la santé mentale des salariés est désormais un enjeu majeur en santé au travail et en gestion du bien-être professionnel. Objectif Évaluer l’impact des conditions de Travail sur la Santé Mentale Perçue des employés d’une industrie pharmaceutique. Méthodes Une étude transversale descriptive a été menée sur une période de deux mois (janvier–février 2025) auprès des employés d’une industrie pharmaceutique. L’évaluation de l’environnement de travail et de la santé perçue, dans ses différentes dimensions (physique, psychique), était réalisée à l’aide du questionnaire de Santé et de bien-être au travail (SATIN) v3.0 validé dans sa version en langue française. Résultats Un total de 92 employés avait participé à l’étude. La tranche d’âge prédominante était celle de 35–44 ans (47 %). Le sex-ratio H/F était de 0,94. La majorité des répondants occupaient des postes d’exécuteurs (46 %). Concernant la perception de l’environnement de travail, 66,7 % des participants avaient une évaluation positive. Les scores moyens par dimension montraient que l’environnement physique (3,80) et la gestion des compétences (3,79) étaient perçus positivement, tandis que l’environnement humain (3,39) et l’organisation du travail (3,51) étaient plus modérés. Une corrélation positive significative était observée entre le soutien moral reçu au travail et la perception globale de l’environnement du travail (r=0,62, p<0,01). L’ancienneté professionnelle était faiblement mais significativement corrélée au score général de l’environnement de travail (r=0,29, p=0,03). Une corrélation significative était notée entre l’organisation du travail et le stress ressenti (r=−0,45, p<0,01). Conclusion L’étude met en évidence l’impact des conditions de travail sur la santé mentale perçue des salariés. Il apparaît que le soutien moral, la gestion organisationnelle et l’ancienneté professionnelle jouent un rôle clé dans la perception du bien-être au travail.
Introduction Le tabagisme est une conduite addictive assez répondue en Tunisie notamment chez la population active occupée. De ce fait, la lutte contre le tabagisme en milieu professionnel constitue une composante majeure de la démarche préventive et de santé au travail. Objectifs Déterminer la prévalence et les caractéristiques du tabagisme chez les patients en activité professionnelle consultant un centre de santé de base.Évaluer, chez les fumeurs, le niveau de dépendance à la nicotine ainsi que les facteurs associés à la motivation au sevrage. Méthodes Étude transversale descriptive portant sur les patients, en activité professionnelle, et ayant un statut tabagique, consultant le Centre de Santé de Base (CSB) Riadh la Marsa, durant le mois de septembre 2025. Les caractéristiques socioprofessionnelles et le comportement tabagique ont été consigné sur une fiche préétablie. La dépendance à la nicotine a été évaluée par le test de Fagerström et la motivation au sevrage par l’échelle Q-MAT. Résultats L’âge moyen des consultants était de 51±13 ans avec une prédominance masculine (89 %). Une ancienneté professionnelle moyenne de 20±13 ans a été notée. La prévalence globale au tabagisme était de 24,9 %. Elle était significativement plus élevée chez les hommes (47,7 %) (p<10−3). La cigarette traditionnelle était le tabac le plus consommé (80 %). Les nouvelles formes du tabac (Vape, tabac chauffé) étaient à des proportions relativement faibles (2 %). Pour les fumeurs de cigarettes, l’âge moyen de la première cigarette était précoce, de 18±7 ans, avec une consommation moyenne de 22±13 cigarettes par jour. Parmi les consultants fumeurs, 69 % avaient une forte ou très forte dépendance pharmacologique à la nicotine (score de Fagerström > 5). Presque 2/3 des fumeurs (62,4 %) avaient fait au moins une tentative d’arrêt. La durée de sevrage la plus longue était en moyenne de 17 mois. Les rechutes étaient principalement liées à des facteurs émotionnels (65 %) et à l’entourage de travail (18 %). L’âge supérieur à 50 ans a été identifié comme un facteur influençant significativement la motivation au sevrage tabagique (p=0,011). Conclusion Notre enquête souligne l’importance de dresser le profil tabagique des salariés au sein du milieu professionnel et d’intégrer systématiquement le tabagisme dans les programmes de santé au travail.
Introduction Les troubles musculosquelettiques (TMS) constituent un problème de santé majeur dans le secteur de la fabrication textile, où les exigences physiques du travail exposent les employés à des contraintes répétitives et prolongées. Objectifs Déterminer les caractéristiques socioprofessionnelles des patients atteints des Troubles Musculosquelettiques (TMS) dans le secteur de la fabrication textile. Étudier l’impact des TMS sur l’aptitude au travail. Méthodes Étude descriptive rétrospective des patients atteints de TMS travaillant dans le secteur textile et ayant consulté le service de Pathologie Professionnelle et d’Aptitude au Travail pour une évaluation médicale de l’aptitude au travail au cours de la période allant de janvier 2016 à décembre 2023. Résultats Nous avons recueilli 83 patients souffrant de TMS et travaillant dans le secteur de l’industrie textile, d’un âge moyen de 45±5,67 ans. La prédominance des femmes était de 95,1 %. L’obésité était notée dans 45 % des cas. Les postes les plus occupés étaient : les piqueurs sur machine (74 %), les ouvriers polyvalents (12 %), les chefs de ligne (5 %) et les opérateurs sur machines (5 %). L’ancienneté professionnelle moyenne était de 20±8,9 ans. Les troubles musculosquelettiques des membres supérieurs représentés par les patients étaient : le syndrome du canal carpien (38 %), les névralgies cervicobrachiales (28 %), la tendinopathie de l’épaule (28 %), la ténosynovite des doigts (6 %) et l’épicondylite (4 %). Les TMS des membres inférieurs étaient représentés par les lombalgies chroniques (40 %), les gonalgies (6 %) et les tendinites d’Achilles (2 %). L’adaptation ergonomique du poste de travail a été indiquée dans 36 % des cas. En ce qui concerne les décisions médico-légales, 46 patients (56 %) ont été déclarés atteints d’une maladie professionnelle de type syndrome du canal carpien (61 %), tendinopathie de l’épaule (37 %), épicondylite (7 %) et ténosynovite des doigts (11 %). L’éviction de l’hypersollicitation des membres supérieurs, de la position debout/assise prolongée et du port de charges lourdes a été indiquée dans respectivement 63 %, 26 % et 24 % des cas. Conclusion D’après notre étude, le secteur de la fabrication textile est une source majeure de TMS. Le rôle du médecin du travail est essentiel dans la prévention primaire.
Introduction Le dépistage précoce des atteintes auditives est essentiel pour prévenir l’aggravation des troubles et pour adapter les mesures de prévention nécessaires. Les potentiels évoqués auditifs (PEA)offrent une alternative précieuse qui permet de distinguer une atteinte périphérique d’une atteinte rétrocochléaire. Objectif Examiner l’intérêt du recours aux PEA chez les patients consultant en médecine du travail pour une surdité. Méthodes Il s’agit d’une étude descriptive rétrospective, menée auprès des travailleurs ayant consulté le service de médecine du travail et de pathologies professionnelles à l’hôpital Charles-Nicole pour une baisse de l’acuité auditive, entre l’année 2020 et janvier 2025. La collecte des données a été réalisée en s’aidant d’une fiche préétablie à partir des dossiers médicaux des patients et portant sur les caractéristiques sociodémographiques, médicales et professionnelles des participants ainsi que leurs plaintes somatiques et les examens complémentaires réalisés. Résultats Un total de Trente-quatre patients ont participé à cette étude avec un âge moyen de 48,68±8,7 ans, un sexe ratio(H/F) de 1,26 et une ancienneté moyenne de 21,06±7,5 ans. Le secteur d’activité le plus représenté était celui de la télé performance dans 18,8 % des cas, de confection dans 15,6 % des cas suivis par le transport et l’industrie agroalimentaire dans respectivement 12,5 % chacune. Notre population d’étude était constituée d’ouvriers dans 38,2 % des cas, télé conseillers dans 17,6 % des cas et de chauffeurs dans 14,7 % des cas. Le port d’équipements de protection individuelle était rapporté dans 26,5 % des cas et une coexposition bruit-solvants était observée dans 25,8 % des cas.La surdité de perception bilatérale représentait le type de surdité le plus prédominant soit dans 76,5 % suivi par la surdité de transmission unilatérale dans 8,8 % des cas. Le déficit auditif moyen à gauche était de 48,19±17,43 db et celui à droite était de 45,58±20,44 db. Le diagnostic de la surdité a nécessité un recours au potentiel évoqué auditif en complément de l’audiométrie dans 27,3 % des cas. Les effets extra auditifs du bruit ont été objectivés dans 61,8 % des cas et un appareillage était jugé nécessaire dans 64,7 % des cas.Une déclaration en maladie professionnelle conformément aux dispositions du tableau n°80 de la liste tunisienne de maladie professionnelle a été faite dans 23,5 % des cas. L’éviction de l’exposition aux bruits était indiquée définitivement dans 38,2 % et temporairement dans 14,7 % des cas. Conclusion Les PEA sont un outil incontournable en médecine du travail pour un dépistage précoce, une localisation précise des lésions et une objectivation des troubles auditifs.
Introduction Le cancer colorectal (CCR) constitue un enjeu majeur de santé publique, il connait une incidence croissante en Tunisie, tandis que les programmes de dépistage de masse peinent à atteindre une couverture satisfaisante. Le milieu professionnel constitue un cadre stratégique pour toucher une population adulte cible. Objectif Évaluer, dans le cadre d’une étude transversale, la participation et les résultats du dépistage du cancer colorectal par test Hemoccult® en milieu professionnel.Analyser leur relation avec les facteurs de risque individuels et professionnels. Méthodes Étude transversale incluant 130 travailleurs âgés de 45 à 59 ans. Chaque participant a réalisé un test Hemoccult® de dépistage du cancer colorectal, et les tests positifs ont été systématiquement confirmés par coloscopie. Résultats L’âge moyen des participants était de 50±4 ans. Dix-neuf travailleurs (14,6 %) rapportaient la notion d’antécédents médicaux de colopathie fonctionnelle. Au moins une comorbidité associée à type d’hypertension ou de diabète, ou de dyslipidémie était retrouvée chez 26,2 % des participants (n=34). Aucun participant n’avait rapporté des antécédents familiaux de cancer colorectal ni d’antécédents de polype ou de maladie digestive. Le tabagisme actif était noté chez 21,5 % des salariés. Environ 25 % des participants était obèses (IMC>30kg/m2) et 68,5 % d’eux avaient un régime alimentaire riche en glucides. L’ancienneté moyenne dans l’entreprise était de 16,4±8,2 ans. Le travail posté était noté dans 34,6 % des cas. Aucun participant n’avait bénéficié d’un dépistage du CCR avant cette étude. Le taux de positivité du test Hemoccult® était de 10,8 % (14/130). La coloscopie a objectivé des polypes adénomateux chez 12 patients, sans cancer invasif. Les facteurs associés à un test Hemoccult® positif étaient l’obésité, la sédentarité, le tabagisme actif et un régime riche en glucides (p<10−3). Aucune association significative avec les caractéristiques professionnelles n’a été mise en évidence. Conclusion Le dépistage du CCR s’avère réalisable en milieu professionnel. La mise en évidence d’associations avec des facteurs de risque modifiables, tels que l’obésité, la sédentarité et le tabagisme, souligne l’intérêt de combiner le dépistage à des programmes de prévention intégrés ciblant l’amélioration du mode de vie des travailleurs.
Introduction Les lombosciatalgies constituent un problème de santé publique majeur, particulièrement en milieu professionnel où elles peuvent compromettre la capacité à travailler. En santé au travail, il est essentiel de les évaluer avec précision afin d’adapter les conditions de travail et de réduire le risque d’inaptitude. Objectif L’objectif de notre étude était d’évaluer l’impact des lombosciatalgies sur l’activité professionnelle. Méthodes Il s’agit d’une étude descriptive transversale menée auprès de patients ayant consulté le service de médecine du travail de l’hôpital Charles-Nicolle pour des lombosciatalgies, durant la période du 1er janvier 2024 jusqu’au 31 décembre 2024. La collecte des données était réalisée sur une fiche préétablie à partir des dossiers médicaux des patients et portant sur les caractéristiques sociodémographiques, médicales et professionnelles des participants ainsi que les décisions d‘aptitude médicale au travail. Résultats Soixante-deux patients étaient inclus. La tranche d’âge la plus représentée était celle de 45 à 54 ans, avec un âge moyen de 47 ans et un IMC moyen de 27,9 (surpoids). Une prédominance féminine était observée (61,3 %, sex-ratio=1,58). Le secteur d’activité le plus représenté était celui du secteur industriel. Le poste de travail le plus occupé était celui des ouvriers avec une ancienneté professionnelle moyenne de 10,8 ans. Environ cinq pourcents des participants avaient consulté suite à un accident du travail. Les principales contraintes professionnelles rapportées étaient le port de charges lourdes (54,8 %), la station debout prolongée (46,8 %), la station assise prolongée (24,2 %), les postures contraignantes du rachis lombaire (33,9 %), ainsi que l’exposition aux vibrations de faible fréquence pour des trajets de longues distances (4,8 %). Une imagerie lombaire était réalisée chez 83,9 % des patients, révélant une hernie discale dans 35,6 % des cas, une discopathie dégénérative dans 25,9 %, et une arthrose lombaire dans 21 %. L’évaluation de l’aptitude au travail concluait que 6,7 % des patients étaient aptes à poursuivre leurs activités professionnelles habituelles. Un aménagement ou des restrictions d’aptitude étaient prescrits dans 70 % des cas. Les restrictions prescrites étaient l’éviction des efforts physiques intenses notamment le port de charges lourdes (54,8 %), de la position debout prolongée (40,3 %) et un aménagement ergonomique était indiqué dans 9,7 %. Une inaptitude temporaire ou définitive était indiquée chez 23,3 %, dont 20 % étaient proposés pour une retraite anticipée. Conclusion Cette étude met en évidence l’impact significatif des lombosciatalgies sur l’aptitude au travail, soulignant l’importance d’une prise en charge préventive et adaptée.
Introduction Les maladies professionnelles restent encore sous-estimées dans le secteur public tunisien et l’absence de données fiables limite le suivi épidémiologique et le développement de stratégies efficaces de prévention et de protection des travailleurs. Objectif Décrire le profil épidémiologique et médico-légal des maladies professionnelles (MP) reconnues annuellement dans le secteur public tunisien. Méthode Étude rétrospective et descriptive portant sur l’ensemble des maladies professionnelles déclarées et reconnues par la Commission de reconnaissance des MP dans le secteur public et leur réparation au cours de la période allant du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2024. Résultats Sur la période d’étude, 311 MP ont été déclarées et reconnues. La population concernée avait un âge moyen de 46±10,6 ans, avec une prédominance féminine (64 %). Les salariés appartenaient dans 77,1 % des cas au secteur de la santé. Les pathologies infectieuses dominaient le profil des MP (51,4 %) ; la tuberculose étant la MP la plus fréquemment reconnue (23,5 %), suivie par les hépatites virales (21,5 %). Les pathologies respiratoires professionnelles concernaient 73 travailleurs (23,5 %). Les troubles musculosquelettiques ont été retrouvés dans 18,9 % des cas. Les cancers professionnels et les dermatoses professionnelles représentaient respectivement 6,1 % et 4,8 % de l’ensemble des MP. Sur le plan médico-légal, un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) a été attribué à 33 victimes (10,6 %), avec un taux moyen de 27,15 % et des extrêmes allant de 6 % à 70 %. Un décès lié à une maladie professionnelle a été rapporté chez quatre travailleurs. Conclusion La prédominance des pathologies infectieuses chez les professionnels de santé, associée à la faible représentation des autres secteurs, suggère une sous-déclaration importante, justifiant le renforcement de la sensibilisation et du rôle des médecins traitants dans la déclaration des maladies professionnelles.
Introduction La dyschromatopsie congénitale et acquise est une anomalie de la perception des couleurs qui peut avoir des répercussions notables sur l’aptitude au travail. Objectif Étudier le retentissement de la dyschromatopsie sur l’aptitude médicale au travail. Méthodes Étude descriptive et rétrospective ayant intéressé les dossiers des travailleurs souffrant d’une dyschromatopsie congénitale ou acquise adressés au service de médecine du travail de l’hôpital Charles-Nicolle sur une période de six ans (1er janvier 2019 au 20 mars 2025), pour un avis d’aptitude au travail. Résultats Nous avons colligé 17 patients. La prédominance était masculine (n=16). L’âge moyen était de 40±12 ans. Ils appartenaient à différent secteurs : transport (n=7), Bâtiments et Travaux Publiques (n=3), industrie aéronautique (n=2), industrie automobile (n=2) et imprimerie (n=2). Le poste du travail le plus fréquemment occupé était celui des chauffeurs (n=7). L’ancienneté professionnelle moyenne était de 15 ans [2–28]. Ils étaient exposés aux solvant organiques dans sept cas. Les patients avaient une dyschromatopsie congénitale dans dix cas et acquise dans sept cas. Les types de dyschromatopsies représentés par les patients étaient : deutan (n=5), protan (n=6), tetartan (n=3) et tritan (n=2). Les décisions médico-légales d’aptitude étaient : apte avec restriction (n=11), reclassement professionnel (n=1) et mise à la retraite anticipée pour usure prématurée de l’organisme (n=1). Les restrictions prescrites étaient : l’éviction de la conduite la nuit (n=6), l’éviction définitive de l’exposition aux solvant organiques (n=4). Conclusion La dyschromatopsie, qu’elle soit congénitale ou acquise, peut impacter significativement l’aptitude médicale au travail. Cette étude met en évidence l’importance du dépistage précoce des troubles de la vision des couleurs et de l’adaptation des postes de travail pour limiter les risques professionnels.
Introduction La tendinite d’Achille est une pathologie fréquente chez les travailleurs soumis à des gestes répétitifs et à des postures contraignantes. Dans le secteur du textile, les piqueuses sur machine sont particulièrement exposées en raison de l’utilisation intensive du pied pour actionner la pédale. Objectif Déterminer les caractéristiques socioprofessionnelles, cliniques et évaluer l’aptitude médicale au travail des piqueuses souffrant de tendinite d’Achille. Méthodes Étude descriptive rétrospective des cas de piqueuses de machines présentant une tendinite achilléenne colligés au service spécialisé de médecine du travail et de pathologie professionnelle durant la période allant du premier juin 2022 au 31 décembre 2024. Observations Nous rapportons deux cas de tendinite achilléenne chez deux femmes. Elles étaient âgées respectivement de 50 et 39 ans et travaillaient toutes les deux comme piqueuses sur machine avec pédalage du pied droit, dans une entreprise de confection textile. Leur ancienneté professionnelle variait entre 17 et 23 ans. Les deux patientes étaient en surpoids. Les symptômes rapportés par les patientes étaient des talalgies postérieures droites aggravées par le travail. À l’examen clinique, on notait une impossibilité et une douleur à la marche sur les pointes et les talons du pied droit, ainsi qu’une tuméfaction dans la région rétro-malléolaire. La palpation de la région rétro-malléolaire et achilléenne était douloureuse. La mobilisation active et passive du pied droit était douloureuse et limitée en dorsiflexion. Le diagnostic était confirmé par une échographie de la cheville. L’étude du poste de travail a montré que les deux patientes étaient soumises à une hypersollicitation du membre inférieur droit à des cadences de travail élevées. La décision médico-légale était de déclarer les deux cas comme maladies professionnelles indemnisables selon les dispositions du tableau no 82 et de prescrire une éviction de l’hypersollicitation des membres inférieurs. Conclusion Le secteur textile est très pourvoyeur de troubles musculosquelettiques, qui affectent également les membres inférieurs.
Introduction Après la pandémie du Covid-19, le télétravail a connu une adoption massive et durable, transformant profondément les pratiques professionnelles à l’échelle mondiale. Bien qu’il offre de nombreux avantages, il soulève des préoccupations quant à ses effets sur la qualité de vie des travailleurs. Objectif Évaluer l’impact du télétravail sur la qualité de vie et la santé mentale des télétravailleurs. Méthodes Étude descriptive transversale auprès d’une population de télétravailleurs appartenant à des secteurs d’activité différents.Les données ont été recueillies à l’aide d’un auto-questionnaire en ligne, déployé via le logiciel d’administration d’enquête Google Forms. Les réponses étaient anonymes et portant sur des données relatives aux caractéristiques sociodémographiques, des données professionnelles ainsi qu’une évaluation de la qualité de vie (physique et mentale) par le questionnaire validé SF12 en langue française. L’anxiété et la dépression étaient dépistées à l’aide de l’Échelle HAD (Hospital Anxiety and Depression scale) dans sa version française validée. Résultats Nous avons recensé 38 réponses. Les télétravailleurs avaient un âge moyen de 33,86 ans±2,8 ans Le sexe ratio était de 1. Les télétravailleurs n’avaient pas d’antécédents de pathologies psychiatriques dans 97 % des cas. La consommation de tabac était rapportée dans 26 % des cas. L’âge moyen à la première embauche était de 24 ans. Le secteur d’activité le plus représenté était celui de télécommunications et de l’informatique dans 58 % des cas. Les télétravailleurs occupaient le poste d’ingénieur dans 66 % des cas, de chef de projet dans 13 % des cas et de développeur dans 17 % des cas. L’ancienneté professionnelle moyenne de notre population était de 11,5 ans±2. Soixante et onze pour cent de notre population avaient choisi le télétravail à leur convenance. Le score HAD anxiété moyen était de 5,97 et le score HAD Dépression moyen était de 6,21 correspondants à l’absence de symptomatologie anxieuse et dépressive. Pour la qualité de vie, le score moyen de santé physique était de 46,49 et celui de la santé mentale était de 43,18 considérés comme faible pour les deux dimensions. Conclusion Le télétravail bien qu’il présente des avantages indéniables en termes de flexibilité, comporte également des défis significatifs pour la qualité de vie physique et mentale des travailleurs. La mise en œuvre de stratégies adaptées est nécessaire pour optimiser ses bénéfices tout en atténuant ses effets néfastes.
Introduction Dès 1995, la Tunisie intègre la vaccination contre l’hépatite B dans son calendrier national. En raison de son risque majeur pour les professionnels de la santé (PS), la vaccination à l’embauche ou pendant les études universitaires pose une prévention essentielle. Objectif Comparer la réponse post-vaccinale contre le VHB chez les PS vaccinés à l’âge adulte et les PS vaccinés dès la naissance selon le calendrier national de vaccination tunisien. Méthodes Étude descriptive rétrospective au service de médecine du travail de l’hôpital Charles Nicolle incluant les PS nés entre 1980 et 2000, vaccinés contre le VHB à l’âge adulte avec une sérologie du taux des anticorps anti-HBs. Les sujets avec un taux d’AC anti-HBs ≥ 10 UI/L sont considérés immunisés. Les sujets ont été répartis en deux groupes : groupe 1 (G1), vaccinés uniquement à l’âge adulte, et groupe 2 (G2), vaccinés dès la naissance. Résultats Nous avons inclus 374 sujets. La moyenne d’âge était de 26±3 ans. La population était à prédominance féminine (74,3 %) avec sexe ratio de 2,9. L’ancienneté professionnelle variait entre un et 197 mois (16,41 ans) avec une médiane de 24 mois. Les infirmiers et les techniciens supérieurs de la santé étaient les catégories professionnelles les plus représentées avec des fréquences respectives de 65 % et 23,5 %. La proportion des sujets immunisés était plus élevée dans le G1 (p ≤ 0,001). Le taux moyen des AC anti-HBs était plus élevé chez les sujets immunisés du G2 (p=0,012). Le pourcentage des sujets immunisés ayant un taux d’AC anti-HBs ≥ 250 UI/L était plus élevé dans le G2 (p ≤ 0,001). Conclusion La vaccination contre l’hépatite B dès la naissance assure une protection à long terme plus élevée qu’à l’âge adulte, soulignant l’importance de la dose booster pour les étudiants en filières médicales et paramédicales.
Introduction Les cardiopathies constituent un enjeu majeur de santé publique en raison de leur prévalence élevée, de leur impact sur la qualité de vie des patients et des lourdes conséquences économiques et sociales qu’elles engendrent. Ces cardiopathies, qu’elles soient chroniques ou aiguës, peuvent entraîner des limitations physiques et psychologiques qui affectent l’aptitude d’une personne à effectuer certains types de travail. Objectif Évaluer l’aptitude médicale au travail chez les patients atteints de cardiopathies. Méthodes Étude descriptive et rétrospective portant sur les patients atteints de cardiopathies et ayant consulté le service de pathologies professionnelles de l’hôpital Charles Nicolle pour un avis d’aptitude médicale au travail durant la période allant du 1er janvier 2024 jusqu’au 31 décembre 2024. Résultats Notre population d’étude comportait 31 travailleurs ayant un âge moyen de 45 ans. L’ancienneté professionnelle moyenne était de 16 ans. Les secteurs d’activité les plus représentés étaient celui de la santé (40 %) et des bâtiments et travaux publics (30 %). Les cardiopathies notées étaient : une ischémie myocardique dans 61 % des cas, des troubles du rythme cardiaque à type de fibrillation auriculaire dans 12 % des cas et à type de tachycardie supra-ventriculaire dans 6 % des cas, une valvulopathie rhumatismale dans 9 % des cas, et de cardiomyopathie hypertrophique dans 9 % des cas. Quinze de ces patients étaient exposés à une charge mentale élevée au travail. Les décisions d’aptitude révélaient que deux patients étaient aptes à poursuivre leur activité professionnelle habituelle. Un aménagement ou des restrictions d’aptitude étaient prescrits dans 61 % des cas. Les restrictions les plus prescrites étaient l’éviction des efforts physiques intenses notamment le port de charges lourdes, l’éviction des postes de sécurité et du travail de nuit. Six des patients (19 % des cas) étaient mis à la retraite anticipée pour invalidité. Conclusion Bien que les cardiopathies puissent représenter un défi pour ceux qui en sont atteints, elles ne constituent pas nécessairement un obstacle insurmontable à une carrière professionnelle. Les décisions d’aptitude doivent être basées sur une évaluation médicale rigoureuse, tout en tenant compte des exigences du poste, des risques éventuels et des adaptations possibles en vue d’une réintégration professionnelle adéquate.
Introduction Même en phases euthymiques, les personnes atteintes de TB peuvent garder des déficits cognitifs et socioprofessionnels. Ces déficiences sont souvent sous-diagnostiquées dans la pratique clinique, malgré leur forte association avec le risque de rechute et l’invalidité à long terme. Objectifs Évaluer la déficience fonctionnelle globale chez des patients atteints de TB et en activité professionnelle et identifier les principaux facteurs associés. Matériel et méthodes Il s’agissait d’une étude transversale menée sur une période d’un an (2024–2025) auprès de patients euthymiques consentants atteints de TB orientés vers l’hôpital Charles Nicolle de Tunis pour une évaluation de leur aptitude au travail. La déficience fonctionnelle a été évaluée à l’aide du Functioning Assessment Short Test (FAST), couvrant six domaines : autonomie, fonctionnement professionnel, fonctionnement cognitif, gestion financière, relations interpersonnelles et loisirs. Un score total>11 indiquant une déficience fonctionnelle globale. Résultats Au total, 106 patients ont été retenus. L’âge moyen était de 43,8±10,3 ans, avec un genre-ratio de 0,53 (F/H). Cinquante-six pour cent (n=59) étaient mariés. La majorité avait un statut socioéconomique moyen (72,6 %). Parmi les patients, 41,5 % (n=44) étaient des fumeurs actifs et 12,3 % (n=13) abusaient de l’alcool. Les catégories professionnelles les plus représentées étaient les infirmières (18,9 %) et les ouvriers (14,2 %). La durée moyenne d’ancienneté était de 17,41±8,7 ans. Parmi les patients, 33,9 % (n=36) avaient des horaires de travail atypiques. Un absentéisme récurrent était présent dans 88,7 % des cas. Plus de la moitié des patients souffraient de TB de type 2 (64,2 %) avec un âge moyen d’apparition de 29,7±4,9 ans. Le nombre moyen d’épisodes thymiques était de 6,5±3,5. La durée moyenne d’hospitalisation était de 6,4±14jours. Le score FAST moyen était de 21,98±8,20. Plus des trois quarts des patients (89,6 %) présentaient une déficience fonctionnelle globale. Les domaines les plus touchés étaient le fonctionnement professionnel (64,2 %) et les relations interpersonnelles (63,2 %). L’analyse univariée a révélé des associations statistiquement significatives entre l’altération du fonctionnement, le sexe féminin (p=0,02) et la consommation de benzodiazépines (p=0,012). Conclusion Ces résultats suggèrent que la réduction de la prescription de benzodiazépines et la promotion d’interventions psychosociales ciblées pourraient contribuer à améliorer le fonctionnement professionnel des patients atteints de TB.
Introduction L’asthme professionnel (AP) est une pathologie respiratoire déclenchée ou aggravée par des expositions spécifiques en milieu de travail. Les environnements de café, bien que peu étudiés, peuvent contenir des irritants ou allergènes susceptibles de provoquer des symptômes asthmatiques. Objectif Nous rapportons le cas de deux patients ayant consulté au service de pathologie professionnelle médecine du travail de l’hôpital Charles-Nicolle de Tunis en 2010 et en 2025 pour un avis médical d’aptitude au travail. Rapport de cas Nous rapportons le cas de deux patients ayant consulté le service pour un avis médical d’aptitude. Le premier cas concernait un ouvrier polyvalent âgé de 49 ans travaillant dans une société spécialisée dans la torréfaction de café depuis 20 ans. Il manipulait le café vert qui sera par la suite grillé puis torréfié et sa tâche principale était l’emballage du café torréfié. Les symptômes étaient apparus 14 ans après l’embauche marquée par la survenue de crises récurrentes de dyspnée expiratoire avec des sifflements thoraciques rythmées par le travail. La spirométrie révélait un syndrome obstructif avec VEMS=1,79 L (51 %), CVF=2,74 L (57 %) et le rapport de Tiffeneau à 72,5 %. La radiographie thoracique était sans anomalies, le dosage des IgE totales sériques était normal. L’épreuve de l’éviction de l’exposition reprise était positive. Le deuxième cas, concernait un patient âgé de 44 ans occupant le poste de serveur dans un café pendant 20 ans. Il était chargé de grillade et la mouture du café. Il présentait des symptômes de toux, oppression thoracique et sifflement nocturne apparus 17 ans après l’embauche et qui seraient aggravés par le travail et améliorés par les jours de repos. À la spirométrie, il avait un trouble ventilatoire obstructif avec une réversibilité significative du VEMS 18 % et de 490ml. La radiographie thoracique était normale. Le dosage des IGE était positif et la radiographie du thorax montrait une distension thoracique. Le diagnostic d’AP au café a été retenu pour les deux cas et déclaré en tant que maladie professionnelle conformément à la législation en vigueur. Les patients ont bénéficié d’une mutation du poste du travail. Conclusion L’asthme professionnel au café, bien que rare, mérite une attention particulière. Une prise en charge adaptée, incluant la réduction de l’exposition et un suivi médical, peut considérablement améliorer la qualité de vie des travailleurs affectés.
Introduction Bien que l’IA générative ait démontré un potentiel en santé et sécurité au travail, la fiabilité est essentielle pour une utilisation clinique. En médecine du travail, les enjeux sont élevés : chaque décision d’aptitude entraîne des conséquences professionnelles et sociales pour les travailleurs. Les outils d’IA grand public ne sont pas validés pour ces évaluations où chaque mot est crucial. Objectif Évaluer la cohérence des recommandations relatives à l’aptitude médicale au travail générées par des outils d’IA générative (ChatGPT-5 et GEMINI 2.5 Pro) lorsqu’ils sont confrontés à plusieurs reprises à un scénario clinique identique. Méthodes Nous avons soumis trois fois la même requête en français à ChatGPT-5 lors de sessions indépendantes, puis effectué la même démarche avec GEMINI 2.5 Pro. La requête simulait une consultation réelle, positionnant l’IA dans le rôle du médecin du travail. Le cas présenté concernait un ouvrier hospitalier de 43 ans, suivi pour trouble bipolaire de type 1 sous traitement médical, présentant à l’examen une asthénie et un ralentissement psychomoteur. Nous avons ensuite évalué la cohérence des décisions d’aptitude entre les différentes itérations. Résultats ChatGPT-5 a démontré une instabilité notable dans ses réponses, oscillant entre deux décisions fondamentalement différentes : « inapte temporaire à son poste actuel » et « apte à son poste actuel avec aménagements ». GEMINI 2.5 Pro a fait preuve d’une stabilité terminologique apparente, utilisant toujours la terminologie « inapte temporaire ». Toutefois, les actions recommandées variaient d’une itération à l’autre : l’une conseillait l’arrêt immédiat du travail avec retour uniquement après stabilisation clinique confirmée par le psychiatre traitant, tandis qu’une autre préconisait paradoxalement la poursuite du travail avec aménagements tout en maintenant la même étiquette « temporairement inapte ». Les deux modèles ont généré des recommandations variables entre les itérations, malgré une requête strictement identique. Conclusion Les outils d’IA générative présentent une variabilité inacceptable dans les décisions d’aptitude médicale au travail, où la précision terminologique est primordiale d’un point de vue juridique et éthique. Certaines distinctions affectent la carrière et l’identité professionnelle des travailleurs. Les médecins du travail doivent exercer un jugement critique, maintenir leur autonomie décisionnelle, et éviter de se fier aux outils d’IA non validés.
Objectif Rapporter les cas dermatites infectieuses d’origine professionnelle. Observation 1 Il s’agissait d’un médecin microbiologiste dans un hôpital universitaire, âgé de 37 ans, qui a présenté un panaris du 3e doigt de la main gauche à la suite d’une manipulation d’un prélèvement urinaire. L’interrogatoire a identifié la présence de cuticule comme porte d’entrée. L’excision chirurgicale du pus est revenue positif au Klebsiella Oxytoca (entérobactéries). Une déclaration de maladie professionnelle a été faite au titre du tableau n°75 de la liste des tableaux des maladies professionnelles. Observation 2 Il s’agissait d’un médecin en formation en Médecine Légale âgé de 30 ans, victime d’un accident d’exposition au sang. L’interrogatoire a révélé que le patient s’est blessé accidentellement le pouce gauche, par une lame de bistouri souillée de sang lors de l’autopsie d’un cadavre d’un patient âgé de 50 ans. L’évolution a été marquée par l’apparition de stries rouges chaudes et douloureuses au niveau de l’avant-bras gauche avec une propagation ascendante sans fièvre ni impotence fonctionnelle du pouce ni adénopathies satellites faisant évoquer une lymphangite cutanée. Une déclaration d’accident du travail a été faite. Observation 3 Il s’agissait d’un chef cuisinier dans un hôpital universitaire, âgé de 57 ans, qui a présenté à la suite d’une blessure au niveau du 3éme doigt de la main gauche, lors du découpage de la viande, des lésions érythémato-pustuleuse associées à une fièvre. Le diagnostic de l’érisipéloide de Baker-Rosenbach a été posé. Vu la nature de son activité professionnelle, une déclaration de sa pathologie a été faite au titre du tableau n°75 de la liste des tableaux des maladies professionnelles. Conclusion La reconnaissance de ces affections comme maladie professionnelle permet aux travailleurs concernés de bénéficier de compensations et de mesures préventives adaptées, soulignant l’importance de la sécurité et de l’hygiène dans les environnements professionnels.
Introduction Le trouble bipolaire (TB) est une affection psychiatrique chronique figurant parmi les dix maladies les plus invalidantes selon l’OMS. Son évolution peut être émailler par l’apparition d’une stigmatisation internalisée. Au sein d’une population active, cette dernière peut se manifester par à un absentéisme fréquent ou une mauvaise insertion professionnelle. Sa prévalence reste sous-estimée malgré la disponibilité d’outils validés pour la mesurer. Objectifs Évaluer la stigmatisation internalisée chez des travailleurs atteints de TB et identifier ses principaux facteurs associés. Matériel et méthodes Il s’agissait d’une étude transversale menée sur une période d’un an (2024–2025) auprès de patients atteints de TB évalués lors d’une visite médicale d’aptitude au travail à l’hôpital Charles Nicole de Tunis. L’auto-stigmatisation a été évaluée à l’aide de l’échelle ISMI (Internalized Stigma of Mental Illness). Un score total≥2,5 a été fixé pour identifier les personnes auto-stigmatisées. Résultats Au total, 106 patients ont été retenus. L’âge moyen était de 43,8±10,3 ans, avec un genre-ratio de 0,53 (F/H). Cinquante-six pour cent étaient mariés et avaient au moins un enfant. La majorité avait un statut socioéconomique moyen (72,6 %). Les catégories professionnelles les plus représentées étaient les infirmières (18,9 %) et les ouvriers (14,2 %). La durée moyenne d’ancienneté était de 17,41±8,7 ans. Seuls 9,4 % des patients avaient un antécédent de licenciement. Parmi les patients, 33,9 % avaient des horaires de travail atypiques. Un absentéisme fréquent était noté chez 88,7 % des patients. L’âge moyen d’apparition de TB était de 29,7±4,9 ans. Le nombre moyen d’épisodes thymiques était de 6,5±3,5. La durée moyenne d’hospitalisation était de 6,4±14jours. L’ISMI total moyen était de 2,58±0,87. Plus de la moitié des patients (56,6 %) étaient auto-stigmatisés. Le retrait social et l’aliénation étaient observés dans 78,3 % et 55,7 % des cas, suivis par l’assimilation des stéréotypes (43,4 %), la discrimination (39,6 %) et la résistance à la stigmatisation (32,1 %). L’analyse univariée a révélé une association statistiquement significative entre des l’auto-stigmatisation, le sexe féminin (p=0,038), le statut de célibataire ou de divorcé (p=0,012), le faible niveau socio-économique (p=0,002) et les horaires de travail atypiques notamment le travail de nuit et posté (p<0,001). Conclusion Une prévention axée sur la lutte contre la stigmatisation et l’aménagement des horaires du travail permet de réduire l’auto-stigmatisation, et ainsi, favoriser des résultats fonctionnels convenables.
Introduction La dermatite de contact allergique (DCA) constitue une pathologie cutanée fréquente en milieu professionnel, représentant une cause majeure d’inaptitude au travail et de diminution de la qualité de vie des travailleurs. Objectif Décrire les caractéristiques socioprofessionnelles des travailleurs atteints de DCA et des principaux allergènes incriminés. Méthodes Étude descriptive rétrospective ayant intéressé les dossiers des patients présentant un eczéma de contact consultant le service de pathologie professionnelle et d’aptitude au travail de l’hôpital Charles-Nicolle de Tunis pendant la période allant du premier janvier 2011 au 31 décembre 2025. Résultat Nous avons colligé 47 dossiers de patients présentant un eczéma de contact durant la période d’étude. L’âge moyen était de 41±8,7 ans. La prédominance était féminine avec un sex-ratio de 61 %. Les postes du travail les plus retrouvés étaient ceux : des ouvriers (44 %), des infirmiers (10,6 %), des techniciens supérieurs (9 %), des maçons (9 %) et des femmes de ménages (6 %). L’ancienneté professionnelle moyenne était de 12,19±9,5 ans. Ils appartenaient aux secteurs de : la santé (28 %), l’industrie chimique (17 %), l’industrie textile (13 %) et du BTP (12 %). Des antécédents pathologiques allergiques d’asthme (13 %), de rhinite (12 %) et de conjonctivite (8 %) étaient retrouvés. L’origine professionnelle a été retenue dans 69 % des cas. Les agents en cause les plus incriminés étaient respectivement : le latex (11 %), le mercapto mix (10 %), le thiuram mix (8 %), les résines Époxy (8 %), le ciment (5 %) et l’izothiazolinone (4 %). Les patch tests étaient positifs dans 67 % des cas. Un changement du poste de travail avec une éviction de l’exposition à l’allergène en cause étaient indiqués dans tous les cas. Conclusion Notre étude met en évidence l’impact significatif des facteurs professionnels sur la survenue de la dermatite de contact allergique et identifie les allergènes les plus fréquemment incriminés, tels que le latex, le mercapto mix, le thiuram mix, les résines époxy, le ciment et l’isothiazolinone.
Introduction Les troubles musculosquelettiques (TMS) constituent une affection professionnelle courante, dont la prévention et la prise en charge reposent principalement sur des mesures ergonomiques et une maîtrise adéquate des conditions de travail. Toutefois, des facteurs psychosociaux exercent également une influence significative sur l’apparition et l’évolution de ces troubles. Objectifs Identifier et analyser les facteurs psychosociaux impliqués dans la survenue des TMS chez les travailleurs occupant un travail sur écran. Méthodes Une étude transversale a été menée auprès des employés d’une entreprise de câblage à activité principalement informatisée. Les données socio-professionnelles et cliniques ont été recueillies via un auto-questionnaire validé et anonyme. Les scores de TMS, de stress professionnel et de facteurs psychosociaux ont été calculés selon le référentiel de l’INRS pour estimer la prévalence des TMS et l’influence du stress et des facteurs psychosociaux sur leur maîtrise. Résultats Cette étude a porté sur 50 employés exerçant un travail informatisé. L’âge moyen des participants était de 36,6±6,4 ans, avec une prédominance féminine (68 %). Une surcharge pondérale ou une obésité a été observée chez 64 % des employés. Le rythme de travail le plus courant était l’horaire standard (52 %). L’ancienneté professionnelle moyenne était de 8±5,2 ans. La majorité étaient droitiers (90 %) et 62 % ne déclaraient pas de troubles visuels. Une stabilité d’emploi était notée avec 80 % de contrats à durée indéterminée (CDI). La tâche la plus représentée était la saisie de données (30 %) et 72 % des travailleurs passaient plus de quatre heures par jour devant un écran. Les conditions environnementales étaient jugées satisfaisantes par plus de 80 % des employés. La prévalence des TMS était de 54 %, avec des scores majoritairement faibles (68 %). La région cervicale était la plus fréquemment touchée. Des scores de stress modéré à sévère ont été retrouvés dans six pour cent des cas. Par ailleurs, plus de 20 % des participants présentaient des scores de facteurs psychosociaux indiquant des conditions défavorables. Les principaux facteurs associés à la présence de TMS étaient l’anxiété, la charge de travail, l’attention mentale excessive ainsi que le manque d’autonomie et de contrôle professionnel. Aucune association statistiquement significative n’a été mise en évidence entre les TMS et le défaut de soutien social ou les inquiétudes concernant l’avenir professionnel. Conclusion Ces résultats mettent en évidence le rôle déterminant des facteurs psychosociaux dans la maîtrise des TMS et soulignent la nécessité de mettre en place des interventions spécifiques visant à optimiser leur gestion.
Introduction Les cancers professionnels représentent un enjeu majeur de santé au travail, liés à des expositions chroniques à des agents cancérogènes dans divers secteurs d’activité. Dans le secteur public tunisien, les données disponibles restent limitées, justifiant une analyse spécifique afin de mieux caractériser les expositions professionnelles en cause et les profils des cancers observés. Objectif Décrire les caractéristiques épidémiologiques des cancers professionnels reconnus annuellement dans le secteur public tunisien. Méthodes Étude rétrospective et descriptive ayant portée sur l’ensemble des cancers déclarés et reconnus au titre de maladies professionnelles (MP) par la Commission de reconnaissance des MP dans le secteur public et leur réparation au cours de la période allant du premier janvier 2012 au 31 décembre 2024. Résultats Durant la période d’étude, 311 MP, dont 19 cas de cancers professionnels (6,1 %), ont été déclarées et reconnues. L’âge moyen de la population était de 50,7±11 ans. Une prédominance masculine a été notée (n=12). La majorité des salariés (n=17) appartenaient au secteur de la santé. La professions la plus représentée était celle des techniciens de radiologie (n=8) suivie par celle des médecins (n=5). L’ancienneté professionnelle moyenne était de 23,5±11 ans. Les agents cancérigènes professionnels incriminés étaient les rayonnements ionisants (n=14), le formol aldéhyde (n=2), le benzène (n=1), l’amiante (n=1) et le virus de l’hépatite C (n=1). Les types de cancers les plus fréquents étaient ceux de la thyroïde (n=7) suivis par les leucémies (n=6). Dans cette étude, 7 travailleurs ont eu une incapacité temporaire totale (ITT). Un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) a été attribué à 4 victimes de MP avec un taux moyen de 31,2 %. Un décès à un âge de 50 ans suite à une leucémie aiguë myéloïde a été noté chez un technicien de radiologie. Conclusion L’identification des agents cancérogènes en milieu professionnel constitue un outil essentiel pour orienter le dépistage et permettre un diagnostic précoce, tout en renforçant les mesures de prévention et en réduisant l’exposition des travailleurs à ces risques.