
À Gustave Roussy, le transport interne des patients a été identifié dès 2006 comme une cause de douleurs, souvent sous-estimée. Une étude initiale à l’initiative des brancardiers a permis de repérer les principaux facteurs de risque, conduisant à l’élaboration d’un plan de progrès en collaboration avec le service qualité de l’hôpital et le Comité de lutte contre la douleur (CLUD). Au fil des années, ce plan a été continuellement enrichi par des actions d’amélioration validées auprès des patients et des professionnels concernés. Ce sont principalement les patients douloureux qui souffrent des douleurs provoquées par le transport interne. Mais elles peuvent être anticipées grâce à l’administration préventive d’antalgiques, au choix du mode de transport adapté à l’état de santé des patients, et au confort des matériels utilisés pour leurs déplacements. La prévention de ces douleurs repose aussi et nécessairement sur des actions de sensibilisation et d’apprentissage à travers des sessions de formation. Des enquêtes successives ont montré une diminution constante des douleurs provoquées par le transport interne sur tous les facteurs de risques, et actuellement ce dernier n’est plus rapporté comme une cause de douleur par les patients.
L’endométriose est une maladie chronique inflammatoire touchant 10 % des femmes, la douleur étant la pierre angulaire de la symptomatologie (dyspareunie, douleur pelvienne chronique, dysurie, douleur à la défécation, dysménorrhées). La prise en charge est globale, pluridisciplinaire, personnalisée et adaptée à chaque femme. Actuellement, l’hormonothérapie est le seul traitement étiologique permettant de contrôler l’évolution de la maladie. La prise en charge antalgique associe les approches médicamenteuses, rééducatives, psychocorporelles, socio-professionnelles et parfois chirurgicales. De récentes recommandations ont été éditées afin de faire le point sur le bilan clinique initial et les différents axes thérapeutiques. L’objectif de notre travail est de proposer une description simple de la physiopathologie de la maladie endométriosique afin d’améliorer la compréhension des cliniciens prenant en charge les patientes. La première consultation est fondamentale et nécessite un bilan exhaustif des différentes composantes de la douleur pelvi-périnéale liée à l’endométriose (nociceptive, d’expression neuropathique, sensibilisation périphérique, voire centrale) ainsi que son retentissement sur tous les aspects de la vie de la femme atteinte.
Background The “FakeMed” concept, designing “fake or misleading” medicines is often used in narratives aiming to “fight against misinformation about unconventional health care practices (UCHP)” and to “prevent patients from therapeutic and/or sectarian drifts” according to the French Collective NoFakeMed. Despite its media hype, the conceptual validity of this concept and its definition criteria have been poorly investigated. Method We analyzed the definition of “FakeMed” given by the Collective “NoFakeMed” (based on its website and public positions), which has played a key role in popularizing this concept in France. Conclusion Our analyses show that “FakeMed” is itself a misleading concept (e.g., a kind of fake definition for UCHP) based on an illusory demarcation between so-called “conventional” and “unconventional” medicines. Hence, the “FakeMed” label rather feeds misinformation instead of fighting it, the media hype contributing to mask its conceptual weaknesses. In the context of the nascent structuring of integrative medicine in France, and of the reflection on how to better regulate the practice of complementary medicines, we believe that in-depth academic reflection on concepts is preferable to militant slogans.
Les algies temporo-mandibulaires représentent les douleurs orofaciales les plus fréquentes après les douleurs bucco-dentaires et la deuxième cause de douleur musculo-squelettique après les lombalgies. Elles se traduisent par des douleurs chroniques et des handicaps fonctionnels qui peuvent être responsables d’une altération significative de la qualité de vie des patients. Compte tenu de la densité et de la complexité de l’innervation des structures oro-cranio-cervico-faciales, à l’origine de fréquentes douleurs référées, ces algies posent parfois un problème de diagnostic différentiel, nécessitant le recours à d’autres spécialités médicales. L’objectif de cette étude rétrospective était de réaliser, à partir d’un grand nombre de patients, une analyse qualitative et quantitative des symptômes, des diagnostics et des thérapeutiques mises en œuvre au sein de l’unité fonctionnelle spécialisée « Algies et Dysfonctionnements de l’Appareil Manducateur » du service d’odontologie du CHU de Lyon. Cette unité accueille majoritairement des patients souffrant d’algies temporo-mandibulaires, mais également de symptômes fréquemment associés (céphalées de tension, acouphènes, cervicalgies) et d’algies oro-faciales chroniques de nature diverse (névralgies du V, douleurs neuropathiques, stomatodynies). Les données recueillies ont permis de répertorier les motifs de consultation et les diagnostics en fonction du sexe et des tranches d’âge, ainsi que les modalités thérapeutiques proposées dans le cadre du service. Cette étude a également permis d’évaluer les collaborations entre les spécialistes de différentes disciplines médicales (odontologie, médecine générale, ORL, rhumatologie, neurologie, kinésithérapie, chirurgie maxillo-faciale, psychiatrie) dans la prise en charge de ces patients. Ces collaborations sont essentielles afin d’éviter une errance thérapeutique que l’on rencontre chez certains patients souffrant d’algies temporo-mandibulaires chroniques.
L’article explore la complexité clinique des douleurs chroniques dites « inexpliquées », lorsque l’intensité de la souffrance contraste avec l’absence de lésion organique objectivable. Il montre d’abord les limites des catégories nosographiques successives : les troubles somatoformes (DSM-IV) ont été critiqués pour leur sous-entendu psychogène et stigmatisant, tandis que le DSM-5, avec le Somatic Symptom Disorder, déplace le centre de gravité vers la détresse et les réponses cognitivo-émotionnelles associées aux symptômes, au risque d’un flou diagnostic. En parallèle, la CIM-11 introduit la notion de douleur chronique primaire, proposant de reconnaître la douleur comme diagnostic en soi dans une perspective explicitement biopsychosociale. L’article discute ensuite l’apport du concept de douleur nociplastique (IASP), qui offre un cadrage mécanistique (nociception altérée, sensibilisation, modulation déficiente) et peut contribuer à déstigmatiser le patient, tout en exposant le risque d’un nouveau réductionnisme « neurophysiologique » si l’on néglige l’expérience vécue. Le cœur de la proposition est une « clinique de l’incertitude » : plutôt que de fermer prématurément la question par une étiquette, il s’agit d’assumer un doute méthodique et relationnel, qui soutient l’alliance, stimule l’interdisciplinarité réelle et ouvre une co-construction de sens avec le patient. Pour étayer cette posture, l’article mobilise la phénoménologie (corps vécu vs corps-objet), l’approche existentielle (atteinte du sens, de la liberté, de l’isolement, de la temporalité), la psychopathologie du somatique (sans retomber dans un causalisme psychique) et un cadre 4E de la cognition (incarnée, située, enactée, étendue) pour penser la douleur comme phénomène dynamique organisme–environnement. Une vignette clinique illustre comment la validation du vécu, l’élaboration narrative et un plan de soin intégratif peuvent transformer l’errance diagnostique en trajectoire de rétablissement. L’article conclut que l’enjeu central est moins de « trouver la bonne étiquette » que de soutenir une compréhension plurielle, évolutive et partagée, où l’humilité clinique devient un levier thérapeutique.
Contexte La douleur chronique est un symptôme fréquent et invalidant qui touche les personnes ayant un handicap invisible. En l’absence de signes apparents, elle altère la qualité de vie, fragilise les interactions sociales et professionnelles et accroît le risque de désinsertion. Objectif Explorer les représentations sociales du handicap invisible marqué par la douleur chronique, afin de mieux comprendre leur impact sur l’identité et les trajectoires professionnelles. Méthode Cent patients suivis dans un service de réadaptation professionnelle ont participé à une tâche d’associations libres et hiérarchisées autour du mot « handicap ». Les données ont été analysées avec le logiciel Iramuteq (classification hiérarchique descendante, analyse de similitude, nuages de mots). Résultats Trois dimensions principales structurent les représentations : la douleur comme noyau central, les limitations dans la vie quotidienne, et la gestion du regard social et de l’acceptation de soi. Contrairement aux représentations classiques centrées sur les déficiences visibles, l’expérience rapportée insiste sur la douleur chronique, l’invisibilité et la stigmatisation. Conclusion Le handicap invisible, lorsqu’il est vécu à travers la douleur chronique, apparaît comme un facteur majeur de vulnérabilité professionnelle. La prise en compte des représentations sociales liées à la douleur constitue une clé de compréhension utile pour adapter la prise en charge et prévenir la désinsertion.
Tous les types de douleurs (nociceptive, neuropathique et nociplastique) sont décrits dans la maladie endométriosique symptomatique. L’impact de cette maladie douloureuse chronique peut être important sur la qualité de vie des patientes et la santé sexuelle des femmes n’est alors pas épargnée. Environ 80 % d’entre elles décrivent des dyspareunies profondes, d’autres évoquent des vestibulodynies, un vaginisme ou des douleurs postorgasmiques. Elles signalent aussi fréquemment une baisse du désir, une anxiété anticipatoire, des comportements d’évitement et une diminution de leur satisfaction et/ou de celle du ou de la partenaire. L’ensemble du tableau peut aussi être majoré par une hypersensibilisation pelvienne (et parfois centrale) qu’il est bon de rechercher surtout lorsqu’un fond douloureux permanent est manifeste. Les femmes sont pourtant peu interrogées sur leur santé sexuelle par les soignants et elles souhaiteraient que cela évolue. Un bilan sexologique intégré au parcours de soins d’une patiente qui souffre d’endométriose permettrait d’évaluer les dimensions sexuelles, émotionnelles et relationnelles de la patiente. L’ensemble orienterait un plan thérapeutique pouvant inclure des soins plus individualisés et personnalisés : éducation thérapeutique, rééducation périnéale, accompagnement sexologique, psychothérapie de couple, ajustement des traitements médicaux, chirurgie. Cette approche, nécessitant toutefois l’intégration d’un soignant formé en sexologie, s’inscrirait à la Stratégie nationale de santé sexuelle et pourrait peut-être contribuer à améliorer la santé sexuelle des femmes atteintes d’endométriose.
Si l’on considère la prévalence des douleurs neuropathiques de la polyneuropathie diabétique (PND), leur sévérité et leur pharmacorésistance fréquente, on estime qu’en France 30 000 à 60 000 patients diabétiques pourraient être candidats à un traitement par stimulation médullaire. Cette indication est totalement couverte par les recommandations de la HAS et de la SFETD, validée et remboursée. Trois études contrôlées et randomisées versus traitement médicamenteux optimisé ont montré une efficacité majeure de la stimulation médullaire dans la PND. Environ 60 % des patients étaient améliorés à plus de 50 % en termes d’intensité des douleurs, avec une amélioration significative de la qualité de vie, sans perte d’efficacité à long terme. Les risques de la stimulation médullaire (risque d’infection 3–4 %) chez les diabétiques sont similaires à ceux observés dans les autres indications. Ces résultats très positifs contrastent cependant avec la faible utilisation de cette technique chez les patients diabétiques alors que les douleurs de la PND, parce qu’elles sont purement neuropathiques, constituent probablement une meilleure indication que les autres syndromes douloureux mixtes. L’enjeu futur est donc de développer des filières de soins pour mieux mettre en contact patients, médecins traitants et diabétologues avec centres implanteurs de stimulation médullaire.
Les douleurs périnéales chroniques constituent un défi clinique majeur, souvent invalidantes et résistantes aux approches conventionnelles. Cette résistance thérapeutique s’explique notamment par la complexité et l’intrication des mécanismes impliqués. Dans ce contexte, et chez des patients rigoureusement sélectionnés, la neuromodulation implantée apparaît comme une option thérapeutique pertinente pour les douleurs périnéales rebelles à prédominance neuropathique. L’efficacité de la neuromodulation repose sur une identification précise du mécanisme à l’origine de la douleur et du niveau neurologique impliqué. Les cibles et techniques disponibles sont multiples, allant de la stimulation du cône terminal, à la stimulation des ganglions de la racine dorsale (DRG) et des racines sacrées, en passant par la stimulation du cortex moteur (MCS) à la stimulation nerveuse périphérique (PNS) ciblant les nerfs pudendaux, ilio-inguinaux ou génito-fémoraux. Nous avons réalisé une revue de la littérature en utilisant les termes « perineal pain » « neuromodulation » « spinal cord stimulation » « dorsal root ganglion » « lumbosacral retrograde neuromodulation » « motor cortex stimulation » et leurs différentes combinaisons possibles dans les bases de données PubMed et Google Scholar. Le critère de jugement principal de cette revue est de présenter les différentes cibles neurologiques spinales, extraspinales et supraspinales, susceptibles de faire l’objet d’une neurostimulation électrique implantée. La neuromodulation dans la prise en charge de la douleur neuropathique pelvi-périnéale repose sur l’identification précise du mécanisme physiopathologique et du niveau lésionnel impliqué. Selon que l’atteinte soit périphérique (post-ganglionnaire), centrale (pré-ganglionnaire) ou mixte, différentes cibles neurologiques — supraspinales, spinales ou périphériques — peuvent être envisagées. Les atteintes périphériques, incluant les neuropathies pudendales, plexiques ou radiculaires d’étiologies variées, sont potentiellement éligibles à l’ensemble des techniques de neuromodulation, le choix étant guidé par la topographie de la lésion et du dermatome douloureux. En cas d’atteinte centrale, l’altération de la voie cordonale postérieure limite l’efficacité des stimulations spinales conventionnelles, conduisant à discuter des alternatives telles que la stimulation supraspinale ou l’analgésie intrathécale. La neurostimulation implantée, après sélection rigoureuse, constitue aujourd’hui une option thérapeutique prometteuse pour les patients souffrant de douleur périnéale chronique réfractaire aux traitements conventionnels, offrant une réduction significative de la douleur et une amélioration de la qualité de vie. Néanmoins, en dehors de la stimulation du cône terminal, le niveau de preuve reste faible, le manque d’études randomisées et comparatives, limitent la généralisation des résultats et la définition de recommandations standardisées. D’autres études sont nécessaires afin de déterminer de manière consensuelle la cible de stimulation la plus pertinente.
La stimulation médullaire représente une stratégie thérapeutique efficace pour les patients souffrant de douleurs chroniques neuropathiques réfractaires. La mise en place de ce traitement interventionnel nécessite une prise en charge pluridisciplinaire rigoureuse, au sein de laquelle l’infirmier ressource douleur (IRD) joue un rôle fondamental. Présent à chaque étape du parcours, évaluation initiale, phase test, implantation définitive et suivi à long terme, l’IRD assure un accompagnement global, centré sur le patient. Son action repose sur l’éducation thérapeutique, la coordination interprofessionnelle, l’évaluation des freins psychosociaux et la gestion technique du matériel. Il construit une relation de confiance avec le patient et devient un repère, ce qui favorise l’adhésion au projet thérapeutique et l’autonomisation dans l’usage de la neuromodulation. Il participe également à l’évaluation clinique, à l’adaptation des réglages et au suivi des effets antalgiques. Malgré l’impact reconnu de son rôle, des freins institutionnels persistent. La valorisation de cette fonction est essentielle pour assurer une continuité des soins de qualité dans un contexte technologique en pleine évolution.