
Entre mars 2020 et février 2021, la pandémie Covid-19 a généré près de 22 000 décès en Belgique, soit l’épisode le plus meurtrier de son histoire démographique depuis la Seconde Guerre Mondiale. Dans une perspective comparative des différentes vagues de la pandémie, cet article a pour objectif principal de dresser le bilan de la surmortalité liée à la Covid-19 selon l’âge, le sexe, la situation de ménage et le groupe social. Les analyses se basent sur des données agrégées fournies par STATBEL (office belge de statistiques). Des indicateurs de surmortalité sont calculés afin de comparer la situation de l’année 2020 avec celle observée durant la période de référence 2015-2019. A partir des données du Registre national, des tables de mortalité par sexe, région et groupe social ont été calculées. Elles permettent d’estimer la perte d’espérance de vie en 2020 par rapport à 2019 et la contribution spécifique des différents groupes d’âge à cette diminution.
Traversé par de nombreuses crises politiques, économiques, environnementales et humanitaires, Haïti fait face à d’importants défis en matière de santé sexuelle et reproductive, parmi lesquels figure en bonne place la fécondité des adolescentes. Cet article examine l’évolution entre 1994 et 2016 de la proportion de mères adolescentes, du taux de fécondité des adolescentes, du nombre moyen d’enfants nés durant l’adolescence (descendance finale adolescente) et de la descendance finale « totale » comparée entre les femmes ayant été mères adolescentes et celles qui ne l’ont pas été. Il explore aussi les profils des mères adolescentes ainsi que les facteurs associés à la fécondité adolescente à Haïti. L’étude se base sur l’analyse des données des 5 enquêtes démographiques et de santé que le pays a réalisées entre 1994 et 2016. Elle mobilise à la fois des méthodes descriptives (calculs d’indicateurs, tableaux croisés, analyse en composantes multiples) et une méthode de régression logistique binaire. Les résultats montrent que même si les différents indicateurs de fécondité ont baissé chez les adolescentes, leur baisse demeure moins prononcée que chez les autres femmes. Ils indiquent en outre que ce sont la précocité des relations sexuelles, la précocité de la cohabitation, la mauvaise connaissance du cycle ovulatoire, la faible utilisation des méthodes contraceptives modernes, la pauvreté et le faible niveau d’instruction qui distinguent les mères adolescentes des autres femmes.
Le vieillissement démographique suscite des inquiétudes quant à ses effets sur la croissance de l’offre agrégée de travail. Cependant, la quantification de ces effets se limite très souvent à l’augmentation des personnes âgées au détriment des autres groupes d’âge. Cet article propose une analyse quantitative plus rigoureuse de l’offre agrégée de travail et de la contribution des changements démographiques et comportementaux à son évolution au Canada entre 1981 et 2016. Si les résultats confirment que l'effet global du vieillissement démographique sur l'offre agrégée de travail au Canada est négatif, ils apportent cependant des nuances quant à la distribution de cet effet par âge, au rôle des changements de comportement individuel et à la contribution des immigrants.
Les études portant sur les violences faites aux enfants sont nécessaires pour accélérer les progrès vers la prévention de cette pratique néfaste. Cette étude examine l’influence des attitudes personnelles des enfants et des normes communautaires perçues concernant la punition verbale et corporelle sur les violences subies par les enfants au Burkina Faso. L’analyse repose sur un échantillon représentatif de 5 504 enfants âgés de 12 à 17 ans, issu d’une enquête nationale réalisée entre mars et juin 2018 par l’Institut Supérieur des Sciences de la Population (ISSP) dans les 13 régions du pays. Les résultats révèlent que l’acceptation de la punition verbale parentale ainsi que la perception par les enfants d’une tolérance communautaire envers la punition corporelle sont positivement associées à une exposition accrue aux violences faites aux enfants durant l’année écoulée. Ces résultats soulignent la nécessité de mettre en oeuvre des approches programmatiques et interventionnelles telles que la mobilisation communautaire, les campagnes de communication de masse, la diffusion d’innovations sociales et les stratégies de prévention ciblées. Ces initiatives visent à transformer les normes sociales liées à la violence envers les enfants, que ce soit directement ou en influençant les attitudes et comportements.
De plus en plus d'études s'intéressent aux inégalités de patrimoine entre les différents groupes sociaux, cette ressource étant particulièrement importante dans un contexte de vieillissement de la population. Jusqu'à présent toutefois, peu de recherches se sont penchées sur les différences de genre en matière de patrimoine, surtout dans les contextes canadiens et québécois. Le présent article comble ce manque en comparant la richesse accumulée des hommes et des femmes ne vivant pas avec un autre adulte au Canada et au Québec. À l'aide de régressions quantiles et de l'Enquête sur la sécurité financière, nous décrivons les écarts de patrimoine entre les hommes et les femmes aux 25e, 50e et 90e percentiles. Nos résultats indiquent que des inégalités existent, surtout au 90e percentile, et qu'elles sont magnifiées par la présence d'enfant(s). Les écarts de richesse sont expliqués en partie par les différences de revenus entre les hommes et les femmes, mais aussi par la propension plus faible des femmes d'être propriétaires d'entreprise et d'avoir reçu un héritage comparativement aux hommes.
Même si les trajectoires migratoires internationales s'avèrent souvent complexes, les individus pouvant aller et revenir avant d'effectuer une migration d'installation durable, la migration durable est souvent conçue et analysée comme un mouvement unique et unidirectionnel, d'un pays d'origine à un autre de destination. L'effet que pourraient avoir les courts séjours sur la migration d'installation durable dans le pays de destination n'est ainsi pratiquement pas abordé dans les études quantitatives des déterminants de la migration internationale. En s'appuyant sur des données collectées dans le cadre du projet « Migrations entre l'Afrique et l'Europe », cette étude examine l'effet du séjour de courte durée sur la migration durable, prenant en compte d'autres déterminants connus de la migration. Les résultats, basés sur des modèles de risque et durée en temps discret pour la période 1951-2008/2009, indiquent que le séjour de courte durée a un effet positif sur la migration durable pour les trois flux considérés, bien que cet effet soit beaucoup plus important pour les Congolais que pour les Ghanéens et les Sénégalais. L'effet d'une migration de court séjour dépend par ailleurs de l'année où elle s'effectue pour les migrants congolais, alors que cette interaction n'est pas significative pour les Sénégalais et les Ghanéens. Ainsi, le contexte du pays d'origine, voire son évolution au cours du temps, peut modifier la relation entre le séjour de courte durée et la migration durable.
La surqualification consiste à occuper un emploi qui requiert un niveau de formation moindre que celui qui a été acquis. Cet article analyse les données des recensements canadiens de 2006 et 2016 pour décrire l'étendue de la surqualification des diplômés universitaires québécois, son évolution entre les deux dates ainsi que les facteurs qui y sont associés. Il permet de constater une légère baisse du phénomène qui touche encore 36,4 % des diplômés universitaires en 2016. Parmi les six catégories de facteurs dont l'association avec la surqualification est examinée (sexe et âge ; compétences linguistiques ; situation familiale ; région ; marqueurs d'origine géographique, domaine du diplôme), ce sont les marqueurs d'origine géographique qui ont l'effet net le plus important. L'analyse met aussi au jour d'importantes variations entre les régions du Québec dans l'effet net des compétences linguistiques sur la surqualification des diplômés.
Une manière originale d’étudier le contexte du vieillissement démographique est de l’aborder par le biais de la sédentarité résidentielle des personnes âgées et, corollairement, de leur propension à émigrer à l’échelle locale. Notre contribution s’inscrit dans le cadre d’une analyse spatiale du comportement de mobilité des populations résidant dans les localités urbaines, périurbaines et rurales de Wallonie (Belgique). En exploitant les données du Registre national belge, elle se focalise sur les populations du groupe d’âge de 55 à 64 ans en 2011 et leur devenir 5 ans plus tard en 2016 à l’âge de 60-69 ans, c’est-à-dire la population autour de l’âge de la retraite. Pour la première fois depuis plus de 20 ans en Belgique, des données de migrations intra-communales au niveau du changement de logement sont utilisées. Ces données redessinent la vraie intensité spatiale du risque de migrer de logement, avec une analyse de la destination, soit en restant dans le quartier, en dehors du quartier ou en dehors de la commune. Dans un contexte où le vieillissement démographique fait l’objet de différentes attentions dans les régions belges, mais aussi dans l’ensemble de l’Europe, cette analyse portant sur les personnes autour de l’âge de retraite devrait contribuer à éclairer les politiques publiques sociales, du logement et de l’aménagement du territoire.
Malgré de nombreux progrès, les maladies diarrhéiques demeurent la principale charge de morbidité chez l’enfant en milieu urbain d’Afrique subsaharienne. Dans ce contexte, la présente étude traite du rôle que joue l’environnement immédiat (du ménage et du quartier) sur la morbidité diarrhéique chez les enfants de 2 à 10 ans vivant dans l’agglomération de Dakar, la capitale du Sénégal. La recherche a adopté une approche de méthodes mixtes et a été menée en deux étapes. La première est quantitative et la seconde, qualitative. Les résultats montrent, premièrement, que les comportements individuels en termes de santé sont souvent une fonction de l’environnement immédiat. Ils révèlent aussi que les indicateurs statistiques couramment utilisés pour mesurer l’assainissement donnent, dans certains cas, une compréhension biaisée des conditions de vie des populations concernées. Ainsi, l’étude illustre comment la triangulation des approches quantitative et qualitative permet d’obtenir une image plus fiable de ces aspects et de pallier les sources de biais inhérentes à chacune des approches. Elle avance aussi les bénéfices liés au fait de baser la construction de l’instrument quantitatif sur un volet qualitatif exploratoire, afin de mieux adapter les informations chiffrées aux conditions spécifiques de vie des individus et des ménages.
Depuis les années 2000, les gouvernements belges qui se sont succédé ont pris des mesures pour accroître le taux d’emploi et pour favoriser le maintien des travailleurs âgés en activité. Cependant, la Belgique continue d’être caractérisée par un faible taux d’emploi chez les 55 à 64 ans. Cet article tente d’en comprendre les raisons à travers deux questions : pour quelles raisons quitte-t-on le marché du travail et qui sont les travailleurs poursuivant leur activité professionnelle après l’âge légal de la retraite ? Ces analyses s’inscrivent dans le cadre théorique du parcours de vie et des processus de standardisation/déstandardisation, institutionnalisation/désinstitutionnalisation.
Cet article rappelle dans un premier temps les fondements de l’approche biographique, le paradigme des parcours de vie qui lui est associé et les origines de la fiche Ageven , outil développé pendant les années 1980 dans le cadre d’enquêtes rétrospectives et de l’analyse démographique des biographies. Nous présentons dans un deuxième temps une version renouvelée à usage qualitatif de cet instrument, en incluant des niveaux d’observation à la fois individuel, familial et contextuel, et en ajoutant le repérage de séquences dans les histoires de vie recueillies, à partir de l’identification des ruptures biographiques . La fiche Ageven , ainsi convertie simultanément en outil de représentation et d’analyse de données biographiques qualitatives, dévoile de larges possibilités d’application sur des problématiques démographiques et sociologiques variées, illustrées par l’exemple de la maternité adolescente au Mexique.
Pendant la retraite, la mobilité résidentielle ne répond plus aux exigences du travail, mais à une diversité de motifs évoluant avec l’avancée en âge. L’objectif de cet article est de comprendre ce qui se joue et se renégocie en matière de sociabilité et de soutien chez les retraités qui déménagent, sachant que cette action pourrait être un moyen d’anticiper les conséquences du vieillissement. Après avoir dressé un panorama des grands motifs de la mobilité résidentielle à la retraite en France, notre approche qualitative permet de mettre en évidence une plus grande complexité des logiques de l’action. En s’appuyant sur les données de gestion de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV) pour la sélection des enquêtés, notre dispositif d’enquête a permis de réaliser en 2015 et 2016, sur trois terrains d’études très différents, 72 entretiens semi-directifs auprès de retraités du régime général ayant réalisé un déménagement dans les 18 derniers mois. Que les mobilités résidentielles soient de courte ou de longue distance, on réalise alors qu’elles posent constamment la question des relations aux proches et celle des soutiens. Si dans les sociétés vieillissantes les retraités s’inscrivent plus que jamais dans des relations intergénérationnelles, le renforcement de l’autonomie entre les générations conduit à les faire évoluer. En déménageant, les retraités cherchent majoritairement la « bonne distance » à l’égard de leurs enfants pour poser les principes de la solidarité entre générations, et cela même s’ils maintiennent un soutien renforcé à l’égard de leurs parents âgés (quand ces derniers sont encore en vie).
La planification familiale est l’un des thèmes majeurs étudiés en démographie. Les questions liées à la prise de décision en matière de contraception y sont notamment examinées. Cet article est une illustration de l’apport d’une approche qualitative dans l’étude de ces dernières. La problématique centrale est celle de la responsabilité contraceptive. Les données exploitées proviennent d’entretiens semi-directifs réalisés auprès de femmes dans la ville de Yaoundé au Cameroun. La technique de recueil d’informations utilisée offre aux enquêtées un cadre d’expression sur le sens qu’elles donnent à leurs pratiques contraceptives. Elle fournit au chercheur des outils pour élaborer une grille de lecture non seulement des perceptions des enjeux de la régulation de la fécondité, mais aussi des logiques sous-tendant la prise de décision relative au recours à la pilule contraceptive d’urgence.
Alors que le baby-boom est connu bien au-delà de la communauté scientifique, ses causes ne font toujours pas consensus parmi les chercheurs. De nouvelles approches ont émergé ces dernières années, les unes qualitatives, les autres quantitatives. Dans cet article, nous présentons un design de recherche qui articule ces types de données, leurs modes de collecte et leurs analyses. Nous nous basons sur un échantillon de calendriers de vie collectés parmi les résidents suisses de 65 ans et plus, qui a été complété pour un sous-échantillon de récits de vie. Demander à des personnes âgées de rapporter leur vie implique des oublis (volontaires ou non), des erreurs ou approximations. Nous en discutons les implications en matière de qualité, de validité et de représentativité des données. L’approche du parcours de vie offre le cadre nécessaire pour approcher la complexité des trajectoires individuelles, pour situer les biographies dans des contextes qui évoluent et pour intégrer les matériaux objectifs et subjectifs. Deux types de méthodes statistiques (exploratoire et confirmatoire) sont ensuite combinées avec le jugement rétrospectif des individus sur leurs trajectoires.
L’idée de reporter l’âge normal 3 de la retraite au Canada s’inscrit dans un questionnement politique plus large concernant les défis posés par le vieillissement de la population. Soucieux de contrôler les coûts et de mitiger l’effet du ralentissement de la croissance de la main d’oeuvre, certains décideurs proposent de repousser l’âge normal de la retraite afin d’assurer la pérennité du Régime de pensions du Canada. C’est dans ce contexte que cette analyse propose une nouvelle méthode d’estimation du nombre d’années potentielles de travail perdues avant 65 ans, en fonction des retraites volontaires, involontaires et relatives à la mortalité, de 1977 à 2014 au Canada. Alors que la mortalité chez les hommes et les retraites involontaires chez les femmes étaient les principales sources d’années de travail perdues avant 65 ans dans les premières années étudiées, la chute de l’âge effectif de la retraite observée jusqu’au milieu des années 1990 était par contre principalement alimentée par les retraites volontaires. Ces départs volontaires sont aussi responsables du report de la retraite constaté dans les vingt dernières années. Dans l’éventualité où les décideurs publics plancheraient sur de nouvelles politiques touchant la retraite, les résultats obtenus dans cette analyse montrent qu’il est important de tenir compte de la prépondérance des facteurs qui incitent les travailleuses et travailleurs canadiens à quitter le marché de l’emploi en fin de carrière.
Au cours des années 2000, la politique migratoire du Canada a donné lieu à des développements visant l’accroissement du recours aux travailleurs étrangers munis d’un statut de résidence temporaire. Ce recours accru s’inscrit dans une tendance observée dans plusieurs pays du Nord qui consiste à valoriser et à faciliter la mobilité des travailleurs dans un marché du travail mondialisé. En dépit de la place croissante de ces travailleurs sur le marché du travail canadien, on connait encore peu de chose à leur sujet. Le présent article vise à pallier une partie de cette lacune en caractérisant ces travailleurs sur le plan professionnel et en analysant l’effet de leur statut de résidence sur leur revenu d’emploi. S’appuyant sur les données du recensement canadien de 2016, l’analyse révèle que les travailleurs temporaires possèdent, globalement, un revenu d’emploi inférieur à celui des immigrants économiques, qu’ils soient établis depuis peu au Canada ou qu’ils y soient depuis plus longtemps. En outre, elle montre que le statut de résidence temporaire peut devenir un facteur qui désavantage le travailleur et s’avérer un frein à l’amélioration de son revenu au fil du temps.