
Contexte La correction des déformations par ostéotomie est nécessaire lorsque la croissance résiduelle ne permet pas une épiphysiodèse asymétrique. L’enclouage centromédullaire verrouillé (ECM) offre une fixation stable, mini-invasive, la possibilité de protéger des segments fragiles, et une possibilité d’allongement osseux. Cependant, il nécessite une planification préopératoire précise et une technique opératoire méticuleuse, car les ajustements postopératoires sont limités. Notre objectif est de présenter les indications pratiques, les principes de planification, l’instrumentation, les étapes opératoires et la gestion postopératoire pour une correction sûre et efficace des déformations par ECM. Méthodes Il s’agit d’une conférence d’enseignement technique, fondée sur l’expérience des auteurs et les principes opératoires actuels pour guider la sélection des patients, l’imagerie, le niveau de l’ostéotomie, la sélection des implants et la stratégie opératoire. Cinq questions principales sont abordées : (A) Comment se préparer à la correction des déformations par ECM ? (B) Quelles sont les indications et contre-indications de cette technique ? (C) Quels sont les instruments et implants nécessaires ? (D) Quelles sont les étapes chirurgicales ? (E) Quel est le protocole postopératoire ? Résultats L’examen clinique préopératoire comprend l’évaluation des articulations adjacentes. Une radiographie calibrée en charge, patella de face, est nécessaire pour la planification préopératoire. Le patient est installé en décubitus dorsal sur une table standard équipée d’une grille pour un contrôle peropératoire de l’alignement. Les contre-indications incluent les déformations trop sévères ou complexes, ainsi que les infections osseuses récentes. L’ECM est adapté à la correction de la plupart des déformations en valgus/varus, en procurvatum/recurvatum ainsi que des anomalies rotationnelles. Les clous motorisés peuvent également être utilisés en cas d’inégalité de longueur des membres. Les déformations diaphysaires et métaphysaires autour du genou représentent les meilleures indications. Des alésoirs rigides sont recommandés pour le traitement des déformations métaphysaires. Des broches sont placées au-dessus et au-dessous du niveau prévu de l’ostéotomie pour le contrôle de la rotation. Un système de tube, introduit en trans osseux, protège complètement l’articulation et maintient les alésoirs au même point d’entrée sur une trajectoire constante selon la planification préopératoire. La corticotomie à la mèche permet une décompression pour réduire le risque d’embolie graisseuse lors de l’alésage et favoriser la consolidation en agissant comme une greffe osseuse. Des vis de Poller peuvent être utilisées pour augmenter la stabilité et/ou pour permettre des corrections importantes. L’ECM permet généralement une mise en charge au moins partielle immédiate et une mobilisation articulaire libre. Les patients subissant un allongement de membre doivent être suivis régulièrement en consultation pour évaluer la formation osseuse, les complications liées à l’implant, ainsi que les amplitudes articulaires. Conclusion L’ECM est une solution de choix pour la correction de la plupart des déformations du fémur et du tibia. Le succès repose sur une sélection rigoureuse des patients, une planification préopératoire systématique, un choix précis du niveau d’ostéotomie, l’utilisation fréquente de vis de Poller, le contrôle de la rotation par broches et un suivi postopératoire régulier. Lorsque la complexité ou l’implication épiphysaire juxta-articulaire exclut l’ECM, la fixation externe hexapodale reste une alternative.
Une patiente de 76 ans, devant être opérée d’une fracture de hanche, a vu son intervention reportée plusieurs fois. En raison de nombreux dysfonctionnements (défaut de suivi, mauvaise communication, hébergement dans un service inadapté, absence de réévaluation médicale), son traitement anticoagulant n’a pas été correctement géré. Faute de thromboprophylaxie elle décèdera d’une embolie pulmonaire massive avant l’opération. L’analyse conclut que ce décès était probablement évitable grâce à une meilleure organisation, une surveillance renforcée et une réévaluation systématique après chaque report.
Les infections ostéoarticulaires complexes (IOAc) représentent un enjeu majeur de santé publique en raison de leur gravité, de leur impact fonctionnel et de la complexité de leur prise en charge. La France a mis en place dès 2008 un réseau national de centres de référence des infections ostéoarticulaires complexes (CRIOAc), modèle précurseur reposant sur des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) spécialisées et un maillage territorial national. Nous avons réalisé une étude descriptive nationale portant sur l’activité et l’évolution du réseau CRIOAc depuis sa création, notamment les évolutions organisationnelles, les modalités de financement, les activités scientifiques, universitaires. Les données analysées provenaient du système d’information national des CRIOAc, alimenté prospectivement à partir des RCP. Une analyse bibliométrique descriptive de la littérature citant l’article princeps a été effectuée. Le réseau est passé de 8 centres coordonnateurs lors de sa mise en place à 32 centres labellisés en 2024, assurant une couverture homogène du territoire national. Il dispose d’un Comité Scientifique National représentant chacune des spécialités et des régions. Depuis sa création, 64 859 patients ont été pris en charge. Le nombre annuel de RCP est passé de 698 en 2011 à 1760 en 2024, tandis que le nombre de séjours chirurgicaux pour infections ostéoarticulaires (IOA) est passé de 6148 à 11 340 sur la même période. La proportion des IOA considérées comme complexes est restée stable autour de 60–65 %. Les CRIOAc ont contribué à l’élaboration de recommandations nationales et internationales, au développement d’un diplôme interuniversitaire, à la réalisation d’études multicentriques et à l’émergence d’activités dédiées aux thérapies innovantes. L’analyse bibliométrique met en évidence une diffusion internationale croissante du modèle CRIOAc. Après dix-huit ans d’existence, les CRIOAc constituent un modèle national précurseur et pérenne d’organisation multidisciplinaire des soins complexes, dont les principes sont aujourd’hui confortés par la littérature internationale. Leur rôle dépasse désormais le seul recours clinique et s’étend à la recherche, à la formation et à l’évaluation des innovations thérapeutiques. Leur intégration dans les réseaux européens pourrait renforcer leur contribution à l’amélioration de la prise en charge des IOAc. Niveau de preuve V ; revue narrative.
Les infections du site opératoire (ISO) constituent une complication majeure en orthopédie pédiatrique et surviennent principalement après chirurgie rachidienne pour scoliose. Le diagnostic repose sur les signes cliniques, les marqueurs biologiques de l’inflammation et les prélèvements microbiologiques profonds peropératoires, réalisés si possible avant toute antibiothérapie. En cas de cultures négatives, notamment après antibiothérapie préalable, les techniques de biologie moléculaire telles que la PCR ARN 16S peuvent améliorer l’identification des pathogènes. Le profil microbiologique varie selon le terrain. Les scolioses idiopathiques sont principalement associées à des bactéries à Gram positif, notamment Staphylococcus aureus et Cutibacterium acnes, tandis que les scolioses neuromusculaires sont plus fréquemment associées à des bacilles à Gram négatif. Les facteurs de risque incluent la malnutrition, les pathologies neurologiques, le diabète, la durée opératoire prolongée, l’instrumentation étendue et la présence de dispositifs médicaux. La prévention repose sur des mesures multimodales incluant une préparation cutanée adaptée avec décolonisation du S. aureus lorsque indiquée, une douche antiseptique préopératoire, l’optimisation de l’état nutritionnel et une antibioprophylaxie peropératoire adaptée, le plus souvent par céfazoline avec ou sans couverture des bacilles à Gram négatif chez les patients à risque. La prolongation postopératoire de l’antibioprophylaxie n’est pas recommandée. Le maintien de la normothermie et le retrait précoce des drains contribuent également à réduire le risque infectieux. La prise en charge repose sur une approche multidisciplinaire. L’antibiothérapie est initiée après les prélèvements microbiologiques, adaptée aux résultats, et poursuivie pendant 6 à 12 semaines. La conservation du matériel est privilégiée chaque fois que possible jusqu’à obtention de la fusion osseuse. La mise en place de registres nationaux et de réseaux spécialisés apparaît nécessaire afin d’améliorer la prévention et la prise en charge des ISO en orthopédie pédiatrique.
L’innovation française a profondément marqué l’évolution de la chirurgie rachidienne au cours des cinquante dernières années. Bien que de nombreuses contributions françaises soient aujourd’hui reconnues internationalement, peu de travaux ont expliqué leur impact sur la compréhension biomécanique du rachis, le développement des techniques chirurgicales. Cette revue a pour objectif de retracer les contributions françaises à la compréhension de la physiologie rachidienne, au développement de la chirurgie des déformations et de la stabilisation vertébrale, et d’évoquer les perspectives de la spécialité. Sur le plan chirurgical, les travaux de Stagnara, Duval-Beaupère, Legaye et Roussouly ont permis le développement des concepts modernes d’équilibre sagittal et d’alignement rachidien. Cotrel et Dubousset ont révolutionné la prise en charge des scolioses grâce au concept de déformation tridimensionnelle et à l’instrumentation segmentaire. Roy-Camille, Louis, Argenson, Onimus et Marnay ont contribué à l’évolution de la traumatologie, des voies d’abord et de l’instrumentation rachidienne. Les innovations technologiques comprennent notamment l’imagerie EOS, la vertébroplastie, les prothèses discales, les systèmes de guidage pédiculaire PediGuard®, les outils de planification préopératoire, les tiges sur mesure et les plateformes d’analyse de données. Plus récemment, la France s’est imposée comme un acteur majeur dans les domaines de la robotique, de l’intelligence artificielle, de la chirurgie personnalisée et de la simulation chirurgicale. Niveau de preuve : V ; revue narrative.
L’intelligence artificielle (IA) transforme rapidement la chirurgie orthopédique, portée par les progrès de la science des données, de la puissance de calcul et de la digitalisation périopératoire. Dans ce paysage en constante évolution, cinq « compagnons d’IA » structurent le flux de travail du chirurgien. Le « Scribe IA » optimise l’efficacité administrative tout en préservant la relation chirurgien-patient. L’« Assistant Stratégique » accompagne le continuum allant du diagnostic à la prise de décision et aux soins personnalisés. Le « Copilote Chirurgical » intègre les données en temps réel, les jumeaux numériques et la synergie vision-langage-action pour améliorer le guidage peropératoire. La « Sentinelle Apprenante » exploite l’expérience collective pour éclairer la pratique, la formation et l’amélioration continue. L’« Avant-garde en Traumatologie », agile, sécurise la prise de décision en urgence tout en contribuant à la décentralisation de l’expertise. Ces systèmes s’appuient sur des jumeaux numériques et des modèles spécifiques à une tâche, pilotés par les données et constamment affinés grâce aux résultats des patients via des boucles de rétroaction automatisées ou semi-automatisées. Bien que les premières applications aient démontré leur faisabilité, leur valeur clinique reste insuffisamment établie, soulignant la nécessité de cadres d’évaluation robustes axés sur les résultats centrés sur le patient et l’efficacité dans le monde réel. Parallèlement, les modèles économiques restent incertains pour les technologies générant des retours largement immatériels. Leur intégration dans la pratique nécessitera que les chirurgiens développent de solides capacités de supervision ainsi qu’une compréhension claire des performances, du champ d’application et des limites des modèles. La science ouverte, le partage des données et la souveraineté numérique seront essentiels pour garantir la transparence, la reproductibilité et un accès équitable. Les compagnons d’IA pourraient ultimement redéfinir les soins en orthopédie, à condition que leur déploiement soit guidé par une validation rigoureuse et une gouvernance appropriée. Niveau de preuve V ; opinion d’experts, revue narrative.
Contexte La soumission simultanée d’un même manuscrit à plusieurs revues contrevient aux règles établies d’éthique de la publication et peut compromettre l’intégrité du processus d’évaluation par les pairs. Toutefois, la fréquence et son évolution dans le temps ainsi que la répartition géographique et les résultats de telles pratiques demeurent mal connues. Cette étude visait à répondre aux questions suivantes : 1) La fréquence des soumissions simultanées a-t-elle augmenté au fil du temps ? 2) Cette pratique est-elle géographiquement concentrée ou mondialement répartie ? 3) Quels résultats et indicateurs de publication caractérisent ces manuscrits ? Hypothèse Nous avons émis l’hypothèse que les soumissions simultanées ont augmenté au fil du temps et sont associées à des résultats de publication défavorables. Matériel et méthodes Une étude bibliométrique rétrospective a été menée, incluant tous les manuscrits soumis à Orthopaedics & Traumatology: Surgery & Research (OTSR) entre 2019 et 2025. Au total, 60 soumissions simultanées (dans OTSR et simultanément dans un autre journal du groupe Elsevier) ont été identifiées entre 2019 et 2025 à l’aide des systèmes de gestion éditoriale et d’outils de détection de similarité. Les données recueillies comprenaient l’année de soumission, le pays d’origine, le statut de publication, le délai de publication, le facteur d’impact de la revue (Impact Factor) et le statut de libre accès (Open Access). Les tendances temporelles ont été analysées par régression linéaire, et des statistiques descriptives ont été appliquées. Résultats Au total, 60 soumissions simultanées ont été identifiées, passant de 3 cas en 2019 à 22 cas en 2025. Nous avons observé une tendance significative à la hausse, correspondant à une augmentation annuelle d’environ 3,5 cas et à une hausse de l’incidence de 0,4 % par an. La répartition géographique était hétérogène, et les taux d’incidence ajustés en fonction du nombre total de soumissions n’ont pas révélé de schéma régional net. Globalement, 36,7 % (22/60) des manuscrits n’ont pas été publiés. Parmi les 38 manuscrits publiés, seuls 15 % (9/60) ont été acceptés par l’une des revues initialement ciblées (cependant 0 dans OTSR, qui a systématiquement rejeté sans évaluation en raison de la violation éthique), tandis que la majorité ont été publiés dans des revues différentes. Les retards de publication étaient fréquents, 55,3 % (21/38) des manuscrits ayant été publiés après plus de 4 mois. La plupart des manuscrits ont finalement été publiés dans des revues au facteur d’impact similaire ou inférieur, et 68,4 % (26/38) sont parus dans des revues entièrement en libre accès. Discussion La soumission simultanée apparaît comme un phénomène croissant et mondialement réparti, alimenté par des pressions systémiques incitant à publier. Cette stratégie est toutefois largement inefficace, aboutissant souvent à une publication retardée, à des publications dans des journaux de moindre impact ou à une absence de publication, tout en exposant l’ensemble des coauteurs à des risques éthiques. Le renforcement de la collaboration entre éditeurs et le respect accru des règles éthiques sont essentiels pour atténuer cette pratique. Niveau de preuve IV ; recherche bibliométrique rétrospective.
Contexte Le volume des publications scientifiques a augmenté rapidement, renforçant le besoin de synthèses probantes fiables et régulièrement mises à jour. Les revues systématiques (RS) et les méta-analyses (MA) demeurent le plus haut niveau de preuve, mais leur réalisation est longue et coûteuse en ressources, dépassant souvent un an. L’intelligence artificielle (IA) est de plus en plus utilisée pour automatiser les étapes de ce processus, mais la validation de ses performances et de sa rigueur méthodologique reste limitée. Cette revue narrative aborde trois questions : 1) à quelles étapes du processus RS/MA l’IA peut-elle être utilisée de manière fiable ; 2) comment évaluer la performance de l’IA pour chaque tâche ; et 3) comment quantifier l’erreur résiduelle après vérification humaine. Méthodes Nous décrivons les principes et les étapes clés d’une méta-analyse traditionnelle et examinons la contribution de l’IA à chaque étape. La littérature a été issue des principales bases de données biomédicales ; aucune recherche systématique n’a été réalisée. Les performances de l’IA sont résumées par tâche, l’évaluation comparative et la quantification de l’erreur résiduelle étant considérées séparément. Résultats Sur l’ensemble du processus, la maturité de l’IA est hétérogène. Dans une revue systématique de 2025 portant sur 19 études comparatives, l’IA générative a manqué 68,0 % à 96,0 % des études pertinentes lors de la recherche, et a produit des décisions d’inclusion incorrectes dans 0,0 % à 29,0 % des cas, des exclusions incorrectes dans 1,0 % à 83,0 %, des extractions incorrectes dans 4,0 % à 31,0 %, et des évaluations du risque de biais incorrectes dans 10,0 % à 56,0 %. Une revue de portée de 2025 a identifié 37 articles : 15/37 (41 %) concernant la recherche bibliographique, 14/37 (38 %) la sélection des études, 11/37 (30 %) l’extraction de données ; 33/37 (89 %) utilisaient des modèles GPT et 21/37 (57 %) étaient des études de validation ; 20/37 (54 %) ont conclu de manière prometteuse, aucune comme implémentation validée. Le cribéage titre/résumé était le plus mature (sensibilité 99,2 %, spécificité 83,6 %) par rapport au cribéage texte intégral (97,6 % et 47,4 %). Pour l’extraction structurée sur 30 articles, un outil a atteint 92,0 % de précision, rappel et F1, mais la sensibilité tombait à 77,0 %–80,0 % pour les variables spécifiques à la revue, avec des confabulations dans 4/90 (4 %) des points de données ; sur 107 essais, la précision d’extraction était de 96,2 % (97,9 % avec affinage) tandis que le temps moyen est passé de 86,9 à 14,7min par essai. L’évaluation du risque de biais était la tâche la plus fragile (kappa 0,51, IC 95 % : 0,36–0,66). Pour l’erreur résiduelle, 0 erreur parmi 60 éléments vérifiés correspond à une borne supérieure unilatérale à 95 % de 4,9 %. Discussion L’IA transforme les RS/MA vers des flux de travail hybrides homme–machine plutôt qu’elle ne les remplace. Les performances sont spécifiques à la tâche, et les métriques seules sont insuffisantes : l’incertitude résiduelle doit être quantifiée. Les données actuelles soutiennent l’IA comme technologie d’assistance sous supervision humaine, et non une utilisation autonome. Niveau de preuve V ; revue narrative.
La vie de tous les jours d’un adolescent ou adulte jeune paralysé cérébral, non marchant, peut être fortement perturbée par une hanche douloureuse ou enraidie. Les solutions chirurgicales habituellement proposées comme les résections de l’extrémité supérieure du fémur (RTC) ne donnent pas complète satisfaction sur le plan antalgique et apparaissent comme quelque peu mutilantes. Le but de cette mise au point est de décrire notre technique d’arthroplastie totale appliquée aux patients spastiques à hanche luxée. Les complications et les moyens de les prévenir et de les traiter seront décrits. Ce travail repose sur une expérience de plus de 20 ans et s’appuie sur une cohorte de 73 patients et 91 hanches. Niveau de preuve V (avis d’expert).
OTSR-RCOT a, depuis longtemps, valorisé l’éthique et l’intégrité scientifique, Le rôle d’une revue scientifique, et de son comité d’éthique, est de détecter les méconduites dans les publications, les analyser, éduquer et sanctionner si nécessaire. La transition vers un modèle auteur-payeur a favorisé la publication rapide, mais augmenté les risques de publications trompeuses. La croissance exponentielle des publications a largement dépassé la progression du nombre de chercheurs. Ainsi les dérives telles que le plagiat, la double soumission, la manipulation de données, et l’usage de revues prédatrices sont fréquents. En 2018, OTSR-RCOT a créé un comité d’éthique pour surveiller l’intégrité scientifique des articles soumis et publiés. Son rôle est d’éclairer la rédaction selon les recommandations du Commitee on Publication Ethics (COPE), charge pour le rédacteur en chef de prendre la décision. Le comité d’éthique analyse les cas de méconduite, notamment ceux qui se situent dans la zone grise (ni conduite vertueuse, ni fraude avérée) ; elle inclut erreurs involontaires, manipulations intentionnelles (auteurs, figures, etc.), autoplagiat, biais de financement, et usage abusif de l’intelligence artificielle (IA)… Le comité a été saisi 24 fois entre 2018–2021, principalement pour doubles soumissions, avec une faible proportion de cas. La tendance est à l’augmentation. La détection est essentielle, avec des outils numériques pour détecter plagiat, autoplagiat, usage inapproprié de tests statistiques, utilisation abusive de l’IA… La sanction qui s’ensuit peut inclure rejet, publication d’un erratum, mise sur liste noire, rétractation, information de l’université à laquelle l’auteur est affilié. Mais la prévention par la pédagogie est prioritaire. La collaboration entre rédacteur, éditeur et comité d’éthique est cruciale pour une gestion efficace des cas. Niveau de preuve V ; opinion d’expert.
Les pathologies pédiatriques impliquant la neurochirurgie sont diverses et génératrices de séquelles sévères et durables avec un retentissement sur de nombreuses fonctions, notamment l’appareil locomoteur. Elles se classent en pathologies congénitales telles les dysraphismes au premier rang desquels le myéloméningocèle et en pathologies acquises. La diffusion de la prise en charge in utero du spina bifida a diminué la gravité des séquelles notamment au niveau cognitif mais également sur le plan orthopédique. Les pathologies acquises comprennent les pathologies tumorales intramédullaires dont la prise en charge a été grandement améliorée par l’utilisation de différentes assistances peropératoires. Elles comprennent également la traumatologie rachidienne et médullaire dont les séquelles seront déterminées par l’âge de l’enfant ou la présence d’un déficit neurologique entraînant pour conséquences des déformations des membres, du rachis et un retentissement fonctionnel parfois sévère. Pour les accidents vasculaires cérébraux, on distingue ceux survenant en période néonatale avec un retentissement souvent modéré en raison de la plasticité cérébrale et ceux de l’enfant plus âgé, moins fréquent, mais avec des conséquences fonctionnelles plus marquées et un potentiel de récupération moindre. Les traumatismes crâniens donnent des complications comme des déficits neurologiques focaux ou des troubles du mouvement à type de spasticité. Les tumeurs cérébrales peuvent entraîner des séquelles orthopédiques importantes d’autant plus que l’enfant est jeune et qu’il a bénéficié de traitements complémentaires agressifs tel la radiothérapie. Dans tous les cas, la coopération entre le neurochirurgien et l’orthopédiste doit être optimisée grâce à l’utilisation de consultations multidisciplinaires. Niveau de preuve V (avis d’expert).
Les fractures périprothétiques tibiales (FPPT) après arthroplastie totale du genou sont rares et liées à une fragilisation peropératoire passée inaperçue ou à un traumatisme dans un contexte d’ostéoporose ou d’ostéolyse associée. Leur prise en charge nécessite d’évaluer la stabilité de l’implant tibial, la localisation du trait de fracture et le terrain du patient. Cette revue de la littérature aborde les questions suivantes : quels sont l’épidémiologie, les mécanismes et la classification ? Leur incidence est rare ; la classification de Felix est la référence pour analyser la localisation du trait, la stabilité de l’implant et orienter le choix thérapeutique ; y a-t-il une place pour le traitement orthopédique ? ; quelles sont les spécificités du traitement par ostéosynthèse des FPPT ? ; quand envisage une révision et comment la faire ? ; que faire en cas de fracture peropératoire ? La place du traitement orthopédique est limitée et réservée aux fractures non déplacées sur implant stable, l’ostéosynthèse par plaque(s) verrouillée(s) ou enclouage est proposée lorsque le composant tibial est bien fixé, et la révision prothétique en cas de descellement ou de perte de substance osseuse importante ; quels sont les résultats et les complications ? Ces fractures sont associées à un taux significatif de complications (retard de consolidation, pseudarthrose, infection, réintervention). Niveau de preuve Niveau 5 - Avis d’expert.
Le rôle diagnostique de l’analyse de marche et les bons résultats de la chirurgie multisite ne sont plus à prouver. Néanmoins, nous avons pu constater une évolution vers des techniques chirurgicales moins invasives et un traitement ciblé de la spasticité pendant cette dernière décennie. Les techniques neurochirurgicales de traitement de la spasticité, en particulier la rhizotomie dorsale sélective pour les patients déambulant donnent des résultats encourageants. En même temps, la chirurgie orthopédique miniment invasive a pris de plus en plus de place pour le traitement des problèmes orthopédiques, que ce soit pour réaliser des allongements myoaponévrotiques par voie percutanée ou pour des modifications de l’anatomie osseuse par des techniques de guidage de croissance. Avec ces nouvelles perspectives, il est possible qu’avec un traitement plus performant de la spasticité, associé au traitement des rétractions musculaires à des âges plus précoces, nous puissions assister à une diminution du développement de déformations squelettiques mais, pour l’instant, la place de la chirurgie osseuse chez l’enfant marchant avec PC est toujours là. Niveau de preuve V.