
Résumé En 1994, le nombre de chômeurs devrait dépasser 18 millions dans l'Union Européenne, soit un taux de chômage d'environ 12 %. Selon notre projection, la reprise américaine et la baisse des taux d'intérêt en Allemagne, telle que pourrait la conduire la Bundesbank, ne permettraient pas d'atteindre une croissance suffisante en Europe dans les années à venir pour freiner la montée du chômage dans la plupart des pays européens. Que peut faire la politique économique ? Pour contribuer à ce débat, cet article évalue l'impact sur le chômage en Europe de différentes mesures de politiques économiques envisageables. Il utilise, quand cela est possible, le modèle MIMOSA. Une politique centrée sur une diminution rapide des déficits publics et sur le ralentissement des salaires limiterait encore la demande et contribuerait à prolonger la stagnation. Des mesures protectionnistes envers les importations des zones à bas salaires ne sont guère enviseables, ni politiquement, ni économiquement. Une stratégie de forte baisse de la durée du travail accompagnée d'une réorganisation de la production et d'une certaines baisse des rémunérations mensuelles pourrait aboutir à une forte réduction du taux de chômage sans inflation insoutenable dans la plupart des pays européens, mais ni les entreprises, ni les travailleurs en place n'ont intérêt à l'impulser. Aussi une politique économique plus volontariste serait-elle nécessaire. Elle devrait combiner une baisse forte et rapide des taux d'intérêt et une relance budgétaire temporaire comportant des baisses de cotisations employeurs (centrés sur les bas salaires) et soit des réductions des impôts portant sur les ménages, soit une relance de l'investissement public. Le chiffrage que nous avons proposé fournit un ordre de grandeur et livre une conclusion forte : une telle stratégie peut être efficace, pour un coût budgétaire raisonnable, sans remettre en cause l'objectif de stabilité des prix ; elle peut donc rencontrer l'adhésion des autorités monétaires.
Résumé Les pays de l'Asie du Sud- Est ont connu dans les deux dernières décennies un fort dynamisme économique et des taux de croissance de l'ordre de 7 %, qui contrastent avec la généralisation du chômage de masse et la faible croissance en Europe. Aussi certains ont accusé la politique commerciale agressive des pays d'Asie en développement d'être responsable des difficultés européennes, tandis que d'autres mettaient l'accent sur les facteurs internes de dynamisme de ces pays et voyaient dans leur émergence une chance à saisir pour l'Europe. Si les échanges de l'Asie en développement avec la CE ont crû rapidement, ils restent modestes et ne représentent en 1992 que 1,4 point du PIB communautaire pour les importations, 1 point du PIB pour les exportations. Toutefois, comme les importations sont réalisées à bas prix, elles évincent une part plus importante de la production européenne. En sens inverse, elles induisent des baisses de prix et des gains de pouvoir d'achat en Europe. Les pays d'Asie en développement, pris dans leur ensemble, ont un solde commercial globalement équilibré, mais sont excédentaires vis-à-vis de l'Europe et des Etats-Unis, et déficitaires vis-à-vis du Japon. Les investissements directs des firmes européennes dans cette région sont d'ampleur négligeable : les délocalisations passent surtout par des accords de sous-traitance. La sous-évaluation des monnaies des pays d'Asie en développement par rapport aux taux de change de PPA correspond à la fois à leur niveau de développement et à une stratégie visant à limiter les importations aux biens d'équipement indispensables et à inciter leurs producteurs à se tourner vers l'exportation. Cette stratégie s'est avérée gagnante. Mais elle permet à leurs partenaires de bénéficier d'importations à bas prix et d'exporter des biens d'équipement. Cependant l'émergence de cette zone a entraîné de fortes destructions d'emplois dans certains secteurs de l'industrie française. En tenant compte de leurs exportations, de leurs achats en France, de leur concurrence sur les marchés tiers, une évaluation macroé- conomique, réalisée avec le modèle Mosaïque, chiffre les pertes d'emplois en France à 190 000 ou 230 000, selon les hypothèses retenues. Les importations en provenance des pays à bas salaires évincent de leurs emplois les travailleurs non qualifiés et augmentent les inégalités sociales et le chômage dans les pays riches si aucune mesure de redistribution n'est prise. Aussi, une politique active de subvention aux secteurs et aux travailleurs directement concurrencés est-elle nécessaire. Par contre, la proposition consistant à remplacer des cotisations employeurs par une « TVA sociale » est illusoire. Il est erroné d'accuser ces pays de dumping monétaire, salarial, ou social. Une taxation spécifique des produits en provenance des pays à bas salaires serait foncièrement égoïste et injustifiable. L'Europe doit savoir accueillir les nouveaux pays industrialisés, permettre aux pays de l'Est et du Sud de suivre leur exemple, en même temps qu'elle doit retrouver elle-même une croissance plus satisfaisante. Cela nécessite une politique économique plus active (baisse des taux d'intérêt, relance économique) ; une réforme fiscale pour rapprocher le coût social du coût privé du travail (en particulier pour le travail non-qualifié) ; des mesures pour redistribuer aux travailleurs directement touchés par la concurrence des pays à bas salaires les gains que procure le commerce avec ceux-ci.
Résumé La convergence réelle n'a pas été directement adressée dans les critères formels du Traité de Maastricht. Elle hante pourtant la crise monétaire européenne et alimente le doute sur la réalisation de IVEM. La convergence réelle concerne la capacité d'un pays d'absorber des chocs asymétriques sans recourir à une modification de son taux de change nominal. C'est aussi à plus long terme la possibilité pour un pays de préserver la croissance compatible avec le meilleur emploi de ses ressources au sein d'une union monétaire. Les moyens de la convergence réelle doivent être recherchés du côté de l'offre dans la combinaison des facteurs de la compétitivité-prix et de la compétitivité hors prix. Le présent article étudie ces facteurs à la fois théoriquement et empiriquement pour mesurer les forces et faiblesses des cinq plus grands pays de la Communauté. Les différences structurelles entre ces pays demeurent considérables. Seules la France et l'Allemagne paraissent capables de soutenir la concurrence du marché unique sans modification tendancielle des taux de change réels. Pour les autres pays, les variations des taux de changes nominaux depuis septembre 1992 ont aidé les dépréciations réelles qui demeurent indispensables.
Résumé A la signature du traité de Maastricht, en février 1992, les finances publiques italiennes affichaient des soldes profondément dégradés et le stock de dette publique dépassait le montant du revenu national annuel, tandis que le taux d'inflation, bien qu'en recul par rapport aux niveaux atteints au début des années quatre- vingt, demeurait sensiblement supérieur à celui des principaux partenaires européens. L 'origine de ces déséquilibres est ancienne : avant même le premier choc pétrolier, le déficit public s'était creusé sous l'effet d'une augmentation rapide des dépenses et d'un ajustement insuffisant des recettes publiques. La série ininterrompue de déficits publics enregistrée depuis lors n'a eu, pendant une décennie, que des effets modérés sur le stock de dette publique en raison de la persistance d'une forte inflation, qu'elle contribuait à alimenter par la monétisation de la dette, et qu'entretenaient des mécanismes automatiques d'indexation des salaires. L'adhésion, dès 1979, de l'Italie au Système monétaire européen (SME) a permis aux autorités monétaires nationales d'acquérir une plus grande autonomie et d'engager le processus de désinflation ; mais la montée des taux d'intérêt et le recul de l'inflation ont alors donné une impulsion majeure à l'accroissement de la dette publique et les augmentations de dépenses publiques n'ont pas été maîtrisées, tandis que la hausse des recettes, bien que substantielle, demeurait insuffisante. Cette détérioration des comptes publics et la trop lente décrue de l'inflation ont, certes, permis de réaliser des performances macroéconomiques relativement bonnes dans les années quatre-vingt, mais au prix de déséquilibres croissants, notamment dans les échanges extérieurs du fait de pertes quasi continues de compétitivité, surtout après 1987, lorsque le taux de change de la lire a cessé de se déprécier. Face à ces évolutions insoutenables et prenant appui sur les nécessités de la convergence inscrite dans le traité de Maastricht, les autorités italiennes ont entrepris, à partir de 1992, un ambitieux programme d'assainissement des finances publiques et obtenu la désindexation des salaires. Pourtant, ce « tournant de la rigueur » à l'italienne, dont les premiers fruits sont visibles sur les soldes publics et sur l'inflation, ne semble pas avoir engendré la récession que beaucoup redoutaient. Certes la contraction de la dépense intérieure est très sensible en 1993 ; mais la dépréciation de la lire depuis sa sortie du mécanisme de change du SME, en septembre 1992, a dopé les exportations et réduit les importations, sans avoir de conséquences apparentes sur l'inflation interne. Le dosage des politiques économiques apparaît ainsi particulièrement approprié et la manœuvre d'ajustement bien engagée. Toutefois, la situation des finances publiques demeure précaire : la progression de la dette publique est certes freinée et il est prévu qu'elle se stabilise à l'horizon de 1996, mais à un niveau si élevé que tout ralentissement de l'activité et toute hausse des taux d'intérêt risqueraient de la mettre à nouveau sur un sentier de croissance explosive.
Résumé Faut-il s'attendre à ce que la baisse des taux d'intérêt observée en Europe depuis plusieurs mois se répercute intégralement dans l'allégement du coût des crédits bancaires et stimule ainsi la croissance du crédit qui favoriserait la reprise des dépenses d'investissement des entreprises et de logement et de consommation des ménages ? Les Etats-Unis ont précédé l'Europe dans les évolutions conjoncturelles récentes et dans la baisse des taux, courts notamment, et il semble que l'on puisse tirer de l'analyse des comportements bancaires américains depuis trois ans, quelques enseignements concernant les évolutions probables de ce côté-ci de l'Atlantique. Certes les conditions initiales et l'environnement réglementaire et structurel ne sont pas les mêmes : la déréglementation et l'innovation financières ont été, aux Etats-Unis, plus précoces et plus poussées qu'ailleurs ; les structures bancaires y sont plus fragmentées et, dans une certaine mesure, plus fragiles ; enfin les phénomènes de surendettement de certaines catégories d'agents y ont été plus massifs qu'en Europe, à l'exception peut-être du Royaume-Uni. La situation des banques américaines était, en moyenne, plus dégradée au début de la présente décennie que celle des banques françaises aujourd'hui. Mais leur redressement a été très sensible, au point que le secteur bancaire affiche à présent des performances, en termes de rentabilité des actifs, qui le placent en tête des classements internationaux. Les banques américaines ont mis à profit la très forte baisse des taux d'intérêt à court terme et le rétablissement de la structure des taux en accroissant considérablement leurs marges d'intérêts et pratiquant une politique de crédit très sélective. L'encours total des crédits bancaires s'est contracté et la part des titres publics dans l'actif du secteur a été beaucoup accrue. De ce fait, si le financement du déficit public en a été facilité, la baisse des taux n'a pas donné à la croissance des crédits et des dépenses l'impulsion escomptée. Pourtant, l'assouplissement de la politique monétaire a incontestablement eu des effets bénéfiques, ne serait-ce que parce qu'en permettant aux banques de redresser leur résultat et de restructurer leur bilan, il a évité le déclenchement d'une crise bancaire et financière dont les conséquences sur l'activité réelle eussent sans doute été dramatiques.
La chronique est cette fois-ci consacrée à la nouvelle explosion de la scolarisation depuis le milieu des années quatre-vingt. Des effectifs plus nombreux atteignent le baccalauréat et la scolarisation se prolonge à des âges plus avancés. Une enquête qualitative portant sur les lycéens analyse leurs attitudes contrastées face à leur avenir scolaire et professionnel. La progression importante de la formation continue dans les entreprises entraîne, malheureusement, de moins en moins de mobilité professionnelle. Un premier bilan sur le Revenu minimum d'insertion révèle une nouvelle catégorie de pauvres. Quelques nouveaux facteurs laissent supposer que la consommation alimentaire va continuer d'augmenter en masse et à baisser moins que prévu en pourcentage des dépenses des ménages. Enfin une question est posée : les changements d'attitude constatés marquant la quarantaine sont-ils un effet d'âge ou de génération ?
"The purpose of this paper is to present evidence for a long term link between employment and population [in rural France]. A model is built in order to describe the interaction between employment, migration and natural population increase over 1962-1990. This shows how declining departments are bound within a vicious mechanism: while the decline of local employment leads to population outflow, the population decline contributes to a further employment fall." (SUMMARY IN ENG)
Résumé Les finances publiques font partie des critères retenus par les signataires du Traité de Maastricht pour apprécier l'état de convergence des économies et leur capacité à adopter la monnaie commune européenne dont l'entrée en vigueur est prévue pour 1999. Pour les membres de la CE, cela crée une norme supplémentaire d'évolution des dépenses publiques qui devrait les pousser à mieux coordonner leur politique budgétaire. L'expérience passée pourtant montre de leur part certaines difficultés à accepter cette coordination qui ne se fait en réalité que sous la contrainte. Le but du présent article est de montrer les difficultés des gestionnaires dans leur construction d'une politique budgétaire favorable à la croissance. Il cherche à expliquer, au travers de l'historique des finances publiques en Europe depuis trente ans, comment les relances qui ont suivi le premier choc pétrolier ont amené progressivement, du fait de l'alourdissement des dettes publiques, tous les Etats européens à conduire dans les années quatre-vingt des politiques restrictives, légitimées par le retour en vogue des idées libérales. Ces politiques ont permis à la plupart des Etats de réduire fortement leur déficit et donné l'illusion d'une convergence voulue ou spontanée dans leur démarche budgétaire. La récession du début des années quatre-vingt dix a révélé le caractère artificiel et très fragile de cette convergence : les Etats, malgré un attache- ment formel affiché au Traité de Maastricht, ont de nouveau laissé filer les déficits budgétaires de façon indépendante les uns des autres et à des niveaux tels qu'il est probable qu'en 1999 personne à part le Luxembourg ne respectera les critères retenus dans le traité ; elle a renforcé les tendances au repli national qui se sont concrétisées dans le destin du budget de la Communauté européenne qui reste d'un faible montant (1,2 % du Pib communautaire) et qui ne devrait vraisemblablement pas s'accroître.
Real Business Cycle, VAR Representation and the Openness of the French Economy Catherine Bruno, Franck Portier Two fruitful extensions of the RBC paradigm were recently developed. The first one concerns the open economy and is motivated by some empirical regularities in key international indicators:for instance, the strong correlation between savings (S) and investment (I) even if the degree of capital mobility is high and the character of the trade balance is countercyclical (ТВ). The second one concerns the introduction of other inputs into the production function, energy in particular. This extension is motivated by the major role that oil price shocks (pe) played over the last twenty years. In this paper, we combine these two extensions in order to replicate the French business cycle. We focus on international stylized facts (S-l, Pe-Y,TB-Y correlations) and on the empirical relevance of RBC model with technological shocks. Thus, we develop a theoretical model whose main characteristics are the following :the world real interest rate is exogenous, imported energy enters the production function, physical capital mobility is imperfect and financial asset substitutability too. This last assumption means that national agents prefer national assets: it is a convenient way of solving and simulating the RBC open-economy model. We then use two different techniques in order to validate the model :firstly, the comparison of observed and simulated second order moments and secondly the comparison of simulated impulse response functions with estimated VAR ones. The latter technique is new. It shows that the RBC model does not fit well the data, even though it performs well by the standards of the first technique.
Growth : the lost secret ? Équipe MIMOSA Since 1990, growth in the industrial countries has become again insufficient to prevent a further rise in unemployment. The announced recovery has been quite weak in 1992, except in the United States. Will it happen in 1993 and 1994 ? The dollar's rise, resulting of the decreasing gap between Germany and US interest rates, should moderate US activity, and stimulate the European growth. Inflation remains weak and oil and raw materials prices are stable. A strong recovery in investment is difficult to forecast as the capacity rates of utilisation remain low. Despite the decrease in nominal interest rates, real rates remain high. Consumption is weak, and fiscal policies generally restrictive. In the middle term (1994-2000), the average growth for OECD countries should be 2.4 % per year. The United States, having budgetary constraints and low productivity, should grow at only 2.2 %. Japan should slowly emerge from its present problems, reaching a 3.3 % growth. In Europe, West Germany should match again its potential growth (2.4 %), which should imply a global rate of 3 % a year for a unified Germany. The United Kingdom should acknowledge a certain recovery after its 2 year-long deep recession, with an average growth of 2.2 %. Growth in France should also be 2.2 %. Enduring rigorous fiscal policy, Italy should grow at only 1.9 % a year. The world GDP should rise 1.6 % in 1993, and 3.3 % a year from 1994 to 2000, due to the upsurge of New Industrial Countries, India and China. Eastern countries should enjoy sustained growth, but their production level should remain 15 % lower in 2000 than its 1989-level. The OECD growth should be quite weak, as economic policies hesitate between sustaining growth and balancing public and external accounts. Having accepted to deepen their budget deficit in 1991-1993, numerous governments are now limiting their spending and rising taxes, which is lowering activity. Nominal interest rates are low as inflation and growth are weak, but real interest rates remain far higher than the real growth rate. Low wage rises and the high level of unemployment both weigh on final consumption, leading firms to perceive low demand. European countries generally hesitate to devalue, along with a wage- freeze, that should perhaps reduce their unemployment rate due to competitiveness gains, but more surely endanger the European union process. Drastic policies to secure World economic growth, such as reducing real interest rates, sending massive capital flows toward East and South or co-ordinating fiscal stimulation, do not meet with unanimity among neither governments nor economists. The secret of growth seems to have been lost.
Pourquoi publier, en 1993, un ouvrage sur les cycles economiques ? Posee il y a seulement cinq ans une telle question valait a peine ďetre debattue. Dans de nombreux pays la croissance paraissait alors s'etre durablement installee ; le contre-choc petrolier marquait la fin des turbulences qui avaient fait devier l'economie mondiale de son sentier de croissance equilibree. L'idee ressurgissait qu'une politique economique rationnelle, associee a une cooperation internationale bien comprise, permettrait ďanticiper les ecarts de comportements et de prevoir tout derapage. (Premier paragraphe)
Cet article présente une analyse de l'entrée en récession de l'économie française et les perspectives de croissance à l'horizon de 1994. Des politiques monétaires inadaptées dans la phase de ralentissement engagée dès le second semestre de 1989 et un freinage durable de la consommation depuis la guerre du Golfe ont joué un rôle majeur dans l'accentuation du ralentissement alors que la politique budgétaire a laissé joué les stabilisateurs automatiques. Aujourd'hui, sans grandes marges de manœuvre, elle tente à la fois de relancer l'économie et d'enrayer l'aggravation des déficits publics, mais son impact sur l'activité sera probablement faible. La prévision envisage que les reprises modérées des pays anglo-saxons s'affirmeront et que les politiques monétaires, encore nettement assouplies, permettront à l'Allemagne, en récession profonde, de redémarrer lentement en 1994. La France connaîtrait elle-même une faible reprise en 1994 (1,2 %) — après un recul de 1 % du PIB en 1993 — soutenue par les exportations, un faible redémarrage de la consommation et l'arrêt de la chute de l'investissement. Le chômage toucherait plus de 3,5 millions de personnes. Un tel scénario n'en exclut cependant pas d'autres, beaucoup plus pessimistes. Après une présentation synthétique différents thèmes sont développés. Enfin l'annexe actualise, comme chaque année, l'article « Révisions successives des comptes nationaux et de l'emploi, quelques ordres de grandeur », paru dans la Revue de l'OFCE, n° 35, en janvier 1991, à l'aide des comptes de 1992. Elle présente également des tableaux synoptiques de nos prévisions pour les années 1990, 1991 et 1992.
Strength makes union Département des diagnostics As the United States are witnessing a maturing expansion phase, Europe and Japan have not yet got out of the recession. With no inflationary pressures, the United States have some leeway to grow, allowed for by a still accomodating money management. But employment opportunities and the confidence of households keep lagging. There lies the main impediment to a strong American growth : an annual rate of 2 % in the course of 1994 is unlikely to be much exceeded. The Japanese recovery will post an unusual slowness. It is subject to a prior restoring of the industrial and commercial balance sheets. Any excessive revaluation of the yen would endanger this process. The output will increase modestly in 1994 (+ 1,6 % from + 0,5 % in 1993). German has shifted more visibly to a rational management of the unification burden, which will prove finally favourable to the monetary anf financial easing in Europe. For the time being the German adjustment bears on the European business conditions : eradicating the inflationary pressures and curbing labour costs will still need the full 1994 year to be completed ; the German activity will reach its trough during the first half of 1994, when tax increases and cuts in benefits will hamper private consumption ; with a cautious return to a more normal monetary stance, short term interest rates will land somewhat above 5 % within next spring. The way to the recovery, due at the second half of 1994, will have been paved by exports generated by the American investment and an enhanced competitiveness. But 1994 on average will stay fairly flat (GDP : + 0,1 % from - 2,4 % in 1993). France has experienced a recession since the 1992 fall. In relation to its five main European partners, the 1993 French drop is more pronounced. France has in return shared the German contraction. The recovery would come no sooner than the second half of 1994, not exceeding a 1,5 % yearly pace ; stagnation would still prevail on average as an outcome of punctured household incomes and low German imports. Holding back expenses will come on as long as households and firms wish or need to get disindebted, and as the inverted yield curve encourages liquid assets, this wait-and-see attitude being fed by anticipated falling short term rates. This lack-luster spending increases the contraction of output, the risk of unemployment, and, consequently a cautious saving behaviour. A slowly growing consumption, a new reduction of investment and a negative contribution of inventories to growth will cause the gross domestic product to stagnate. An external surplus and an increasing unemployment will go hand in hand.
Résumé A la suite d'un choc, le processus d'ajustement d'une économie dépend du régime de change mais aussi de la politique monétaire. En change flexible, le taux de change peut varier fortement à la suite d'un choc, ce qui peut être stabilisant comme déstabilisant. En change géré — SME ou UEM — la fixité des changes doit être compensée par un ajustement différent des variables réelles et nominales. Le présent article illustre de façon théorique à l'aide d'une maquette la différence dans la dynamique des ajustements dans un régime de monnaie unique en Europe et les deux autres régimes de change envisageables: les changes flexibles ou le Système monétaire européen. Il permet de comparer les propriétés stabilisatrices des trois régimes de change à court comme à long terme, selon le type de choc et selon le pays touché. Aucun régime ne domine totalement les autres du point de vue de la stabilisation macroéconomique. En l'absence d'incertitudes, lors de chocs permanents d'offre ou de demande, le meilleur régime pour le pays dominant est le système dans lequel il domine (le SME) puis vient le régime de changes flexibles. Les pays dominés préfèrent le système où ils fixent leur politique monétaire (changesJLexibles) mais l'UEM est préférable au SME. Le passage à l'UEM entraîne une perte d'utilité du pays dominant par rapport à sa situation au sein du SME. Il représente au contraire un gain pour les pays dominés.
Résumé Le sommet sovieto-américain de Reykjavik en 1985 a amorcé un processus qui a conduit à la disparition de la Guerre froide. Les autorités françaises, comme celles de la plupart des pays occidentaux, en ont profité pour réduire le budget militaire à un moment où les finances publiques connaissaient des déficits significatifs. La redéfinition du rôle de l'armée, accélérée et justifiée par la nouvelle donne diplomatique issue de la disparition de l'URSS et de celle du communisme en Europe, s'est faite dès le début des années quatre-vingt dix. Elle a rapidement suscité des réserves et des réticences de la part de tout un secteur de l'opinion dans un pays qui a toujours entretenu une armée nombreuse et a développé un secteur militaro-industriel important au point qu'en 1988, dépende de la défense l'activité de 892 000 personnes, soit 3,6 % de la population active. Le but de l'article qui suit est de montrer comment s'est effectué le repli des crédits militaires en le replaçant dans son contexte historique, d'essayer d'évaluer quelles ont été ses conséquences économiques et financières et de voir ce que sera le budget militaire des années qui viennent, années qui seront celles du retrait d'Allemagne, d'une nouvelle pensée stratégique moins axée sur l'arme nucléaire et de la recherche d'une meilleure intégration européenne dans une Union de l'Europe occidentale (UEO) réactivée.
Résumé Aujourd'hui l'hypothèse fréquemment retenue est que les cycles sont le résultat de la propagation dans le système économique de chocs de nature exogène. L 'hypothèse alternative retenue ici est que les cycles sont avant tout le produit de l'instabilité naturelle des économies de marché. N'étant pas à l'origine des fluctuations cycliques, les chocs exogènes auraient plutôt tendance à altérer leur régularité. L 'objet de ce travail est de cerner les mécanismes à l'œuvre dans les phases de retournement conjoncturel : entrée en récession et reprise d'activité. L'étude est menée en deux temps. D'abord les principales variables non exogènes sont situées par rapport aux cycles de référence des deux économies analysées sur la période 1972-1991 : les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Ensuite on propose une interprétation de la dynamique endogène du cycle conjoncturel centrée sur l'articulation entre tensions physiques, conflit de répartition et tensions financières. Il ressort de la phase d'analyse que, si l'investissement productif est bien le principal vecteur de l'ampleur des fluctuations, il n 'est pas pour autant le déclencheur habituel des retournements conjoncturels. Les agents économiques se comportent sans connaître a priori le meilleur sentier de croissance, lequel est donc testé par tâtonnements successifs. Les projets d'accumulation revêtent un aspect auto- entretenu tant que les pénuries ne sont pas vivement ressenties. Le blocage intervient lorsque certains acteurs ne peuvent plus surenchérir pour s'approprier les rares facteurs de production physiques ou financiers, encore disponibles. De même la chute d'activité s'amortit en resolvabilisant les acheteurs les uns après les autres. Les retournements macro-économiques se construisent ainsi sur les disparités de situations micro-économiques. Le comportement d'épargne des ménages apparaît essentiel pour initier ces retournements. La montée de l'épargne en valeur dans la période de blocage prérécessionniste s'accompagne d'une baisse de volume de l'investissement logement, ce qui souligne le rôle joué par les distorsions de prix relatifs entre capital et travail aux extrémités du cycle. Plus généralement l'excès de valeur immobilisée dans les biens capitaux en haut du cycle précipite le retournement. Symétriquement la dévalorisation des actifs peu reproductibles est la condition de reprise de l'activité courante.
Résumé Au premier trimestre 1993, la production industrielle de la zone OCDE aura sans doute atteint son point bas. Mais cela ne signifie pas que l'environnement international de la France va dès à présent redevenir porteur. En effet la logique presque partout à l'œuvre est celle d'un apurement graduel des déséquilibres dans un contexte non coopératif. L'absence de coopération se manifeste dans les décisions de politique conjoncturelle, prises par chacune des économies dans son intérêt propre sans tenir compte des retombées sur les autres pays. Il s'ensuit notamment que la politique monétaire encore restrictive de l'Allemagne pèse sur celle des pays voisins, tandis que de nombreux pays pratiquent des politiques budgétaires restrictives, de sorte que la faiblesse de la demande intérieure de chacun pèse sur le dynamisme de tous. En matière de relations économiques internationales, c'est une franche logique de confrontation qui est à l'œuvre soit de manière délibérée (affrontements commerciaux entre les Etats-Unis et la CEE) soit à la suite de décisions subies (modifications des parts de marché en Europe à la suite des dévaluations). L'apurement graduel se lit essentiellement dans les décisions budgétaires des pays confrontés à un déficit important. Tous attendent que leurs économies soient réellement engagées dans une phase de reprise pour freiner les dépenses et surtout accroître les prélèvements obligatoires : les Etats-Unis à partir d'octobre 1993, le Royaume-Uni à partir d'avril 1994, l'Allemagne à partir de 1995. En conséquence, les reprises ne se transformeront pas en phases de croissance soutenue : les rythmes de progression de l'activité économique seront maintenus à bas niveau au moins jusqu'à la fin de l'année 1994. L'année 1992 s'est achevée en France sur un recul du Pib. En 1993, la croissance sera pratiquement interrompue. Les taux d'intérêt restent encore élevés et contraignent les agents à se désendetter ; ils conduisent, en une certaine mesure, à une épargne forcée. La désinflation agit, à court terme, dans un sens restrictif: d'une part, elle comprime la demande intérieure car elle ne vient ni dévaloriser les dettes ni alléger les emprunts nouveaux ; d'autre part, elle ne permet plus d'étendre les parts de marché à l'exportation car les autres pays européens ont pratiqué d'importantes dévaluations compétitives. De plus, la très faible croissance de la demande extérieure obère les exportations françaises. L 'endettement excessif des entreprises les amène à comprimer les effectifs, à ralentir la hausse des salaires individuels et les dépenses d'investissement ; les stocks, jugés trop lourds, seront allégés. La baisse du taux d'épargne des ménages, habituelle dans une phase de décélération du revenu, demeure limitée par l'importance du chômage et l'épargne de précaution qu'elle suscite. Les ajustements réalisés en 1 993 permettraient d'étendre à nouveau les dépenses d'investissement en 1994, dans un contexte d'accélération de la demande extérieure et de taux d'intérêt sensiblement réduits.
Résumé Ce papier présente et commente les techniques descriptives d'analyse cyclique aujourd'hui utilisées par l'OCDE. L 'intérêt de ce corpus technique est double : la méthodologie en usage à l'OCDE, qui élargit et prolonge des techniques initialement développées par des auteurs américains du NBER (1), constitue une synthèse de travaux antérieurs, dont la tradition remonte jusqu'au début du siècle (2), et cette synthèse permet d'appliquer une méthode homogène à l'ensemble de la zone OCDE. On peut donc considérer cette méthodologie comme représentative de l'attitude pratique des conjoncturistes attentifs aux réalités cycliques et confrontés, en temps réel, à la caractéri- sation du moment du cycle en cours. Avant d'entrer dans la matière elle-même, l'introduction est consacrée à un énoncé rapide et interro- gatif des problèmes soulevés par la confrontation de cette tradition d'analyse cyclique et des nouvelles techniques d'analyse développées par l'économètrie des séries temporelles : il ne s'agit que d'un préambule pour un dialogue qui devrait être poursuivi et approfondi.
Résumé L 'objet de cet article est d'étudier les conditions optimales de financement d'un achat de logement en utilisant la théorie du cycle de vie. On détermine ainsi la date optimale d'achat, le taux d'apport personnel et la durée de remboursement du prêt, ceci pour un montant d'achat donné. On s'intéresse aussi aux modalités de financement obtenues pour toutes les dates d'achat conduisant à un investissement logement intéressant. Dans un premier modèle d'optimisation, l'agent peut emprunter sans restriction et rembourser le prêt sur une durée de son choix. Il apparaît que, lorsque l'agent achète relativement tôt au cours du cycle de vie, il souhaite emprunter plus que ce que les organismes de crédit accordent actuellement et sur une durée plus longue que celles ordinairement pratiquées. Aussi, dans un deuxième temps, le modèle est résolu en tenant compte des contraintes institutionnelles de financement, à savoir, une restriction sur le montant emprunté, sur la durée de l'emprunt et éventuellement, une constitution réglementée de l'apport personnel. La comparaison des deux optimisations (libre et contrainte) permet d'apprécier le rôle des contraintes institutionnelles et de les hiérarchiser. On présente également des simulations numériques permettant de décrire l'effet d'une baisse du taux d'emprunt, d'une hausse du prix relatif du logement, d'une modification de l'inflation et d'une variation du montant de l'achat. Enfin, on examine comment l'achat d'un logement modifie le profil de consommation d'un agent au cours du cycle de vie.
Résumé La conférence du partage de l'Afrique, qui s 'était tenue en 1885 à Berlin, et l'effondrement en 1989 du mur qui symbolisait la fracture Est-Ouest, constituent deux dates-clés dans l'histoire des relations internationales. Elles ont chacune à leur mesure influencé le destin de l'Afrique. La conférence entre les grandes puissances du dix-neuvième siècle a imprimé une marque que restitue encore aujourd'hui la géographie politique et économique du continent. La chute du mur a remis en question l'actualité et la priorité des liens qui existent entre les pays européens, pour la plupart d'anciennes puissances coloniales, et les pays africains. Le rapprochement avec l'Est fait craindre un désintérêt pour l'Afrique ; la démocratisation des anciens régimes totalitaires de l'Est trouve son pendant au Sud dans les jeunes nations africaines qui n'ont pratiquement connu qu'un monolithisme politique, aujourd'hui remis en cause par la faillite économique généralisée du continent. Cette étude retrace les évolutions politiques, commerciales et financières des liens entre les pays européens et les pays africains. A partir d'une analyse historique et quantitative des flux, elle propose une logique explicative des évolutions et des permanences constatées dans ces relations, dans l'espoir de mieux comprendre les raisons d'une absence de développement et dans le but d'éclairer les moyens de résoudre celle-ci.