
La décroissance repose sur une rupture radicale avec l’imaginaire économique moderne. C’est pourquoi la récupération du projet par des lectures économicistes, qui réduisent la décroissance à un régime alternatif de l’économie, atténue sa portée subversive. Au lieu d’une « économie de la décroissance », il faut continuer à œuvrer à un véritable changement de paradigme : décoloniser l’imaginaire, rompre avec le naturalisme économique et constituer un contre-pouvoir capable de résister à l’impératif productiviste.
La commensalité, c’est l’acte de manger et de boire ensemble ou, plus littéralement, comme le suggère l’étymologie ( cum + mensa ), de partager une table. Mais qu’est-ce qu’on partage quand on partage une table ? La nourriture ? La compagnie ? L’addition ? En suivant l’exemple de la convivialité (le plaisir de la société festive) et du convivialisme (l’art de vivre ensemble), l’article s’inspire de la fameuse Table ronde du roi Arthur, mentionnée par Marcel Mauss, pour développer le commensalisme comme utopie de la table universelle et explorer les tensions entre exclusion réelle et inclusion contrefactuelle.
Transformation scénique de soi et jeu spectaculaire, le drag s’est peu à peu affranchi des seules contrainte et nécessité matérielle pour devenir une forme de revendication ludique. Ce qui apparaissait comme seul artifice devient ainsi un langage en acte. En étudiant l’histoire du drag et la nécessité de se représenter par-delà les normes d’un genre fixe, cet article étudie les formes spécifiques du drag comme des manifestations de soi possibles, à accomplir.
Ce court article en hommage à Roberte Hamayon, outre sa dimension personnelle, revient sur trois domaines sur lesquels sa contribution pour les sciences sociales est décisive. D’abord en ayant fait, au sujet des chasseurs-cueilleurs bouriates, une formidable analyse des trois systèmes de dons qui tissent ensemble cette société avec le monde des esprits suivant une logique d’alliance. Ensuite, en montrant le caractère ethnocentrique de la notion occidentale de « croire » pour la remplacer par une conception centrée autour de l’ouverture d’une virtualité. Enfin, en ayant relevé le concept du jouer, qui est une autre modalité subjonctive et métaphorique, au rang de concept essentiel pour penser la religion à esprit qui est le propre des sociétés « contre l’État », distincte des religions à dieu(x) qui sont coextensives à l’émergence d’un pouvoir différencié, centralisé et coercitif.
A l’occasion des dix ans de la revue Pragmata , Daniel Cefai, l’un de ses principaux fondateurs, revient sur l’émergence de cet espace commun où philosophes et chercheurs en sciences sociales participent au développement du pragmatisme comme démarche d’enquête, d’expérimentation et de discussion. Les circulations entre traditions, disciplines et terrains dessinent un pluralisme vivant, nourri d’enquêtes empiriques, de réflexions théoriques, qui permettent une attention renouvelée aux problèmes publics.
La compréhension des formes civiles oscille entre deux visions antagonistes : les visions formalistes qui réifient les formes pour tenter de garantir leur valeur, et les visions critiques qui y voient des masques trompeurs, au service des puissants, faisant obstacle aux luttes pour la justice. Ces deux perspectives partagent une conception dualiste des formes dans laquelle l’articulation processuelle entre fond et formes est perdue. L’article présente ces deux perspectives et argumente en faveur d’une compréhension alternative (tierce) des formes de civilité, qui refuse de réifier les formes et de trancher une fois pour toutes, hors de tous contextes, quant à leur valeur, que ce soit pour la promouvoir ou la dénoncer, mais inscrive leur formation et leurs transformations dans les processus sociohistoriques et les activités de réglage des justes conditions de la coexistence, c’est-à-dire du travail de définition à la fois normatif et pratique du vivre-ensemble, des façons de se rapporter les uns aux autres en société.