
Cet article fait l’étude du débat sur les enjeux religieux de la gestion scolaire au sein du milieu associatif franco-ontarien. Ce débat montre la persistance, du moins dans certains milieux, du rôle structurant du référent religieux dans l’institutionnalisation de la francophonie ontarienne après le désengagement public de l’Église et les bouleversements idéologiques de la Révolution tranquille. Ce phénomène a été largement négligé par l’historiographie. Dans les années 1980, l’espace public de la collectivité franco-ontarienne est de plus en plus caractérisé par un pluralisme idéologique, culturel et religieux qui ne conduit pas, néanmoins, à évacuer le catholicisme de la conscience identitaire d’une partie substantielle de la population francophone de la province. Dans ses revendications pour obtenir le contrôle de ses institutions scolaires, le réseau associatif réclame ainsi un double réseau de conseils scolaires de langue française, catholiques et publics, à la grandeur de la province, qu’il obtient finalement en 1998.
La francophonie canadienne depuis les années 1980 : débats, mobilisations et projections. Un article de la revue Recherches sociographiques (La francophonie canadienne) diffusée par la plateforme Érudit.
Ce texte veut cerner les caractéristiques et l’évolution de la « variante franco-ontarienne » du projet national canadien-français. En s’inspirant des études du sociologue californien Rogers Brubaker sur le nationalisme transfrontalier et adaptées au cas canadien-français par le sociologue franco-ontarien Jean-François Laniel, ce texte met en relief la pertinence et les limites des relations triangulaires entre État parent, État hôte et minorité parente lorsqu’elle est appliquée aux porte-paroles franco-ontariens et à leur organe de représentation politique. Avant tout, c’est la dynamique relationnelle qui jette un nouvel éclairage sur les rapports de pouvoir et d’influence subis et exercés par les Franco-Ontariens. La division des compétences législatives entre l’État fédéral et les provinces, la reconnaissance de droits fondamentaux et l’appartenance de l’Ontario français à une Francophonie mondiale, le distingue également des exemples européens.
Le recrutement et l’accueil des immigrants francophones est un enjeu important pour les communautés francophones en situation minoritaire soucieuses de maintenir leur poids démographique et d’assurer leur dynamisme. Dans cet article, nous nous appuyons sur les résultats d’une recherche comparative visant à faire un bilan prospectif des services d’accueil aux immigrants francophones dans les territoires et les provinces de l’Ouest canadien. L’analyse des données montre un recours différencié aux services d’accueil en fonction de l’intersection de différents marqueurs sociaux : des expériences de mobilités sociales plurielles, un sentiment d’isolement face à des services spécialisés qui ne répondent que partiellement à des défis globaux, et l’expérience d’une triple marginalisation pour les participants issus de l’Afrique sub-saharienne.
Au cours des dernières décennies, la composition des flux migratoires francophones entrants de l’Ontario s’est transformée. S’appuyant sur des analyses quantitatives produites à partir des recensements canadiens de 1991 à 2016, les auteurs tentent de mettre en lumière ce qui caractérise ces nouvelles configurations. Pour y parvenir, ils s’intéressent à la provenance de ces migrants (Québec, Canada ou de pays étrangers). Ils cherchent, de surcroît, à comprendre l’évolution de la composition de ces flux migratoires et les nouvelles trajectoires qui en émergent. Les auteurs proposent une typologie des régimes migratoires franco-ontariens permettant de nuancer les hypothèses mettant en valeur l’importance de la continuité canadienne-française, tout comme celles cherchant plutôt à n’y voir que rupture.
La commémoration du 400e anniversaire de la « présence française en Ontario », en 2015, et les excuses offertes aux Franco-Ontariens par le gouvernement provincial, l’année suivante, pour le Règlement 17 (qui avait sévèrement limité l’usage du français dans les écoles de la province entre 1912 et 1927) ont généré une activité discursive considérable dans l’espace public franco-ontarien. Cette activité a donné lieu à des « conflits narratifs » qui révèlent une compréhension différenciée de l’expérience collective des Franco-Ontariens, en même temps qu’ils traduisent des rapports parfois distincts au temps historique. L’analyse de ces conflits à la lumière de la rivalité entre le « pôle » commémoratif de la « construction nationale » et celui du « postcolonialisme » permet de jeter un regard inédit sur les tensions et les débats qui structurent les rapports qu’entretiennent les Franco-Ontariens non seulement avec eux-mêmes, mais aussi avec l’« autre » (majorité anglophone, minorités ethnoculturelles francophones et peuples autochtones).
Il semble que la prise de parole poétique en Acadie et en Ontario français au cours de la longue décennie 1970 (1968-1985) ait marqué l’imaginaire acadien et franco-ontarien au point de s’instituer, dans le discours, en mythe fondateur. Cette prise de parole poétique a effectivement permis de tracer les contours d’une nouvelle manière de dire les identités acadienne et franco-ontarienne en les inscrivant dans un mouvement qui dépassait les limites d’un ici folklorique pour entrer dans une modernité plus largement planétaire. Les caractéristiques de cette parole ont été célébrées au point d’établir une grille de lecture identificatoire qui occulte une part de la production littéraire. Il en va ainsi de l’écriture des femmes, plus intimiste, et des générations d’écrivains et d’écrivaines qui arrivent à l’écriture au tournant du 21 e siècle. Le présent article s’interroge sur le traitement de cette part occultée par l’étude du discours critique en Acadie et en Ontario français et, plus particulièrement, sur l’ombre jetée par l’oeuvre des poètes de la longue décennie 1970.
Cet article cherche à comprendre l’impact des stratégies discursives utilisées par SOS Montfort dans l’espace médiatique franco-ontarien durant la crise entourant la fermeture de l’hôpital Montfort entre 1997 et 2002. En analysant les principaux journaux régionaux de langue française de la province, l’auteur évalue la capacité mobilisatrice du discours nationalitaire que génèrent les défenseurs de l’hôpital à travers le prisme des régionalismes en Ontario français. Alors que SOS Montfort tente de faire de la fermeture de l’hôpital une crise provinciale et nationale, les Franco-Ontariens d’autres régions doivent, de leur côté, composer avec la réelle possibilité de perdre l’accès à des soins de santé en français en raison du processus de rationalisation des services de santé à l’échelle de la province. Si SOS Montfort a réussi à faire de la fermeture de Montfort une crise importante en Ontario français en puisant dans l’imaginaire référentiel franco-ontarien, son incapacité d’inclure les enjeux d’ordre régionaux dans son discours a limité sa force de frappe à l’extérieur d’Ottawa où l’hôpital n’offre aucun service.
L’arrivée de milliers d’immigrants qui n’ont ni le français ni l’anglais comme langue maternelle depuis les années 1990 n’est pas restée sans effet sur la géographie des langues dans la région de la capitale nationale. Comment le français a-t-il évolué dans la région d’Ottawa-Gatineau en leur présence? Jusqu’à quel point l’équilibre fragile qui s’y était construit entre le français et l’anglais au fil du temps a-t-il été affecté par leur poids grandissant? C’est à ces questions que cet article cherche à répondre, en s’appuyant sur l’analyse des transformations de l’espace du français, langue maternelle, au cours des 25 dernières années dans la région. Nous nous intéressons aussi aux possibilités nouvelles offertes par le territoire à la rencontre entre francophones et allophones, et à la capacité de la communauté francophone d’intégrer ultimement une partie de ces derniers. Les résultats présentés augurent d’un avenir plutôt sombre du français, surtout du côté ontarien de la frontière.
Cet article teste l’hypothèse à savoir si les décisions en matière de droit linguistique à la Cour suprême du Canada, moins généreuses envers les minorités linguistiques depuis le début des années 2000, sont liées à l’arrivée au pouvoir du gouvernement conservateur de Stephen Harper, gouvernement généralement plus réfractaire à une application libérale de la Charte canadienne des droits et libertés . Par l’entremise de l’analyse de trois variables, soit le soutien du gouvernement Harper envers les langues officielles, le pouvoir prédictif du parti politique sur l’idéologie des juges au Canada, et les nombreux revers du gouvernement Harper à la Cour suprême dans d’autres litiges touchant la Charte , l’article argumentera qu’on ne peut pas inférer une telle influence du gouvernement Harper sur les décisions de la CSC dans le domaine du droit linguistique.
Dans le contexte de la transformation rapide du champ éditorial scientifique, qu’advient-il des revues de sciences sociales et plus précisément des revues québécoises d’histoire, de sociologie et de démographie publiant en français? Le texte se penche sur leur histoire, leur rapport à l’institution universitaire, au public spécialisé, au large public, à la discipline et au Québec. Si le choix de la démographie, de l’histoire et de la sociologie est en partie arbitraire, il permet de cerner une dynamique représentative des sciences sociales et humaines et de mettre en évidence certains enjeux et paradoxes relatifs à cette dynamique. Penser le Québec, penser au Québec sont deux choses différentes, et qui ensemble contribuent à construire un champ scientifique original, mais largement fragilisé.
Cette étude exploratoire s’intéresse à la consultation des revues savantes québécoises en sciences sociales et humaines diffusées par la plateforme Érudit. Basée sur l’analyse de 39 437 659 téléchargements de 2010 à 2015, elle vise d’abord à fournir un portrait de l’usage 1 des articles de revues savantes diffusés par Érudit en fonction des disciplines et de la provenance des téléchargements, puis à évaluer l’effet des politiques de libre accès sur les téléchargements dont elles bénéficient. Les résultats obtenus démontrent l’importance des revues nationales pour les sciences sociales et humaines, ainsi que l’effet positif du libre accès sur la diffusion des connaissances, tant au Canada qu’à l’étranger.
Cet article vise à exposer comment deux types de « recherche avec », menés auprès de personnes déficientes intellectuelles dans deux pays différents, au Canada et en France, participent à la production de connaissances transcendant les particularités locales et nationales. L’examen critique de l’inclusion, qui préside à l’insertion sociale des personnes déficientes intellectuelles, a incité les deux chercheurs à mener avec ces personnes une « recherche avec », définie par la participation active des acteurs de terrain impliqués et la considération de leurs perceptions, indispensables à la production de connaissances scientifiques. La présentation des champs disciplinaire, théorique et méthodologique de chaque chercheur clarifie la place attribuée dans leurs recherches aux expériences et aux savoirs des personnes classées déficientes intellectuelles. Les résultats des deux recherches montrent une continuité dans l’itinéraire de ces personnes. La comparaison de ces deux « recherches avec » soulignent leurs similarités, leurs différences, leur complémentarité et leur potentielle bonification mutuelle.
Vers le milieu des années 1970, le Projet Louisiane (PL) a mobilisé une équipe pluridisciplinaire de chercheurs canadiens afin d’étudier la lointaine Louisiane francophone « dans toute sa complexité et toutes ses contradictions ». En examinant cette initiative, nous nous intéressons aux enjeux relatifs à l’esprit solidaire du PL vis-à-vis du renouveau ethnique alors en cours. Étude métascientifique, l’article s’oriente autour d’un double objectif : d’une part, cerner les postures multiples face aux milieux louisianais et, d’autre part, examiner les expériences d’assistants de recherche, québécois et louisianais, en tant quevécu conscientisantsusceptible de favoriser un engagement sur le plan ethnolangagier.
Revolution en vue a Versailles : la 26 Conference generale des poids et mesures, qui s'y deroulera du 13 au 16 novembre 2018, va changer la definition du kilogramme, du kelvin, de l'ampere et de la mole. C'est l'acte de naissance d'un systeme d'unites de mesure construit autour de sept constantes universelles, qui entrera en vigueur en mai prochain.