
Cet article propose d’examiner la place de la Suisse dans les premiers tours du monde touristiques, qui se développent dans la seconde moitié du XIXe siècle. Cette étude est réalisée à partir d’un corpus conséquent de récits de globetrotters, en majorité des Occidentaux, publiés entre 1869 et 1914. L’analyse de ces sources littéraires montre la place paradoxale de la Suisse dans l’émergence de cette pratique touristique qui se déploie à l’échelle du globe. Étape marginale des circuits standards, l’évocation de la Suisse dans ces textes permet néanmoins d’étudier les ressorts symboliques de la mondialisation du tourisme. Mots-clés : tours du monde, Suisse, globetrotters américains, mondialisation du tourisme, littérature de voyage.
Le Bernois Heinrich Schiffmann réalise entre 1897 et 1902 deux tours du monde dont la connaissance repose en grande partie sur une remarquable production photographique. Les centaines de clichés qu’il réalise documentent ses voyages et détonnent à une période où les globetrotters restent pour la plupart de simples acheteurs d’images collectées aux différentes étapes, souvent aux côtés d’objets-souvenirs. La pratique photographique de Schiffmann, mise en lumière dans ce portfolio, préfigure un changement de paradigme dans la fabrique des souvenirs personnels du voyage : l’image supplante progressivement l’écrit et devient le vecteur d’un regard singulier porté sur le monde.
Les Neuchâtelois ont été nombreux à voyager. Missionnaires, commerçants, industriels, artistes, explorateurs, militaires, horlogers, touristes, artisans, savants ou simples aventuriers, la liste est longue. Cette migration, passagère ou définitive, imposée ou improvisée, amère ou joyeuse, se conjugue avec une forme peu mentionnée dans les récits qui ont été laissés, le tour du monde. Le canton de Neuchâtel n’a pas échappé à cette vogue au XIXe siècle. Plusieurs de ses ressortissants se sont illustrés. Cette contribution s’intéresse à deux d’entre eux, l’un, industriel, Philippe Suchard (1797-1884), l’autre, politicien, diplomate puis professeur, Aimé Humbert (1819-1900).
Gustave Revilliod, patricien et homme de lettres genevois, effectue son unique tour du monde en 1888-1889. Étant donné qu’il décède l’année suivante, ce voyage semble avoir été l’aboutissement de sa vie. Il laisse derrière lui une imposante postérité qu’il convient d’analyser sous l’angle historique et muséologique pour en comprendre toutes les implications globales.
Cet article propose une mise en perspective historique, géographique et méthodologique des premiers tours du monde touristiques, en accordant une attention particulière à la Suisse. Il inscrit cette analyse dans le contexte des évolutions récentes du tourisme mondial et de ses enjeux contemporains. Après avoir esquissé les contours de la mode des globetrotters qui émerge au XIXe siècle, le texte resitue le cas helvétique dans la littérature existante afin de montrer la pertinence et l’originalité d’aborder un tel sujet. Une synthèse est proposée pour la période suivante, le xxe siècle, en relevant ruptures et continuités. La présentation des contributions réunies dans ce volume complète l’analyse.
Le texte présente un entretien avec le cycliste suisse Pascal Bärtschi, auteur d’un tour du monde à vélo (2011-2017), revenant sur la genèse de son projet, ses choix techniques et itinéraires, son rapport au temps, à la frugalité, aux rencontres, à l’écologie et au volontariat, ainsi que sur les effets biographiques et éditoriaux du voyage. Il est précédé d’une introduction analysant son récit entre guide pratique et quête introspective, l’inscrivant dans une histoire globale des circumnavigations cyclistes et dans la généalogie de la douzaine de Suisses identifiés comme ayant entrepris un tour du monde à vélo depuis le début xxe, avant d’ouvrir une réflexion sur la portée symbolique des Alpes.
Cet article s’appuie sur le projet de recherche-création Play-to-Learn (2023- 2025), qui explore de nouveaux formats de médiatisation des sciences humaines et sociales en associant jeux vidéo et médias sociaux. Il étudie le contexte et les résultats de l’épisode #1, « Tours du Monde » (2024), conçu comme une conver- sation ludique où la scénographie, les interactions, le montage et les références convoquées complètent les approches historiques et géographiques des tours du monde et du tourisme. Il montre comment les jeux vidéo prolongent des supports d’imaginaires qui circulaient déjà au XIXe et au début du XXe siècle (jeux de plateau, dioramas, carnets de bord, collections d’images) et les reconfigurent, en donnant aux joueur·euse·s la possibilité de dévier des itinéraires prescrits et de décentrer le point de vue occidental.
Après une brève introduction sur le renouveau des séries de fictions historiques, cet article propose un entretien avec le réalisateur suisse Pierre Monnard, auteur de Winter Palace (Netflix-RTS, 2025). La série met en scène la Suisse alpine et hôtelière de la fin du XIXe siècle à travers le prisme du tourisme de luxe. L’entretien permet d’aborder les origines du projet, le contexte historique représenté, les enjeux de sa mise en image contemporaine, ainsi que le rôle du tourisme bourgeois dans l’ouverture et l’interconnexion de la Suisse avec l’étranger à l’époque des premiers globetrotters.
Cet article présente un entretien réalisé avec Fabienne et Benoît Luisier, deux voyageurs suisses romands devenus influenceurs à la suite d’un tour du monde de dix-neuf mois entrepris en 2013. Dix ans après, ils reviennent, dans ce récit rétrospectif, sur l’étape préparatoire, les choix d’itinéraire et de budget, les premières épreuves rencontrées mais aussi sur ce que cette expérience vécue sur un temps long a durablement reconfi- guré dans leur vie. L’entretien aborde ainsi la question des influenceurs et des tours du monde contemporains et bénéficie d’un regard transdisciplinaire à l’articulation de la géographie, attentive aux pratiques de mobilité, et de l’analyse du discours, discipline qui interroge ici les représentations individuelles et collectives du voyage.
Cet article analyse le voyage autour du monde que le Tessinois Ruggero Dollfus accomplit, en tant que touriste, en 1900-1901. À partir de ses lettres, publiées dans le principal quotidien du Tessin, la focale est mise sur l’intégration de cet acteur dans des réseaux transnationaux qui relient la Suisse et l’Italie, ses pays de provenance, à un ordre impérial mondial et qui façonnent son périple. L’étude éclaire ainsi la manière dont un voyage touristique issu d’une périphérie européenne s’insère dans les dynamiques de l’impérialisme du début du xxe siècle.
Cet article vise à explorer comment l’avènement de la modernité et de la mondialisation a pu contribuer à l’émancipation des femmes occidentales, surtout – mais pas seulement – celles issues de classes sociales aisées, en choisissant comme point d’entrée l’expérience des tours du monde. Pour ce faire, le texte analyse des aspects liés aux récits de voyage produits notamment par des globetrotteuses. L’une des questions centrales sera de savoir comment le départ matériel ou symbolique contribue, en général, à affirmer une autonomie féminine. Une autre question sera leur regard sur le monde. Certaines globetrotteuses, comme la Britannique Frances Douglas Bridges et les Suissesses Cäcilie von Rodt et Lina Bögli, seront à ce propos mobilisées.
Espèce pourtant emblématique du sauvage, le sanglier (Sus scrofa) est de plus en plus associé aux zones anthropisées. Notre contribution propose une lecture multiscalaire des représentations associées à l’ongulé dans la ville. Nous nous appuyons pour cela sur un corpus d’articles de presse issus des quotidiens régionaux et nationaux Sud-Ouest et Le Monde, ainsi que sur des enquêtes menées au sein de l’agglomération de Périgueux. L’analyse apporte une compréhension de la complexité et de la pluralité de représentations sociales structurantes dans le contexte des conflits de coexistence humain/non-humain.
La relation humains-animaux est au cœur du projet éditorial des Fabuleux ZOOpuscules auquel cet entretien est consacré. Deux des nouvelles y dessinent les contours d’un monde urbain où les animaux ont conquis la ville, quand une troisième se situe dans un lieu urbain d’exposition des corps animaux, le zoo. Dystopie et utopie urbaines ne sont jamais loin, comme le soulignent les œuvres littéraires qui ont inspiré Nathalie Georges.
Un travail d’enquête auprès des acteurs et actrices de la gestion de l’entomo-faune et des territoires de la métropole de Montpellier a permis de mettre à l’épreuve l’hypothèse d’une transformation des pensées et pratiques envers les insectes en lien avec les enjeux écologiques. Nos résultats montrent une grande disparité de valeurs et de pratiques des gestionnaires, selon les insectes, les territoires (de l’espace domestique aux espaces à caractère naturel), mais confirment une lente écologisation des pratiques de gestion qui façonnent les milieux par des chemins divers.
Cet article retrace l’histoire des renards roux (Vulpes vulpes) en Région de Bruxelles-Capitale pour analyser les « lieux bestiaux », c’est-à-dire la ville vécue du point de vue des animaux, à partir d’une méthodologie liant les outils éthologiques avec ceux des sciences sociales. Il s’agit d’expliquer l’installation des renards dans la ville pour resserrer ensuite la focale sur un espace en particulier, le bois de la Grappe. Cette cité-jardin, habitée par plusieurs groupes de renards, révèle les réseaux urbains des animaux et leur fabrique de la ville. En résumé, cet article vise à éclairer les modalités de présence, de cohabitation et de transformation de l’espace par les animaux, dans un territoire densément partagé.
À Lima (Pérou) et Santiago (Chili), des collectifs cyclistes appellent à reconnaître le vélo comme moyen de transport à part entière. Leurs revendications sont toutefois plus larges et portent également sur des questions politiques, environnementales et féministes. En utilisant le prisme du concept de justice mobilitaire, l’analyse montre que ces revendications renvoient à plusieurs crises de mobilité, aux inégalités dans la possibilité de se déplacer (en fonction de la classe sociale, du genre, de l’orientation sexuelle, de l’origine nationale ou du mode de transport) et aux structures qui les perpétuent (système politique, économie néolibérale, patriarcat, système automobile). Au-delà des spécificités locales et nationale, le vélo apparaît comme un mode de déplacement résilient dans les crises traversées par ces deux capitales latino-américaines. En cristallisant des revendications plurielles, il est utilisé comme vecteur de changement systémique par ces mouvements.
En Corse, si les animaux en liberté font partie du paysage, les bovins circulant en ville sont unanimement considérés comme n’étant pas à leur place et qualifiés de « divagants ». Cherchant à démêler les situations que recouvre le terme de « divagation », cet article met en perspective la manière dont les acteurs qualifient l’agentivité des animaux et la responsabilité des humains à leur égard. Il décrit ainsi la diversité des acteurs concernés, des manières de poser le problème et les difficultés à apporter des réponses. Il montre qu’en transgressant les frontières qui leur sont assignées ces animaux contribuent à requalifier l’activité d’élevage et les espaces qu’ils fréquentent, autant qu’ils sont le produit de leurs progressives transformations.
En France, les goélands commencent à nicher en milieu urbain dans les années 1970. Quelques décennies plus tard, les municipalités mettent en place des campagnes de stérilisation des œufs pour contrôler le nombre de goélands en ville. L’article s’intéresse à la manière dont des citadins s’adaptent à la présence de l’oiseau et interagissent avec lui dans le cas des villes de Lorient et de Sète, en décrivant les pratiques, les interactions et les perceptions vis-à-vis du goéland. Qu’il s’agisse de lutter contre la présence animale ou au contraire d’entretenir des relations privilégiées avec lui, l’article révèle que la rencontre avec le goéland fait évoluer les représentations et les rapports du citadin à l’animal.
Les humains vivent aux côtés des vers luisants depuis plusieurs milliers d’années et l’intriguant insecte nocturne et bioluminescent n’a pas dû passer inaperçu. Pourtant, il n’existe que peu de traces historiques de ces rencontres anecdotiques qui, autrefois, étaient vouées à tomber dans l’oubli. En 2015, deux chercheurs en sciences naturelles ont lancé un programme de sciences participatives sur le territoire français visant à recenser les observations de vers luisants par le grand public. Désormais, des traces (numériques) s’accumulent et offrent des clés de compréhension de notre rapport à cet insecte qui médiatise des formes d’attachement et d’attention à un environnement intime, les jardins domestiques.