
Cet article analyse la façon dont Emmanuel Macron a intégré le langage entrepreneurial dans son discours et sa politique. En croisant sociologie politique et économique, il explore les conditions ayant favorisé l’adoption d’un discours répondant aux attentes du monde des affaires. À partir d’un corpus de discours et de documents officiels, l’étude examine la manière dont cette influence s’est traduite en actes. Elle met en lumière la « startupisation » de la parole présidentielle, introduisant un lexique et des postures propres à cet univers. Enfin, elle interroge les effets de ce registre entrepreneurial sur la posture présidentielle elle-même.
Cet article étudie le rapport ambigu des autorités américaines à la question du génocide arménien de 1915 – qu’elles n’ont reconnu formellement qu’en 2019 pour le Congrès, et en 2021 pour l’exécutif –, en analysant les messages annuels (presidential statements) des présidents en commémoration du génocide. Alors qu’ils refusaient d’utiliser le G Word pour évoquer 1915 et bloquaient toute reconnaissance au Congrès, les présidents américains, tous bords politiques confondus, décidèrent d’accompagner les Arméniens-Américains dans leurs commémorations annuelles du 24 avril. Ils le firent en publiant, à partir de 1990, un message en mémoire du génocide… mais sans utiliser le mot génocide.
En 2022, dès la pré-campagne pour sa réélection, Emmanuel Macron a initié une appropriation du mot sobriété, jusqu’alors relativement confidentiel. Puis, après sa réélection, le ton s’est fait plus martial, le président appelant à la « mobilisation générale » pour la sobriété face au retour de la guerre en Europe. Cette appropriation en deux temps nous éclaire sur les ressorts du discours macronien, comme sur la tendance à réduire la sobriété aux seuls « petits gestes ».
Après avoir fait sien le concept de « président jupitérien » lors de sa première campagne présidentielle, Emmanuel Macron prend ses distances avec le dieu des dieux une fois réélu. En adoptant une démarche quantitative textométrique et qualitative énonciative et sémantique, une analyse de discours, menée sur l’exploitation de l’association entre Emmanuel Macron et « Jupiter » dans un corpus constitué de la version web de cinq quotidiens nationaux français sur la période de son premier mandat (668 articles, 703 540 occurrences), éclaire la représentation construite par la presse de Macron Jupiter, qui met effectivement en avant la faiblesse de son mode de gouvernance.
La figure de la guerre et son imaginaire sont devenus des références constantes du discours d’Emmanuel Macron, allant jusqu’à intégrer sa rhétorique constitutionnelle. Cette nouvelle dynamique discursive invite à s’interroger sur ces conditions de réception et de circulation. Ses effets perlocutoires particulièrement remarquables semblent en faire une ressource stratégique puissante pour les élites politiques qui se l’approprient massivement.
Cet article propose une analyse diachronique des discours d’Emmanuel Macron entre 2017 et 2025, en identifiant trois phases discursives distinctes : un œcuménisme initial, un moment cathartique ensuite, enfin une radicalisation progressive. Cette évolution met en évidence une autonomisation croissante du discours par rapport aux réalités, et suggère l’émergence d’une logocratie, dans laquelle la parole tient lieu de gouvernement. Par une analyse quantitative et qualitative, l’article illustre comment le langage est, chez Macron, l’outil principal de la construction du pouvoir et de son maintien à la tête du pays.
Cet article examine l’évolution du concept d’islamophobie dans le discours des organisations antiracistes belges francophones (Unia, MRAX, Muslims Rights Belgium et le Collectif pour l’inclusion et contre l’islamophobie en Belgique) entre 2000 et 2021. À travers une analyse lexicométrique, il met en évidence un glissement progressif du sens de ce terme : d’abord défini comme une forme d’intolérance envers l’islam, il est progressivement assimilé à un racisme visant les musulmans. Cette reconfiguration s’opère principalement à travers les controverses sur la visibilité religieuse et les débats autour de la neutralité de l’État, mais aussi dans des discussions plus larges sur la reconnaissance et la légitimité du concept d’islamophobie lui-même. L’étude montre comment cette redéfinition résulte d’un travail discursif et argumentatif mené par les organisations antiracistes et témoigne d’une adhésion à une conception dite culturelle du racisme.
En confrontant les contenus d’un ensemble de textes réglementaires émanant du ministère de l’Éducation et les contenus des discours des enseignants du premier degré, notre étude interroge la présence de prescriptions néo-managériales et leur traduction éventuelle dans le vécu quotidien du travail. Nous identifions ainsi la présence d’éléments annonçant la mise en œuvre de cette politique dans les textes réglementaires encadrant la pratique des professeurs des écoles (PE) en poste. Ces prescriptions s’expriment de façon partielle et fragmentée dans le discours des PE qui en perçoivent les nouveaux instruments de contrôle et, surtout, les effets sous la forme d’un alourdissement de la charge de travail. Enfin, nous rendons compte des dimensions organisationnelles qui, restituées à travers les témoignages des PE, semblent contrevenir à la diffusion systématique de la nouvelle gestion publique (NGP) dans leur conception du travail.
En 2018, le système scolaire belge francophone a pleinement basculé dans un pilotage par les résultats inspiré des principes du New Public Management. L’instrument au cœur de cette réforme est le plan de pilotage à travers lequel chaque école doit définir des objectifs et des stratégies pour les atteindre. Cet article examine la façon dont cet instrument participe à la circulation du discours managérial dans l’École, et à sa pénétration dans les pratiques des équipes éducatives locales.
Dans les universités, la « professionnalisation » vise à rapprocher les formations du monde du travail et prend fréquemment la forme d’une injonction à organiser les études autour de l’insertion professionnelle des diplômés. La notion est pourtant apparue au début du xxe siècle comme un concept de la sociologie des professions nord-américaine. Cet article examine cette conversion et montre comment deux séquences de politisation, à partir des années 1970, ont permis à la professionnalisation d’intégrer le discours managérial sur les universités comme critère de bonne gestion de l’offre de formation.
Cet article analyse l’articulation entre savoirs académiques, professionnels et managériaux au sein du Collège d’Europe. Basé sur une ethnographie d’un an et des analyses d’archives, il démontre que, contrairement à la tendance générale à la managérialisation de l’enseignement supérieur, le Collège maintient une interdépendance entre ces différents types de savoirs ; configuration qui s’explique tant par les stratégies de légitimation de l’institution que par les spécificités de l’espace professionnel européen.
À partir d’une analyse qualitative et quantitative des discours de candidats défaits à l’élection présidentielle entre 2002 et 2022, cet article étudie les requalifications de la défaite. Il met d’abord en évidence l’usage de registres convergeant vers une disjonction entre défaite et échec. Il montre ensuite que, en contribuant à produire une « vérité électorale », ces procédés contiennent des mises en cause du processus démocratique lui-même.
Le SNES, principal syndicat enseignant du second degré, tente d’imposer sa conception de l’autonomie des établissements, en proposant un contre-discours construit sur une forte prise de distance avec sa mise en place réelle et une délimitation plutôt qu’une définition du contenu de l’autonomie. Opposant présence à participation, démocratie à autoritarisme, liberté à autonomie, cette stratégie s’inscrit dans une représentation des enseignants comme groupe en dynamique de professionnalisation.