
Drawing on theoretical discussions concerning the “argumentability of emotions” (Micheli 2010), this article examines two emotions that are particularly semiotized among intellectuals raising awareness of the risks of ecological “collapse” in the public spheres of French-speaking Europe: sadness and fear. This study highlights how pathos offers a privileged vantage point for examining the argumentative aims of the discourses analyzed, the construction of a ‘rupture’ ethos, and how individuals position themselves in opposition to prevailing views on environmental awareness. This article shows how seemingly negative emotions, aroused by awareness of the ecological threat, permeate the debates surrounding the discourses under study, as reflected in critiques denouncing a lack of scientific rigor, residual religiosity, or the ineffectiveness of these discourses.
Un débat violent s’est déroulé autour de l’usage du terme « génocide » appliqué à Israël dans le cadre de la guerre menée contre le Hamas, à la suite de l’attaque meurtrière du 7 octobre 2023 menée par le mouvement islamiste. L’application de cette qualification à la riposte militaire israélienne et les débats passionnés sur sa nature et sa légitimité sont à l’origine des tribunes médiatiques qui constituent le corpus de cette étude. Les fonctions argumentatives de la définition y jouent un rôle fondamental, permettant aux différents auteurs de se prononcer pour ou contre ce terme « symbolique » (Le Monde 11.06.2025) ou d’exprimer leurs doutes. En effet, contrairement aux discours qui circulent sur les réseaux sociaux ou dans l’interdiscours, où des locuteurs militants se contentent de scander violemment l’accusation de génocide, les auteurs de tribunes ne sont pas unanimes et veillent à justifier leur prise de position. L’auteure de cette contribution est israélienne ; il est légitime de se demander s’il lui est possible d’éviter l’écueil du militantisme et de la partialité. Cette contribution tente de prouver a contrario que le recours, dans l’analyse du corpus, à un ensemble de techniques empruntées à la rhétorique argumentative permet d’éviter, autant que faire se peut, l’écueil de la partialité.
We begin by examining the nature of the researcher’s commitment within the humanities and social sciences. This raises the question of whether objectivity is possible in this field. The researcher, in his/her analytical work, does not act in isolation, being subject to the requirements of the discipline within which the analysis is conducted. Next, we attempt to define what we understand by ‘sensitive subject’. We first acknowledge the polysemy of the word ‘subject/topic’, its dual semantic status – including the one relevant here, which is synonymous with the word ‘object’: object of study. As for the word ‘sensitive’, referring to human sensibility, we review the various situations it describes, showing that this characterization depends on the social context in which it is used, and that, however marked by subjectivity it may be, the study of a sensitive topic is entirely justified – which compels us to consider the consequences of choosing such an object of study. Having concluded that there can be no censorship in this field, the question arises as to how to analyze a sensitive topic, for it is in the choice of analytical approach that potential objectivity comes into play. To this end, it is necessary to determine its framework of relevance: the relevance of the concepts employed for the analysis, and of the corpus in relation to the choice of the research question. It is at this stage that the analyst’s work can be envisaged, whilst avoiding certain pitfalls: the ‘tabula rasa’ pitfall, the ‘Quod erat demonstrandum’ pitfall, the proximity pitfall, and the pitfall of interpretative singularity. Finally, to illustrate these points, we propose an approach to follow when analyzing a case of verbal abuse.
Cet article examine les réactions des lecteurs à l’attaque de la synagogue de Manchester du 2 octobre 2025 dans le fil de commentaires du premier article du Daily Telegraph publié ce jour-là. Que révèlent ces réactions sur une partie de l’opinion publique britannique concernant Israël, la « Palestine » et l’islam, ainsi que sur la cohésion sociale en Grande-Bretagne, deux ans après l’attaque la plus brutale contre les Juifs depuis l’Holocauste ? Quels cadres de référence « progressistes » habituellement utilisés pour décrire la Grande-Bretagne sont-ils perçus comme discordants par certaines franges de l’opinion publique et perdent ainsi leur pouvoir de persuasion ? L’analyse montre un public sur lequel les effets de cadrage escomptés par une propagande anti-israélienne incessante n’ont plus aucune emprise. Elle montre comment, contrairement à l’establishment britannique, le lectorat du Telegraph pose un diagnostic précis, identifiant l’islamisme et l’« alliance contre nature » entre la gauche radicale et l’islam radical comme les sources de la haine des Juifs. Chaque stratégie censée faire partie d’un « scénario » ou d’un « manuel » officiel standard pour répondre aux attaques islamistes est, ironiquement, anticipée et parodiée par ce public, et la tentative manipulatrice du gouvernement de « contrôler le récit », de détourner la responsabilité et de désamorcer la colère légitime est mise à nu.
Cet article porte sur l’usage du lexique dans le contexte post-7/10. À partir d’une réflexion sur les keywords comme concepts politiques de circulation intense (Williams 1976, Koselleck 2006, Kaufmann 2006, Krieg-Planque, 2009), nous explorons l’idée d’une dépolitisation du discours après le 7 octobre 2023. Après avoir expliqué le fonctionnement des concepts politiques et la notion de dépolitisation, l’article passe en revue quelques cas emblématiques (« génocide », « antisémitisme », « sionisme », « antisionisme ») qui permettent d’observer la dépolitisation du lexique, ici entendue comme « un contournement de la mise en débat » (Bonnet, Marty et Robert 2024). Dans une troisième partie, nous décrivons les ressorts de la dépolitisation des concepts, notamment la posture schmittienne « ami/ennemi », la décontextualisation et l’analogie, qui brouillent les généalogies conceptuelles et favorisent l’antagonisme.