
Au cours des dernières décennies, il a été montré que le trouble de l’usage d’opioïdes (TUO) résultait des effets combinés de nombreux facteurs, notamment psychosociaux et neurobiologiques. Cette pluralité s’incarne dans un cadre théorique global : le modèle biopsychosocial de l’addiction. Si l’impact de chaque facteur sur la sévérité du TUO a été bien identifié, leur action combinée n’est pas connue. Dans ce contexte, le projet multidisciplinaire BEBOP s’appuie sur une collaboration entre psychiatres, sociologues et neuro-épigénéticiens. Son objectif principal est de caractériser la sévérité des facteurs psychiatriques et sociaux du TUO dans une cohorte de patients, dans le but de couvrir tout le spectre de la sévérité du trouble. Les objectifs secondaires sont, premièrement, d’établir une corrélation entre le niveau de sévérité psychosociale et les biomarqueurs épigénétiques pour comprendre les déterminants de la sévérité du TUO, et, deuxièmement, de déterminer si les biomarqueurs épigénétiques peuvent être prédicteurs de l’évolution de la sévérité du TUO. In fine, les résultats de BEBOP permettront d’adapter la prise en charge en fonction de la sévérité du trouble. Ils permettront également de poursuivre l’évaluation des Haltes Soins Addictions en France.
L’usage de la pornographie peut s’associer chez une petite proportion des personnes à une priorisation de l’usage, à une perte de contrôle et à des conséquences fonctionnelles négatives. Ces observations alimentent des préoccupations quant au risque d’une possible addiction à la pornographie. Bien que le champ de recherche demeure en évolution, certaines variables semblent prédire la sévérité de cette addiction, telles que le craving, l’usage de la pornographie pour la régulation émotionnelle, l’attachement insécure et l’incongruence morale. L’émergence de nouvelles formes de pornographie, comme les jeux interactifs et la réalité virtuelle, pourrait modifier les dynamiques d’usage et nécessiter des études approfondies pour mieux comprendre leur potentiel impact en termes d’addiction ainsi que sur la santé mentale et le bien-être sexuel.
À côté de possibles conduites addictives de sujets âgés, de définitions et délimitations parfois malaisées, apparaissent des comportements d’allures addictives, des pseudo-addictions, des conduites non addictives et des non-addictions (diagnostics différentiels), qu’il est nécessaire de distinguer. Quand les addictions du sujet âgé sont souvent paucisymptomatiques ou de présentation clinique atypique, les aborder par ce qu’elles ne sont pas est une démarche alternative afin de garder rigueur et précision dans leur approche et élaboration diagnostique. Alors seulement, il devient possible de promouvoir et développer leur repérage, leur évaluation clinique, et surtout leurs accès à des offres de soins.
L’article décrit une hausse spectaculaire de la production, du trafic et de la consommation de cocaïne. La production mondiale, surtout concentrée en Colombie, a triplé en dix ans, et l’Europe est désormais le premier marché mondial. En France, des saisies en forte hausse sont constatées. Les auteurs livrent des statistiques d’usage en population générale, et remarquent que la diffusion est à la fois visible et invisible. Si la majorité de la population n’a jamais touché à la cocaïne, la médiatisation du phénomène par la presse et les institutions donne une impression de généralisation. Certains secteurs (forces de l’ordre, médico-social) sont fortement exposés et nourrissent cette perception. Dans les prises en charge des CAARUD et CSAPA, la cocaïne est devenue omniprésente, y compris chez des usagers précaires ou anciennement consommateurs d’autres drogues (opiacés notamment). Les pratiques évoluent, avec notamment une hausse des usages par voie fumée (crack ou cocaïne basée). Concernant les modes de vente et du marketing, ceux-ci évoluent également. Le deal par livraison via applis cryptées (Telegram, Snapchat, etc.) facilite l’accès à la cocaïne. Les doses sont plus petites et moins chères, parfois vendues dès 10 ou 20 euros, rendant le produit accessible aux publics les plus modestes. Un marketing poussé (noms commerciaux, promotions, packaging attractif) renforce cette dynamique.
Le Checkpoint Paris propose une offre de santé accessible et complète pour les personnes LGBTQIA+ et les travailleuses du sexe. Ce centre met en place un parcours de soins coordonné, incluant des consultations spécialisées en santé sexuelle, addictologie, sexologie, santé mentale et réduction des risques pour les personnes pratiquant le chemsex. En 2023, 524 personnes ont été prises en charge, principalement des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, consommant des cathinones et du GHB/GBL. Le parcours de soins inclut des consultations de RDR et de suivi pour les complications liées à l’injection. Une attention particulière est donnée à la formation des professionnels de santé et au soutien des personnes trans, racisées et travailleuses du sexe. Les axes d’amélioration incluent une meilleure identification des comportements à risque et des stratégies individualisées.
En tabacologie, le cas complexe peut revêtir plusieurs formes et dans différentes spécialités, avec une nomenclature officielle inexistante. En psychiatrie, notamment chez le patient atteint de schizophrénie, on note l’importance des interactions entre les traitements médicamenteux, le tabagisme et l’état clinique. Devant un échec d’objectif de sevrage tabagique, l’alternative sera d’opter pour une réduction des risques et des dommages. Face à cette complexité multifactorielle, l’approche motivationnelle et l’alliance patient/soignant restent des éléments phares de la prise en charge. Le cas clinique présenté illustre l’interaction qu’il peut y avoir entre le sevrage tabagique et le traitement médicamenteux d’un patient sous Clozapine, il rappelle la nécessité d’une surveillance régulière clinique et pharmacologique liée au cytochrome p450.
Les Patients Experts en Addictologie enrichissent la prise en charge des addictions par leur savoir expérientiel, offrant une approche empathique et personnalisée du rétablissement. Leur rôle s’étend au soutien clinique, à la réinsertion médico-sociale, à la prévention, à la formation des professionnels et à la recherche. Les formations spécifiques, alliant expérience vécue et compétences techniques, facilitent leur intégration dans les équipes soignantes. Cependant, des enjeux subsistent concernant la confidentialité, les limites statutaires et la rémunération. Bien que leur impact positif soit reconnu, des recherches supplémentaires sont nécessaires, pour renforcer les résultats déjà observés.
La naloxone est l’antidote des surdoses des opioïdes connu et est utilisée partout dans le monde depuis les années 1970. Compte tenu de son efficacité, de son excellent profil de sécurité et du nombre croissant de décès par surdose, des formes prêtes à l’emploi (THN pour Take Home Naloxone) ont été mises au point pour que les usagers ou leur entourage puissent sauver des vies. Cet article vise à rappeler l’historique du développement des formes prêtes à l’emploi de naloxone et pourquoi et comment sont nés les programmes naloxone au niveau international.
Cet article explore comment l’entretien motivationnel (EM) peut être un levier puissant dans l’accompagnement d’une patiente consommatrice de cannabis. L’esprit de l’EM et ses compétences fondamentales (écoute réflective, valorisation, questions ouvertes, résumés et repérage du discours-changement) favorisent une prise de conscience des motivations personnelles et renforce l’engagement vers une réduction ou un arrêt de la consommation. Des exemples de dialogue illustreront concrètement ces mécanismes et leur impact dans le parcours de soin.
La création des Soins Médicaux et de Réadaptation conduites addictives (SMR-A) en 2022 s’inscrit dans la longue histoire des lieux de soins et d’accueil pour les troubles de l’usage. La réforme de 2008, à l’origine des Suites de Soins et de Réadaptation addictologique (SSR-A), reconnaissait aux unités de soins existantes la mention de spécialisation pour la prise en charge de l’ensemble des troubles de l’usage. La réforme de 2022 réaffirme cet objectif et va plus loin en les incitant à diversifier leur offre de réadaptation, tout en les recentrant sur leur cœur de mission sanitaire. Certains SMR-A seront identifiés pour devenir des centres experts pour la prise en charge des troubles cognitifs liés aux addictions. Optionnelle jusqu’alors, la création de secteurs d’hospitalisation à temps partiel devient une obligation pour l’ensemble des SMR-A. En parallèle, la réforme du financement des SMR, qui introduit désormais une large part de valorisation au séjour, va obliger certains établissements à réviser leur modèle de fonctionnement.
Les Salles de Consommation à Moindre Risque (SCMR) sont des espaces de réduction des risques où les usagers de drogues peuvent consommer sous supervision de professionnels de santé, du secteur social ainsi que, dans certaines SCMR, de pairs-intervenants. Nées dans les années 1980, elles visent à prévenir les surdoses et les infections, tout en favorisant l’accès aux soins et à divers services médico-psycho-sociaux. Elles contribuent également à l’amélioration de la tranquillité et de la sécurité dans l’espace public. Il existe plus de 200 SCMR, principalement en Europe et Amérique du Nord. On distingue quatre modèles : fixes, intégrées dans des réseaux de soins, mobiles et sites de prévention des surdoses gérés par des pairs. Les SCMR ont démontré leur efficacité dans la prévention des surdoses mortelles, tout en réduisant les coûts pour les systèmes de santé publique et en diminuant les nuisances publiques. Malgré leur succès, la France reste en retard avec seulement deux SCMR opérationnelles depuis 2016. Cette situation soulève des interrogations sur l’engagement politique en matière de réduction des risques.