
Contexte : La commission de délits dans le parcours de vie des joueurs pourrait être un indicateur d’une problématique de jeu plus sévère se répercutant sur plusieurs sphères de vie. Il a été postulé que les joueurs ayant commis un délit judiciarisé qui effectuent une demande d’aide démontreront un jeu problématique et des conséquences interpersonnelles et psychologiques plus sévères que ceux n’ayant pas commis ces délits. Méthode : Les évaluations cliniques des 556 joueurs entrés dans les services de réadaptation en dépendance d’un centre de réadaptation en dépendance du Québec entre 2007 et 2019 ont été analysées afin de différencier les joueurs ayant commis des délits judiciarisés (n = 122) et ceux n’en ayant pas commis (n = 434). Résultats : Les analyses montrent des différences entre les deux groupes quant aux tentatives de suicide et à la maîtrise de comportements violents. Toutefois, les deux groupes ne se distinguent pas par leurs habitudes de jeux de hasard et d’argent (JHA). Conséquemment, il est possible de croire que les résultats observés sont imputables au profil judiciaire des joueurs plutôt qu’à leur profil de joueur. Discussion : La présence d’un délit judiciarisé à l’âge adulte chez un joueur qui fait une demande d’aide de même que la présence de comportements violents devraient être documentées avant d’entreprendre un traitement pour le JHA. Bien déterminer les besoins dans ces domaines permettrait de mieux adapter l’intervention sur les sphères connexes aux JHA.
L’objectif de cette étude est de réaliser une analyse logique afin d’évaluer le potentiel du programme La Cour d’école à prévenir la violence en milieu scolaire chez des jeunes de 5e année du primaire. L’analyse logique se fait en trois étapes : (1) élaboration de la théorie du programme ; (2) construction du cadre conceptuel, où des données sur les effets attendus de différents programmes de prévention sont colligées ; et (3) comparaison du programme de prévention avec les données colligées afin de se prononcer sur le potentiel du programme de prévention. Afin de réaliser l’analyse logique, des documents officiels et les concepteurs de La Cour d’école ont été consultés afin de bâtir la théorie du programme. Ensuite, un bilan des synthèses systématiques (SS) a été réalisé. Les résultats des synthèses systématiques ont ensuite été comparés aux composantes de La Cour d’école. Ces résultats indiquent que La Cour d’école offre des activités pertinentes à la prévention de la violence en milieu scolaire. Afin d’en bonifier l’efficacité, les écoles qui participent à ce programme pourraient envisager d’offrir des services particuliers aux auteurs et aux victimes d’agression, de même qu’aux enseignants et aux parents, en vue d’en bonifier les effets.
La recherche porte sur la situation des proches des victimes assassinées à l’extérieur du territoire québécois. La réforme du régime québécois d’indemnisation des victimes d’actes criminels homologuée en 2021 permet, pour la première fois, la reconnaissance des personnes ayant subi une infraction criminelle hors Québec. Si cette orientation se présente comme une réponse satisfaisante aux revendications sociales et associatives des dernières années, il devient prégnant qu’une attention scientifique soit portée à l’égard de cette forme de victimisation bien singulière. Cet article fait état des principaux résultats empiriques qui se dégagent des discours de dix proches de personnes assassinées hors Québec rencontrés grâce à un partenariat avec l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD), un organisme sans but lucratif dont la mission principale est de défendre les droits et de briser l’isolement vécu par les familles des victimes à travers le Québec. Les analyses ont révélé trois ondes d’amplitude de la victimisation des proches (Beaulieu, 2023a), dépassant les conséquences de victimisations communes à l’ensemble des proches de victimes d’homicide identifiées jusqu’ici dans la littérature. Cette étude contribue à l’avancement des connaissances sur le vécu des proches de victimes d’homicide, ainsi que sur la victimisation en contexte de mobilité internationale, en mettant en lumière les dimensions particulières et complexes de la victimisation extraterritoriale. Elle offre un cadre inédit pour mieux comprendre et soutenir ces proches, tout en démontrant que le contexte géographique du crime peut exercer une influence déterminante sur le parcours victimologique.
Bien que l’efficacité du modèle Risque-Besoins-Réceptivité (RBR) soit largement démontrée, son implantation en contexte réel de pratique clinique demeure un défi, et peu d’études documentent ce processus. Cette recherche avait pour objectif de décrire l’application du modèle RBR dans le suivi quotidien de jeunes en vertu de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents (LSJPA) au Québec. L’échantillon se composait de 12 personnes déléguées à la jeunesse (PDJ ; neuf femmes et trois hommes) d’un centre intégré universitaire de santé et de services sociaux situé en milieu urbain. L’analyse thématique des données a mis en lumière une préoccupation des PDJ de respecter la procédure organisationnelle et celle du modèle RBR tout en l’adaptant pour répondre aux besoins complexes propres à chaque situation. Elles semblent également accorder une grande importance à la création de liens avec les jeunes, lien perçu comme un levier essentiel au changement. Ainsi, bien que certaines adaptations puissent être interprétées comme des modulations du modèle RBR, elles apparaissent plutôt comme une mise en oeuvre du principe de réceptivité, visant à ajuster le suivi aux caractéristiques propres à chaque jeune afin de maximiser sa capacité à bénéficier des services offerts.
Cet article porte sur l’analyse compréhensive de la mise en oeuvre des mesures préventives du blanchiment des capitaux dans le secteur de l’argent mobile à Kinshasa, au Congo, particulièrement le cas du système M-pesa, au sein de l’établissement de distribution de monnaie électronique Vodacash SA. Ces mesures préventives sont fondées sur deux recommandations du Groupe d’action financière, à savoir l’obligation de déclaration de soupçon et l’obligation de vigilance. Le but de cette recherche consiste à comprendre la survenance des pratiques non conformes qui s’observent lors de la mise en oeuvre des mesures préventives du blanchiment des capitaux. Notre travail réalise une démarche inductive et une recherche empirique. Afin de réaliser cette recherche, nous avons mobilisé une méthodologie qualitative. Il ressort de notre étude que ces pratiques problématiques découlent de la rupture de collaboration entre les différents acteurs de mise en oeuvre des mesures préventives, due à des logiques d’action divergentes et à des relations conflictuelles.
Le présent article vise à mieux comprendre comment les enfants victimes d’agression sexuelle utilisent le langage pour exprimer leurs émotions par rapport à l’agression vécue lors d’une entrevue d’enquête. Cette évaluation des récits oraux d’expérience personnelle relève du champ d’étude de la linguistique et de la narratologie. L’article poursuit également l’objectif de comparer le discours des victimes qui disent avoir été contraintes d’accomplir des gestes sexuels à l’endroit de leur agresseur à celui des victimes qui ne rapportent pas avoir subi une telle coercition. Cinq catégories de procédés évaluatifs ont été analysées, soit les « intensificateurs », les « comparateurs », les « modalisateurs », les « explicatifs » et les « expressifs ». Les résultats montrent que la catégorie des « intensificateurs » est la plus fréquente dans les deux groupes, mais que les victimes à qui l’on a demandé de poser des gestes sexuels ont nettement plus tendance à utiliser les procédés de la catégorie des « modalisateurs » (p. ex. « il m’a obligé à faire »). Elles produisent également plus de réponses évaluatives et un plus grand nombre de procédés évaluatifs par réponse. Ces résultats impliquent que d’avoir été incité à commettre des touchers sexuels est associé à la façon dont les enfants relatent leur agression au cours de l’entrevue, mais aussi à la perception qu’ils ont de l’expérience vécue.
Les études sur les trajectoires de vie de contrevenants adultes se penchent généralement sur les événements de vie susceptibles de mener au désistement. Peu d’études s’attardent aux habitudes de vie déviantes qui peuvent inciter les contrevenants à persister dans le crime ou à en commettre davantage. Le port d’arme représente une de ces habitudes de vie déviantes. Cette étude examine la relation entre le port d’arme à feu, la participation, la fréquence et la diversité de crimes commis. Des données ont été collectées auprès de 220 contrevenants adultes sur des thèmes variés, comme leurs antécédents criminels, leurs relations avec les armes à feu et certains événements de vie. Le port d’arme à feu était peu lié à la participation à des types de crimes. Toutefois, ceux qui portaient une arme à feu affichaient une plus grande diversification de leurs activités criminelles et avaient commis plus de crimes instrumentaux. La relation entre le port d’arme à feu, les meurtres ou tentatives de meurtre et le prêt usuraire était « contaminée » par le penchant criminel des répondants. La fraude, la production et la vente de drogues n’étaient pas reliées au port d’arme à feu. En conclusion, l’arme à feu représente une habitude de vie déviante qui semble associée à certains paramètres de la carrière criminelle. D’autres études sont nécessaires, d’une part, afin de bien comprendre l’avantage de l’arme à feu par rapport à d’autres armes, et, d’autre part, au sein d’autres échantillons de contrevenants.
Comme la plupart des jeunes d’aujourd’hui, les membres de gangs de rue utilisent de plus en plus les médias sociaux ; toutefois, ils affichent souvent des menaces ou se vantent de leur affiliation à un gang. Avec l’augmentation de la violence liée aux armes à feu et aux gangs, cette étude a examiné comment les membres de gangs dans une ville canadienne utilisent les médias sociaux pour afficher du contenu violent. Une analyse du contenu visuel des comptes Instagram, YouTube, Snapchat et TikTok de membres de gangs connus à Montréal, au Canada, a été effectuée. Les messages ont été codés en fonction d’indicateurs de violence : présence d’armes à feu, gestes d’arme à feu, signes de main et autres images violentes. Les armes à feu étaient présentes dans 29 % des messages codés, tandis que les gestes et les signes de main apparaissaient dans plus de 50 % des messages codés. Les autres types d’images violentes, y compris les passages à tabac et les images de cadavres, sont rares. Instagram montrait plus de signes de main et d’armes à feu ; YouTube présentait plus de gestes d’arme à feu. Ces résultats décrivent comment les membres de gangs utilisent les médias sociaux pour faire de la violence et révèlent les différences dans l’utilisation des plateformes. Ils donnent un aperçu de la façon dont les gangs communiquent en ligne dans une ville canadienne et nous amènent à formuler des stratégies pour réagir à ces comportements problématiques.
Une approche basée uniquement sur la répression pour prévenir les violences armées, au mieux, sera efficace à court terme en empêchant temporairement les personnes responsables de s’y livrer. En revanche, une approche de santé publique qui s’attaque à leurs causes, qui agit sur leurs contextes de propagation et qui répond aux besoins des populations concernées s’avère, à long terme, une meilleure option. Le présent article décrit deux programmes internationaux (Community Initiative to Reduce Violence et Cure Violence) qui reposent sur une approche de santé publique pour prévenir les violences armées perpétrées dans le contexte de rivalités entre groupes délinquants. Est ensuite présenté le projet montréalais PIVOT qui s’inspire de ces deux programmes internationaux. Enfin, l’article propose une conception théorique combinant des composantes des approches de santé publique et de la criminologie afin de bonifier les interventions actuelles et de prévenir efficacement les violences armées.
La formation à l’intention des intervenants et intervenantes judiciaires est une voie prometteuse pour les renseigner adéquatement sur les réalités et les besoins des personnes victimes de violence sexuelle, en plus de les aiguiller sur les bonnes pratiques. Cet article vise à présenter les résultats évaluatifs préliminaires de la formation Rebâtir – Violence sexuelle, développée par un groupe indépendant de chercheurs, chercheuses, d’intervenants et d’intervenantes du milieu sociojudiciaire et offerte dans différentes régions du Québec depuis 2022. Des devis pré- et postformation auprès de 302 personnes participantes ont permis de documenter une expérience d’apprentissage positive. Pour plusieurs corps d’emploi concernés, les scores aux sous-échelles des mythes et des stéréotypes ont diminué à la suite de la formation, alors que ceux d’empathie ont augmenté, et qu’une amélioration a été notée pour tous ces corps en ce qui a trait au sentiment d’auto-efficacité. Le raffinement de la présente formation, de même que la mise en place d’autres initiatives similaires, sont discutés.
Les stratégies de dissuasion ciblée visent à réduire la violence en analysant les dynamiques et les conditions qui entraînent des problèmes récurrents de criminalité violente, tout en modifiant le comportement des délinquants grâce à des actions conjointes d’agences chargées de l’application de la loi, de services sociaux et d’organismes communautaires. Cette approche a été efficace pour contrôler la violence récurrente dans plusieurs villes aux États-Unis, en Europe, en Australie et dans d’autres pays. Cependant, la littérature scientifique disponible évaluant cette approche souligne que les stratégies de dissuasion ciblée sont très difficiles à mettre en oeuvre et à maintenir. S’appuyant sur une revue systématique en cours, les évaluations existantes avancent qu’environ la moitié des programmes de dissuasion ciblée rencontrent des défis notables lors de leur mise en oeuvre. Le domaine en développement de la science de la mise en oeuvre s’avère utile pour améliorer l’adoption et la continuité de ces programmes, leur apportant une meilleure fidélité, afin d’atteindre les résultats souhaités en matière de prévention de la violence. Les évaluations de processus disponibles pour les programmes de dissuasion ciblée suggèrent que les mesures clés pour assurer une mise en oeuvre robuste incluent la création d’un réseau de dispositifs alignant le travail des agences individuelles et de leurs représentants sur des objectifs communs, le développement de structures de responsabilité inter-agences et de plans de continuité, ainsi que la réalisation d’analyses des problèmes initiales et en continu de processus afin de garantir que les activités stratégiques soient adaptées aux contextes locaux et aux capacités opérationnelles. Les leçons tirées des programmes de dissuasion ciblée implantés sont abordées afin de favoriser la mise en oeuvre de tels projets de prévention de la violence au Québec sur la base des données probantes.
Les recherches quantitatives sur les femmes incarcérées restent rares, notamment celles explorant les liens entre vulnérabilités, adversités précoces et trajectoires délinquantes. Cette étude, menée auprès de 100 femmes incarcérées en Belgique francophone par le biais de questionnaires en face à face, vise à documenter la prévalence de ces facteurs, à analyser leurs interrelations et à explorer leur influence sur certaines infractions commises. Des analyses factorielles ont mis en évidence quatre facteurs de vulnérabilité (troubles de santé mentale, consommation, précarité socio-économique et relations conjugales dysfonctionnelles) et deux d’adversité (adversités familiales précoces et victimisations). Les résultats montrent une forte prévalence de polyvulnérabilité et d’adversités vécues, significativement associées à certaines infractions, en particulier les violences physiques commises contre les personnes et le trafic de stupéfiants. Ces résultats soulignent le rôle central des expériences traumatiques et des vulnérabilités multiples dans l’émergence des conduites délinquantes, plaidant en faveur d’une prise en charge intégrée, sensible au genre, qui tient compte du parcours de vie des femmes incarcérées afin de prévenir l’engagement dans des trajectoires délinquantes ou le risque de récidive.
Les criminologies féministes s’intéressent depuis longtemps à la criminalisation secondaire vécue par les femmes, c’est-à-dire l’application différentielle des lois et des normes pénales (Cartuyvels, 2007). Or, qu’en est-il de cette variation de traitement lorsque les femmes sont appréhendées par la police dans un contexte de contestation sociale ? À partir d’entretiens semi-dirigés menés auprès de 42 militantes ayant vécu de nombreuses interactions conflictuelles avec la police dans leurs activités protestataires, cet article s’intéressera aux effets du croisement des convictions politiques et du genre dans la nature des rapports entre les femmes et la police. Les rencontres auprès de manifestantes nous apprennent que les convictions politiques des groupes sont bien souvent la porte d’entrée des interactions avec la police, l’adoption de certaines idéologies augmentant la fréquence et la nature de la répression policière. Cela pose la question de l’invisibilité du genre de la foule. C’est plus spécifiquement lorsque les militantes se rassemblent sur des enjeux féministes ou en mixité choisie que les dimensions genrées et politiques des identités semblent influencer le cours des interactions avec les forces de l’ordre.
Parmi les différentes formes d’intervention s’adressant à des personnes engagées ou à risque de basculer dans la radicalisation violente qui ont vu le jour dans la dernière décennie, le mentorat a été présenté comme une avenue prometteuse pour briser l’isolement et améliorer l’intégration sociale. Cet article se penche sur un programme de mentorat destiné à des personnes suivies par une équipe clinique spécialisée en radicalisation violente au Québec (Canada). Il rapporte les résultats d’une étude qualitative menée auprès de mentorés, de mentors et de superviseurs cliniques ayant pris part au programme. L’analyse de quinze entretiens individuels semi-structurés et de deux groupes de discussion soulève la question du cadre implicite que le mentorat en contexte périthérapeutique suppose. La flexibilité de ce cadre est notamment discutée dans ses apports comme dans ses limites. Les implications de ces résultats pour une pratique de proximité qui mise sur un rétablissement des liens sociaux sont par la suite abordées.
Cet article propose une exploration des projections identitaires de 25 mères judiciarisées en processus de réinsertion sociale, c’est-à-dire celles ayant connu une incarcération et vivant maintenant un retour en communauté au Québec. Le processus de réinsertion sociale des mères judiciarisées a été examiné à partir de la théorie des « sois possibles » (Markus et Nurius, 1986), misant sur des représentations qu’un individu se crée quant à la personne qu’il souhaite devenir, qu’il pourrait devenir ou, encore, qu’il craint de devenir. À l’aide d’une analyse thématique, l’article met en lumière une identité prosociale en voie d’acquisition pour les mères en processus de réinsertion sociale et remet en question le rôle de la société dans la consolidation de cette identité. Il dégage aussi une différence entre les défis envisagés par les mères face à la réinsertion et les défis recensés dans la littérature suggérant une idéalisation du futur et des projections identitaires. Les implications néfastes de cette idéalisation pour ces femmes et leur réinsertion sociale sont discutées.
Les tribunaux de santé mentale (TSM) visent à offrir des services adaptés, réduire la récidive pénale et favoriser la réinsertion sociale des personnes criminalisées et incarcérées vivant avec un trouble mental. Cependant, des études américaines montrent que leur efficacité dépend de l’achèvement des programmes. Au Québec, ces TSM ont pris l’appellation de Programme d’accompagnement justice et santé mentale (PAJ-SM). Basée sur un échantillon de 6 PAJ-SM et 516 participants, cette étude analyse l’effet de 30 variables indépendantes (caractéristiques des participants, objectifs ciblés, services reçus, conditions imposées et processus judiciaire) sur l’achèvement pour contribuer à l’avancement des connaissances sur ces programmes. Les résultats de modèles de régressions logistiques révèlent que les participants qui utilisent des services médicaux ou psychosociaux et des services de soutien à l’intégration sociale sont plus susceptibles de terminer le programme. Les délais entre les audiences PAJ-SM agissent comme modérateurs entre l’utilisation des services et l’achèvement des programmes. En clarifiant les éléments qui favorisent ou entravent l’achèvement, les résultats offrent des pistes de recommandations au sujet de l’encadrement et du soutien des participants.
En mobilisant une large enquête qualitative conduite à l’échelle locale, l’article examine les rationalités entremêlées du travail mené au sein des cellules préfectorales de prévention de la radicalisation (CPRAF) en France. Il réinterroge l’hypothèse d’un processus de sécuritisation du travail sociosanitaire induit par le paradigme préventif de la lutte contre le terrorisme. L’analyse montre plus précisément que la logique de sécuritisation ne se restreint pas ici à l’enrôlement des acteurs psychosociaux dans la détection des personnes constituées comme des menaces pour la sécurité et l’ordre publics. Elle passe plutôt par un brouillage des mandats professionnels au sein de ces partenariats. Le contrôle préventif des populations « à risque » et l’accompagnement éducatif ou thérapeutique des individus dits vulnérables apparaissent en ce sens comme des objectifs placés tour à tour au service de l’autre, transformant la conception traditionnelle du soin et de l’accompagnement social.
Cet article présente les résultats d’une recherche qualitative conduite auprès de 14 hommes des Premières Nations ayant séjourné dans un pavillon de ressourcement au Canada (Waseskun au Québec, Pê Sâkâstêw et Stan Daniels en Alberta, ou Kwìkwèxwelhp en Colombie-Britannique). L’approche phénoménologique a permis d’explorer la perception de ces hommes quant à leur démarche de guérison et de déterminer les éléments qui favorisent ou entravent ce processus. Les résultats mettent en évidence l’importance des dimensions individuelles, relationnelles, culturelles et spirituelles dans leur démarche de guérison, de même que les contraintes liées à la guérison institutionnelle prescrite et les enjeux ayant trait à la conception panindianiste de la guérison au sein des structures institutionnelles. Enfin, cette recherche invite à poursuivre les réflexions autour de la flexibilité institutionnelle, de la nécessité d’une offre diversifiée de cheminements possibles et de la place renouvelée que pourraient prendre les pavillons de ressourcement dans l’univers correctionnel, et au-delà.
Les crimes ne sont pas tous égaux en termes de conséquences pour les victimes et de dommages pour la société. Pourtant, les décomptes de crimes souvent utilisés ne tiennent compte que de la fréquence des crimes et manquent donc de précision. Certains chercheurs en criminologie ont récemment popularisé une méthode d’estimation de la gravité des crimes qui a le grand avantage de ne pas nécessiter une collecte de données supplémentaires puisqu’elle se base sur les données déjà produites par les tribunaux. Au Canada, la stratégie à la base de l’Indice de gravité des crimes est de combiner les mesures de fréquence et de gravité des crimes enregistrés afin d’obtenir un seul indicateur. Le présent article argumente au contraire qu’il faut développer un indicateur complémentaire aux mesures de fréquence de la criminalité. Après avoir proposé une méthode d’estimation basée sur la médiane des infractions enregistrées, l’article contraste l’évolution temporelle de la fréquence des infractions avec celle de la gravité de celles-ci. Dans un troisième temps, une analyse des variations géographiques de la gravité des infractions enregistrées pour les territoires de toutes les organisations policières municipales du Québec et des postes de la Sûreté du Québec en 2023 est présentée.
Les enjeux liés aux auteurs d’actes d’extrémisme violent ont favorisé ces dernières années l’essor de bon nombre de politiques publiques dans un contexte international marqué par la prégnance des atteintes à la sécurité. Au Cameroun, l’institutionnalisation des sorties de Boko Haram centrée sur le programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR), lancé à la suite des redditions en 2018, illustre le passage d’une approche répressive à une approche préventive pour contrer l’extrémisme violent. À partir d’une enquête qualitative, cet article retrace les évolutions paradigmatiques du programme de DDR en tant que dispositif de prévention au niveau tertiaire, s’adressant spécifiquement aux ex-combattants désarmés et démobilisés. Il analyse ses effets sur la reconfiguration des acteurs mobilisés, en particulier les mères des ex-combattants, dont le rôle dans son déploiement s’avère déterminant, et les instances judiciaires, que le programme de DDR marginalise.