
Objectif Cet article vise à caractériser un travail d’écriture clinique comme ce qui outrepasse toute thèse préalable dans le réel des pratiques. Méthode L’autrice choisit ici de retracer son propre parcours d’écriture, la façon dont celui-ci s’est tressé avec sa part de folie familiale. Il a fallu pour cela que se modifie, et même se renverse, sa façon d’écrire : non plus une écriture qu’elle conduisait, mais une écriture qui la conduisait dans des Zones où elle n’avait pas moyen d’aller volontairement. Résultats De livre en livre, de Zone en Zone, la mise en écriture liée à ses explorations cliniques a conduit l’autrice sur les bords de la folie de son frère, puis dans les plis du délire de sa mère. Toucher à l’intime ne ferme rien, tout à l’inverse des fixations identificatoires inhérentes aux méthodes protocolaires. Il en résulte un double déplacement. D’une part, sur le plan des territoires investis : entamé comme une Zone frère, ce pari sur l’écriture s’est développé sur les bords des frontières coloniales. Il se poursuit actuellement sur le mode d’un travail collectif autour des enchaînés pour folie dans les îles des Comores indépendantes. D’autre part, et de façon liée, un déplacement s’opère dans le rapport au savoir psychiatrique et au clivage qui le spécifie. Les descriptions et les classifications se construisent abstraction faite du rapport à la folie de celles et ceux qui s’y réfèrent. Une écriture clinique propose, en revanche, une voie d’une autre nature. Elle implique le rapport double que chaque praticien entretient avec la folie, entre un repérage savant sur ses manifestations, et une perturbation intime dont la mise en jeu va de pair avec l’engagement clinique. Discussion Une lecture attentive de Danielle Roulot vient relancer ces enjeux d’écriture : pas un supplément optionnel à la pratique mais une dimension constitutive de l’engagement transférentiel. Conclusion Une écriture clinique, ainsi caractérisée, ne relève pas de méthodes établies. Elle procède plutôt par émergences fragmentaires qui nous déplacent et qui font appel à une autre cohérence que celle de nos intentions. L’exigence en est plus que jamais actuelle au regard de la mécanisation des clivages caractéristique de notre temps.
Objectifs Cet article propose une lecture sociohistorique et épistémologique de l’anorexie mentale, à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de sa naissance diagnostique. Son objectif est d’analyser comment les formes de jeûne féminin sévère ont été perçues, nommées, classifiées et vécues différemment selon les époques et les cultures, en interrogeant les interactions entre les classifications médicales et les modalités d’expression de la souffrance, ainsi que leurs implications directes pour la compréhension clinique contemporaine du trouble Méthode L’article mobilise une approche complémentariste croisant histoire, sociologie et anthropologie médicale. Il s’appuie sur deux corpus principaux : des sources hagiographiques médiévales (XIIe-XVe siècles) concernant des femmes ayant présenté des formes documentées de jeûne extrême, et une analyse documentaire de plus de 120 articles issus de quatre revues médicales publiées entre 1860 et 1938. Ces corpus sont complétés par une revue de la littérature secondaire couvrant les reconfigurations nosographiques jusqu’aux versions récentes du DSM-5 et de la CIM-11. Le cadre analytique mobilisé est celui de l’épistémologie hackingienne – effets de boucle et classes interactives – complété par une attention aux mécanismes de normalisation statistique du corps. Résultats Trois résultats principaux se dégagent. Premièrement, la transition entre l’anorexia mirabilis médiévale et l’anorexia nervosa psychiatrique ne relève pas d’un glissement progressif du religieux vers le médical, mais d’une tension continue entre des champs interprétatifs concurrents – religieux, profanes, expérimentaux. Deuxièmement, la naissance du diagnostic à la fin du XIXe siècle est indissociable d’un double processus : la normalisation statistique des corps par la mesure anthropométrique et les courbes de croissance, et la surveillance institutionnelle de la croissance adolescente déployée dans les écoles, les hôpitaux et les familles à partir des années 1870. C’est ce dispositif qui rend la maigreur pathologique visible d’une façon inédite. Troisièmement, les critères diagnostiques eux-mêmes – notamment la phobie du gras et la dysmorphophobie, absents des descriptions inaugurales de Lasègue et Gull – sont historiquement datés et culturellement situés, ce qui invalide toute définition universelle et atemporelle du trouble. Discussion Les données épidémiologiques – avec une hausse significative de l’incidence chez les jeunes femmes entre 1935 et 1999 – soulèvent une question épistémologique centrale : s’agit-il d’une augmentation réelle de la souffrance, ou d’une multiplication des cadres permettant de la nommer et de la reconnaître ? En mobilisant le modèle matriciel de Ian Hacking, l’article soutient que les deux dynamiques ne s’excluent pas. Cependant, ce qui s’est vraisemblablement étendu depuis les années 1960, c’est avant tout le dispositif discursif, institutionnel et culturel qui rend le trouble anorexique reconnaissable et traitable.L’article interroge également le category fallacy identifié par Kleinman : l’application de catégories diagnostiques occidentales dans des contextes culturels différents risque de méconnaître des formes de détresse exprimées par d’autres idiomes. Conclusion L’anorexie ne peut être réduite ni à une entité clinique immuable ni à une pure construction sociale. Elle constitue une catégorie heuristique dont les formes d’expression, les significations et les effets sur les sujets varient selon les cadres interprétatifs disponibles à chaque époque. La notion de métamorphose de la souffrance est proposée pour exprimer que ce qui a changé depuis le XIXe siècle, ce n’est pas tant l’existence de la souffrance que ses modes de reconnaissance et d’expression. Ces résultats invitent à enrichir la compréhension clinique de l’anorexie d’une attention aux conditions sociales, culturelles et institutionnelles dans lesquelles elle s’exprime.
Objectifs Cette recherche explore les effets désorganisateurs que peuvent avoir certaines expériences spirituelles chez des personnes traversant des périodes de vulnérabilité psychique et vise à discerner les facteurs de risque à l’œuvre. Méthode L’étude adopte une approche qualitative en théorisation ancrée, s’appuyant sur dix entretiens non directifs réalisés auprès de patients adultes francophones ayant spontanément associé spiritualité et souffrance psychique, tous suivis en psychiatrie (hospitalisation puis CMP). L’observation clinique, les anamnèses et le journal de bord complètent l’analyse inductive des entretiens. Résultats Trois dimensions interdépendantes ont émergé : d’abord, une relation à soi marquée par un narcissisme blessé et des difficultés d’engendrement identitaire, qui fragilisent les sujets ; ensuite, une relation au monde organisée autour d’angoisses existentielles, favorisant des clivages Bien/Mal, des stratégies d’évitement et d’autoconservation, en passant par la transcendance comme investissement d’une extériorité spirituelle. Enfin, dans l’inscription psychique des expériences exceptionnelles, l’incapacité de confrontation au doute et à l’incertitude rigidifie l’interprétation spirituelle, augmentant le risque de désorganisation. Discussion Il apparaît clairement que le rapport au doute conditionne la qualité du vécu spirituel et que la spiritualité peut fonctionner comme mécanisme d’extériorisation défensive face aux angoisses existentielles ou aux fragilités internes primaires. Ce travail souligne l’importance d’aborder la spiritualité en clinique avec une posture complémentaire, liminale, et plaide pour un cadre clinique explicite et sécurisé. La spiritualité, loin d’être une ressource généralisable, peut se retourner en mécanismes d’emprise ou de désorganisation psychique, notamment lorsque la possibilité du doute et du questionnement est évacuée. Conclusion Intégrer la spiritualité en clinique suppose une posture transliminale, tolérante à l’incertitude et à la complexité, afin de prévenir à la fois les clivages et les dérives. Loin d’être une ressource suffisante, la spiritualité ne constitue pas une résilience suffisante au maintien de la santé psychique, de même qu’elle ne constitue pas un facteur de protection face à la décompensation.
Objectifs Cet article interroge la pratique musicale dans le champ de l’autisme. Pour cela, il distingue la neuromusicothérapie, la musicothérapie dans le champ de la santé mentale, la musicalité et l’usage subjectif d’une pratique instrumentale hors dispositif thérapeutique, celle du violoniste Kristian Schott diagnostiqué autiste. Cette recherche questionne la fonction de la musique, le chant comme la pratique instrumentale, et examine la fonction supplétive de la pratique musicale pour un sujet autiste. Méthode Après avoir défini les avancées et les points d’impasse de la musicothérapie et de la neuromusicothérapie, nous déplierons comment la médiation thérapeutique par la musique ne se réduit pas à une rééducation de la parole pour les sujets autistes. Nous nous appuyons sur une revue scientifique conséquente de dires d’autistes (autobiographies) et sur les thèses et études psychodynamiques contemporaines sur la pratique musicale avec l’autiste. Ces recherches nous amèneront à différencier la musicothérapie de la musicalité et le rapport du sujet autiste à l’objet voix. Puis, les témoignages écrits et vidéo du violoniste Kristian Scott diagnostiqué autiste de haut niveau sont mobilisés comme matériau permettant d’interroger la fonction subjective de la pratique spontanée du violon. Résultats Les autistes nous enseignent que quand la voix est effacée dans le message, ce qui est le cas par la musique, la réception de celui-ci est rendue beaucoup plus aisée pour eux. Ainsi, murmurer, chanter, parler en chantonnant ou chanter à la cantonade sont des moyens de parer à la demande et à la voix des autres. La musicalité est ainsi une des solutions possibles pour tempérer la voix. Là où la demande de l’Autre reste au premier plan dans la musicothérapie, même dans une pratique telle que celle du micadôme, l’usage subjectif de la musicalité et/ou de l’instrument permet aux sujets autistes d’être aux commandes. En effet, la pratique instrumentale du violoniste Kristian Schott et ses effets nous permettent de déplier pas à pas la fonction thérapeutique de son usage subjectif du violon dans son trajet singulier. D’autre part, ce témoignage démontre comment la musique peut prendre une fonction supplétive à un défaut initial, au-delà de la seule rééducation langagière. En effet, cet usage témoigne de la fonction du bord autistique à partir duquel il élabore un traitement de l’objet voix, par un usage singulier des sons et construit sa dynamique subjective en s’inscrivant dans un lien social. Cette fonction procède d’un choix propre à l’histoire et à l’invention de ce sujet. Discussion L’usage supplétif de la pratique spontanée du violoniste Kristian Schott permet de s’enseigner d’un cas des plus élaborés afin d’orienter nos pratiques de prises en charge de l’autisme, notamment en institution. L’écoute de la musique et la pratique instrumentale peuvent constituer une solution de traitement possible pour certains autistes. L’usage de la musique via l’approche psychanalytique ne se réduit ni à de la rééducation ni à un dispositif de musicothérapie. En effet, si le sujet y consent, le chant ou la pratique de l’instrument, peuvent lui offrir la possibilité de traiter l’objet voix, mais aussi, selon l’usage et la construction de chacun, traiter l’animation libidinale trop souvent en défaut, permettre une ouverture au monde, aux autres, au lien social et aussi aux apprentissages. Ainsi, se lit comment la pratique musicale dans sa fonction de bord autistique produit une dynamique subjective permettant une rencontre entre le sujet et l’Autre au-delà d’un effet thérapeutique. Conclusion L’article a mis en exergue les distinctions entre la musicothérapie rééducative et la pratique spontanée d’un instrument. Cette dernière est pertinente pour permettre à certains autistes une inscription dans le champ de la parole et du lien social. Un sujet autiste peut trouver dans la pratique musicale un appui qui prend fonction de bord autistique, qui l’ouvre au monde en révélant un talent de musicien.
Objectifs L’essor des intelligences artificielles génératives impose de reprendre, dans une perspective clinique et psychanalytique, la question du rapport entre outil, langage, image, création et subjectivation. Cet article vise à interroger les conditions auxquelles l’intelligence artificielle générative peut devenir un support d’élaboration psychique plutôt qu’un dispositif de substitution à la pensée, à l’imaginaire ou à l’adresse à autrui. Méthode La méthode retenue est celle d’une réflexion théorico-clinique à partir d’une sélection bibliographique raisonnée. Elle prend appui sur des références contemporaines consacrées à l’intelligence artificielle, à la création, aux pratiques artistiques de co-création humain-IA et aux formes vidéoludiques poétiques, mises en dialogue avec des travaux psychanalytiques sur le jeu, la projection, le médium malléable, les médiations numériques et les dispositifs projectifs. Des pratiques artistiques documentées (Refik Anadol, Anna Ridler, K. Allado-McDowell et Ilan Manouach) et des dispositifs ludiques poétiques (la Machine d’Olivier Mével, les game poems de Jordan Magnuson) sont mobilisés comme exemples. Aucune donnée clinique identifiable n’est utilisée. Résultats L’analyse permet de dégager plusieurs axes. Premièrement, l’intelligence artificielle générative peut être pensée comme un prolongement instrumental du geste créateur, ouvrant un espace de formes partiellement indéterminées, à condition que le sujet les reprenne dans un travail de choix, de transformation et d’adresse. Deuxièmement, ces productions peuvent soutenir des processus projectifs lorsqu’elles demeurent appropriables, ambiguës et transformables. Troisièmement, elles comportent un risque de saturation représentative lorsque la machine produit trop vite, trop complètement, ou à la place du sujet;un risque que l’usage massif d’outils comme ChatGPT illustre concrètement dans les pratiques créatives. Quatrièmement, les formes ludiques poétiques, qu’il s’agisse d’objets comme la Machine d’Olivier Mével ou des game poems, offrent un contrepoint en montrant qu’un dispositif technique peut se définir par la surprise, la limite et l’ambiguïté plutôt que par la productivité. Discussion L’enjeu clinique n’est pas de savoir si l’intelligence artificielle crée, mais de déterminer quelle place elle laisse au sujet dans le travail de choix, d’interprétation, de transformation et d’adresse. Quatre conditions sont identifiées pour un usage psychiquement vivant de l’intelligence artificielle : maintenir un écart, préserver le choix, maintenir l’ambiguïté, et réintroduire l’adresse humaine. L’article se conclut par la présentation, à titre d’ouverture, d’un projet de jeu vidéo en cours de développement, conçu dans la continuité des travaux antérieurs de l’auteur sur les médiations numériques et le dessin en réalité virtuelle, et cherchant à mettre concrètement à l’épreuve les hypothèses théoriques formulées. Conclusion L’intelligence artificielle générative peut constituer un nouvel espace potentiel, à condition de faire autour d’elle plutôt qu’avec elle seule : s’en servir comme médiation, sans s’y livrer comme substitut de la pensée. La conception de dispositifs ludiques et poétiques, articulée à la recherche clinique, constitue une voie possible pour prolonger cette réflexion dans la pratique.
Objectifs Cet article explore la dimension psychologique et médicale du voyage en milieu militaire, à travers l’expérience des jeunes engagés en opération extérieure. Il vise à comprendre comment cette expérience agit comme une rupture, une épreuve, mais aussi un processus de transformation subjective. Méthode L’analyse repose sur une approche clinique et qualitative, intégrant l’observation psychologique, l’étude de cas cliniques recueillis en contexte militaire, ainsi qu’un cadre théorique issu de la psychiatrie, de la psychologie clinique et de la médecine militaire. L’article est structuré en quatre thématiques : l’armée comme voyage, le voyage à l’armée, l’armée comme aventure, et enfin, le soin psychique comme cheminement intérieur. Résultats L’engagement militaire constitue une véritable acculturation à un monde codifié qui peut provoquer des troubles de l’adaptation, voire révéler des pathologies latentes. L’expérience du dépaysement expose les jeunes militaires à des contraintes physiques et psychiques importantes, parfois traumatiques. L’aventure militaire agit comme un levier de dépassement de soi, de quête de sens, mais peut également mener à des conduites à risque. Enfin, le soin psychique apparaît comme un voyage subjectif permettant au sujet de réinvestir son histoire personnelle et de reconstruire du sens. Discussion Le voyage en milieu militaire confronte les jeunes engagés à un paradoxe : entre exaltation et désillusion. Le passage par le soin permet souvent de réintégrer cette expérience dans une continuité psychique. Conclusion Le voyage militaire ne se limite pas à un déplacement géographique, mais engage un déplacement intérieur, parfois salvateur, qui, s’il est accompagné, peut devenir profondément structurant.
Objectifs Les « barreurs de feu » ou « coupeurs de feu » sont des praticiens non médicaux auxquels certains patients font appel pour soulager des brûlures ou les effets secondaires de traitements tels que la radiothérapie. Bien que ces pratiques soient ancrées dans la culture populaire, leur efficacité clinique demeure controversée. Cette étude vise à explorer l’efficacité perçue des barreurs de feu dans le processus de soins, en mobilisant le modèle clinique et psycho-social et la théorie du caring pour comprendre leur impact subjectif et symbolique. Méthode Une revue de la littérature scientifique non exhaustive a été réalisée sur les pratiques spirituelles de soins, la placebo-analgésie et la dimension spirituelle de la douleur. Résultats Des hypothèses théoriques explicatives sont proposées et postulent une diminution de la douleur perçue et une amélioration du bien-être psychologique chez les patients recourant à un barreur de feu, médiées par leurs croyances et attentes. Discussion Bien que les effets biologiques directs ne soient pas démontrés, les résultats attendus suggèrent un rôle psychologique et spirituel significatif de ces pratiques. L’intégration éthique et encadrée des dimensions symboliques dans les soins pourrait renforcer l’alliance thérapeutique et améliorer la qualité de vie des patients. L’article discute enfin les implications pour la pratique infirmière et les orientations futures de recherche. Conclusion Cette recherche souligne les facteurs clinique et sociaux d’une telle approche (placebo, accompagnement, soutien et effets psychothérapeutique). Il ne parle pas des explications d’ordre spirituel.
Objectif Évaluer, chez l’adulte dépressif dans quelle mesure les états non ordinaires de conscience (ENOC), induits par différentes formes (psychédéliques, hypnose, méditation, respiration) facilitent les interventions de soin psychothérapeutiques. Méthode Une revue de la littérature non exhaustive sera mise en place incluant plus de 60 articles récents et classiques sur le sujet issus des recherches sur différentes bases de données. Résultats Les psychédéliques (surtout la psilocybine) montrent des effets antidépresseurs rapides, d’ampleur modérée à forte, parfois durables, lorsqu’ils sont encadrés et intégrés. Plusieurs études contrôlées indiquent des performances au moins comparables aux ISRS (inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine) sur des critères secondaires, avec bonne acceptabilité. L’ayahuasca produit un effet antidépresseur aigu, la kétamine induit des améliorations en 24 à 48h, généralement transitoires sans protocole d’intégration. Les données directes de la MDMA en dépression restent préliminaires, mais suggèrent un levier relationnel utile. Les approches non pharmacologiques de type méditatives (dans la prévention des rechutes dépressives et la réduction de la rumination et du stress), l’hypnose adjuvante aux thérapies cognitives (gain de vitesse et de maintien), caisson de flottaison (bénéfices rapides sur l’humeur), présentent une balance bénéfice/risque favorable sous encadrement médical. Des mécanismes convergents (flexibilité cognitive, plasticité synaptique, expériences émotionnelles correctrices) sont plausibles. Discussion Cette revue permet un nouveau tour d’horizon du large spectre des états de conscience non ordinaires et le potentiel thérapeutique qu’ils déploient sur les troubles dépressifs. Les ENOC se présentent comme outil dans un cadre intégratif qui permet au patient des approches thérapeutiques plus expérientielles tout en étant pro-actif dans le processus de soin. Conclusion Les ENOC constituent des adjuvants prometteurs pour accélérer et approfondir le changement psychothérapeutique dans la dépression, à condition d’un cadrage standardisé (sélection des patients, formation des cliniciens, intégration post-séance). Les priorités de recherche portent sur le suivi à long terme, la personnalisation (profils cliniques), les comparaisons directes, et l’implémentation en routine clinique.
Objectifs En phénoménologie clinique, l’expérience de la rencontre et la subjectivité du clinicien tiennent une place centrale. Leurs implications diagnostiques et thérapeutiques sont également des sujets d’importance. La formalisation théorique la plus connue à ce propos concerne le Praecox Gefühl (ou praecox feeling), un type d’éprouvé dans le chef du clinicien, supposément lié à la rencontre avec des personnes présentant un diagnostic de schizophrénie. L’instruction en 1980, par Otto Dörr-Zegers et Hubertus Tellenbach, d’une sorte d’éprouvé supposé typique de la rencontre avec des personnes traversant une crise mélancolique, est nettement moins connue. L’article en question était jusqu’à présent indisponible en langue française. Méthode Après avoir récupéré le texte de la revue Der Nervenarzt, nous en avons entrepris une introduction (partie 1) et la traduction française (partie 2). Résultats La traduction de l’article de 1980 faisant état du melancholy feeling met à la disposition du lecteur francophone, une contribution permettant d’approcher ce qui, dans le ressenti du clinicien, pourrait s’avérer typique de la rencontre avec des personnes considérées comme traversant une crise mélancolique. Elle donne accès à la description par les auteurs, d’une telle forme d’expérience vécue dans la rencontre clinique avec un patient particulier. Elle donne également accès à une description des caractéristiques phénoménologiques différentielles de la dépressivité mélancolique, par comparaison avec la dépressivité épileptique, sur base de la comparaison entre deux rencontres cliniques. Discussion Cette traduction contribue au développement progressif d’un champ de possibilités pour la recherche et la clinique, lié à l’approche phénoménologique de problématiques cliniques autres que celles de l’expérience schizophrénique (objet principal de la tradition phénoménologique en psychiatrie depuis toujours), et à l’exploration des enjeux liés à la subjectivité du clinicien. Conclusion En phénoménologie clinique, il convient de poursuivre l’effort de description des éprouvés du clinicien dans la rencontre avec les patients, et ce, en s’aventurant désormais en dehors du domaine de la rencontre avec des patients considérés comme présentant des problématiques psychotiques, et en s’attachant rigoureusement aux implications thérapeutiques de la mobilisation des impressions.
Objectif Les rêves lucides sont de plus en plus étudiés depuis que leur spécificité a été confirmée à l’aide d’outils de psychophysiologie et de neuro-imagerie. Le but de cet article est de retracer historiquement la genèse de l’exploration de la lucidité onirique en Europe, de 1867 à 1921. Méthodes Nous avons analysé la littérature primaire et secondaire sur les rêves lucides, en français et en anglais. Nous avons également pris en compte des sources moins citées, notamment des publications oubliées ou marginalisées, afin de compléter l’historique du rêve lucide. Résultats Nous avons étudié les travaux pionniers du marquis d’Hervey de Saint-Denis, de Frederik van Eeden, de Vaschide et Piéron et quelques autres commentateurs de leurs travaux. Nous avons mis en perspective ces études avec la position de Freud sur le rêve lucide. Enfin, nous avons développé en particulier les travaux de Mary Arnold-Forster, femme précurseure méconnue dans ce champ. Psychanalyste anglaise, elle découvrit par elle-même le rêve lucide et les premières méthodes pour l’induire, des avancées généralement attribuées à d’autres auteurs. Nos analyses montrent qu’elle a développé des techniques d’induction du rêve lucide et d’autres méthodes dans ce champ indépendamment des travaux contemporains les plus connus. Discussion Des débats ont eu lieu entre ces auteurs quant à la part d’auto-suggestion dans ces rêves, quant aux distinctions à apporter entre rêves éveillés diurnes et nocturnes et quant à la difficulté à généraliser les résultats obtenus au-delà d’un unique « onironaute ». Nous repérons également un « effet Matilda » du fait de la minimisation de la contribution de Mary Arnold-Foster à ce domaine. Conclusion La non-prise en compte du rêve lucide dans le champ psychanalytique a conduit à son relatif effacement du champ scientifique pendant des décennies. Or, des applications cliniques du rêve lucide sont désormais étudiées par différentes équipes, révélant un potentiel sous-exploité de ces expériences. La redécouverte de ces travaux oubliés ouvre des perspectives pour mieux intégrer le rêve lucide dans la recherche psychologique contemporaine.
Objectifs Cet article se propose d’approfondir les questions soulevées lorsqu’un patient se trouve exclu des lieux dits de soin psychique et psychiatrique. Il s’agit d’examiner ce qui se joue dans ces situations où la présence de l’autre devient si difficile à soutenir qu’elle conduit à une décision d’exclusion. Nous explorerons : les conditions matérielles et discursives qui contribuent à la production de ces situations ; les appuis mobilisés pour justifier ces décisions ; et les approches permettant que ces situations-limites deviennent le point de départ pour de nouveaux réagencements des lieux d’accueil. Méthode L’article rappelle d’abord les continuités culturelles entre les institutions psychiatriques et celles de l’exclusion sociale, notamment le champ pénal. Il déploie ensuite des concepts et références théoriques issus de divers horizons — nouveaux matérialismes, justices extra-pénales, psychothérapie institutionnelle et concept psychanalytique de pulsion anarchiste — afin d’enrichir et de complexifier le chantier réflexif. Enfin, une vignette de vie institutionnelle vient illustrer la praticabilité des propositions théoriques avancées. Résultats Le paradigme sur lequel reposent les dispositifs de soins semble, en partie, réitérer la marginalisation et la désocialisation des personnes en demande de soin. Celles-ci se retrouvent prises, au-delà des répétitions d’agirs débordants ou transgressifs, dans la répétition même de la situation de l’exclusion, avec pour conséquence un isolement toujours plus radical. Discussion En tant que soignants, il s’agit de prendre en compte les coordonnées de la scène sociale dans laquelle nous sommes investis — et depuis laquelle nous investissons —, tant dans le rapport aux soignés qu’aux autres soignants. Il s’agit également de veiller à rendre visibles les réflexes moralisateurs et leurs conséquences. La réinvention des dispositifs à partir de situations limites peut transformer les espaces où la culture soignante réitère la désocialisation. Conclusion La créativité des équipes en soin psychique et psychiatrique peut être nourrie par un dialogue avec des terrains pratiques et théoriques qui ne sont pas directement liés à la psychiatrie. Des ressources peuvent être mobilisées pour soutenir la capacité individuelle et collective à : se sentir concerné ; partager la responsabilité ; agir pour reprendre le traitement de la situation et la transformer ; créer une éthique d’actualisation permanente des conditions de coexistence.
Objectifs À partir des expériences urbaines réalisées avec l’ayahuasca, une boisson psychoactive amazonienne induisant un état modifié de conscience, nous étudions la relation que ces expériences entretiennent avec la spiritualité, la vie psychique, ses registres plus archaïques et ses modes de subjectivation. On entend par se « subjectiver à partir de l’ayahuasca », des tentatives de fabriquer de nouveaux modes d’existence à travers des lignes nouvelles ou des tentatives de se fabriquer de nouveaux « territoires existentiels ». Soit d’assumer une position subjective et pouvoir en dire quelque chose à partir d’une rencontre avec l’altérité radicale d’une plante psychoactive qui les conduit à rencontrer peut-être de l’altérité en soi. Ces pratiques sont caractéristiques du contemporain car elles se meuvent au cœur de l’enchevêtrement de l’actuel et de l’archaïque. Elles s’inscrivent dans des logiques spirituelles qui redéfinissent les manières d’être au monde, interrogeant aussi notre écoute en tant que cliniciens. Comment écouter les sujets et ces expériences avec un psychoactif lorsqu’elles arrivent à nos cabinets ou lieux de consultation ? Méthode Notre attention se porte sur les territoires subjectifs-psychiques et les paysages du sensible de ceux qui font l’expérience de l’ayahuasca. À partir d’entretiens semi-dirigés avec des personnes qui font un usage du breuvage, l’étude adopte une approche phénoménologique et compte dans sa boîte à outils des concepts de la psychanalyse et de la philosophie (Gilles Deleuze et Félix Guattari). Par l’analyse des récits d’expérience, nous explorons ce qu’ils nous signifient des agencements de subjectivités pour penser le lien entre vie psychique et nouvelles spiritualités. L’articulation entre la densité des vécus et l’écriture phénoménologique permet ainsi d’éclairer les processus de subjectivation à l’œuvre. En décrivant les nuances de l’expérience, nous voulons saisir les transformations subjectives qu’elle produit. C’est-à-dire rencontrer et interroger leurs trajectoires, leurs gestes, leurs rythmes temporels, leurs affects, leurs langages et leurs façons d’habiter le monde. Qu’est-ce qui fait monde pour les personnes qui boivent de l’ayahuasca ? Résultats Cette étude, fondée sur les récits de dix-sept participants utilisant l’ayahuasca dans des contextes urbains au Brésil, en France et aux Pays-Bas, révèle une diversité d’expériences subjectives marquées par des transformations profondes opérées par la rencontre et le cheminement avec ces expériences. L’ouverture à l’auto-connaissance, souvent associée à une spiritualisation de la réalité, reste le projet central qui traverse la subjectivité des ayahuasqueiros rencontrés, indépendamment de leurs origines culturelles. Les récits, considérés comme des constructions de sens et des expressions de subjectivité, riches en éléments fantasmatiques, symboliques et affectifs, mêlent rêves, métaphores, fictions, images, vacillements et contradictions, illustrant une interaction complexe entre les dimensions intrapsychiques, interpersonnelles et collectives. L’ayahuasca y apparaît comme plus qu’une expérience rituelle : elle s’intègre au quotidien comme un enseignement vivant, une tentative de construction de nouveaux territoires existentiels. Discussion Chez les ayahuasqueiros, le corps est réceptif à des intensités originaires de sources variables (les plantes, les cosmos, les esprits invisibles, la nature, la mémoire, etc.). Ces intensités semblent ouvrir pour le sujet des flux associatifs, des images (visions-mouvoir) et un chemin d’un certain accès à une forme de vérité à condition de pouvoir faire un travail de transformation de ce champ intensif. Ils nous font part d’une expérience qui touche à des zones archaïques de la vie psychique, où il est question d’un travail intérieur de remémoration, de reconnexion à eux-mêmes. Cette dynamique du « rappel de soi », proche de la réminiscence platonicienne, constitue un axe fort de leur démarche, structurée par une dialectique mémoire-oubli-remémoration qui cherche à affirmer de nouvelles façons d’être au monde. Conclusion Les ayahuasqueiros urbains dessinent la cartographie d’une entreprise ascétique contemporaine, mêlant un large éventail de techniques, de cultures et d’influences, visant de nouvelles compréhensions de soi, de l’autre et du monde. L’expérience de l’ayahuasca résulte d’un agencement complexe mêlant la plante, la constitution psychique du sujet, le cadre rituel, le lien au guide qui les accompagne, les dimensions culturelles et intrapsychiques. Leurs récits témoignent d’une démarche de subjectivation, soit d’un début de travail psychique agissant comme une fiction structurante, permettant de donner forme à l’innommable de l’ayahuasca. En transformant les contenus psychiques jusqu’alors inaccessibles, non symbolisés en expériences narratives ou sensorielles, le sujet a la possibilité de les apprivoiser, de s’entendre dire quelque chose à un autre et de les intégrer à son histoire personnelle.
Objectives: Cancer, with all its connotations, has traumatic impacts that overwhelm the psychological capacities of patients. Here, we sought to show how projective techniques can be used to mediate the expression of emotions that are too violent to be expressed in an interview. Methods: We present the clinical case study of Boris, a patient with a cutaneous neuroendocrine tumor who participated in doctoral research. Results: The use of projective tests (Rorschach Test and Thematic Apperception Test [TAT]) with Boris gave us access to psychological processes that were imperceptible in interviews due to massive defense mechanisms. Discussion: The material collected, insofar as it supported anxiety-laden projections, enabled Boris to address a painful traumatic reality and contributed to his eventual emergence from it, offering an opening towards the possibility of working through the unworkable.
Objectives: This study adopts a psychoanalytic approach to investigate the conscious and unconscious relationships of French public hospital physicians with on-call duty (garde), which is conceptualized as an internal object as per Kleinian theory. The aim was to understand how this internal object evolves over the course of a physician's career: from a "good object" supporting medical narcissism to a persecutory "bad object." Methods: The data come from a broader qualitative study commissioned by the F & eacute;d & eacute;ration Hospitali & egrave;re de France and were obtained via 44 semi-structured interviews with public hospital physicians. For our research, we selected a subset of six participants (three women and three men for gender parity, all aged 34-56, with medical specialties requiring on-call duty, such as anesthesiology, critical care, pulmonology, and emergency medicine). We employed three criteria: physicians had (1) regular on-site night duties; (2) status as a senior hospital practitioner in somatic care; and (3) explicit or diffuse anxiety linked to on-call duty. Interviews were transcribed and included information on verbal and non-verbal cues. Their content was analyzed using a clinical-qualitative approach, and we cross-referenced narrative material with psychodynamic theory. The goal was not thematic coding but the identification of the forms taken by internal objects, with a focus on "on-call duty" as an internal object. Results: Early in their careers, physicians tended to have a positive investment in on-call duty, which may even have been viewed as a coveted professional experience. It was valued as an opportunity for accelerated learning, autonomy, and symbolic recognition, where the undercurrent was a defensive yet functional fantasy of omnipotence. Narcissistic gratification coexisted with anticipatory anxiety (centered on fears of incompetence), which was often contained by recourse to "the Other is supposed to know" (senior colleagues, peer networks), functioning as a psychic and institutional pare-excitation. Over time, however, the balance shifted. Physical exhaustion, chronic sleep disruption, intrusions into personal life, and the erosion of symbolic rewards transformed on-call duty into a persecutory "bad object." Fueled by a harsh, overdemanding medical superego, feelings of guilt emerged, which were rooted less in clinical error than in the perceived inability to provide optimal care under degraded conditions. Institutional recognition, both financial and symbolic, was experienced as insufficient, intensifying archaic experiences of helplessness (Hilflosigkeit). The protective fantasy of omnipotence could collapse into a fantasy of total impotence, with two defensive outcomes: (1) resignation, loss of meaning, and relational withdrawal or (2) rigidified hypercontrol and excessive performance demands, engendering a risk of burnout. Discussion: Our findings fit with prior results from research on the psychic costs of hospital medicine: repeated exposure to death, urgency, and solitary decision-making threaten to erode the medical narcissism that sustains professional identity. On-call duty, as an internal object, condenses these dynamics. Initially a reparative omnipotent object, on-call duty may become - when institutional scaffolding fails - a source of trauma where omnipotence turns into impotence. In Kleinian terms, the physician's capacity to integrate the "good" and "bad" aspects of on-call duty is challenged; instead, splitting, denial, or rationalization may prevail. The institution, in which physicians may become unconsciously invested as they would in a "good-enough mother" (Winnicott), is experienced as failing in its function as a container, amplifying feelings of abandonment. Here, we draw upon Ferenczi's notion of trauma repetition (1916, 1933) and hypothesize that there may be symbolic traumatophilia: the paradoxical attraction to on-call duty may - if adequately supported - serve as a means of gradually working through archaic anxieties. Conversely, without adequate support, this repetition risks becoming a self-calming defensive procedure, reinforcing dissociation or functional splitting between a professional "false self" and a vulnerable "true self." Conclusions: Understanding on-call duty as both a psychic object and institutional stage highlights the broader conflict between caregiver subjectivity, the reparative drive, and the organizational realities of public health systems. This perspective invites the presence of psychological support as well as of institutional and symbolic support that are aligned with physicians' expressed needs. By acknowledging the ambivalence and potential symbolic function of on-call duty, interventions can move beyond burnout prevention and focus on fostering conditions for genuine subjective transformation.
Objectives: When catastrophic events occur, post-traumatic grief can arise. People exposed to these situations face danger. They are not only personally threatened with death, but they may also witness the death of relatives and/or strangers. Both adults and children are affected by these tragic experiences. The aim of this article was to examine how Haitian children, and specifically a pair of twin girls, were experiencing grief five years after the earthquake of January 12, 2010. Methods: The research took place in the city of Port-au-Prince, the capital of Haiti. Five years after the deadly earthquake of January 2010, we met with 20 Haitian children aged 9 to 13. Based on our inclusion criteria, these children had faced death and had lost at least one loved one during the earthquake. Eight of the 20 children came from one of the Haitian childcare facilities most affected by this earthquake. At this facility, 66 out of 100 children died, more than half of the children present. Twelve children came from a high school and were living with their remaining family members. We met with the children at a childcare facility and a high school. We had them take a series of tests: a revisited version of the test where subjects create three drawings representing before the event, during the event, and the future, the projective Thematic Apperception Test (TAT), and a questionnaire about the loss of a loved one. The interview consisted of the participant describing the drawings. Results: Our results show that, out of the 20 children who participated in the research, 15 were experiencing intense grief 5 years after the earthquake of January 12, 2010. Most of the children interviewed reported that, since the loss of their loved one, they frequently experienced sadness, intrusive thoughts relating to the future, avoidance of the memory of their lost loved one, and denial about that loss. They were experiencing certain fears since the death of their loved one and were having repeated nightmares about the deceased. These children were also experiencing unexplained anger and told us that they had little hope for the future. Children who were living with their remaining family were more likely to depict the catastrophic event. Those who were living in the childcare facility were more concerned with family issues than with the consequences of the earthquake. More specifically, our results illustrate the case of twin sisters who experienced post-traumatic grief in a subjective way: one seemed to be moving through it and building ties to her adoptive family, while the other tended to be mired in intense grief. Discussion: Upon examination, certain stories were found to be taken directly from the child's autobiographical account and were transposed into the discourse with porous boundaries between the narrator and the subject. They dealt with the earthquake and loss. The chaotic staging was made possible by the defense mechanism that is projection. The specificities seen in the drawings made by the Haitian participants reflected their use of spiritual bypassing as a recourse and patriotic symbols as defense mechanisms. Conclusion: Few studies have focused on the grieving process and its traumatic roots in Haitian children following the earthquake. However, these roots should be a primary consideration. Exposure to the earthquake of January 2010 left marks of psychological trauma in Haitian children that could still be seen five years later, making the grieving process difficult. These findings lead us to recommend that medium-and long-term psychological care systems be established for these children.
Objectives: This article examined the emergence of creative practices used by therapists who work with women in exile, who have fled their home countries to escape violence that is often intertwined with family, marital, political, and social issues. The aim was to analyze how these practices, born from the therapists' need for relief when confronted with extreme trauma, utilize real, imaginary, and symbolic movement and thus represent a type of therapeutic journey. Methods: The study analyzed the case of a photo exhibition that resulted from a therapeutic mediation workshop, where the art was produced by a photographer and refugee women who were victims of gender-based violence. Results: The photo exhibition and the creation of practices that "surpass the walls of institutions" provide a countering mechanism: a stage is set via photographic imagery that becomes a medium for transforming traumatic experiences. By combining artistic creation and therapeutic practice, this approach allows these women to set a stage using their bodies and thereby express their experiences of violence. The women are thus engaging in a process where disruptive experiences can become a powerful form of expression and dissolve vulnerability. Discussion: Central to this process is sublimation, the ability to transform a painful experience into a creative act of societal value. The photo exhibition becomes an act of subjective reappropriation and encourages a form of emancipation that combines aesthetics, politics, and subjectivity. Conclusions: This work demonstrates the restorative potential of collective action and art when rooted in a relationship of care and recognition. The workshop can thus become a space of subtle resistance, where creation and social bonds build pathways to other possibilities.