
Le domaine culturel a été touché par plusieurs crises ces dernières années et l’est à nouveau récemment : financières (2007-2008, 2014-2015, 2020, 2024-2025 partiellement), sanitaire avec le covid-19 (2020-22), climatique (depuis plusieurs années avec des mesures de prévention, mais seulement récemment pour des mesures correctives). Il est concerné comme d’autres secteurs d’activités, nationalement et territorialement, cependant avec une acuité particulière du fait de son caractère fragile et facultatif. Il est en effet souvent considéré en premier dans les coupes budgétaires, ainsi que comme non essentiel et même dangereux dans la lutte contre la pandémie pour ses activités nécessitant une présence hors de chez soi, et impactant négativement le climat sur le plan écologique (déplacements, énergies, matériaux…). L’objectif de cette contribution est de préciser les logiques à l’oeuvre dans les réponses du domaine culturel à ces crises en France et au Québec.
This paper analyzes the Canada Housing Survey (CHS) first-wave data (2018) to examine the relationship between various aspects of neighbourhood satisfaction and rental housing type (e.g., government, co-operative, not-for-profit [NFP], and private) inherited from past Canadian housing policies. Using partial proportional odds models, we consider feeling of safety, resource accessibility, and community/neighbourhood satisfaction. This approach allows for nuanced interpretations beyond purely objective measures, encompassing factors like service adequacy, personal characteristics, and neighbourhood issues. CHS data reveal lower neighbourhood satisfaction among renters, with public housing showing lower satisfaction and lower feelings of safety compared to other housing types. Co-operative and NFP housing appear to offer less favourable options for tenants occupying a subsidized unit in terms of access to services responding to their needs. Finally, a predominance of personal characteristics appeared in the modelling, which we believe demonstrates persistent inequality in Canada linked with urban design and housing access for historically marginalized groups.
Au Québec, malgré des tarifs d’électricité les plus bas en Amérique du Nord, plusieurs ménages sont en précarité énergétique, c.-à-d. qu’ils n’ont pas les moyens ou l’accès aux services énergétiques résidentiels nécessaires pour répondre à leurs besoins. Afin d’améliorer les connaissances sur la précarité énergétique et guider une transition énergétique et climatique juste et équitable, cette étude poursuit trois objectifs: 1) quantifier l’ampleur de la précarité énergétique au Québec; 2) identifier les facteurs qui lui sont associés; et 3) quantifier son effet sur la santé et le bien-être de la population québécoise. Les données combinées et pondérées pour les cycles d’enquête de 2018 et 2021 de l’Enquête canadienne sur le logement ont été analysées. Selon la mesure retenue, entre 9% et 16% des ménages québécois font face à la précarité énergétique. Celle-ci est plus élevée chez les locataires, chez les personnes âgées, vivant seules, ayant un faible niveau de revenu et de scolarité, et vivant dans un logement inadéquat. Elle est associée à une santé générale et mentale moins bonne, et à une plus faible satisfaction à l’égard de la vie. Porter une attention aux besoins énergétiques des ménages pour qui l’accès inadéquat aux services énergétiques compromet leur bien-être s’avère primordial afin d’appuyer la mise en oeuvre de politiques et programmes qui rejoignent les ménages qui en ont le plus besoin.
Au Bénin, la décentralisation se matérialise par le transfert de ressources financières de l’État vers les collectivités locales (CL). Toutefois, l’analyse du lien entre ces transferts et le développement local demeure encore peu explorée dans la littérature empirique. Cette étude vise à combler ce vide en examinant l’effet des transferts de l’État sur le développement local des collectivités béninoises. Elle met en évidence l’impact différencié des transferts, qu’ils soient conditionnés ou non, sur le développement local. Sur le plan méthodologique, l’étude s’appuie sur une analyse économétrique de données de panel couvrant 77 communes béninoises sur la période 2003–2022, en mobilisant la méthode des Moindres Carrés Entièrement Modifiés (Fully Modified Ordinary Least Squares – FMOLS). Les résultats empiriques montrent que les transferts conditionnés au secteur de la santé (FADeC affecté santé) sont positivement liés au développement local. En revanche, les autres transferts, notamment ceux conditionnés au secteur de l’éducation (FADeC affecté éducation), présentent une corrélation négative avec le développement local. Ces résultats mettent en évidence plusieurs implications majeures pour la conduite des politiques de décentralisation et de développement local au Bénin, en soulignant notamment l’importance du ciblage sectoriel et de l’efficacité de l’allocation des ressources transférées aux CL.
L’article vise, à travers le modèle systémique des politiques publiques de Vincent Lemieux (2009) combiné au concept de responsabilité sociale des entreprises (RSE), à comprendre les raisons et facteurs qui expliqueraient la difficulté de la Compagnie de Bauxite de Guinée (CBG) à développer un système de gouvernance partenariale permettant de générer des retombées locales durables à Boké. Il souligne à travers une étude qualitative et empirique, l’évolution de la gouvernance partenariale de la multinationale face à son environnement mouvant et évolutif. Il démontre également l’ambiguïté de comportement de la CBG devant les nouvelles politiques publiques de responsabilité sociétale des entreprises et de « contenu local ». Enfin, il conclut sur la nécessité d’évaluer l’opportunité de s’adapter à son nouvel environnement mouvant par une revisitation de ses activités, de sa collaboration avec la structure de ses parties prenantes, et de la viabilité de ses finalités vers un développement durable. L’article s’inscrivant dans le champ des politiques publiques en sciences régionales et développementales, nous éclaire en définitive sur les dynamiques de relations État-entreprise-communautés à travers la filière bauxitique en Guinée dans un contexte de réformes de son industrie extractive pour une transition vers le développement durable.
Face à la pollution irréversible au plomb et au cadmium de terres agricoles et à l’interdiction administrative depuis 2015 d’y pratiquer des cultures alimentaires, quelles adaptations les agriculteurs dont les exploitations sont situées près de l’ex-site de la fonderie de plomb Metaleurop ont-ils choisies ? Comment ces agriculteurs appréhendent-ils les injonctions qui leur sont faites de réorienter leurs productions vers des filières non alimentaires, notamment la biomasse-énergie ou les huiles essentielles ? Cette étude analyse, à partir d’une enquête auprès d’agriculteurs de ce territoire et d’autres acteurs locaux, les perceptions et dynamiques autour des questions d’adaptation et de devenir de l’agriculture dans un contexte hérité d’industries polluantes. Elle rend compte non seulement des dommages que l’ancienne fonderie a occasionné pour l’agriculture locale, mais aussi des possibilités que ce lourd héritage ouvre malgré tout pour ce secteur productif. L’approche systémique des héritages des territoires anciennement industrialisés et de la transition agricole a servi de cadre théorique, tandis qu’une approche ethnographique a été privilégiée comme cadre méthodologique.
Cet article présente une partie des résultats d’une recherche-action qualitative qui avait pour objectif d’améliorer les pratiques d’intervention d’une entreprise d’insertion socioprofessionnelle destinée aux personnes judiciarisées ou socialement défavorisées. Mobilisant des entretiens de recherche semi-directifs avec les participants du programme (n=13) et les intervenants de l’entreprise (n=7), nous présentons ici une analyse bioécologique (Bronfenbrenner, 1979) des facteurs personnels, pratiques et organisationnels qui influencent le cheminement des participants sur le marché du travail. Nos résultats montrent que plusieurs des facteurs énoncés par les répondants (état de santé initial, salaire et conditions de travail, structure organisationnelle) concernent des niveaux systémiques (onto, micro et mésosystèmes) qui sont à la portée d’action de l’entreprise. Toutefois, une partie de ces facteurs (normes sociales, pandémie, statut du marché du travail) se trouve à dans les exo et macro systèmes, ce qui est hors de la sphère d’influence de l’organisation et donc, qui peut nuire à l’équilibre de la mission sociale et économique de l’organisme. Ces résultats enrichissent la littérature sur le sujet en plus d’offrir un éclairage régional à un corpus documentaire largement axé sur les grands centres urbains.
Plusieurs initiatives sont menées dans la région du Bas-Saint-Laurent, au Québec, pour valoriser les friches qui parsèment le territoire. C’est le cas des initiatives citoyennes et collectives de forêts nourricières et de plantations climatiques qui, depuis une dizaine d’années, s’affairent à créer de nouvelles expériences, sociales et écologiques, autour de ces espaces marginalisés et accueillant peu de biodiversité. Portés par des acteurs de la société civile, ces projets de plantation de végétaux sont créés dans l’intention de répondre à l’enjeu de la dégradation des milieux naturels, dont ceux forestiers, et de promouvoir des modes de protection de la nature qui soient mutuellement bénéfiques pour les humains et les autres êtres vivants. À partir de données ethnographiques et d’un cadre analytique anthropologique, cet article explore la vie sociale des friches reboisées et végétalisées, en exposant les relations nouvelles et les rapports à la forêt qui émergent d’une telle réhabilitation par le bas.
La participation citoyenne est considérée par plusieurs comme une condition importante, sinon essentielle, de la transition socioécologique. Plusieurs recherches ont montré que cette participation s’impose de plus en plus comme une obligation qui s’est institutionnalisée dans les plus grandes municipalités québécoises. Dans cet article, nous explorons dans quelle mesure et sous quelle forme la participation citoyenne est vécue dans le cadre de très petites municipalités québécoises. Notre étude portant sur trois cas de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean montre que dans ces très petites municipalités, la participation citoyenne est surtout associée à l’implication des citoyens dans la vie associative locale et tend donc à se situer en dehors du cadre de l’institution municipale. Cette façon propre d’envisager l’implication citoyenne amène les acteurs de ces municipalités à considérer que les outils et guides auxquels ils ont accès pour soutenir la participation sont mal adaptés à leur réalité. Cette recherche permet ainsi de mettre en lumière la réponse particulière des très petites municipalités québécoises à l’injonction à la participation citoyenne, spécialement dans le cadre de la transition socioécologique.
L’opinion publique est majoritairement favorable au développement d’un nouveau lien autoroutier entre Québec et Lévis. Plusieurs croient que l’ajout de voies autoroutières s’avère une façon efficace de régler le problème de congestion. Or, en pratique, la littérature suggère que cette solution n’atteint que rarement son objectif. Pour le moment, peu d’études ont tenté de chiffrer l’impact d’un possible 3 e lien sur la circulation et les choix modaux. Cette étude tente d’apporter certains éléments de réponse à partir d’un modèle multi-agents, MATSim. Les scénarios retenus indiquent des changements globaux marginaux dans les parts modales. Les variations sont toutefois plus importantes pour les agents qui traversent quotidiennement le Fleuve. Les économies de temps liés au trajet, estimées en moyenne entre 2 et 3 minutes, et la réduction des kilomètres parcourus dans les scénarios de simulation suggèrent, dans le scénario le plus positif, un bénéfice annuel d’environ 40 millions de dollars, un montant très éloigné de l’investissement nécessaire pour construire l’infrastructure.
Dans cette note méthodologique, une extension du test de randomisation développé par Dubé et al. (2023) est proposée sur des données de panel. L’exercice repose sur une spécification de type différence-en-différences et aborde quelques recommandations pour mieux implémenter les tests de randomisation dans le cadre d’études quasi-expérimentales. La méthodologie d’inférence statistique proposée peut être mobilisée dans plusieurs scénarios et modèles statistiques utilisant des données en panel.
Au sein des régions périphériques du Québec riches de leurs ressources naturelles, les divers territoires de gestion doivent affronter une double transition multidimensionnelle. Ils recherchent d’abord un nouvel élan régional vigoureux pour rompre les tendances négatives, notamment démographiques, de l’actuel contre-cycle structurel. Aussi, ces territoires doivent relever des impératifs environnementaux majeurs aux conséquences nombreuses. Considérant ces deux défis collectifs a priori incompatibles, ce texte questionne les arrangements institutionnels hérités des politiques publiques territoriales évolutives dans cette périphérie depuis la décennie 1960. À cet effet, la planification illustre une série de pratiques successives aux effets bénéfiques. Non optimale cependant, un important potentiel latent demeure en matière de conception et d’appropriation de leviers de développement. Un nouvel équilibre procédural devient nécessaire en planification territoriale afin de bien relever les enjeux de l’avenir immédiat.
L’interdépendance des métropoles avec leurs périphéries périurbaines traduit une relation étroite à l’activité économique. En prenant pour exemple les territoires de la Côtière et de la Plaine de l’Ain situés à l’Est de la Métropole de Lyon, cet article interroge la périurbanisation sous l’angle de la capacité de la représentation politique locale à s’affranchir de la dépendance à l’égard de la métropole. En formulant la proposition théorique de « régimes périurbains ». Ce papier entend caractériser les jeux d’acteurs des territoires périurbains au sein de l’interterritorialité économique dominante des métropoles. Ces acteurs cherchent à constituer un agenda d’aménagement spécifique en tirant parti des agencements institutionnels de l’action publique territoriale, du développement économique et de l’aménagement.
Au Québec, la diversification économique constitue un enjeu majeur pour les régions ressources caractérisées historiquement par un mode d’exploitation extractiviste et exportateur. À partir d’une approche relevant du néo institutionnalisme sociologique, cet article interroge le rôle des pouvoirs publics et des politiques publiques dans le processus d’institutionnalisation des niches productives émergentes. Deux facteurs importants de la stabilisation institutionnelle des niches sont analysés : d’abord, le travail institutionnel d’articulation entre un paysage extractiviste, des régimes de politique publique sectoriels et territoriaux, et des niches productives émergentes ; ensuite les processus de problématisation et d’instrumentation de la niche déployés par les acteurs. Ces propositions sont opérationnalisées par une étude de cas portant sur la mariculture québécoise, une niche productive émergente dans les régions maritimes québécoise au milieu des années 1990. Après s’être fortement cristallisée durant la décennie 2000, cette niche entre dans une période de stagnation à partir de 2010. L’analyse de ces trois périodes met en évidence le rôle des acteurs régionaux, professionnels et étatiques, mais aussi du contexte des politiques publiques dans l’émergence et l’arrimage de la niche à l’économie politique d’une région ressource. Cet article pointe le rôle majeur joué par l’État dans la stabilisation de la niche.
Cet article interroge un angle mort relatif de la théorie des régimes urbains. Cette théorie, qui insiste sur la stabilité des coalitions territorialisées d’acteurs publics et privés qui pilotent l’action publique de développement des villes, est peu disserte quant à la façon dont ces régimes se construisent ou la façon dont ils se transforment. Comment passe-t-on d’un régime à un autre, c’est-à-dire à la fois d’une coalition à une autre et d’objectifs de développement à d’autres ? La thèse de cet article, qui s’appuie sur l’analyse de deux agglomérations françaises (Nantes et Rennes), est que la notion de travail politique, qui permet de désigner un ensemble, à la fois complexe et fragile, d’opérations visant à fabriquer des arguments et à construire des alliances, permet de mieux appréhender les processus de modification des régimes territoriaux de développement.
L’objectif de cet article est de discuter de la question de la gouvernance des terres agricoles en proximité d’un grand centre urbain. L’analyse des conflits d’usage des sols permet de mettre en évidence les liens complexes entre le centre urbain et ses couronnes agricoles. Dans cette perspective, nous étudions le cas de la plus grande agglomération française, celle du Grand Paris (Île-de-France). Nous commençons par présenter les concepts et les enjeux qui imprègnent l’existence de cette agriculture périurbaine régionale, ainsi que notre approche méthodologique, développée à partir d’entretiens avec des experts locaux, d’une analyse de la presse quotidienne régionale et d’un suivi des réseaux sociaux, dans le but de croiser ces données pour mieux caractériser les conflits qui traversent les zones agricoles. L’étude montre en particulier qu’existent trois grandes sources de conflits, respectivement liées à l’étalement urbain et la spéculation immobilière, à l’installation d’infrastructures urbaines et à l’absence de gestion régionale des zones de production agricoles. Sur la base de ces résultats, nous discutons des relations entre acteurs locaux, des politiques publiques et des possibles restructurations organisationnelles afin de comprendre les enjeux sur la résilience alimentaire locale, les modes de production et les perméabilités entre systèmes urbains et ruraux dans la préservation de ces espaces de production agricole. Enfin, nous en tirons des conclusions sur l’avenir de ces zones agricoles.
In this paper, we discuss an operational framework to quantify and analyze regional economic development through the application of economic base theory. This theory asserts that regional development hinges not only on capturing income from outside the region (the basic sector), but also on the region’s ability to retain this income and circulate it locally for community benefit (in the non-basic sector). Our study focuses on Bahia, the largest state in Brazil’s Northeast Region, with a particular emphasis on its regiões geográficas imediatas (commuting zones). The study’s original contribution is to apply the economic base model in a Global South context using income data rather than employment data as a proxy. The available Brazilian data allow us to include in our analysis income flows that are generally overlooked in mainstream economics and entirely omitted from applications of this theory in the Global North. The findings underscore the pivotal role of informality, non-monetary income, and transfers, prompting further examination of regional income and its diverse sources in economic development analysis. Based on our results, we argue for a broader understanding of territorial economies as complex systems of socially embedded practices. This perspective calls for regional studies to shift away from the prevailing productivist viewpoint and toward a more holistic approach that embraces the diversity and richness of territorial economies.
Factor misallocation across firms has been well-documented and for Canada, it appears that spatial misallocation of labour and capital across regions may have important implications for national economic growth. Spatial misallocation hinders economic efficiency by preventing resources from being allocated to their most productive uses, thereby constraining growth. Using Canadian data from 2000 to 2018, we find that labour productivity increased by approximately 1% annually, while capital productivity declined by around 1% per year. This is concurrent with an increase in the spatial misallocation of labour and a decrease in the spatial misallocation of capital. We examine the factors correlated with these inefficiencies and find that production subsidies are positively associated with higher spatial misallocation of factors, suggesting that such subsidies may help sustain less productive firms, dampening national economic growth.